Serviteurs de Jésus et de Marie

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Homélie du 18e dimanche du temps ordinaire

Père Éric - Année C

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Écrire à l'auteur Père Éric 3 août
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« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? »

La prière, remise de nous-même à Dieu dans la confiance, nous décentre de nous-mêmes et vient changer notre regard.

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

Que de familles, même chrétiennes, déchirées pour des questions d’héritage !
Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus appuie sur un point sensible. Mais ce n’est pas pour nous faire mal, c’est pour nous soigner ! Il nous est bon de réentendre cet évangile alors que nous baignons dans un monde très matérialiste.
Voici un petit exemple pour illustrer ce propos : une maîtresse avait demandé à ses élèves d’apporter 3 objets pour dire ce qui les passionnait. Presque tous les enfants avait apporté des billets de banques. Sur toute la classe, seuls 5 enfants n’avaient pas apporté de billets !

Dans l’évangile, ce qui pose problème, ce ne sont pas les biens en tant que tels mais l’attitude qu’ils entraînent en nous si nous n’y prenons pas garde. A un certain moment, l’argent peut hélas déterminer nos attitudes. Il devient un maître et nous ses esclaves.
L’évangile de ce jour peut nous aider à réaffirmer 3 priorités :

  • la priorité de Dieu sur l’argent,
  • la priorité du ciel sur la terre,
  • et la priorité de l’altruisme par rapport à l’égoïsme et l’égocentrisme.

Qu’est-ce qui est premier : Dieu ou l’argent ?

Par sa question – « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » - l’homme de l’évangile donne l’impression d’instrumentaliser Jésus pour régler son problème avec son frère.
Si Jésus répond de façon un peu rude, c’est pour l’aider à bien comprendre que Dieu n’est pas au service de nos affaires temporelles. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas prier Dieu pour les questions temporelles qui nous préoccupent, mais seulement dans la mesure où les priorités sont claires :

Messire Dieu, premier servi ».

Il arrive hélas bien souvent dans notre vie que les choses ne soient pas bien en place, que les priorités ne soient pas dans le bon ordre. Ici l’homme, sans s’en rendre compte, tend à intervertir les moyens et la fin. D’ailleurs, dans sa sagesse, le langage dit bien de quelqu’un qui est riche : « il a les moyens ». Il ne dit pas : « il a la fin, le but ».
Nous sommes appelés à renverser un certain nombre de nos perspectives, un peu comme Marie le dit dans son magnificat.

A un autre endroit, Jésus le dit très clairement :

Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. »
(Mt 6, 24 ; cf. Lc 16, 13)

et il ajoute :

C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez.
La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
(…) Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »
(Mt 6, 24 ; cf. Lc 16, 13)

Cette priorité de Dieu sur l’argent doit se concrétiser dans notre vie. C’est l’un des enjeux du dimanche où l’on doit manifester que Dieu à la première place par rapport au business.
Bien entendu, je ne parle pas des services à la personne.

Il y a aussi tout le domaine de la finance qui s’érige souvent en un dieu (idole) auquel on sacrifie tout, y compris les personnes.

Quelle priorité : la vie sur terre ou la vie éternelle ?

Savoir bien investir : pour du durable, pas pour de l’éphémère. Or, dans notre vie, il nous arrive d’investir beaucoup de forces dans des choses qui n’en valent pas la peine : Vanité des vanités. Quel est le poids d’éternité de ce que nous faisons ? Il ne s’agit pas tant de nos actions en tant que telles, d’un point de vue matériel, que de leur finalité et de la manière dont nous les accomplissons.
Jésus nous invite donc à mieux clarifier nos objectifs, le sens que nous donnons à notre vie. Le problème de l’homme riche de la parabole n’est pas d’amasser des richesses ; Jésus ne lui reproche même pas d’être égoïste. Mais ce propriétaire oublie l’enjeu et le sens de sa vie. Il désire « se reposer », il veut demeurer en paix « pour de nombreuses années ». Est-ce là le but de sa vie ?

Saint Paul nous invite à mettre en premier les réalités d’en-haut. Qu’est-ce que sont ces « réalités d’en-haut », c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise…
Il ne s’agit donc pas de choses d’en-haut ou d’en-bas, il s’agit de conduites, de manières d’agir et de vivre. Il y a des manières de vivre qui sont illuminées par l’amour ; et d’autres manières de vivre qui consistent à assouvir nos besoins immédiats.
Il ne s’agit pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire.

Le psaume que nous avons médité contient en effet la clé de la liturgie de ce jour. Il disait :

« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse. »

Or c’est l’amour seul qui peut vraiment nous combler :

Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants ».

Sans amour, notre vie n’a pas de sens (FC n° 17).

Vivre pour soi ou pour les autres

Le danger des richesses est de nous renfermer en nous-mêmes.
On voit bien que cet homme est pris au piège de son argent : il se parle à lui-même, il perd la connexion avec les autres. De même l’avidité par rapport aux richesses nous ferme à des valeurs relationnelles comme l’amour, la bienveillance, …
La conclusion de la deuxième lecture est éloquente à cet égard :

Alors, il n’y a plus de Grec et de Juif, plus d’esclave, d’homme libre, il n’y a que le Christ : en tous, il est tout » (cf. Ga 3, 26-28).

Cette proclamation de l’unité fondée par le Christ entre les hommes montre par contraste qu’en nous attachant à des futilités, nous contribuons à dresser des barrières entre nous. C’est ce qui se passe entre ces deux frères qui se disputent pour l’héritage.
C’est l’inverser du bonheur comme aimait le répéter Jean-Paul II à la suite du concile :

La personne ne se trouve (ne trouve le bonheur) que dans le don désintéressé d’elle-même » (cf. GS n° 24)

Jésus nous donne un critère décisif : est-ce que tu amasses pour toi-même ou est-ce que tu cherches à être riche aux yeux de Dieu ?
Quelle est la plus grande richesse de l’homme ? Son cœur.
Comme le dit le Pape François

La vraie richesse, c’est l’amour de Dieu partagé avec nos frères ».

En guise de conclusion, je vous propose de prendre le temps de faire le point sur ces 3 priorités dans votre vie :

  • Dieu ou l’argent,
  • le ciel ou la terre,
  • les autres ou soi-même.

Que Marie nous aide à mettre les bonnes priorités et à avoir un cœur grand, un cœur qui aime.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Ecclésiaste 1,2.2,21-23.
  • Psaume 90(89),3-4.5-6.12-13.14.17ab.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3,1-5.9-11.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12,13-21.

En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus :
— « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »
Jésus lui répondit :
— « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
Puis, s’adressant à tous :
— « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »

Et il leur dit cette parabole :
« Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.
Il se demandait :
— “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit :
— “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.
Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit :
— “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”

Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

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