Serviteurs de Jésus et de Marie

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Rendez vous

Appuyez sur le bon bouton d’ascenseur !

Homélie de la Nativité du Seigneur Jésus-Christ (messe minuit)

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 29 décembre 2012
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Homélie de la Nativité du Seigneur Jésus-Christ (messe minuit)

Écouter l’homélie de Père Pierre-Marie :




Frères et sœurs bien-aimés,

nos amis Américains ont parfois des idées originales. Preuve en est, cette équipe de chercheurs New-Yorkais qui s’est mis en tête d’analyser le comportement de ceux qui fréquentent le quartier d’affaires de Manhattan. Pourquoi pas faire une étude sur les hommes et les femmes qui travaillent là selon leurs caractéristiques socioprofessionnelles ? Mais non : ce qui a retenu leur attention, c’est le comportement de ces personnes lorsqu’elles sont dans l’ascenseur. Et ils ont fait cette étude étonnante : quel est le bouton d’ascenseur le plus utilisé ? Vous voyez bien dans ces grandes tours à nombreux étages, comme on le voit en plus petit modèle à la Défense, toutes ces batteries d’ascenseurs à nulles autres pareilles, qu’il y a de quoi faire une étude !

Et si, en cette nuit sainte, je vous posais la question : quel est le bouton d’ascenseur le plus utilisé, vous me répondriez : le rez-de-chaussée. Forcément, rez-de-chaussée, c’est le bouton qui semblerait le plus fréquemment utilisé : on monte dans les étages, mais d’une manière ou d’une autre, on doit sortir, et donc on choisit le rez-de-chaussée au moins une fois dans la journée. Et figurez-vous que ce n’est pas le cas. Le bouton d’ascenseur le plus utilisé, c’est celui qui ferme la porte ! Qui d’entre-nous n’a pas été témoin ou a lui-même utilisé ce bouton pour fermer la porte, même s’il voit quelqu’un venir de façon précipitée : mais non ! il faut surtout que ce cela se referme rapidement, « Fermer la porte ». Et on devient tout de suite très intéressé par le bouton d’ascenseur, surtout pour ne pas voir venir celui qui vient en courant, et alors, on appuie sur le bouton.

Quel est le rapport avec le mystère de Noël, me direz-vous ? et pourtant, nous sommes au cœur même du mystère de Noël, avec cette petite étude originale et amusante. Je suis très attentif à ces faits de société qui sont au fond des épiphénomènes, comme des pointes d’iceberg. Cette capacité de fermeture que nous avons, en chacun d’entre-nous. Et, si l’on regarde bien le texte d’évangile que nous venons de lire, il relate plusieurs attitudes de fermetures.

Les attitudes de fermeture racontées dans l’évangile du jour

A commencer par celle de l’empereur Auguste qui décide de recenser toute la Terre. Vous savez que c’est un interdit biblique, et que pour David a commis un grand péché lorsqu’il a demandé de recenser le peuple d’Israël. Parce qu’au lieu de compter sur la puissance de Dieu, il voulait dénombrer la force de ses guerriers. Il s’est alors renfermé sur lui-même, un peu comme l’avare qui compterait ses pièces, qui s’enorgueillirait, qui s’auto célèbrerait.

Fermeture de la porte aussi, puisqu’ils ne peuvent pas rentrer dans la salle commune. Il y a alors plusieurs interprétations, plusieurs traductions : « il n’y avait plus de place pour eux », ou « ce n’était pas une place pour une femme qui serait sur le point d’enfanter ». On le comprend, une femme qui va accoucher a besoin d’intimité, et une salle commune n’offre pas cela. Mais, de toutes les façons, il y a une fermeture.

Fermeture d’Hérode aussi, qui, après la naissance du Christ a massacré les Saints Innocents parce qu’il voyait dans la vie de Jésus une menace, et parmi ces petits, il y avait quelqu’un qui menaçait son trône…

On voit donc qu’au fond de ce mystère de Noël, il y a beaucoup de fermetures. Mais, il y a aussi beaucoup d’ouverture.

De nombreuses ouvertures en écho à cela

D’abord, l’ouverture de Dieu. Nous avons chanté pendant le temps de l’Avent : « déchire les Cieux et descends »

Déchire les Cieux et descends, ouvre-toi, ouvre ton cœur de père pour que, après cette rupture du péché originel, nous puissions à nouveau rentrer en communion avec Toi.

Il y a aussi l’ouverture de la Vierge Marie qui a accueilli cette parole du Seigneur, cette parole improbable : « Comment pourrais-je être la mère du Sauveur ? je ne connais pas d’homme, je n’ai pas eu de relation avec un homme, comment est-ce possible ? »

Ouverture de Joseph, qui a accueilli le mystère de Dieu, et l’on sait comment cela ne devait pas être évident pour lui d’accueillir cette femme, cette fiancée avec laquelle il n’avait pas eu de rapport et qui lui dit être enceinte de l’Esprit Saint… ce n’est pas spontané que de croire cela, reconnaissons-le.

Ouverture aussi des rois mages qui viennent et qui sont attentifs, au contraire, à cette étoile. Ils sont comme disponibles. Ouverture des bergers, des pauvres.

Au fond, on voit que le mystère de Noël est comme un mystère qui nous permet de rouvrir quelque chose en nous. Le Seigneur prend notre humanité pour déployer dans notre humanité quelque chose de plus grand.

Oui, le Seigneur vient ouvrir notre cœur. Et on le voit bien, si Noël est une fête de famille, la relation n’est pas toujours simple au sein de nos familles. Il y a parfois des fermetures. Quelqu’un me confiait hier qu’il allait fêter Noël en famille avec sa mère qui l’avait profondément blessé et à qui il avait pardonné, mais qu’ils avaient décidé de fêter Noël tous ensemble. Dans les familles séparées, désunies, celles dans lesquelles il y a des conflits, Noël met sans doutes en exergue les fermetures.

Le Seigneur nous demande alors d’avoir cette confiance. Cette fermeture à l’autre, ce durcissement du cœur – qui ne le connaît pas ? – mais aussi ce manque de confiance en l’avenir – on entend parler partout d’usines qui ferment, on voit bien notre monde agité, bouleversé, malade. On se demande alors si l’on fait bien de croire en Dieu – dans tout cela, qu’est-ce qu’Il fait ?

Découvrons nos propres fermetures…

Oui, frères et sœurs, dans cette nuit de Noël, le Seigneur nous demande de découvrir aussi nos propres fermetures, dont ce petit bouton d’ascenseur n’est qu’un épiphénomène, quelque chose de tout simplement anecdotique, mais qui révèle quelque chose de plus profond.

Combien nous avons de difficultés à accueillir l’autre comme profondément différent de nous-même ? Et on voit bien dans notre société, européenne aussi bien que mondiale, des crispations nationales, des crispations régionales, identitaires, religieuses, et notre Eglise catholique n’est pas non plus exempte de ces formes de raidissement, parce qu’au fond, on a peur de l’autre, et on voit vite la différence comme une menace. Noël, au contraire, c’est Dieu qui s’invite à notre table, qui prend notre humanité, qui nous permet de rouvrir le cœur le l’autre, qui nous permet de donner un amour nouveau, qui nous permet de rentrer dans une communion.

Un bel exemple de réconciliation

Cela n’a pas fait la une des journaux, mais saviez-vous que Paolo Gabriele – peut-être ce nom vous dit-il quelque chose – a été jugé en octobre pour avoir volé des documents sur le bureau du Saint-Père, et les avoir donné aux journalistes que l’on appelait les vatilix. Ce premier événement avait fait beaucoup de bruit, mais on a bien moins parlé du pardon et de l’amnistie qu’a donné le Saint-Père à Paolo Gabriele hier même, pour qu’il puisse célébrer Noël dans sa famille. Oui, le Saint-Père, de façon très solennelle – parce qu’il a été blessé dans la confiance qu’il avait en lui par cette trahison – a voulu faire preuve un amour plus fort. Il nous montre lui-même l’exemple de la réconciliation

… et demandons des grâces de réconciliation en ce temps de Noël

Au fond, Noël c’est déjà cette première étape de la réconciliation et nous pouvons aussi demander des grâces pour nous-mêmes si nous sentons des fermetures de cœur autour de nous, souvent même avec les plus proches de nous.

Mère Térésa disait aux jeunes volontaires qui partaient à Calcutta pour l’aider dans ce service des plus pauvres : « C’est bien : vous venez d’Europe, vous venez d’Australie, mais n’oubliez pas : celui qui est à côté de vous, le prochain-proche va devenir celui avec qui tu partages ta vie de communauté religieuse, ta vie de famille, ta vie de quartier, ta vie de travail. ». Oui, nos humanités sont frappées aussi au point de la difficulté de la relation, de la fermeture, du repliement sur soi, mais en même temps, comme Chrétien, parce que le Christ lui-même est venu à notre rencontre, nous avons une espérance. Nous ne sommes pas livrés à nos psychologies : il y a quelque chose de plus grand en nous.

Et c’est pour cela que nous voulons célébrer dans cette eucharistie cette grâce de la communion. C’est pour cela que, lorsque l’on a une vie chrétienne et que l’on en a découvert l’intimité avec le Christ, on a alors le désir de participer chaque dimanche, non pas comme un rituel ou une habitude ennuyeuse. Nous puisons-là des forces pour la communion. Nous demandons, nous supplions le Seigneur de nous accorder des grâces.

Et sachez-le, en cette nuit de Noël, des grâces abondantes sont données au peuple de Dieu. Demandez pour vos familles, demandez pour vous même, demandez pour le monde.

La communion pour vivre l’amour du prochain

Oui, frères et sœurs bien-aimés, nous sommes invités à rouvrir notre cœur, à découvrir dans l’amour de Dieu une source de vie parce que nous la découvrons aussi en nous-mêmes. Au fond, le Seigneur vient libérer en nous une force d’amour insoupçonnée que nous avons reçue grâce au baptême. Ayons foi en cela. Parfois, nous nous laissons trop aller au découragement : « il ne changera jamais, je ne changerai jamais… ce sera toujours comme cela… » ; c’est possible ! Avec l’âge, les défauts, tout comme les qualités, se renforcent. Mais, en même temps, nous avons cette certitude que celui qui fait le premier pas découvre aussi qu’il y a une capacité d’aimer nouvelle, même si l’autre ne va pas changer…

N’attends pas que l’autre change pour l’aimer, mais aime-le et peut-être, il changera un jour

Noël, c’est cette invitation frères et sœurs, à rouvrir notre cœur endurci.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière

Oui, dans les ténèbres de notre cœur, nous avons vu, nous contemplons cette lumière qui vient du Sauveur, qui vient de Jésus, de la fragilité de l’enfant qui est là dans la crèche. Et nous demandons à Jésus qu’il vienne transformer notre cœur de pierre en cœur de chair.

Alors, la prochaine fois que vous prendrez l’ascenseur, et que vous verrez quelqu’un haletant, transpirant, courant pour prendre cet ascenseur-là, alors que l’on voudrait bien gagner une demi-seconde, en mémoire de cette nuit de Noël et de cette célébration avec cette communauté, au cœur même de cette abbaye, mettez la main devant la cellule photoélectrique, retenez la porte comme le Seigneur aussi a retenu la porte pour que nous puissions rentrer. Et quand l’autre personne y rentrera, dites intérieurement : « Aujourd’hui, c’est Noël ! »

Amen

Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 9,1-6.
  • Psaume 96(95),1-2a.2b-3.11-12a.12b-13ac.
  • Lettre de saint Paul Apôtre à Tite 2,11-14.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,1-14.

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre - ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie - Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.

Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.

Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »

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