Serviteurs de Jésus et de Marie

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« En Lui j’ai mis tout mon amour »

Homélie de la Fête du Baptême du Seigneur - Année A

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Écrire à l'auteur Père Vincent-Marie 14 janvier 2014
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Homélie de la fête du Baptême du Seigneur - Année A

Écouter l’homélie de Père Vincent-Marie :




Bien chers frères et sœurs,

Au jour de Son baptême, Jésus n’est plus un bébé qu’on vient adorer, mais un adulte sortant du silence. Bien qu’une trentaine d’années sépare ces événements, le baptême de Jésus, avec Noël et l’Épiphanie, constitue un même mystère nous faisant entrer dans le troisième acte de la Manifestation du Messie.

Un long silence

De ces trente années silencieuses, l’Évangile nous dit très peu de choses, sinon, que Jésus était un enfant de Galilée, en tout soumis à ses parents. Ce qui ne veut pas dire, qu’à Nazareth, la vie de Jésus fut inutile et vide de sens. Non seulement Jésus travaillait le bois avec Joseph, non seulement Il aidait Marie aux tâches les plus ordinaires de la maison, mais aussi, avec Marie et Joseph, comme tout Juif fervent, Jésus lisait et relisait l’Écriture, seul, en famille, à la synagogue, à chaque sabbat, méditant les promesses et attentes de Son peuple et priant le Père dont Il devait achever l’Alliance pour l’accomplir.

Et tout simplement, aujourd’hui, sur les bords du Jourdain, Jésus prononce sa première parole publique :

Nous devons accomplir ce qui est juste.

Une parole riche de sens

Géographiquement, le Jourdain est un fleuve unique au monde : sur quelques 200 km de longueur, il descend à près de 400 mètres au-dessous du niveau de la mer ; une véritable descente des eaux, qui n’est pas sans évoquer la descente de Celui qui vient de Galilée pour y recevoir le baptême des mains de Jean.

Qu’elle est étrange cette entrée publique ! Étrange, oui, car ce baptême, que rapportent les quatre évangiles, est un « baptême de conversion » où les gens de toute la Judée viennent confesser leur péché et suivre un chemin de pénitence.

Voyant Jésus s’approcher parmi cette foule de pécheurs, Jean comprend qu’il va devoir baptiser « celui qui est plus puissant que lui ». Mais à Jean qui proteste, Jésus confirme que c’est ainsi que doit « s’accomplir ce qui est juste ».

Cette première parole de Jésus adulte nous laisse déjà entrevoir la conscience qu’Il a de sa mission. Faire ce qui est juste, c’est poser un acte en correspondance exacte avec la volonté de Dieu ; et pour Jésus, la volonté de Dieu pour lui, c’est d’accomplir toute l’histoire de son peuple, et - bien plus encore - intercéder, s’offrir et sauver « tout homme, de tout race, langue et nation, aussi bien païens que Juifs », comme le disait Saint Pierre dans les Actes.
Et pour sauver cette multitude, Jésus marche avec tout le monde, comme tout le monde, inconnu du monde, portant au cœur du monde, son indicible secret…

Ce qui se passe alors, personne ne s’en doute - excepté le Baptiste qui pressent le mystère et, « laisse faire »… ou plus exactement : « se laisse faire par Dieu » - chemin si difficile pour tous, et pourtant si riche et bénéfique, comme nous le montre la suite de l’événement …

Quant au baptême de Jésus, si rien n’est dit de la manière dont il se déroule, le récit nous laisse deviner ce qui s’accomplit : la descente de Jésus dans l’eau, Sa remontée, dans les eaux même qui s’écoulent au plus bas de toutes les eaux de la terre. C’est donc un double mouvement d’un Dieu « né, crucifié, mort, enseveli, descendu aux enfers – ressuscité des morts et monté aux cieux »….

Qu’est-ce que cela, Frères et sœurs, sinon, notre foi, la foi de notre baptême, celle de toute l’Église, notre Credo que nous allons redire dans quelques instants… Ici tout est dit !

Et, ce jour-là, les cieux se déchirent

Et voilà confirmée l’irruption du divin dans notre monde, une manifestation, une épiphanie, une théophanie, même, rien de moins, frères et sœurs, qu’une révélation de Dieu lui-même aux hommes et dont Jean le Baptiste est le premier témoin.

Et Jean, que voit-il ? Une colombe, c’est-à-dire (selon la tradition biblique) la manifestation de l’Esprit de Dieu à laquelle s’associe la voix du Père témoignant que Jésus de Nazareth est son « Fils bien-aimé » en qui Il a mis tout son amour.
Qu’est-ce que cela ? Ce n’est pas moi qui le dis, mais l’Église, depuis bien des générations, si ce n’est depuis le début. Il s’agit de la première révélation de la Sainte Trinité : Père, Fils et Esprit-Saint, la révélation publique de ce secret que Jésus, le « Bien-aimé » portait en Son cœur depuis trente ans, fils de Dieu de par Son origine, de Sa personne, fils de Marie femme juive et de Joseph de la lignée de David, ce qu’exprimait admirablement le théologien le théologien Von Baltazar :

Dieu et homme dans l’unité, alliance indissolublement accomplie

C’est donc en ce jour que la liturgie chante, de l’Orient à l’Occident, depuis les grandes antiennes grégoriennes jusqu’à nos jours dans les hymnes et préfaces actuels :

Plus d’anges envoyés, plus d’étoiles qui brillent, plus de bergers ni de mages qui adorent,
mais l’ouverture du Ciel à travers laquelle Dieu, l’Unique et Trois fois Saint, livre son secret

Oui, Frères et sœurs, aujourd’hui la Trinité est manifestée !

Les prémices d’un nouveau baptême

Sur ce jour, il y aurait beaucoup à méditer, mais il serait incomplet d’en rester à contempler ce mystère sans parler d’un autre baptême : le nôtre, bien sûr !

En effet, si le baptême de Jean est un baptême de conversion, ce n’est donc pas pour lui que Jésus Le Juste, Le Saint, L’Innocent, S’y soumet… mais pour nous et à cause de nous. Car, en entrant dans les eaux du Jourdain, c’est dans la boue de notre misère qu’Il s’immerge, c’est aux misérables que nous sommes qu’Il s’assimile, c’est au fond du trou de notre péché qu’Il nous cherche, annonçant dans le même temps, le jour où Il serait plongé dans notre souffrance et notre mort pour nous en ressortir avec Lui vivant et vainqueur, ce que nous allons célébrer dans quelques semaines avec la semaine sainte, puis à Pâques.

Voilà, Frères, comment Jésus « Yeshoua » est « Dieu Sauveur »… en se faisant « péché pour nous », pour reprendre l’expression un peu énigmatique de St Paul dans ses lettres :

Afin que nous soyons, non plus baptisés dans l’eau, mais dans l’Esprit. (2 Cor. 5, 21)

Être baptisé dans l’Esprit, qu’est-ce que ça veut dire ? Simplement que nous serons, et déjà nous le sommes, plongés dans la vie même de Dieu. C’est l’expérience de l’Église en des circonstances variées, comme celle qu’ont faite les païens de Césarée, après les paroles de Pierre, lorsqu’ils furent tout à coup remplis de l’Esprit Saint, selon le passage de la deuxième lecture.

Être baptisé dans l’Esprit…Pour mieux le comprendre, il suffit de lire ou d’écouter le témoignage de jeunes convertis qui ont vraiment été plongés dans la vie divine, et qui manifestent l’expérience profonde de Dieu qu’ils ont pu faire.
Oui, effectivement, c’est bien cela : au jour de notre baptême, nous avons été baptisés dans l’Esprit Saint, au sens fort, c’est-à-dire immergés dans la Grâce, envahis et submergés par la vie de Dieu, exactement ce qui se passe chaque fois qu’un nouveau-né, ou un adulte reçoit le sacrement du baptême. Oui, le baptême, c’est cela : une plongée dans la vie Trinitaire, c’est-à-dire totalement et pleinement en Dieu.

Frères et sœurs, c’est grand, c’est puissant, c’est fort, et c’est ça notre foi !

Conclusion

Comme il fait bon s’asseoir au bord du Jourdain, écouter avec l’oreille de notre cœur, regarder avec la foi et surtout rendre grâce pour tant de merveilles.

Oui, tout cela est très beau, Frères et Sœurs, cependant, ce que nous avons vécu hier à Noël et vivons aujourd’hui, comme chaque dimanche… ce n’est pas un conte de fée pour endormir les enfants… Non, nous sommes dans la réalité qui une réalité bien plus réel encore que le monde qui nous entoure voué à disparaître.

C’est pourquoi, l’appel que je vous laisse de la part du Seigneur, s’adresse à chacun et chacune d’entre nous, quel que soit sa place …

De cette réalité, qui est aussi Vérité… qu’est-ce que tu vas en faire, aujourd’hui, demain après de demain, les jours, les semaines, les mois qui suivent. Il est si facile d’être distrait, de sortir de l’essentiel, de s’embourber dans le superficiel et finalement, de se perdre.

L’homme, vous et moi, chacun ici et sur cette terre est habité par un mystère inouï, Dieu fait en nous sa demeure, et nous sommes chacun la demeure de Dieu… C’est le message de Noël. Comment ça habite ta vie, comment ça te nourrir, comment ça te fait vivre, comment ça te propulse vers les autres, ta famille, ton entourage, tes amis, tes collègues… ? Et pour cela, quels temps prends-tu, après chaque dimanche pour faire grandir en toi la demeure du Très-Haut. Ce n’est pas seulement en venant une heure par semaine le dimanche, ou plus ou moins une heure selon qu’on arrive après le commencement ou reparte avant la fin. Mais c’est chaque jour, et même chaque instant qu’il faut nourrir et faire grandir notre relation filiale avec Père.

Et chaque dimanche, tu reçois la même parole, le même Seigneur, qu’en fais-tu ?

Pour mesurer le sérieux de cette question, qu’on se rappelle qu’il sera demandé beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. C’est pourquoi, chacun doit se demander : quels obstacles il met au plein épanouissement en lui de la vie divine et donc au témoignage qu’il doit donner aux autres de Dieu, de son Amour, de sa tendresse et miséricorde… témoignage dont il devra rendre compte.

Frères et sœurs, que cette Eucharistie soit pour chacun, vous et moi, le point de départ d’une prière filiale toujours plus vraie et confiante. Qu’il n’ait pas peur de demander au Père la grâce de se livrer chaque instant entièrement à sa présence aimante.

Puisse ce sacrement conduire chacun à se « laisser faire » par Celui qui habite en lui, et veut animer et guider la vie de ses enfants pour leur plus grand bien.

Amen !

Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 42,1-4.6-7.
  • Psaume 29(28),1-2.3ac-4.3b.9c-10.
  • Livre des Actes des Apôtres 10,34-38.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3,13-17.

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait :
— « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit :
— « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. »
Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »

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1 réaction


15 janvier 2014 14:17, par jean-charles

le Baptême du Seigneur : des rives du Jourdain au Gave de Pau …

… : " Au pied des saules frêles qui processionnent le long du Gave , laissons-nous gagner par cette lenteur , cet abandon humble , libre et heureux , qui nous sont transmis par le fil de l’eau.
A la surface irisée , notre regard flotte comme la ligne du pêcheur . Nos pensées ainsi dénouées , en fermant les yeux par moments , nous sentirons en nous un autre fleuve s’écouler, large , sans rives , bien plus puissant et plus clair que le Gave, qui n’offre encore qu’un reflet trop discret de ce courant invisible qui passe en profondeur , nous lave et nous régénère comme dans la vision d’Ezéquiel , emportant toutes les impuretés , les lourdeurs retenues dans nos replis les mieux cachés.

Il n’y a pas de meilleure introduction à la prière que la fluidité de l’eau. Si notre coeur peut déverser aussi ses boues d’orage , ses colères assourdissantes , ses crues dévastatrices , nous sentons bien que le bonheur coïncide avec la paix , et , à travers le fil ininterrompu du flot tranquille , c’est l’harmonie originelle que nous reconnaissons , son mouvement ample à travers nous , sa souplesse , ses scintillements secrets , la transparence de nos pensées les plus claires , toute la vie de l’âme qui nous baigne et nous irrigue.

Marie n’est jamais très loin quand la paix nous fait signe , comme l’onde , vierge et mère tout à la fois , comme s’il ne pouvait y avoir de fécondité que par cette pureté qui nous enfante aux réalités les plus essentielles , c’est elle , en vraie sourcière par sa clarté , par sa lumière tout intérieure , qui ravive les eaux de notre Baptême.

Nous le savons , nous ne prions pas assez, pas assez longtemps pour que le coeur puisse suffisamment s’ouvrir et recevoir cette pluie silencieuse de la grâce qui se déverse à profusion. Nous savons aussi que c’est de l’intérieur que la prière nous transforme et qu’il faut y plonger tout l’homme, comme la chair souffrante dans l’eau des piscines , bain de lumière qui régénère , une immersion dont on renaît plus vrai et plus léger , guéri et purifié. Mais pour cela il faut accepter de descendre davantage dans notre âme , avec persévérance , pour atteindre cette nappe d’eau pure, fraîche , vivifiante , qui nous rendra foire , clarté , vérité. Car il n’y a qu’un pas de l’eau à la lumière.

Purifiée par les sables qui l’ont filtrée , allégée par un long et patient cheminement à travers la nuit noire de la roche , la source qui jaillit porte au jour le signe de l’Esprit qui travaille et se cherche en nous. N’étouffons pas ce flux qui nous vient du dedans , qui grandit à mesure que le coeur s’ouvre et s’élargit. Il y a au fond de chacun de nous , dans l’obscurité de notre chair , une puissance de régénération que la paix de la grotte nous aide à rejoindre. Le silence en est le chemin , le silence du recueillement qui nous rassemble et nous recentre.
C’est à partir de cette profondeur , si nous savons nous y établir , que nous pourrons vraiment renaître et devenir à notre tour fontaine pour le monde.

( d’eau et de lumière : Philippe Mac Leod )

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