Serviteurs de Jésus et de Marie

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Homélie du 5e dimanche de Carême

Homélie du Cinquième dimanche de Carême - Année B

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Écrire à l'auteur Père Stéphane-Marie 27 mars 2012
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Homélie de Père Stéphane-Marie
Par la Croix, la plénitude de la Vie !

Écouter l’homélie :




Nous qui venons de changer d’heure, Jésus nous invite justement ce dimanche à nous mettre à l’heure, à l’heure du Père. En ce cinquième dimanche de Carême, nous sommes invités à nous laisser apprivoiser, à devenir des familiers de la Croix. Nous regardons toujours la Croix comme si c’était un regrettable incident, que, « si nous avions été plus gentils », cela aurait pu être évité, et là n’est pas le regard de Jésus. Jésus la voit avec le regard du Père, avec le regard qui est dans la Vie Éternelle, et qui donne la Vie Éternelle.

L’image du fruit dans la Parole de Dieu

Le grain de blé

Pour cela, avec l’histoire du grain de blé qui doit mourir pour porter du fruit, Jésus nous rappelle les nombreuses paraboles qu’Il a utilisées et qui reviennent constamment dans l’Evangile : la parabole de la semence. Elle meurt, mais elle devient glorieuse, elle se multiplie. Et Jésus promet effectivement à ceux qui rentreront dans cette dynamique de la vie en plénitude qu’Il les attirera tous à lui, qu’Il nous entraînera, car Il nous invite à Le suivre. C’est son désir, non pas de nous faire souffrir - les gens le pensent trop souvent lorsqu’ils pensent à Dieu - mais de nous donner la vie en plénitude, dès aujourd’hui et pour toujours.

Il s’agit du mystère de la Création Nouvelle, comme nous le rapporte le prophète Jérémie dans la première lecture. Jérémie arrive à un temps difficile, car tout ce qui a été bâti depuis plusieurs siècles, depuis David, est ruiné, et le peuple est emmené en exil. Qu’il est difficile pour l’Homme de vivre dans l’alliance avec Dieu, de la comprendre, de la suivre. Toute l’histoire du peuple d’Israël, et celle des disciples de l’Evangile montrent le constant décalage avec cette Alliance qui est proposée.

Le prophète Jérémie invite à regarder ce qui vient, cette Alliance Nouvelle, non pas comme celle faite avec nos pères, eux qui sont morts, mais un alliance qui sera plus intérieure, gravée au fond de nos cœurs. Un cœur nouveau qui nous permet de rentrer en intelligence avec ce mystère de Jésus, ce mystère de l’Alliance que Dieu vient faire avec nous. C’est ce travail que nous avons à faire en ce jour et en cette semaine : rentrer dans cette intelligence du mystère de la Croix.

La vigne

A côté de cette image de la semence, il y en a encore d’autres. Souvenez-vous de la vigne : pour porter du fruit, elle doit être émondée. C’est une constante dans la vie spirituelle que Jésus nous montre. Ces liens avec la vigne et avec le grain de blé nous montrent combien l’Eucharistie vient nous rejoindre aussi. Au fond de notre vie, nous faire rentrer dans cette dynamique de changement de regard, de changement de vie, pour entrer dans cette Création Nouvelle.

La vie est une source

Nous regardons souvent notre existence comme si elle se suffisait à elle-même, ou si elle s’épuisait en elle-même. Un bien unique à défendre à tout prix, une propriété qui ne dépend que de moi. Mais, au long de nos jours, nous faisons l’expérience que cette vie que j’ai, si je veux la garder à tout prix, si je veux m’y attacher comme le dit Jésus, elle se perd. Je ne peux l’étreindre, je ne peux la conserver… Elle est à accueillir, car je ne peux la retenir dans mes mains. Elle est comme une source qui coule sans cesse. Et si je ne m’agrippe pas à moi-même, si je ne me replie pas sur moi-même, si j’accepte de ne pas être la seule référence, alors, je puis avoir une existence ouverte, une existence qui m’apporte du fruit. Sinon, nous construisons des choses, certes, mais qui s’écroulent vite.

Comment voir Jésus ?
Comment voir la Passion et la Résurrection ?

Tout d’abord, les lectures nous rappellent combien ces deux événements sont liés. Comment Le voir, comme le demandent ces grecs qui interpellent Philippe et André pour les conduire et leur ouvrir les yeux. Demandons au Seigneur d’ouvrir nos yeux, et écoutons la réponse de Jésus :

« Là où je suis, là aussi sera mon serviteur »

Nous sommes invités à suivre Jésus. Mais, où est-Il ? « Là où je suis »… Il est dans ce présent très fort, dans cette union au Père, dans cette ouverture, dans ce dialogue avec le Père, dans cette union permanente.

Et comment cela se fait-il ?

Il s’agit d’un combat…

Il y a toujours une angoisse, un combat si nous voulons mourir à nous-même. Je vous rappelle que mourir et être plongé dans la mort du Christ puis ressusciter pour une vie nouvelle, c’est ce pourquoi nous nous préparons pendant ce Carême : renouveler notre baptême.

C’est toujours un combat, et nous en avons entendu l’écho dans la deuxième lecture : le cri, la supplication par lesquels passe le Christ, que l’on entend dire dans l’Evangile :

Maintenant, je suis bouleversé. Que puis-je dire ?

Effectivement, il y a toujours cette angoisse, ce saut : « Vais-je vivre replié sur moi-même, sur la façon dont je vois, sur les désirs que je veux accomplir, sur mes opinions, ou vais-je m’ouvrir à la vie qui est plus grande que moi ? ».

… pour accepter de devenir un canal de la Grâce…

Il nous faut consentir, à l’image de la Vierge Marie dans son « Fiat », à cette vie qui peut devenir immensément féconde. Je prendrai comme exemple la vie de Marthe Robin – fondatrice des Foyers de Charité – qui tombe malade au moment de ses 20 ans. C’est une lutte pour elle, un grand malheur, effectivement. Après un combat de deux années, un beau jour, elle se met dans une démarche de consentement. A partir de ce moment, le Seigneur va multiplier ses dons à travers elle. Elle va devenir une femme extraordinaire qui a été une source pour les Foyers de Charité, et pour ceux qui pouvaient aller la visiter.

… pour la Gloire de Dieu…

C’est ce que Jésus dit ici, lorsqu’Il nous invite : « Père, glorifie Ton Nom. », qui revient à cette demande que nous faisons chaque jour en disant le Notre-Père :

Que Ton Nom soit sanctifié

Ce qui est en jeu, c’est la glorification. Quand Jésus dit : « Sauve-moi de cette heure », Il ne demande pas : « Garde-moi d’entrer dans ce chemin, dans ces difficultés ». Mais, Il demande : « Conduis-moi sain et sauf hors du conflit, au-delà du conflit. »

… et le Salut du Monde

« Je ne sais que dire, dit Jésus. » Mais Il demande : « Père, assure-moi le salut de cette heure. C’est pour cela que je suis venu : pour cette heure, pour que s’opère le salut du Père, pour que s’opère une vie en plénitude. »

A la demande de Jésus, vient tout de suite une réponse à travers la voix qui vient du ciel. Et il faut regarder encore les assistants qui sont là, et qui sont dans cette mésintelligence. Il faut vraiment prier pour sortir de cette mésintelligence de la Croix, et pour rentrer dans ce que l’Evangéliste Saint Jean nous livre des paroles de Jésus, de cette heure de Jésus, celle de la Passion et en même temps de la Glorification.

Il y a deux causes à cette mésintelligence :

  • une est naturelle : ils ont une inaptitude à déceler ce qui vient de Dieu
  • l’autre est religieuse : ils se disent c’est un ange, maisils n’entrent pas dans l’écoute de ce qui vient du Père.

Demandons la Grâce au Seigneur de rentrer dans cette intelligence de cette vie que Jésus donne, veut nous donner en abondance, pour que nous puissions renouveler nos promesses de baptême avec abondance et que nous soyons fiers de la Croix du Christ. Qu’Elle soit pour nous comme ce passage, ce lieu de la Gloire, ce lieu de la Vie, qui nous permet de nous ouvrir à une vie plus grande que la nôtre, et à produire du fruit en abondance, comme tous les disciples l’ont fait à la suite du Christ,

Amen.

Références des lectures du jour :

  • Livre de Jérémie 31,31-34.
  • Psaume 51(50),3-4.12-13.14-15.
  • Lettre aux Hébreux 5,7-9.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12,20-33.

Parmi les Grecs qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu durant la Pâque, quelques-uns abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée. Ils lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André ; et tous deux vont le dire à Jésus.

Alors Jésus leur déclare :
« L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit.
Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Dirai-je : Père, délivre-moi de cette heure ? - Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! »

Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »

En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre ; d’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi que cette voix s’est fait entendre, c’est pour vous. Voici maintenant que ce monde est jugé ; voici maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »

Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

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