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Homélie du 5e dimanche après Paques - Solennité de Sainte Jeanne d’Arc (Forme extra)

Père Laurent-Marie - Forme extraordinaire du rite romain

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Écrire à l'auteur Père Laurent-Marie 12 mai 2015
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Homélie du 5e dimanche après Pâques - Solennité de Sainte Jeanne d’Arc, patronne de la France
Père Laurent-Marie (dimanche 10 mai 2015)

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. »

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

Mes bien chers frères,

Nous interrompons donc la célébration des dimanches du temps pascal pour la solennité de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France et fête nationale depuis la loi du 10 juillet 1910, faisant du deuxième dimanche de mai la fête de Jeanne d’Arc et du patriotisme, et ce quelques mois après la canonisation de notre sainte nationale.

Je rappelle quelques éléments de sa courte biographie : Jeanne d’Arc est tout à la fois une sainte et un destin. Comme saint Louis, sa vie nous est connue par un certain nombre de documents irrécusables, comme les pièces des deux procès : celui devant le tribunal ecclésiastique qui devait la condamner en février-mars 1431 et le procès de réhabilitation qui se déroula entre 1452 et 1456.

Lorsque Jeanne naît, sans doute en 1412, la guerre fait rage entre les deux royaumes de France et d’Angleterre depuis 1337 (avec cependant de nombreuses trêves). Pour de délicates questions de succession, le roi d’Angleterre Edouard III, qui avait déjà des possessions sur le continent, revendique le trône de France. Cette Guerre s’accompagna d’une guerre civile (lutte entre Armagnacs et Bourguignons) sans compter les ravages de la Peste Noire qui, en trois vagues successives, balaya un tiers de la population de la chrétienté. Au début du XVe siècle, le roi de France Charles VII (1403-1461) est replié sur Bourges : la Bretagne, la Normandie, les Flandres, l’Artois, la Picardie, la Champagne, la Bourgogne, la Guyenne sont sous influence ou sous domination anglaise.

Jeanne naît à Domrémy, dans un village du duché de Lorraine. Fille de paysans aisés, elle entend des voix du Ciel qui lui enjoignent de se porter au secours de la ville d’Orléans, sur la Loire, après avoir rendu hommage à Charles VII, le petit roi de Bourges. Elle arrive à convaincre Robert Baudricourt, Seigneur de Vaucouleurs, de lui prêter cheval et escorte. Elle traverse tout le royaume pour rencontrer le roi à Chinon. Après avoir été examinée par des théologiens à Poitiers, elle se voit confier un corps d’armée. Elle prend la direction d’Orléans, alors assiégée par les Anglais. Cette ville constitue un verrou stratégique sur la Loire. Si la ville tombe, le roi perdra le dernier rempart le protégeant. Or la ville est reprise aux Anglais le 8 mai 1429. Par une série de victoires, toutes les villes du Val de Loire sont libérées et la route de Reims est dégagée. Charles VII est sacré dans la cathédrale le dimanche 17 juillet 1429.

Jeanne est alors avertie par ses voix qu’elle n’en a plus pour longtemps. Elle reprend cependant la tête de l’armée et cherche à gagner Paris, mais elle échoue devant la capitale et doit se replier en Picardie. Le 22 mai 1430, elle est faite prisonnière devant Compiègne. En décembre de la même année elle est transférée à Rouen pour y être jugée par un tribunal ecclésiastique. Les séances du tribunal d’inquisition présidées par l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, prélat entièrement dévoué à la cause anglaise, se déroulent en février-mars 1431. Le 24 mai Jeanne renonce à porter l’habit d’homme et à sa mission, non sans avoir fait appel au seigneur pape. Cependant elle est remise dans une prison militaire alors qu’elle aurait dû être placée dans une prison ecclésiastique. Elle reprend alors l’habit d’homme pour se protéger de ses geôliers. Relapse, elle est condamnée à mort et brûlée vive à Rouen le mercredi 30 mai. Réhabilitée en 1452, un an avant la victoire définitive sur les Anglais, elle est béatifiée puis canonisée au XXe siècle.

Vous l’aurez donc bien compris, mes bien chers frères, la vocation et le destin de Jeanne d’Arc doivent être pour nous tous une grande source d’espérance et de confiance. C’est ainsi que l’ont perçu ses contemporains, comme le note l’historienne Régine Pernoud. Sa vocation est de faire jaillir la nouveauté de l’espérance : « Jeanne la Pucelle apparaît bien telle désormais aux yeux des populations, lorsqu’elle quitte Poitiers. L’intérêt étonné qu’on lui porte s’est mué en une sorte de dévotion, le mot n’est pas trop fort. Certes on attend qu’elle ait été mise à l’épreuve – cette épreuve qu’elle demande et qui sera l’action militaire : la libération d’Orléans -, mais déjà c’est une sorte d’aura respectueuse qui l’environne ; elle personnifie désormais l’espoir – l’unique espoir au dire des témoins du temps – que le royaume en détresse ne peut plus attendre que de Dieu. »

Quelques années auparavant le poète Alain Chartier, qui fut toujours fidèle au roi légitime, avait composé une œuvre mêlée de prose et de vers intitulée L’Espérance. Parler d’espérance en l’année 1420 était une véritable provocation. ‘Cette dame Espérance, écrit-il, avait la face riante et joyeuse, le regard haut, la parole agréable’ ».

Et c’est bien ainsi que nous apparaît sainte Jeanne d’Arc. Elle a parfaitement accompli sa mission, elle a été parfaitement identifiée au Christ dans sa passion. Elle a pris sa croix à la suite de Jésus et elle a donné sa vie pour son pays, contribuant ainsi à sauver notre communauté nationale du désastre et de la ruine morale.

Permettez moi de terminer en citant l’un des trois ou quatre plus grands écrivains catholiques français, Charles Péguy, qui met sur les lèvres de Jeanne d’Arc ces derniers mots, qui nous livrent le secret de toute vocation chrétienne et qui nous font communier tous dans une même espérance, celle de la victoire définitive de Notre Seigneur sur le péché et sur la mort :

Pardonnez-moi, pardonnez-nous à tous tout le mal que j’ai fait, en vous servant.
Mais je sais bien que j’ai bien fait de vous servir.
Nous avons bien fait de vous servir ainsi.
Mes voix ne m’avaient pas trompée.
Pourtant, mon Dieu, tâchez donc de nous sauver tous, mon Dieu.
Jésus, sauvez-nous tous à la vie éternelle.

Ainsi soit-il.

Références des lectures du jour :

  • Livre de la Sagesse 8,9-15.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,24-27.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive.
Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera.
Quel profit en effet aura l’homme, s’il gagne le monde entier, mais perd son âme ? Ou que donnera l’homme en échange de son âme ?
Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.

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