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Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire

Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire - Année A

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 24 septembre 2014
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Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire - Année A :

Écouter l’homélie :




Pourquoi êtes-vous restés là toute la journée sans rien faire ?
Parce que personne ne nous a appelés, personne ne nous a embauchés.

Frères et sœurs, on peut faire une première lecture de cette parabole dans le sens de l’Evangélisation. Le Seigneur qui est le maître de la vigne – on le reconnaît ainsi – appelle d’abord ceux qui sont plus disponibles, plus proches, ceux qui ont le courage de négocier : on le voit bien :

Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce d’argent pur la journée.

On peut donc supposer qu’il y a eu une forme d’accord avec ceux qui étaient les plus disponibles et les plus proches géographiquement, spirituellement. Et progressivement, il y avait tellement de travail à la vigne qu’Il en appelle d’autres, et encore d’autres.
Mais certains disent : « Personne ne nous a embauchés, personne ne nous a fait signe ».

Pour ce qui est de l’évangélisation :

Ainsi, je trouve qu’une première lecture de cette parabole pourrait être cette dimension d’évangélisation à laquelle le pape François nous appelle : « Allez vers les périphéries existentielles, allez vers celles et ceux qui ne pensent pas pouvoir apporter quelque chose. ».

Savez-vous que dans l’histoire de l’Abbé Pierre, il y a eu quelque chose de très fondamental au début de la fondation d’Emmaüs ? Il est parti du principe que les personnes fragiles peuvent apporter quelque chose. Ce ne sont pas des personnes assistées qui ont besoin que l’on fasse à leur place ; eux aussi peuvent apporter un petit peu. Et cette tradition s’est perpétrée jusqu’à maintenant : les Compagnons sont invités à participer à l’œuvre de l’association.
Et je trouve que, de ce point de vue là, nous manquons de zèle, nous sommes plutôt prompts à appeler à ceux qui sont déjà dans le sérail, favorables au club, que l’on voit régulièrement les dimanche à la paroisse, les plus proches, celles et ceux que l’on a sous la main.
Car, il est vrai qu’il y a beaucoup de besoins immédiats, et que l’on a peut-être pas le temps ou l’idée d’en appeler d’ autres… Mais, il est important de se rappeler que l’évangélisation, c’est aussi appeler d’autres à faire partie de l’Église, à participer, à être membres, en leur disant qu’ils ont quelque chose à donner et qu’ils sont riches de ce qu’ils peuvent donner.
Au fond, on peut en vouloir à celui qui ne me demande jamais de donner…

Ainsi, il y a une progression. Alors que les premiers avaient négocié, les suivants font confiance dans la parole humaine, qu’on va leur donner ce qui est juste. Et les troisièmes ne demandent rien. Sans doutes, ne s’y attendaient-ils absolument pas à ce qu’on les appelle. Et tout surpris, pleins de gratitude, ils vont à la rencontre du Seigneur.

Voici une première lecture de ce texte.
Mais, s’agit-il vraiment de différentes personnes, ou s’agit-il d’une seule et même personne appelée à des âges différents, à des étapes de vie spirituelle et relationnelle différentes ?
J’aime avoir aussi cette lecture de la parabole.

Lorsque cette parabole nous parle de notre propre vie :

Au début, quand on commence une relation amoureuse, une relation matrimoniale, on est beaucoup dans le « donnant-donnant », on attend de l’autre qu’il puisse répondre à notre appel : « Est-on bien d’accord sur ce à quoi on s’engage, est-ce qu’on a les mêmes valeurs… » et c’est ce que l’on vérifie quand on accompagne les fiancés : qu’il y ait une réciprocité, que ce n’est pas une relation d’aide entre les fiancés, sans quoi cela ne conviendrait pas.
Et en ce qui concerne la vie spirituelle et la vie religieuse, on a aussi cette attitude : on aime que le Seigneur réponde, que la communauté réponde. Et l’on est dans un sorte de marchandage : on se « met d’accord » sur une pièce d’argent.

Et puis, la vie avance : la vie matrimoniale, la vie religieuse, paroissiale, sacerdotale, la vie de Chrétien. Et l’on sent qu’il y a d’autres appels qui sont lancés. Mais ceux-là sont plus flous, ou en tous les cas, on en a déjà fait l’expérience, et l’on se met d’accord sur ce qui est juste. Et la définition de la vertu de justice, c’est bien de rendre à chacun selon ce qui lui est du. Et l’on comprend bien la colère de celui qui dit : « Tu donnes à celui qui arrive en dernier la même chose qu’à nous qui avons supporté le poids du jour ! ». C’est une forme d’injustice en rapport avec la justice distributive : par exemple, mettre à tout le monde la même note à un examen est fondamentalement injuste, car tout le monde n’a pas réussi de la même manière. Et donner un même salaire à des personnes qui n’ont pas travaillé le même nombre d’heures est objectivement injuste.

Mais le Seigneur veut nous emmener plus loin que cela encore. Et les ouvriers de la dernière heure, ceux en nous qui n’ont pas été embauchés, cette partie de nous-même – en restant dans cette analogie que c’est à une seule et même personne à des âges différents que s’adresse la parabole – il y a des moments dans noter vie où nous sommes amenés à donner sans attendre de retour. De fait, dans le dialogue suivant entre les ouvriers et le maître, il n’est ni question de justice, ni question de négociation :

« Personne ne nous a embauchés »
« Allez vous aussi à ma vigne ! »

Et c’est bien parce que l’on y va dans la confiance qu’il y a une surabondance : ils reçoivent la même chose que ceux qui avaient négocié. Il y a une fécondité dans la vie de ceux qui font confiance au Seigneur et qui rentrent dans un amour désintéressé.
De même dans la vie matrimoniale, dans la vie religieuse, sacerdotale, paroissiale, il arrive un moment donné où on lâche prise, parce qu’il y a eu des étapes où on a négocié, tempêté, montré du désaccord – et c’est normal dans un couple, une communauté ou une paroisse – c’est le cas dans toute vie de Chrétien.
Il s’agit là d’un cap intérieur où on se laisse entraîner aussi à la vigne du Seigneur : « j’y vais sans négocier, dans la confiance, dans une forme de lâcher prise ».

Ne n’est certes pas si simple, mais ce lâcher prise va être la source d’une grande fécondité pour notre vie, d’une grande largesse de la part du Seigneur, puisqu’il donne la même chose qu’à ceux qui ont négocié.

Oui, frères et sœurs, dans nos communautés respectives et dans nos mouvements, il est important que nous soyons attentifs à ces étapes de vie spirituelles. En nous-même, dans nos relations amoureuses, familiales, dans nos relations communautaires et paroissiales, il est important que nous soyons attentifs à la progression qui va de la négociation à l’abandon, allant du donnant-donnant à l’accueil d’une parole : « Allez vous aussi à ma vigne ! ».

Ainsi, il est bon de nous rappeler que le Seigneur nous envoie tous, et que dans une vie, il y a plusieurs appels. Bien entendu, le premier appel est l’appel à vivre, et à naître, tout simplement – et nous croyons qu’il n’y a pas de vie sans vocation et il n’y a pas de vocation sans mission. Que nous soyons déjà engagé dans la vie matrimoniale, sacerdotale ou religieuse, il y a encore d’autres appels qui sont lancés, car le Seigneur a toujours besoin de nous envoyer à Sa vigne. Cette vigne a toujours besoin d’être travaillée : ceux qui connaissent bien le monde viticole savent qu’il faut constamment y revenir !
J’avais visité les vignes de Sauternes, et c’est pratiquement grain par grain que l’on ramasse le raison dans ce vignoble. Il faut parfois passer 10 fois dans l’année dans le même rang de vigne, et pour cela, le prix de ce vin en a quelques conséquences, car cela demande bien du travail !

Nous-mêmes, à différentes époques de notre vie, nous sommes invités à différents services, ou tout simplement à un abandon. Et dans une vie d’homme, religieuse, ou sacerdotale, peut arriver le moment de la fragilité : « Personne ne nous a embauché », sans doutes parce que nous sommes âgé, malade, nous ne sommes pas dans l’efficacité de la première heure, comme ceux qui se sont levés à 6 heures du matin, pimpants et fringants… nous sommes alors invités à la fécondité dans cette fragilité dans les dernières heures de notre vie.
Nous qui avons accompagné notre Père Jean dans ses derniers moments – nous avons célébré la messe de funérailles hier matin – nous avons vu, alors qu’il était tout à fait dépendant de ceux qui l’entouraient, il servait à la vigne du Seigneur aussi, d’une autre manière : il était appelé à la confiance.
Et nous-mêmes ? où donc en sommes-nous de ces appels, de l’attention à l’appel du Seigneur, où en sommes-nous de l’intensité du lâcher prise – ce n’est pas d’un seul coup que cela peut s’opérer, ce serait trop simple.

Père Jean, qui a été mon maître des novices comme d’un certain nombre de frères, disait :

Quand on arrive dans la vie religieuse, on se donne comme ça, « en gros », en tout. Et ensuite, on se reprend au détail…

« Non, je ne veux pas faire ceci ou cela. » On commence à négocier..
Ce premier amour, quelle qu’en soit la forme - dans la vie matrimoniale ou consacrée – cet amour auquel nous sommes appelés à répondre, puissions-nous le faire progresser jusqu’à une totale confiance : « Allez vous aussi à ma vigne !… »

Amen !

Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 55,6-9.
  • Psaume 145(144),2-3.8-9.17-18.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 1,20c-24.27a.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 20,1-16a.

Jésus disait cette parabole :

« Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce d’argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.

Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit :
’ Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. ’
Ils y allèrent.

Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.

Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :
— ’ Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? ’
Ils lui répondirent :
— ’ Parce que personne ne nous a embauchés. ’
Il leur dit :
— ’ Allez, vous aussi, à ma vigne. ’

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant :
’ Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. ’
Ceux qui n’avaient commencé qu’à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’argent.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’argent.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
— ’ Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur ! ’
Mais le maître répondit à l’un d’entre eux :
— ’ Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ?
Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? ’

Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

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