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Regards sur l’actualité > ZoomJésus oui, l’Eglise non ?
"Je crois en l’Eglise" : il n’est guère d’article de foi qui suscite autant d’incompréhension, de contradiction et même d’hostilité que celui-ci
Même des catholiques pratiquants ont des réticences à propos de l’Eglise Certains ne considèrent scientifique qu’une approche qui se démarque, voire qui disqualifie d’avance l’approche de la foi A cet égard, la série "Apocalypse" sur Arte est symptomatique : à priori, le Christ de la foi ne peut être le Jésus historique ; a priori l’Eglise n’a rien à voir avec le Royaume prêché par Jésus Et nous, que croyons-nous ? Accusée : à la barre !L’objection principale contre l’Eglise est qu’elle aurait, au cours de son histoire, trahi le message primitif de Jésus.
Que peut répondre un catholique face à un tel catalogue de péchés ?
Deux erreurs sont à éviter : exalter tellement l’Eglise jusqu’à la confondre purement et simplement avec le Christ ; la disjoindre à ce point du Christ qu’on en oublie qu’elle en est le corps visible, sacrement du salut offert par le Christ. Entre le Christ et l’Eglise, donc, ni confusion, ni séparation ! Ni confusion...L’Eglise est le sacrement d’un salut qui la dépasse, d’un Royaume plus grand qu’elle.
En s’identifiant à tout homme en détresse, croyant ou non, le Christ se laisse côtoyer sur tous les chemins des hommes, et pas seulement dans la sphère du religieux. La parabole du bon Samaritain dans l’évangile de Luc (Luc 10/25-37) et celle du jugement dernier dans l’évangile de Matthieu (Matthieu 25/31-46) se plaisent à nous montrer que ceux qui rencontrent en vérité le Christ ne sont pas nécessairement ceux auxquels on aurait pu penser. Il ne suffit pas en effet de se prétendre proche de Jésus pour l’être vraiment (Luc 8/19-21 ; Matthieu 7/21-23) et il y aura beaucoup de gens surpris au jour du Jugement ! Enfin, les commandements de Dieu et ceux de l’Eglise ne sont pas à confondre. Seuls les premiers ont un caractère pérenne et universel. Les autres ne sont que des repères ecclésiastiques, présentés sous forme de commandements aisément mémorisables mais susceptibles de connaître de légères adaptations. Ceci étant posé, il convient de ne pas perdre de vue la conception catholique de l’Eglise, laquelle ne se laisse pas aisément disjoindre de Jésus, et ceci pour de multiples raisons. ... ni séparationLe Jésus des évangiles, c’est celui de l’Eglise ! Dans mon intérêt affiché pour Jésus, comment pourrais-je ignorer l’Eglise ? N’est-ce pas elle qui depuis vingt siècles fait résonner sa parole et me le fait connaître aujourd’hui ? Voudrais-je m’en tenir aux seuls évangiles que je serais encore renvoyé à l’Eglise, puisque c’est elle qui les a rédigés, retenus dans son canon parmi plusieurs autres écrits, puis transmis et commentés au fil des siècles !
Les gestes de l’Eglise remontent aux gestes de Jésus lui-même. Si le Concile de Trente a tenu à dire de Jésus qu’il était l’auteur des sacrements, il n’est pas nécessaire pour autant (pour n’évoquer ici que le sacrement de pénitence et de réconciliation) de l’imaginer fabriquant, dans son atelier de Nazareth, les premiers confessionnaux !
Bien des exigences morales de l’Eglise remontent à Jésus lui-même. Ceux qui se plaisent à opposer, en matière matrimoniale par exemple, un Jésus plein de compréhension et de douceur à une Eglise inhumaine et intraitable à l’égard des divorcés-remariés, n’ont probablement jamais lu de près l’Evangile et notamment le chapitre 19 de l’évangile de Matthieu. Ce qu’y dit Jésus de l’union de l’homme et de la femme choque en effet tout autant ses auditeurs que la prétendue intransigeance actuelle de l’Eglise ! (cf. St Matthieu 19/10). L’Eglise de Jésus On connaît la célèbre et méchante boutade d’Alfred Loisy : "Jésus annonçait le Royaume... et c’est l’Eglise qui est venue !". La formule est plaisante et séduit d’autant plus qu’elle va dans le sens de l’individualisme ambiant. Mais elle oublie volontairement quelques données essentielles de l’histoire, de l’Ecriture et de la théologie. Si en effet l’Eglise est née à la Pentecôte et est oeuvre de l’Esprit, elle n’en est pourtant pas moins née aussi d’une volonté expresse de Jésus lui-même dont la mission, au dire de Jean, était de "rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés" (St Jean 11/52).
Non, l’Eglise n’est pas un accident de l’histoire, mais bel et bien la communauté voulue et fondée par Jésus, le grand sacrement du Christ qui prolonge son oeuvre de salut (St Jean 20/21-23). L’Eglise, sacrement du salut !
Les deux images soulignent à l’envi à la fois la solidarité entre les chrétiens (associés à la même construction ou membres d’un même corps) et la seigneurie du Christ sur son Eglise : il est soit le fondement ou la clef de voûte, soit la tête par rapport au corps. Elles permettent à St Paul de transcrire quelque-chose de sa conversion sur le chemin de Damas et de la bouleversante expérience qu’il y fit, le Seigneur Jésus s’identifiant alors à ses disciples persécutés :
Mais bien avant que ceci ne soit thématisé par St Paul, on notera que Jésus lui-même établissait déjà un lien direct avec son Eglise :
Et plus tard, au cours de son procès, face aux théologiens qui l’interrogeront, Jeanne d’Arc saura s’en souvenir et dire sans complexe avec ses mots tout simples : "M’est avis que Jésus et l’Eglise, c’est tout un !". Parce que l’Eglise n’est pas un accident de l’histoire, mais bel et bien la communauté voulue et fondée par Jésus, y adhérer, pour celui que Jésus attire, n’est pas une option personnelle facultative et accessoire, mais la réponse qui s’impose dès lors qu’il s’agit de répondre à l’appel de Jésus lui-même :
Pour les mêmes raisons, s’en redécouvrir solidaire et vouloir y prendre toute sa place, lorsqu’on est un baptisé de la première heure et qu’on avait quelque peu délaissé le rendez-vous dominical et perdu de vue les repères traditionnels d’une saine vie en Eglise n’est pas un luxe superfétatoire, mais le plus sûr moyen de rester greffé sur le Christ comme les sarments sur le cep (St Jean 15/1-6). Mais allons plus loin, ou plus profond...Pourquoi dirais-je "ils" en parlant des chrétiens et de l’Eglise, quand Jésus m’invite à prier en disant "notre Père" ?
Beaucoup de nos contemporains n’ont pas encore opéré la conversion mentale à laquelle le concile Vatican II nous conviait à propos de l’Eglise : quand on leur parle d’Eglise, ils pensent au pape et aux évêques, bref à une institution hiérarchique dont ils ne font pas partie et dans les déclarations de laquelle ils ont parfois du mal à se reconnaître.
L’Eglise n’est pas cette institution extérieure à moi ; elle est ce peuple de croyants, cette communauté des frères de Jésus dans laquelle je m’insère, ma vraie famille de la terre et du ciel.
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