Serviteurs de Jésus et de Marie

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Homélie de la Pentecôte

Père Maximilien-Marie - Année C

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« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

Nous voici revenus au temps dit « ordinaire ». Serait-il synonyme de grisaille ? non, le Christ Ressuscité nous invite à garder la joie pascale et à l’apporter au monde : désormais, par le don de l’Esprit, Il habite en nous !

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

Biens chers frères et sœurs,

La Pentecôte est une grande fête, une heureuse fête, et peut-être peut-on se demander si ce n’est pas aussi un peu… la fin des vacances. Un des pères de l’Église appelait le temps pascal « Un grand dimanche »…
Ainsi, nous vivons ce temps pascal comme un temps heureux, un temps béni, où le mal n’a pas sa place, où – autour du Christ - il y a la communauté unie des apôtres. Serait-ce maintenant le retour au lundi, la grise banalité de ce que l’on appelle le temps ordinaire ?…
Il est alors nécessaire de rentrer plus en avant dans ces textes pour mieux connaître cette fête et voir pourquoi nous n’avons pas lieu de perdre courage.

Les fêtes juives revisitées par le Ressuscité :

La première lecture est le magnifique récit de la Pentecôte.
Il faut imaginer Jérusalem grouillant de monde, des foules d’un peu partout qui affluent vers le Temple. Comme Pâques est la fête de la vie qui renaît, la Pentecôte est d’abord la fête de la moisson, depuis les temps les plus anciens. Tout comme on célèbre les semences qui commencent à pousser, cinquante jours après, on fête les récoltes. Ce cycle de la vie est un premier motif de réjouissances.
Il y a aussi une autre signification. La fête de la Pâque était la commémoration de la libération d’Égypte. Le Seigneur ouvre la mer devant son peuple, le libère d’Égypte, fait refluer la mer sur les Égyptiens, puis, un peu plus tard, c’est le don de la Loi au Sinaï qui est reflété par cette fête de Pentecôte.

Aujourd’hui, dans ce même texte, on a cet écho de la théophanie, cette manifestation de Dieu sur le mont Sinaï, ce vent, ce feu, autant d’éléments impressionnants que l’on retrouvait en haut de la montagne.

Enfin, il y a le troisième niveau, avec la Résurrection du Christ, qui constitue la fête de Pâques, l’apparition du Ressuscité durant le temps pascal, avec la joie de Sa présence ; Judas n’est plus là. La Pentecôte est cette force aujourd’hui donnée d’En-haut, ces langues de feu sur les Apôtres.

Quel est donc le grand progrès entre Pâques et la Pentecôte ?

C’est un progrès qui nous invite à ne pas regretter le temps pascal qui est derrière nous. Par le don de la Loi au Sinaï et par celui de l’Esprit, Dieu ne se contente plus d’habiter avec l’homme : il habite en lui !

Les exploits du Seigneur qui ouvre la mer devant les hébreux, qui la referme sur le Égyptiens, qui fait tomber les plaies d’Égypte… est-ce que cela changeait vraiment le cœur des Hébreux, le cœur des hommes ?

Admettons que cela ne changeait pas grand chose… L’Homme restait comme spectateur, se dépêchant de franchir la mer. Il était un peu comme un enfant pour qui les parents mâchent le travail. Mais, désormais, avec la Loi, Dieu veut habiter le cœur de l’Homme.
La finalité du don de la Loi, c’est Dieu qui veut comme s’intérioriser. En donnant ces dix paroles, Dieu se prépare un espace, non plus sur le mont Sinaï, mais dans le cœur de l’homme. Dieu qui veut habiter les cœurs droits et sincères dit une prière.

De même ces apparitions du Ressuscité. C’était bien sympathique, ce barbecue sur la plage, cuisiné par Jésus Lui-même, cette visite aux pèlerins d’Emmaüs qui les console de l’obscurité dans ce jour qui baisse… c’était un grand réconfort !
Mais, dans tout cela, les Apôtres et les disciples ne sont encore que des petits enfants. Jésus les appelle ainsi à plusieurs reprises : signe de tendresse, certes, mais signe aussi qu’il y a encore des bases à consolider pour atteindre la stature adulte.

C’est ce don de l’Esprit qui va donc permettre de franchir une étape. Désormais, Dieu va être en eux par la grâce de l’Esprit, moyennant – bien sûr – la coopération de leur liberté. Et que va faire cet Esprit ? Il va former le Christ en eux. Le Christ qu’ils voyaient sur le rivage ou expliquant l’Ecriture sur le chemin, voilà qu’Il va naître en eux, du plus intime de leur cœur.
Dans la deuxième lecture, Saint Paul utilise cette expression :

Le Christ est en vous. »

Il parlera ailleurs de la plénitude de la stature du Christ que nous devons atteindre.
Oui, chers frères et sœurs, le premier lieu de la manifestation de Dieu, c’est désormais notre propre cœur. Ce Sinaï, c’est notre âme ! Dieu se révèle en moi par l’Esprit ! Et Saint Paul dira émerveillé :

Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.

Dieu demeure en nous par Son Esprit

Voilà quel est le fruit extraordinaire de cette Pentecôte. Alors oui, nous devenons fermes dans la Foi, car il est vain de le chercher au dehors, si nous négligeons de le trouver en nous-même ; et si nous ne faisons pas tout pour édifier cet homme intérieur, nous serons toujours déçu, toujours fragiles, toujours ballottés, à tout vent de doctrine ou de passion. Mais, si l’homme intérieur s’est formé en nous, alors nous acquérons fermeté.
Cet homme intérieur prend plaisir à la Loi de Dieu, nous dit Saint Paul, c’est à dire qu’il s’y attache, qu’il l’aime et qu’il y reste fidèle avec plus de facilité.

Voilà quel est le but de notre vie chrétienne. Et pour cela, chers frères et sœurs, défions-nous de transformer notre vie chrétienne en une simple morale sans mettre le Christ au centre, car c’est l’Esprit qui doit nous former.
Si nous laissons la première place à l’ascétisme - quoi qu’il y ait moins de risques de nos jours ! – ou du moins à la psychologie, aux sciences humaines, à la recherche d’une paix intérieure toute humaine, alors, nous nous égarons.
L’Esprit doit faire Son œuvre en nous, doit faire mourir en nous les œuvres de la chair et nul effort humain ne peut y parvenir.
Si nous restons dans l’humain, nous risquons le plus souvent de nous dénaturer. Et le fruit de cet effort humain, ce sera un résultat bien fragile et bien décevant.

Don Giussani - grand ami de Jean-Paul II, fondateur du mouvement Communion et Libération - était un homme particulièrement lucide sur son époque. Dans les années 50, il regardait la société italienne, incroyablement chrétienne, avec une pratique de près de 70%, des institutions marquées par la foi chrétienne – l’école, l’armée, etc… - repérait pourtant sa fragilité : qu’était tout cela, sinon le fruit d’une morale recouverte d’un vernis de Foi, et dans bien des cas, un simple conformisme social. Par conséquent, tout cela était fragile, parce que le Christ – Son éternité – n’était pas au centre. Et l’effondrement vint quelques décennies après. Car, tout ce que la Grâce n’a pas opéré en nous ne vaut rien, est instable, vain, et parfois même repoussant. Si certains - forts de sciences humaine, de psychologie et de volonté - veulent se forger une personnalité, une petite statue qui leur plaît bien, pourquoi ne pas choisir de la détruire ? Le moralisme, d’une certaine manière, peut ouvrir les portes au nihilisme. Mais, si l’Esprit a édifié le Christ en moi – moyennant ma coopération – alors, pour le monde, je deviens trace mystérieuse de Dieu. Malgré toute ma pauvreté, mon péché, j’exerce sur les hommes une attirance qui n’est autre que celle du Christ qui, élevé de terre, attire en Lui tous les hommes.

Voilà quel est le véritable apostolat auquel aujourd’hui, les Apôtres se livrent, ce véritable apostolat auquel nous sommes tous appelés.
Voilà comment Saint Augustin convertissait les âmes. Rappelons-nous de cet hommes, libre penseur au XIXe siècle, venu à Ars par défi pour prendre des notes et faire un article dans son journal pour révéler toute la crédulité, toute la supercherie de pauvre peuple chrétien à la suite d’un être misérable, ce pauvre curé. Il arrive devant le curé d’Ars, échange quelques mots avec lui, et dit aussitôt :

J’ai vu Dieu dans un homme ! »

Chers frères et sœurs, deux conditions pour laisser l’Esprit faire Son œuvre en nous :

  • La vérité : l’Esprit est appelé « esprit de vérité », c’est le contre pied du mauvais esprit - l’esprit menteur dès l’origine. L’Esprit éclaire réellement ce que nous sommes, les lieux de conversion. Il faut descendre en notre cœur pour voir qui nous sommes, et laisser l’Esprit faire Son œuvre de lumière, de purification, de sanctification. Être ami de cet homme intérieur, ce n’est pas si facile, et souvent, nous voulons fuir… Cette rencontre avec nous-mêmes, en vérité, est la condition de cette nouvelle naissance.
  • La soif : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive », dit le Christ. Prenons garde à nos pays repus, gavés. Le risque est que nous ne sachions plus désirer. Est-ce que je désire cet Esprit Saint. Si je ne le désire pas, il n’accomplira pas ce dynamisme en moi. Si, en revanche, je le laisse opérer, il fera en moi cette transformation, ce désir de ne plus m’appartenir à moi-même… Notre fondateur disait : « L’instant du plaisir, l’instant du sacrifice » ; non pas par masochisme, mais pour dire : « ne vous installez pas, sinon, l’Esprit n’a aucun prise sur vous. ».

Marie a laissé l’Esprit opérer en Elle. Il a façonné Son cœur, Il L’a complètement dépossédée. Alors, Elle a pu concevoir le Fils, Celui qui n’est que don.
Qu’elle nous enseigne aujourd’hui à nous livrer sans résistance à ce feu dévorant.

Ainsi, et seulement ainsi, nous commencerons à aimer.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,1-11.
  • Psaume 104(103),1ab.24ac.29bc-30.31.34.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,8-17.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,15-16.23b-26.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.

Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

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