Serviteurs de Jésus et de Marie

Serviteurs de Jésus et de Marie

Rendez vous

Accueil > Nous découvrir > Homélies dominicales > Homélies de l’année B - 2014/2015 > Homélie du 28e dimanche du Temps Ordinaire

Homélie du 28e dimanche du Temps Ordinaire

28e dimanche du Temps Ordinaire - Père Maximilien-Marie

Imprimer
Écrire à l'auteur Père Maximilien-Marie 15 octobre 2015
123451 vote(s)
réagir


« Vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite »…
Quelles sont les richesses qui peuvent nous séparer de Dieu ? Par quel mécanisme celà se produit-il, et comment y remédier ?

28e dimanche du Temps Ordinaire - Année B - Père Maximilien-Marie

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

« Il s’en alla tout triste parce qu’il avait de grand biens ».

Chers frères et sœurs,

aujourd’hui, ce jeune homme s’en va tout triste : il n’a pas pu suivre le Christ. Sans doutes, il aurait voulu, d’où sa tristesse. Mais, il n’en a pas été capable. Pourquoi ? C’est parce qu’il est riche. Il peut même tout acheter – d’une certaine façon – jusqu’à la vie éternelle !
Mais, frères et sœurs, la richesse en soi n’est pas un obstacle. Bien d’autres dans l’Évangile étaient riches et ont suivi le Christ. Pensons à Matthieu, dit Lévy, le collecteur d’impôts, celui qui devient apôtre puis évangéliste, et l’on sait bien que les publicains étaient réputés pour en demander toujours un peu plus à leurs contribuables, pour se faire une petite fortune au soleil…
Cependant, le Christ arrive. Matthieu est en train de compter ses sous. Jésus lui dit : « Suis-moi » et aussitôt, Matthieu le suit. La richesse ne l’a pas retenu.

Pourquoi donc aujourd’hui notre jeune homme se retrouve paralysé quand Jésus lui parle ?
C’est que, en réalité, s’il lâche ses richesses, il n’a absolument rien à mettre à la place. Il est comme en face d’un grand vide. Il entre dans une espèce de panique. Il est incapable de comprendre que Jésus peut occuper cette place dans son cœur qui, pour le moment, est occupée par la richesse. Pour lui, c’est vrai, Jésus est un bon maître de morale, un grand rabbi, très estimable. Mais, il ne sera pas le bien de son cœur. A la place de son cœur restera son portefeuille et non le visage du Seigneur.

Ce que nous montre ce jeune homme c’est que, parfois, ce sont les richesses qui nous possèdent. C’est là qu’entre dans le cœur comme une sorte de vice : l’amour de l’argent. Et le cœur devient semblable à ce qu’il aime, incapable de goûter autre chose que les biens de la terre, les biens finis, les biens de ce temps.

D’une certaine façon, ce jeune homme a perdu - ou n’a jamais eu, le sens de Dieu, en tous les cas jusqu’à aujourd’hui. Il a perdu ce sens de Dieu comme d’autres perdent le sens de la vue, de l’ouïe. Pour le dire d’une autre façon, ce jeune homme, par son attachement, a tué en lui-même quelque chose d’important nommé Espérance. L’Espérance est cette capacité d’être heureux d’un autre bonheur que celui de la terre. Platon nous parle d’un personnage qui, trop attaché aux biens de la terre, se transforme en arbre. Il fait pousser ses racines dans le sol et est incapable d’avancer, de se déplacer. Tel est notre jeune-homme aujourd’hui : il ne fait pus qu’un avec la terre.

Frères et sœurs, cela est d’une terrible actualité. Comment tuer l’Espérance dans un pays, dans une civilisation ? En y infusant cet amour de l’argent, cet amour de « ses aises », en se laissant gagner par l’esprit de consommation. Tel est le cas de notre Occident.
Tant de jeunes et d’enfant dont la chambre n’est plus assez grande pour contenir tous leurs jouets ou les cadeaux reçus. Tant de choses dont, aussitôt, on se lasse une fois qu’on les a essayées ; tant de tristesse aussi.

Par contre, quiconque a voyagé un tant soit peu en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud – ou ne se vit pas seulement la misère mais aussi une vraie pauvreté pleine de sagesse, quiconque a fait de tel voyages est à jamais marqué par des sourires, notamment ceux des enfants que jamais, ou très rarement, il retrouvera dans des pays plus riches.

Frères et sœurs, la joie de l’Occident agonise sous sa richesse. Et nous sommes tous fils de notre civilisation.

Il nous faut donc la récupérer, cette joie de l’Espérance, cette capacité de nous réjouir d’un bonheur de l’autre monde, d’un bonheur qui vient de Dieu, d’un bonheur qui ne plonge pas ses racines dans le visible et l’immédiat. Et, pour cela, il faut accepter qu’il y ait un espace – parfois un peu désagréable, voire douloureux, mais nécessaire – entre nos désirs et leur satisfaction, un espace qui permette que se développe en nous une vraie spiritualité.

Il faut entrer dans un esprit de détachement. Notre fondateur, le Père Lamy, nous disait :

Coupez-vous toujours de quelque chose !

Il faut avoir le courage de regarder en nous cette pente à posséder, à jouir de l’immédiat, le courage de différer, peut-être, tel achat superflus, de se séparer, aussi, de ce qui n’est pas utile, vivre d’une certaine sobriété, d’accord avec notre état de vie.

Lorsque j’étais enfant, à chaque Noël, mes parents nous proposaient de donner à une association le plus beau jouet, ou en tous cas, un jouet que nous aimions, pour les enfants qui n’avaient rien à Noël.
Ces petits exercices de libération du cœur, ne les réservons pas seulement aux enfants. Regardons nos placards dans nos maisons, ce qui n’est pas indispensable, et allégeons-nous. Pensons aussi à la course en avant pour les moyens de communication, et mettons un point d’arrêt à un processus que nous en maîtrisons pas. La fièvre consumériste qui se déguise toujours de mille et uns prétextes.
La joie est à ce prix, la joie profonde, la joie qui transfigure, et cela aussi pour les maisons religieuses. La grande Sainte Thérèse d’Avila, à la suite de certains accommodements de ses couvents, certaines facilités de confort qui s’étaient introduites disait, dépitée :

On nous vole notre chère pauvreté.

Et on pourrait rajouter : on nous vole là notre joie.
Chers frères, le détachement ne suffit pas, parce que nous avons pas simplement à être des ascètes austères, pleins de leurs détachement. Ce serait une façon d’être riches, non plus de notre richesse, mais de notre détachement. Non. C’est la présence de la vie éternelle au cœur de nos vies – c’est à dire : la grâce – qui détache notre cœur, et qui le tourne vers Dieu, ce que nomme sagesse et intelligence la première lecture.
Voilà pourquoi il faut supplier que nous soit donnée cette sagesse, comme Salomon l’a fait :

J’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée.

Intelligence qui nous donne de voir immédiatement toute chose dans une perspective d’éternité. Cet esprit de sagesse, cette grâce, c’est Dieu qui s’introduit dans notre cœur, c’est Dieu qui devient notre bien le plus intime. Alors, de ce bien infini, bien sûr, tout est remis à sa place.

À côté d’elle, j’ai tenu pour rien la sagesse.
À côté d’elle, tout l’or du monde n’est qu’un peu de sable.

Frères et sœurs, voilà quel est l’effet de la grâce en nous ! Voilà pourquoi il faut supplier pour qu’elle nous soit donnée. Voilà ce qui nous permet de nous réjouir de Dieu : c’est la prière. Elle nous permettra de retrouver la saveur de Dieu.
Par la prière, nous entrons « dans Son monde », et nous sommes comblés, comme par anticipation, des joies qu’un jour nous goûterons dans l’Éternité.

Paul VI disait cette phrase magnifique à propos du peuple de Dieu :

Les Chrétiens doivent habiter le présent comme s’ils revenaient de l’avenir, cet avenir qui nous donnera la plénitude des biens du Ciel, l’absolue satisfaction de nos désirs les plus profonds et les plus légitimes, mais surtout, cette amitié avec Dieu qui nous comblera tout entier.

Penser au Ciel, cela libère aussi notre cœur.

Une dernière chose : nous avons besoin de quelqu’un qui nous aide à nous détacher, qui nous aide à déterminer ce qui nous encombre, telle possession te paralyse ; et, bien sûr, cela peut-être autre chose que des biens matériels : tel désir d’avoir toujours raison, telle volonté de briller, tel plaisir auquel tu renonces difficilement, et qui te freine.
Tout cela t’empêche de suivre le Christ.

Il nous faut donc un regard bon et lucide qui se pose sur nous pour faire le ménage en nous-mêmes. C’est le regard même de Jésus sur le jeune-homme riche : Il le regarde, Il l’aime, et en même temps, Il lui dit :

Une seule chose te manque…

Il a saisi toute de suite son défaut.
Laissons donc ce regard de Jésus se poser sur nous. Et, comment le fait-Il ? Il le fait par Sa parole, celle qui est vivante, énergique, coupante – comme le dit la deuxième lecture – comme Jésus a pu l’être, avec bonté et douceur, avec ce jeune-homme riche, car cette parole pénètre au plus profond de l’âme. Et Jésus sait ce qu’il y a dans l’homme.

Frères et sœurs, cette parole est LE grand instrument de discernement. C’est elle qui nous lit, qui nous déchiffre, comme on déchiffre parfois un parchemin difficile, parce que notre cœur est compliqué et malade.

Elle est cette grande force de purification :

Vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai dite.

Chers frères et sœurs, fréquentons-là assidûment. Ayons l’habitude, chaque jour, de retenir ne serait-ce que quelques mots : ils nous habiteront, qui nous donneront quelque chose de l’autre monde et qui nous détacheront de la terre. Elle nous montrera là où nous devons céder. Elle nous consacrera à Dieu.
Alors, nous deviendrons son bien, la vie éternelle finira par nous posséder et nous envahir.

Demandons tout cela à la Vierge-Marie, la « toute sainte ».

Amen !

Références des lectures du jour :

  • Livre de la Sagesse 7,7-11.
  • Psaume 90(89),12-13.14-15.16-17.
  • Lettre aux Hébreux 4,12-13.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10,17-30.

En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda :
— « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit :
— « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »
L’homme répondit :
— « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »

Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit :
— « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples :
— « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit :
— « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »

De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux :
— « Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et dit :
— « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus :
— « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara :
— « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »

+ Répondre à cet article