Chronique de la Casa - septembre 2009 à janvier 2010
Le Père Maximilien-Marie nous conte la vie de sa Communauté, entre vie de prière, apostolat et évangélisation, accompagnement des jeunes, détente, et même situations pitoresques et angoissantes !!! Le tout accompagné d’un trait d’humour...
Petits et grands événements de Septembre 2009
Après la célébration de notre centenaire, la journée des familles prend un tour plus détendu, le dimanche 20 septembre : pas d’enseignement magistral, mais un asado communautaire avec les familles, à l’école Alberdi toute proche de la casa. En attendant le déjeuner, la famille Paoloni, bras droit du Père Maximilien dans l’organisation de ces journées, a préparé quelques jeux qui doivent mettre en valeur l’esprit de famille et de coopération. Il s’agit par exemple d’entrer dans une bouteille un couteau attaché à autant de ficelles qu’il y a de membres de la famille et dont chacun tient une extrémité. Les frères sont conviés à se joindre à cet exercice qu’on pourrait par ailleurs proposer pour la prochaine session communautaire sur le thème vie communautaire et de l’entraide fraternelle…
Après le chapelet, prié sous les magnifiques jacarandas en fleurs, nous nous retrouvons autour de la lagune avec notre canoë. Autre occasion de tester la coordination des mouvements et, pour les frères français, d’apprendre quelques jurons argentins à l’adresse du conjoint ou compagnon qui ne rame jamais dans le bon sens… Le lendemain Père Maximilien célèbre la messe de la neuvaine des sœurs mercédarias.
Le jour suivant, tandis que les uns et les autres sont en apostolat, frère Eduardo et Père Marie-Joseph sont restés à la maison. Après le dîner, tandis qu’ils reviennent du réfectoire, ils sont assaillis l’un après l’autre par trois hommes masqués, armés de bâton. Ils leur font ouvrir les portes, mènent comme par enchantement Père Marie-Joseph directement à la porte de sa chambre, le plaquent sur son lit, lui masquent le visage et dérobent tout ce qu’ils peuvent. Ils défoncent la porte de la chambre de Père Maximilien-Marie après bien des efforts, et finissent par s’en aller. Nos frères, parvenus à se délivrer donnent l’alerte à la police, les autres frères arrivent. Plainte est déposée au commissariat. Nous finissons par nous endormir. Des grâces spéciales de sérénité ont été données à nos frères, qui, certes choqués, se remettent assez rapidement de leurs émotions. Très certainement l’un des malfaiteurs connaissait bien la maison. Par cet événement nous nous rendons compte que décidément nous partageons le sort d’un pays qui s’enfonce chaque fois un peu plus dans l’insécurité, et nous rendons grâce à la Providence de nous avoir protégés de dommages plus graves.
Le lendemain de cet événement, les deux prêtres se dispensent de la réunion du doyenné ; chacun des frères envisage comment améliorer les conditions de sécurité de la casa. La facture d’électricité sera un peu plus douloureuse, mais nous décidons de laisser le projecteur allumé sur l’église toute la nuit, ainsi qu’un certain nombre de lampes extérieures. Père Marie-Joseph prend langue avec un avocat de Parana, dont les conseils sont particulièrement précieux. Frère Maximilien, lui, cherche des témoins, et va rendre visite à nos amis de la rue pour tâcher de convaincre tel ou tel de donner son témoignage. Il est surpris de leur bonne volonté. Il faut néanmoins affronter ensuite les arcanes de la bureaucratie judiciaire, et les considérations peu optimistes quasi unanimes sur les maigres résultats prévisibles de l’enquête. Qu’importe ! notre avocat nous laisse ce mot d’ordre : « Il faut réagir et que cela se sache. » Nous sommes presque prêts à convoquer la presse… Autre mesure qui aura certainement au moins autant d’efficacité que les démarches précédentes : nous organisons quelques jours après l’attaque, une procession à travers l’ensemble de la propriété. Nous entourons la statue de Marie Reine Immaculée que le prieur brandit bien haut devant chaque entrée et chaque point plus délicat de notre clôture et nous demandons à Marie qu’elle veille particulièrement sur nous en ces temps. Le Père Marie-Joseph a semé, lui, quelques médailles miraculeuses au passage… sur le conseil d’un ami prêtre, dont une des qualités est plutôt le bon sens réaliste.
Les apostolats des uns et des autres en ce printemps (austral) 2009
Frère Eduardo a entrepris de visiter notre quartier avec une de nos voisines. Il rencontre ainsi plusieurs personnes plus ou moins proches de l’Eglise. Il envisage de donner la catéchèse a un garçon autiste d’une dizaine d’années, rencontré lors d’une de ses tournées, et pas encore baptisé. Sa maman est admirable de courage et nos visites lui font du bien. Notre frère prévoit en outre d’assister à une représentation théâtrale que donne le petit séminaire de Parana sur Céférino Namumcura, un jeune indien de la Patagonie, béatifié il y a peu de temps. Les jeunes du petit séminaire en effet, montent chaque année quelques pièces de théâtre. Ils se divisent en deux équipes, chacune présentant sa propre production théâtrale, et rivalisent ainsi dans le cadre d’une compétition de fin d’année. Frère Eduardo continue d’aider frère Mariano chaque samedi à encadrer la troupe scoute. Il participe en outre, début octobre à une récollection à Maria Grande et prend un peu plus tard dans le mois, quelques jours de congé afin de revoir sa famille.
Frère Jean Gabriel poursuit son apostolat à la prison de Parana. Une fois par mois, il participe à la messe de la pastorale pénitentiaire. Il est fidèles à ses visites aux étudiants le mercredi soir, qu’il accomplit désormais assez souvent avec frère Eduardo. Une simple visite peut redonner du courage à un étudiant parfois dans la détresse, loin de son terroir, de sa famille, aux prises avec la difficulté de ses études. _ Notre frère s’emploie à rendre notre hôtellerie plus agréable et confortable. Après réflexion, il fait l’acquisition d’un nouveau réfrigérateur, de plats, de moules, qu’il marque du nom de la casa ; autant de choses qui facilitent la vie. Au mois de janvier il entreprend la pose de rideau de jonc pour notre grand réfectoire qui peut ainsi servir de salle de projection. Les groupes sont nombreux qui passent à la casa, mais il n’est pas rare qu’un groupe s’annule au dernier moment, pour des raisons parfois inexpliquées. Ainsi c’est une bonne école de souplesse. Les camps scouts sont aussi régulièrement accueillis. Mais il leur est interdit de franchir les frontières du monde lamyste … sur lesquelles veillent jalousement le chef Mariano. Récemment il s’est accru d’un champ supplémentaire, qui, un jour, bientôt peut-être, servira de terrain de football. Pour le moment, il a augmenté de quelques arpents de plus, le territoire de tonte d’Osvaldo…
Frère Philippe reste fidèle à son petit chœur du vendredi soir ; quelques étudiants viennent répéter les chants du premier dimanche de chaque mois. Les frères Maximilien et Jean Gabriel s’y joignent à l’occasion. Les quelques choristes ont entrepris de chanter la première œuvre polyphonique d’Amérique écrite en quechua… Notre frère Philippe rend régulièrement visite à Armando un ami de longue date et lui porte la communion. Il ne néglige pas non plus l’hospice de Fidanza. Chaque mardi, notre frère guitariste anime le groupe charismatique d’Oro Verde avec beaucoup de fidélité et parfois de courage, au point que parfois il ne sent plus ses doigts à force d’avoir pincé les cordes… « Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques uns… »
Le Père Marie-Joseph poursuit ses confessions à San Miguel chaque jeudi et chaque vendredi. Il emporte pour sustenter sa faim un petit morceau de tarte à la carotte qu’il confectionne le mercredi, son jour de cuisine. Ses samedis sont de plus en plus occupés. Le « cénacle » réunit les séparés, divorcés remariés un samedi par mois. De même, il donne le premier samedi du mois une conférence à un petit groupe de personnes passablement hétérogènes, qui pourraient devenir nos futurs oblats. Le groupe Marie Reine de la Paix qui rassemble des personnes proches de la spiritualité de Medjugorje bénéficie bien souvent d’un enseignement de notre frère. Enfin il célèbre la messe une fois par mois à Tesanos Pintos, un village proche d’Oro Verde. L’accès en est coupé les jours de grande pluie. Notre père passe par ailleurs de longs moments devant l’ordinateur, élaborant avec patience la future biographie du Père Lamy.
Frère Mariano poursuit ses études au séminaire. Il est par ailleurs consumé par son apostolat auprès des scouts. Cette année, il devait mener de front l’animation de deux branches, les scouts (10-13) et les raiders (14-17). Un week-end pour les raiders catholiques de Parana remporte un franc succès, où il est notamment parlé de la chevalerie. A la fin de chaque année scolaire, ont lieu les promesses. Chaque promettant reçoit la visite du chef de groupe et de l’aumônier qui bénit la maison, s’entretient quelques instants avec le futur engagé et le confesse. Puis c’est la promesse privée, le vendredi soir (13 novembre cette année), dont chacun des initiés a le strict et impérieux devoir de ne rien révéler… Ce que l’on peut dire tout de même, c’est que cette cérémonie ne commence pas tôt, et finit plutôt tard… La promesse publique a lieu le lendemain au milieu des parents et du groupe tout entier. On remarquera un notable progrès : ces chers garçons sont en train de se civiliser peu à peu. La coutume de pratiquer la « montonera » (faire une pile de corps dont le nouvel engagé sert de base) tend à disparaître. Gageons que l’éducation à la virilité n’en aura rien perdu !
Frère Mariano en bon pasteur de ses brebis visite aussi les plus lointaines notamment le jeune Julian, (le 26 nov) qui récemment a dû quitter le groupe. Sa vie est particulièrement compliquée, et nous le sentons très vulnérable au milieu d’un quartier où règnent la drogue et l’insécurité. Sa maman adoptive nous a appelé plusieurs fois au secours. Témoin de son attachement au groupe : Julian passera quelques jours plus tard à la casa, et laissera à chacun des frères qui l’ont accompagnés une photo de sa confirmation et de sa communion, reçues l’an dernier.
Père Maximilien-Marie poursuit ses apostolats habituels. Il participe en outre depuis peu à la junte des religieux du diocèse. A la fin du mois de décembre, l’évêque lui demande de devenir le délégué diocésain de la vie religieuse : une occasion de connaître les communautés religieuses de notre diocèse et certainement de voyager un peu à travers Entre Rios.
Quelques événements ecclésiaux d’octobre 2009
Le 7 octobre nous participons à la procession de Notre Dame du Rosaire en cette fête patronale de notre diocèse particulièrement solennisée à l’occasion de cette année jubilaire. Notre doyenné a choisi de marcher depuis l’ancienne gare des bus jusqu’à la cathédrale. Les fidèles affluent de partout… la cathédrale est bondée et plusieurs évêques concélèbrent, notamment ceux dont autrefois les diocèses étaient intégrés au diocèse de Parana qui fêtent ses 150 d’existence. Le Dimanche 11, c’est la patronale de Oro Verde. Le curé réserve un très bon accueil aux frères présents. Le traditionnel groupe de gauchos, en costume traditionnel est là pour l’occasion, et les âges des cavaliers sont fort variés, de 10 à 70 ans… La procession est particulièrement bon enfant, même si nous ne sommes peut-être pas en ces instants au plus intense de notre vie intérieure…
P. Maximilien le 14 octobre se rend à la récollection organisée pour le clergé d’Entre Rios, à San Salvador, à quelque 200 km de Parana. L’ambiance y est très fraternelle, l’accueil des habitants est touchant : en cette région rizicole, ils offrent à chacun des prêtres un petit sac de riz, et quelques oranges, cultivées aussi dans la région. Nous avons la joie d’écouter le témoignage d’un prêtre qui a participé à la session sacerdotale d’Ars organisée par les Béatitudes et qui nous fait revivre l’intensité de cette rencontre. Après le déjeuner, nous avons droit à une petite penia (petit concert de folklore) qui culmine notamment avec la payada (récit en vers accompagné par la guitare) d’un confrère prêtre qui avec simplicité et profondeur conte la naissance de sa vocation.
Frère Jean Gabriel le samedi 24 octobre, se joint à une rencontre prévue pour les frères et sœurs de vœux simples, ou qui ont récemment prononcé leurs vœux perpétuels. En fait de frères, il se trouve être l’unique spécimen masculin, au milieu des jeunes religieuses de Parana. Avant de se rendre à cette réunion, l’enthousiasme de notre frère est tout intérieur, mais au cours du temps il en vient à apprécier grandement la qualité des témoignages. En effet, le thème abordé est : les crises dans la vie consacrée. Plusieurs témoins racontent avec profondeur et sobriété comment certaines étapes difficiles de leur vie ont pu être surmontées. L’intervention de notre évêque très attentif à la vie religieuse dans son diocèse, marque particulièrement notre frère qui retient notamment que l’ouverture à un tiers est une clef pour sortir de telles difficultés.
Enfin le samedi 31 octobre, nous nous rendons aux ordinations à la cathédrale.
L’hôtellerie au mois d’octobre
Les 5 et 6 octobre, P. Maximilien prêche aux futurs diacres du diocèse à la demande du recteur du séminaire. L’Eglise de Parana ne compte pas encore de diacres permanents. Le groupe est varié et sympathique. Des jésuites viennent prêcher les exercices spirituels à quelques jeunes à partir du vendredi 9 octobre.
Au début du mois du rosaire il nous revient d’ouvrir nos portes au groupe de Schonstadt. Ce mouvement de spiritualité d’origine allemande organise des récollections choc, si l’on tente de traduire l’expression « retiro de impacto ». Il s’agit de proposer la foi à des jeunes qui en sont loin, usant de toute une pédagogie très précise et passablement bien réglée. Quelques mystères nous échappent cependant : les jeunes retraitants ne doivent en aucun cas apercevoir les membres de l’équipe de logistique. Les trajets d’un bâtiment à un autre ont donc été soigneusement étudiés pour éviter une rencontre qui pourrait mettre en fuite la grâce… de même que nous nous retrouvons avec notre cuisine bâchée de noir, ce qui ménage ainsi une parfaite opacité entre l’intérieur et l’extérieur… Nous recevons aussi régulièrement l’école sainte Thérèse de Lisieux. La qualité de l’attention spirituelle nous impressionne beaucoup. Père Maximilien et frère Eduardo donnent un enseignement sur la vie tant naturelle que spirituelle.
Régulièrement viennent aussi Jorge et son équipe. Jorge est un ami de longue date de la casa, avec des problèmes psychiatriques. Ce qui lui vaut de passer sa vie dans une clinique gériatrique parmi des personnes bien plus âgées et souvent impotentes. En accord avec la casa, il propose régulièrement à ses compagnons de partager une journée avec nous, (ce trimestre, le mardi 27 octobre). Frère Philippe avec grande fidélité, leur offre à tous avant le déjeuner une guitarreada de son cru, où passent toute la nostalgie du Brésil, mais aussi quelques vieux cantiques que peuvent reprendre en chœur nos invités. Puis il prie avec eux le chapelet est à la chapelle. Le déjeuner est souvent animé grâce à Jorge, excellent connaisseur de l’histoire argentine ; il nous a révélé dernièrement que le plat préféré du héros national argentin, San Martin, était le hachis Parmentier, et que, grâce à Dieu, le président, Perron, après avoir fait brûler quelques églises, avait pu mourir chrétiennement, munis des derniers sacrements...
En cette fin du mois d’octobre, Père Marie Joseph prêche, lui, une retraite à l’équipe de la pastorale de la santé de Santa Fe.
Le 24 et 25 octobre, nous organisons une rencontre de fiancés. Ici le terme de « noviazgo » est beaucoup plus large que notre vocable de fiançailles. Novios peut signifier : petit ami très passager…, ami privilégié reconnu officiellement comme tel, fiancé engagé, et enfin futur marié… L’éventail est donc large, et c’est une petite dizaine de jeunes qui peut réfléchir sur le sens de l’amour humain, à partir des grands mythes amoureux qui informent notre imaginaire occidental, à partir aussi de quelques réflexions de Gustave Thibon, et de la nouveauté de l’évangile. Ils paraissent contents, et réclament d’autres espaces où la réflexion puisse être ainsi approfondie.
Novembre 2009 à la Casa
Dimanche 1er Novembre, nous accompagnons le pèlerinage de Marie Reine Immaculée qui part du km 4, 5 de la rue 11 et s’achemine jusqu’à notre casa. Cette année, nous avons la joie de l’animer avec les frères et sœurs de la fraternité de Marie Reine Immaculée ; le père Jean Eudes confesse, une sœur argentine lit les méditations du rosaire tirées de Clémence Ledoux, remarquables de profondeurs, et notre ami Juan José entonne et accompagne quelques chants avec sa guitare. Nous avons plusieurs occasions de rencontrer cette communauté amie, en prospection dans le diocèse de Parana et dans toute l’Argentine. Nous leur ouvrons avec bonheur les portes de la casa pour un temps de repos entre deux explorations du pays, ou bien pour l’animation d’un temps spirituel avec quelques personnes attachées à la spiritualité de Marie Reine Immaculée.

Les premiers jours de novembre coïncident aussi avec la présence de Père Eric parmi nous. C’est une joie que de pouvoir bénéficier de ses enseignements, notamment sur le prophète Élie : lui aussi nous enseigne comment entrer … et sortir des crises ! Quelques paroles sur la pauvreté nous donnent le recul nécessaire pour vivre avec plus d’intelligence ce vœu que nous avons professé.
Nous partons tous en sortie communautaire avec lui, un lundi matin, « jour du Seigneur » comme le Père Marie-Joseph a coutume de le présenter… pour pratiquer le rituel asado ; et pour mettre tout le monde d’accord, cette fois, de viande et de poisson. Nous sommes au bord du fleuve, dans une maison prêtée par des amis. Le site est admirable, et tel que les indiens pouvaient le contempler, et tel que les premiers missionnaires de la région de la Plata ont dû le trouver. Le fleuve immense, les îles, les arbres. Quelque frères s’aventurent sur le Parana en canoë tandis que les autres profitent du calme de la maison. Nous passerons sous silence une nouvelle pêche … décidément miraculeusement infructueuse… Le soir pour conclure cette journée fraternelle : séance de cinéma avec un admirable film italien sur Maria Goretti La Fille du marais. Mais il manque un câble pour que fonctionne le projecteur, nous nous rabattons sur un ordinateur qui renâcle ; nous nous replions sur une autre machine plus petite encore qui décidément refuse de nous offrir ses services… Nous échangeons quelques considérations pieuses sur cette petite grande sainte qui revivra dans notre cœur et notre imagination cette fois-ci. Avant de s’envoler, Père Eric nous laisse quelques conseils pour croître dans la vie fraternelle, et améliorer notre liturgie.
Du Lundi 16 au mercredi 18 novembre a lieu la réunion du clergé du diocèse de Parana. C’est l’occasion d’un moment fraternel, de dresser aussi le bilan de l’année jubilaire, des différentes initiatives missionnaires, et de voir pour notre part, comment nous avons pu nous y intégrer. Le soir, des confrères prêtres proposent films et vidéos. Entrent en concurrence un reportage sur la vie du Cura Brochero, et un film comique anglais, qui a vite faite de conquérir l’auditoire et de susciter une hilarité qui résonne dans les immenses couloirs de la maison qui nous accueille. Nous apprécions particulièrement la présence d’un évêque émérite de Resistencia qui nous laisse ce mot d’ordre, tout bénédictin : « je crois à la force des choses bien faites… »
Le 24 novembre, Frère Eduardo va reconnaître le chemin de goum avec Martin Cruz. Le brouillard et la pluie ont raison de leur velléité d’ascension au collège Ceferino Namumcura, première étape du périple. A moins qu’ils ne se soient laissés séduire par les lutins et gnomes que proposent en abondance quelques boutiques de la Cumbrecita.
Avent 2009
L’Avent est toujours un moment spirituel fort. Nous y entrons avec une nuit d’adoration. Le thème en est : veiller avec Marie. Le symbole de cette veille attentive sera une lampe à huile, comme les vierges sages devaient en avoir. Ce qui vaut ainsi à notre frère Jean-Gabriel de parcourir bien des boutiques de Parana, y compris les plus ésotériques pour se procurer l’article qui est censé se rapprocher le plus de cette lampe allumée dans la nuit. Nous méditons, en petits groupes, l’évangile du premier dimanche de l’Avent. Le 8 décembre, c’est le jour marial. Nous voulons cette fois revivre le message de Lourdes avec Sainte Bernadette. Nous évoquons ces événements en lisant les textes particulièrement émouvants, laissés par Bernadette elle-même. Une petite fille en tient le rôle, ce donne plus de force évocatrice à ses écrits.
Enfin, première à la casa : nous proposons cette année une retraite de Noël du mardi 22 au jour de la Nativité. La publicité qui se voulait incisive portait : sortir de la fièvre du consumérisme pour entrer dans le mystère… La maison ne déborde pas d’hôtes, mais ceux qui viennent, de même que les frères présents sont heureux de goûter ce climat de silence et de prière. Frère Jean-Gabriel donne un enseignement sur la déification où il est parlé notamment de la transfiguration des bergers, et Père Maximilien-Marie évoque Sainte Marie Mère de Dieu.
Cette période avant Noël est aussi l’occasion de préparer les jeunes à la confirmation. Trois jeunes d’Alberdi la recevront cette année. Ils ont suivi la catéchèse avec Memi et Juan Pablo deux étudiants qui se dédient particulièrement à cet apostolat. Ainsi du 4 au 6 décembre, nous partons à Villa Urquiza, cité touristique au bord du fleuve. Nous accueille une maison de religieuses. Alternent enseignements, petits extraits de films, jeux, adoration. Nous proposons notamment la vie de Jose Sanchez del Rio, jeune martyr cristero mort à 15 ans, dans un Mexique résolument athée. Les jeunes par ailleurs s’ouvrent très simplement lors d’un enseignement sur relations garçons filles. La pâte humaine est vraiment très bonne. Elle a simplement besoin de bons moules ! Les braves sœurs, pour arrondir leur fin de mois, louent leur grand salon les fins de semaine … ce qui nous vaut le samedi soir d’être en grande communion avec le bal de la police… Les jeunes reçoivent la confirmation des mains de Monseigneur, le mercredi 9 décembre. La présence du directeur de cette école publique, Lauriano Kim, est un honneur et un encouragement pour ces jeunes.
Le samedi 12 décembre a lieu la confirmation d’un scout et le première communion des deux autres, qui la reçoivent des mains de notre évêque. Un routier a aidé le Père Maximilien à donner la catéchèse chaque samedi matin à ces jeunes. Les 10 commandements ont pu être ainsi étudiés en détail. Durant la petite retraite préliminaire, frère Mariano les introduit à l’adoration tandis que Pablo, le routier, teste leur connaissance par quelques petits jeux.
Le Dimanche 13 décembre, c’est la journée des familles avant Noël : le précédent enseignement de novembre fut une tentative plus ou moins réussie de présenter ‘Caritas in Veritate’ et de rendre accessible ce texte du Saint Père : cette fois l’enseignement est plus simple et implique davantage les auditeurs : il y est traité de l’accueil de l’autre, et notamment des stratégies pour éviter la rencontre… L’« après-midi visite » est consacrée à visiter les anciens de Fidanza sous la houlette de frère Philippe et à leur donner un petit cadeau. Les pensionnaires en sont enchantés. Nous terminons par un temps d’adoration dans la petite chapelle de cette ancienne léproserie.
Aussitôt après, nous partons en sortie communautaire les 14, 15 et 16 décembre. Destination : Chajari, ville natale de frère Mariano, qui se demande encore pourquoi elle n’a pas été choisie pour capitale de la confédération argentine…Nous avons la joie de rencontrer sa famille ; l’un de ses cousins nous emmène faire un tour en bateau sur le plan d’eau formé par une retenue du Rio Uruguay. Nous pouvons visiter une exploitation arboricole productrice d’agrumes. Nous nous livrons aussi à une mémorable séance d’équitation communautaire, chacun à son allure : P Marie Joseph, avec prudence, va au pas. Frère Jean-Gabriel, ayant récusé toute témérité déplacée, préfère lui, la marche à pied. Frère Eduardo choisit une jument particulièrement nerveuse et frère Philippe se rappelle à l’occasion ses aventures équestres du Brésil. Frère Mariano et Père Maximilien-Marie se lancent à la poursuite des jeunes veaux et s’essayent à les faire rentrer dans l’enclos, sans beaucoup de succès. Il y faut l’expérience, surtout le ton de la voix rassurant et persuasif du frère de h. Mariano, négociant en bovins, qui incite doucement le premier élément du troupeau à se glisser dans le corral, où s’engouffrent d’un seul coup tous les autres. Nous sommes vraiment séduits par la beauté des paysages, où alternent les bois d’eucalyptus, dont le bois est utilisé pour faire des caisses, avec les champs d’orangers à perte de vue, que coupent régulièrement des rideaux de sapins destinés à freiner le vent, toujours vecteur de maladies.
Les camps de fin et début d’année
« Trois choses pour gagner la guerre : de l’argent, de l’argent et encore de l’argent… »
Cette période de fin décembre début janvier est toujours aussi l’époque bienheureuse des camps, des randonnées, du plein-air.
Mais se déplacer coûte… aussi la première préoccupation (une des premières dirons-nous) c’est de gagner de l’argent… argent trompeur, mauvais maître et bon serviteur, mais indispensable. Les politiques financières varient d’un frère à l’autre. Frère Mariano est passé maître dans la confection d’alfajores : sous ses ordres, quelques scouts dévoués, qui la nuit durant, tartinent de petits biscuits de pâte sablée avec la très nationale confiture de lait, le tout saupoudré de copeaux (ce ne doit pas être le terme exact) de noix de coco. A l’aube, pour vendre la production locale, les équipes se repartissent principalement dans Oro Verde où elles sont assurées de retrouver leur clientèle attitrée qui ne leur fera pas défaut tant que l’homme se nourrira, outre de la Parole de Dieu, de pain terrestre. Bref, un profit assuré pour plusieurs années encore.
Autre moyen d’engranger les dividendes : la rifa, ou loterie. La mise de fond est plus minime encore. Il faut acheter les talons, ou mieux les faire imprimer, avec au besoin une phrase pieuse pour joindre le travail apostolique aux préoccupations pécuniaires. Et ensuite vendre les numéros. Le jour J a lieu le tirage au sort, national ou régional. Il faut au moins que l’un des vendeurs soit suspendu à son petit écran, et note les numéros qui sortent. Le gros lot, toujours apprécié, est invariablement un cochon de la casa Lamy, qui sans conteste possible, a reçu l’eau bénite au moment des rogations. Le problème est que depuis un an, le gagnant est invariablement aussi, l’un des organisateurs… Les soupçons de corruption pourraient courir. Voilà pourquoi peut-être, l’enthousiasme pour cette forme de travail lucratif est comme un peu flétri.
Père Maximilien-Marie a opté, pour financer une mission à Jujuy en Mars, de commercialiser des crèches. Quarante crèches de plâtre véritable sont arrivées fin novembre, et il n’y avait plus qu’à les peindre avec la Fraternité du Serviteur. La difficulté est que chaque sculpture demande près de trois heures de travail… Les mains deviennent expertes, les bonnes volontés sont là, mais le personnel fatigue. Il opte donc pour peindre en monochrome les dix dernières, et les vendre ô scandale au même prix que les multicolores… On s’en sortira en disant que celles-ci avaient été vraiment bradées…
Viennent enfin les camps.
Le surlendemain de Noël, frère Mariano et frère Eduardo s’en vont en camp. Ce sont des trombes d’eau qui s’abattent sur les scouts, le camping qui menace de fermer en raison de la crue de la rivière, une expédition en pirogue au milieu des éclairs et de la tourmente, un mémorable football sous l’orage sur un terrain qui ressemble plus à une piscine qu’au stade de Boca… Le moral tient toutefois. Mais les scouts ont sans doute un autre motif pour terminer le camp : pour la première fois, le camp est mixte. Les guides du groupe voisin ont été conviées à partager ces quelques jours. Chacun a bien sûr ses activités de son côté, mais les occasions de rencontre, suscitées ou fortuites, ne manquent pas. Le tout s’achève par une grande veillée où ces demoiselles peuvent épingler sans vergogne les travers de ces messieurs. Plus paisible est la retraite ignacienne que peuvent suivre les routiers à partir du 2 janvier, et dont ils reviennent enchantés.
Quant au goum édition 2010 (à partir du 3 janvier), il lui plait de s’affronter lui aussi aux intempéries. La montée jusqu’au collège qui doit nous servir de refuge, interminable et exténuante, n’est rien auprès de la seconde nuit : tonnerre, vents violents, les tentes s’écrasent sur les campeurs par la force du vent, et les fouettent ainsi durant une bonne partie de la nuit : Père Maximilien-Marie ne manque pas de spiritualiser l’événement et se souvient de la parole de Dieu : « Le Seigneur flagelle ceux qui s’approchent de lui. » Les bons moments n’ont pas manqué cependant. Une des randonneuses, Silvina, concertiste internationale de guitare, subjugue les enfants du collège Céférino par un petit concert après la messe à laquelle ils sont venus assister. Et la visite du musée « Cura Brochero », la messe du dernier jour, célébrée dans la chambre où il est mort de la lèpre, contractée pour avoir visité un de ses paroissiens malade, laissent à chaque fois, et à chacun une trace profonde en son cœur.
P. Maximilien-Marie
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Edito
Chronique de la Casa - septembre 2009 à janvier 2010




