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Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire

Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire

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Écrire à l'auteur Père Éric 9 septembre 2014
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Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire :

Écouter l’homélie :




Frères et sœurs bien-aimés,

parmi les gens qui sont près de vous ici maintenant dans cette chapelle, il y a peut-être votre époux ou votre épouse, des membres de votre famille, des amis, des gens que vous ne connaissez pas, des frères de la communauté… Le fait de savoir s’ils iront ou non au ciel vous préoccupe-t-il ? Vous est-il arrivé de vous en inquiéter : cette personne a une conduite telle que j’ai bien peur qu’elle fasse un stage prolongé au purgatoire, ou bien pire, qu’elle finisse en enfer ? Vous sentez-vous concernés par le sort éternel des gens que vous côtoyez ?

Deux « virus » de notre époque ne nous encouragent pas à ce souci du bien des âmes.

  • D’une part, notre société matérialiste nous incite à nous soucier beaucoup plus de notre bien-être corporel et terrestre que du bien de notre âme, de notre être pour l’éternité.
  • D’autre part, nous avons été formés dans une forme d’individualisme religieux : je m’occupe du salut de mon âme ; je ne m’immisce pas dans les affaires spirituelles des autres car c’est leur vie privée.
    Ainsi, je voudrais relever seulement deux choses dans l’évangile de ce jour : d’abord, qu’en est-il de mon souci du salut des autres, de mes frères ? Et ensuite : comment m’y prendre pour pratiquer la correction dont Jésus nous parle dans l’évangile ?

Qu’en est-il de mon souci du salut de mes frères ?

Le passage d’évangile de ce jour est d’abord un antidote à notre individualisme religieux. Nous sommes dans le chapitre 18, que saint Matthieu dédie à la communauté des disciples de Jésus. Il y consigne différentes paroles de Jésus concernant la vie communautaire. Vous savez comme la notion de peuple de Dieu est importante dans la Bible : on ne se sauve pas tout seul.

D’autre part, lorsque Jésus parle de correction fraternelle, il ne dit pas : « si ton frère t’énerve, vole-lui dans les plumes ! ». Si vous allez voir dans les notes de votre Bible, il est dit : « la précision ’contre toi’ (si ton frère vient à pécher contre toi) ajoutée dans de nombreux manuscrits semble à rejeter. Il s’agit d’une faute grave et publique qui n’est pas nécessairement contre celui qui la corrige ». Ce qui m’incite à corriger mon frère, ce n’est pas le fait qu’il m’énerve mais le fait qu’il pèche, c’est-à-dire qu’il se sépare de Dieu, qu’il prenne de la distance à l’égard de Dieu.

Vous savez peut-être que, la nuit, saint Dominique réveillait quelquefois ses frères par ses cris. Qu’est-ce qui était à l’origine de ces cris ? Des cauchemars ? Non : le souci qu’il avait du salut des hommes :

Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ?

Et nous pourrions ici prendre une multitude d’exemples à commencer par saint Paul, ou saint Antoine avec le petit cordonnier d’Alexandrie, qui ne dormait pas car il se souciait du salut des autres…
Nous sommes bien aux antipodes d’une forme d’individualisme et nous sommes principalement préoccupés par notre salut personnel.

Nous devons bien reconnaître qu’il est facile de nous indigner, de nous scandaliser, de reprocher et de répandre aux quatre vents les fautes du prochain. Mais il nous est difficile d’aller voir notre frère, en frère, pour le corriger selon la méthode et l’esprit que Jésus nous propose dans l’évangile.
Et cela ne date pas de Jésus, car dès le livre du Lévitique, Dieu dit très explicitement à son peuple :

Tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui. (Lv 19, 17)

Tu es responsable de ton frère. Tu ne peux pas dire comme Caïn : « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Voilà ce qui est important dans cet évangile : Jésus ne souhaite pas que nous soyons des étrangers les uns aux autres, que nous soyons indifférents.
Voyons maintenant comment rentrer dans cette démarche de correction fraternelle qui n’est pas très simple….

Comment Jésus nous invite à faire cette correction fraternelle ?

Le qualificatif employé est extrêmement important : cette correction est… fraternelle.

La fraternel implique un certain rapport d’égalité

Jésus ne nous invite pas à nous poser en redresseurs des torts. Pour faire cette correction, nous sommes invités à nous situer en frères, pas en nous mettant sur un piédestal. En m’approchant du frère qui file un mauvais coton, je ne prétends pas être irréprochable et au-dessus de toute critique. Je sais que j’ai moi aussi été atteint par la morsure du péché ; je suis un pécheur pardonné. Je ne suis pas forcément meilleur et je dois me rendre accessible moi-aussi aux corrections (sinon, je cours le risque de vouloir enlever la paille dans l’œil de mon frère alors que j’ai une poutre dans le mien).

La fraternité indique aussi un certain lien avec l’autre

Je ne m’adresse pas à un étranger mais à un frère, car je suis concerné par son péché ; son mal est aussi le mien. Nous sommes solidaires. En effet, nous sommes tous les deux en voyage, sur la même route. Quand vous voyez quelqu’un qui se trompe de chemin, en particulier si c’est quelqu’un de proche, allez-vous lui dire : « c’est ton problème ! » ?
Le véritable amour est exigeant : quand on aime réellement quelqu’un, on ne le laisse pas faire n’importe quoi ; il y va de « l’assistance à personne en danger ». Il y a des beaux passages dans la Parole de Dieu à ce sujet, dans le livre des Proverbes :

« Mieux vaut une réprimande ouverte qu’une amitié cachée. Les blessures d’un ami sont inspirées par la fidélité, mais les baisers d’un ennemi sont trompeurs. (Pr 27, 5-6)
« Le frère aidé par son frère est comme une ville forte. » (Pr 18, 19)

L’un des reproches majeurs de Jésus aux pharisiens (pharisien signifie « séparé ») est justement de se désolidariser des autres. Un jeune avait un jour une image très évocatrice : il se voyait en train de monter une échelle, voulant être le premier. Et pour cela il appuyait sur la tête de ceux qui voulaient monter avec lui. Cela avait un double effet : en même temps qu’il les renvoyait vers le bas, il se propulsait vers le haut. N’est-ce pas là la façon de faire d’un Pharisien, qui se considère au dessus d’un Publicain ?
Mais ce n’est pas là le projet de Jésus sur nous : l’accès au ciel n’est pas un concours car Dieu veut sauver tous les hommes ; il ne veut en perdre aucun ; Jésus a offert sa vie pour tous. Cela ne veut pas dire que tous seront sauvés : l’Enfer est une preuve de Son amour, car, justement, Il ne nous obligera pas… Pour Jésus, nous en sommes pas des étrangers. On ne se sert pas des autres pour montrer que l’on est meilleur, mais au contraire, on s’aide à monter ensemble.

La fraternité est empreinte de douceur

Le reproche fraternel implique une certaine douceur, un certain respect, qui n’exclut pas la fermeté pour autant (cf. 2 Tm 2, 25 et Ga 6, 1-5). Il est bon de voir la trajectoire de ma correction.

  • D’où vient-elle ? Sa source est-elle ma colère, mon ressentiment, ma frustration, mon égoïsme, mes blessures ? Est-ce que je ne fais pas une correction pour décharger mon insatisfaction ou ma colère. Non, son origine doit être l’amour que nous avons pour ce frère.
  • Et où va-t-elle ? Son objectif n’est pas de détruire l’autre, de le casser, mais bien de l’aider. Ce lien de fraternité avec l’autre implique donc de commencer par discerner ce qu’il est bon de dire au frère en étant attentif au point du chemin où il se trouve. D’ailleurs, dans le mode indiqué par Jésus, il y a une gradualité. C’est différent de ce qui se pratiquait à Qumran où la correction était beaucoup plus brutale, il n’y avait pas plusieurs étapes. Ici, on laisse à l’autre le temps de changer, avec patience.
    Saint Césaire d’Arles a une remarque très éclairante :

    Reprends-le seul à seul : sois plein de ferveur pour le corriger, mais épargne son respect humain. Car la honte pourrait l’inciter à défendre son péché ; et celui que tu veux rendre meilleur, tu le rendrais pire…

Frère Roger de Taizé disait aussi, dans l’idée de préserver l’amour propre de l’autre :

Il faut la réconciliation sans l’humiliation

Nous savons bien ce que nous éprouvons lorsque l’on nous fait des reproches…

Ainsi, l’évangile de ce jour se termine par cette remarque :

Si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.

Cela fait référence aux deux ou trois témoins dont parle l’évangile un peu plus haut : il ne s’agit pas de parler contre, mais bien de s’unir pour ce frère, pour le sauver, le tirer d’un mauvais pas, en faveur de celui qui s’égare…

En conclusion, je vous propose – dans la prière – de voir s’il n’y a pas dans votre entourage quelqu’un qui ne va pas bien d’un point de vue spirituel, si ce frère a commis un péché qui touche sa relation avec Dieu, qui se détruit. Cela vous semblera plus ou moins apparent, selon les cas. Commencez alors par le porter dans la prière. Il ne s’agit pas de se précipiter, au risque d’être maladroit. Vous discernerez ainsi ce que Dieu vous inspire pour l’aider à se rapprocher de Dieu, pour l’avertir aussi – « tu vas te faire du mal, et je voudrais t’aider à éviter cela ».
Ainsi, toujours dans la prière, de demander au Seigneur ce qu’il nous invite à faire, à discerner si cela est opportun, et à faire une démarche à l’égard de cette personne, pour l’aider à se rapprocher de Dieu,

Amen !

Références des lectures du jour :}}}

  • Livre d’Ézéchiel 33,7-9.
  • Psaume 95(94),1-2.6-7ab.7d-8a.9.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 13,8-10.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18,15-20.

Jésus disait à ses disciples :

« Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.
S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.

Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Encore une fois, je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

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