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Homélie de la Solennité du Christ, Roi de l’Univers

Solennité du Christ, Roi de l’Univers - Année B - Père Pierre-Marie

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 24 novembre 2015
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"Ma royauté n’est pas de ce monde.
Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité."

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

Frères et sœurs bien aimés,

C’est le Pape Pie XI en 1925 qui a institué cette fête du Christ-Roi : que tout soit rassemblé sous le règne du Christ. Et il a institué cette fête pour une bonne raison : faire face au rationalisme triomphant du XIXe siècle et début du XXe siècle. Croire que la raison à elle seule, la déesse raison suffirait à rassasier le cœur humain, à donner au cœur humain sa vraie dimension, sa vraie grandeur. Rappeler la fête du Christ-Roi, c’est d’abord rappeler que nous sommes faits pour Dieu. Et, même si aujourd’hui le rationalisme a singulièrement diminué avec la deuxième guerre mondiale et ses grandes dictatures athées et rationnelles en même temps, fondées sur l’absence de Dieu mais qui se voulaient un progrès, on sait cela où aboutit…

Si nous ne sommes plus dans cette logique du rationalisme, nous sommes dans une autre logique : croire que l’absence de Dieu nous rendra plus proches les uns des autres, cette fameuse laïcité à la française. Et après les attentats que nous avons connus à Paris, le président de l’Association des Maires de France n’a rien trouvé de mieux que de publier un petit livret sur la pratique de la laïcité, et entre autres choses sur la présence des crèches dans les mairies. Le vrai danger des santons de plâtre, voilà ce qui menace la république dans ses tréfonds… !

L’absence de Dieu provoque toutes les formes de radicalisation. On est même à la source ! Parce que si on ne donne pas au cœur humain ce à quoi il aspire, il va le chercher ailleurs, et ailleurs c’est bien souvent dans des chemins douloureux de cette radicalité à laquelle nous sommes appelés, à laquelle l’Évangile nous appelle. Des personnes vont vouloir la chercher dans la violence, dans une forme de martyre aussi. Nous devons être attentifs, parce que n’est-ce pas cette absence de Dieu qui provoque ces grandes souffrances ?

La fête du Christ-Roi vient nous rappeler précisément que «  nous sommes faits pour Toi, Seigneur !  » comme le disait le grand saint Augustin, et que « notre cœur n’a de repos tant qu’il ne demeure en Toi.  »
Interrogeons-nous sur nos sociétés occidentales en général pour voir si elles ne produisent pas comme une forme de lèpre par cette absence de Dieu et par ce matérialisme ! Que met-on à la place, si ce n’est le dieu argent ? On croit toujours en un dieu ! Que ce dieu soit soi-même, ou des formes de plaisir du monde, l’argent, le pouvoir, sa voiture, que sais-je ?

Mais quel est le Dieu qui viendra rassasier notre nature humaine ?

Je suis fait pour Toi Seigneur, et mon cœur n’a de repos tant qu’il ne demeure en Toi …

Rappeler avec force cette nécessité de rendre un culte à Dieu, nécessité de notre présence à la messe dominicale, de rendre ce culte à Dieu publiquement. Cela nous rappelle que nous sommes faits pour le Seigneur. Cela nous rappelle les grandes vérités de l’homme, et ce à quoi il est destiné. C’est Jésus Lui-même qui le dit : « Je viens porter témoignage à la vérité. » Croire qu’éliminer Dieu de la sphère publique, ou le réduire à une dimension simplement privée, ce n’est pas ça la vérité. Comme nation, aussi, nous avons besoin de nous retrouver face à quelque chose de transcendant. Dans le respect des traditions, dans le respect aussi de l’enracinement de chaque peuple. Et il est important pour nous de nous rappeler nos racines judéo-chrétiennes qui font ce que nous sommes. Nous devons tant à l’Église dans notre pays : l’éducation, le social,… Avant que l’État n’assume tout ça, et c’est heureux qu’il le fasse, c’était l’Église qui l’assumait. Les écoles ont grandi à l’ombre des cathédrales.

Je crois que c’est important pour nous. Mais sans durcissement, attention : il ne faudrait pas une contre utilisation de ce que je viens de dire qui serait de mêler politique et religion :

Mon royaume n’est pas de ce monde.

La tentation d’utiliser la religion pour asseoir son pouvoir, comme le firent certains empereurs ou rois, est grande, parce qu’il y a là un levier qui touche le cœur humain qui est extrêmement puissant, il touche jusqu’aux profondeurs de l’être.

À la fois, il nous faut dire que, dans notre vie et dans notre pays singulièrement, ces racines chrétiennes vont être un ciment. Et on voit bien qu’en comparaison à d’autres traditions religieuses on voit tout de suite la différence. _Mais en même temps, on doit reconnaître que ce royaume-là n’est pas de ce monde. Et pourtant nous ne pouvons pas l’exclure. Quand nous disons : « Que ton règne vienne », nous reconnaissons dans le Christ celui qui résume toute chose, celui qui accomplit toutes choses : en Lui, tout fut créé. Nous le croyons. Nous croyons qu’Il est la dernière révélation de Dieu, après l’Ancien Testament, les Prophètes, la Bible, et que tout s’accomplit dans le Christ.

Tout s’accomplit dans le Christ, et c’est ça la vérité. Jésus dit :

Je suis venu rendre témoignage à la vérité.

Jésus le Christ rend témoignage à la vérité sur Dieu et sur l’homme. C’est Lui qui nous redit qui nous sommes. C’est Lui qui nous relance dans ce désir d’absolu. Pas d’absolu à la manière du monde, mais un absolu à la manière de Dieu, c’est-à-dire dans une certaine fragilité. Et ce n’est rien de dire que ce passage qui est choisi pour la fête du Christ-Roi est celui de la Passion, face à Pilate ! Eh bien voilà, là aussi Il est Roi. Et c’est très beau, dans l’Évangile de St Jean, de là où est extrait le passage d’aujourd’hui, de voir que Jésus s’avance vers sa Passion comme un Roi, Il s’avance volontairement vers sa Passion, avec courage, avec force, Il s’avance comme quelqu’un qui va au-devant des autres pour s’offrir Lui-même et réconcilier toute chose. Très belle méditation que cette Passion de St Jean. Rien n’arrête Jésus, depuis qu’il a dit son « oui » au Jardin des Oliviers, jusque dans sa Passion et sa Résurrection.

Cela nous fait du bien d’entendre ça aujourd’hui, de réentendre cet Évangile. Nous avons besoin de Dieu, et de remettre Dieu à sa place dans nos sociétés, de remettre toute chose dans son propre alignement, parce que l’homme sans Dieu est perdu et se prend lui-même pour Dieu. C’est la tentation originelle :

Vous serez comme des Dieu.

Et on voit très bien à travers les grandes idéologies du XXe siècle où cela nous a conduits !
Remettons Dieu à sa place dans nos vies ! Le péché originel a fait qu’en s’éloignant de Dieu l’homme et la femme se divisent, que le sol est devenu un ennemi pour l’homme, que la nature nous est inconnue, qu’il nous faut la travailler avec force et intelligence, que les relations entre personnes humaines (Caïn et Abel) sont abimées, que tout se détruit…

Au contraire, Jésus vient nous sauver, en restaurant tous les liens, en restaurant notre lien avec son Père, Il restaure le lien entre l’homme et la femme, entre les hommes, et avec la nature. Le Saint-Père en a très bien parlé dans l’encyclique Laudato Si. L’écologie est en quelque sorte aussi l’affirmation d’une transcendance, nous aurons à rendre compte de l’utilisation que nous faisons de la nature. Nous sommes les gérants de ce monde, nous n’en sommes pas les propriétaires ! Ce qui veut dire que quelqu’un nous l’a confié. Et qui ? Eh bien, nous, nous croyons que c’est le Père, en Jésus, qui nous confie tout ce que nous sommes, notre propre vie, mais aussi toute la création, pour que nous puissions par l’adoration, par la louange, tout redonner en Jésus au Père. C’est ce retour vers Dieu.

Ce retour est parfois douloureux, comme nous le voyons ces jours-ci, ce retour vers Dieu passe par la Passion. Mais ayons confiance : dans les actes de foi que nous pouvons poser, il y a quelque chose du règne de Dieu déjà qui s’accomplit : le Royaume de Dieu est au milieu de vous, il est déjà là. Et le chrétien vit une forme de tension, de tension intérieure : il voit ce qu’on appelle en théologie «  le déjà et le pas encore  », c’est-à-dire que nous sommes déjà sauvés mais pas encore dans la plénitude. Nous croyons déjà que Dieu règne sur toute chose, mais en même temps nous voyons le mal agir… Mais ce tiraillement est fécond, pour l’intelligence et pour le cœur. Jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous nous sentirons ce tiraillement intérieur.

Demandons au Seigneur avec force et courage, de savoir avancer, de redire par nos actes, par notre attitude de foi, que nous sommes faits à l’image d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen.

Références des lectures du jour :

  • Livre de Daniel 7,13-14.
  • Psaume 93(92),1abc.1d-2.5.
  • Livre de l’Apocalypse 1,5-8.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 18,33b-37.

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? »
Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? »
Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »
Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? »
Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité.
Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

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1 réaction


30 novembre 2015 15:45, par louis motte

bjr si vous voulez une homélie qui décoiffe à ce sujet écouter l’homélie du père Janssens d’il y a 10 jours sur le site de la paroisse st RIEUL à Senlis votre homélie est fort belle comme à l’accoutumée. je pense que l’homme a le psychisme fragile : à la différence du chat qui vous accorde ou vous refuse souverainement ses faveurs, l’homme est mal à l’aise avec lui même et avec le monde : il a besoin de béquilles pour ne pas s’effondrer sur lui même.. quand ce n’est pas Dieu, c’est toujours le pire car il a du mal à assumer sa grandeur pour laquelle il a été crée et qui lui pèse trop. Louis

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