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L’apparition à Thomas

Lectio divina - Homélie du 2e dimanche de Pâques

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Homélie par le Père Vincent-Marie
« Cesse d’être incrédule, sois croyant »

  • Actes des Apôtres V,12-16 : Ceux qui croyaient dans le Seigneur devenaient de plus en plus nombreux
  • Psaume 117 : Rendez grâce au Seigneur car il est bon
  • Actes des Apôtres I,9-19 : J’étais mort, mais me voici vivant à jamais
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31.


C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. _ Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Chers frères et sœurs,

Après une semaine en compagnie des premiers témoins de la Résurrection, la liturgie de ce dimanche nous offre, comme chaque année, le témoignage de Jean au soir de Pâques et son récit de l’apparition à Thomas huit jours après.
Si cet évangile concentre particulièrement notre attention sur l’incrédulité de Thomas, ce récit nous offre cependant bien d’autres richesses… C’est en reprenant trois des paroles de Jésus rapportées par son disciple, que je vous propose de méditer l’événement.

a) « La paix soit avec vous »

D’emblée, ce qui nous étonne peut-être et toutefois nous rassure, c’est la fragilité de la foi des apôtres. Que se passe-t-il ?
Ce soir-là, les disciples ont « verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur ». Comme on les comprend !
Le Maître pour lequel ils avaient tout quitté, Celui qui était devenu leur seule raison de vivre, venait de disparaître trois jours plus tôt, et dans les circonstances tragiques et horribles que nous savons ! Et si les autorités de Jérusalem les trouvaient, n’allaient-ils pas subir le même sort ?
Pour les apôtres c’est donc une situation « de mort » apparemment verrouillée et sans issue… Or, voilà qu’au cœur de celle-ci, Jésus est là, au milieu d’eux. Et, comme on comprend aussi le mouvement de frayeur de ces hommes devant l’apparition de Celui qu’ils ont vu quelques heures auparavant : corps sanglant, poitrine percée, pieds et mains cloués sur le bois de l’infamie ? « N’ayez pas peur » ! Telle est la première Parole qu’ils entendent en l’espace de quelques mots et à trois reprises dans ce moment … Frères et sœurs, si vous ouvrez et lisez la Bible, vous trouverez trois cent soixante-six fois sous une forme ou une autre, la même invitation, soit une fois pour chaque jour de l’année tel un antidote à la panique du monde : « Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, (…) : J’étais mort, et Me voici Vivant pour les siècles. »
Qu’est que cela, frères et sœurs, sinon que la joie pascale n’est pas d’abord la joie facile et spontanée… celle qui nous soulève naturellement quand tout va bien… mais que la joie chrétienne est celle qui nous vient « après »… après la peur, et plus encore, après une situation si tragique et désespérée que celle de la mort d’un ami injustement torturé et crucifié. Voici, la deuxième parole retenue ce matin :

b) Heureux ceux qui croiront sans avoir vu

Une parole qui s’adresse à Thomas huit jours après Pâques.
Thomas ! Ne nous est-il pas souvent bien commode cet apôtre pour excuser nos tiédeurs et nos doutes ! Cependant, frères et sœurs, il me semble que Thomas n’est pas si timoré et incrédule qu’on le pense ! La première fois, que les évangélistes nous en parlent, rappelez-vous, c’est lorsque Jésus veut monter à Jérusalem pour la Pâque…
Tandis que les Apôtres, conscients du risque encouru, tentent de l’en dissuader, c’est lui, Thomas qui intervient énergiquement : « Montons avec lui, et mourons s’il le faut ! » (Jean11, 16), dit-il. Et tout le monde suit Thomas, le courageux qui réveille l’audace de ses compagnons…

La deuxième fois, c’était il y a quelques jours, à la veille du Vendredi Saint. Jésus fait à ses Apôtres son discours-testament et leur parle notamment du chemin qu’il faut prendre. « Mais quel chemin ? » demande Thomas. Cela ne fait-il pas pourtant trois ans qu’Il leur avait patiemment montré et expliqué ? « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », (Jean 14, 6), répond alors Jésus ; Et Thomas comprend cela.

Frères et sœurs, pensez donc au désarroi de Thomas quand, le soir même, il trahit avec les autres Apôtres et que le lendemain il manque le rendez-vous de la croix ! Ne savait-il pas que Jésus était « le Chemin ». Et le soir de Pâques, c’est pire encore, parce que Jésus a été mis au tombeau. Thomas n’a plus de chemin… Il est perdu…
Le soir de Pâques, lui l’homme de chemin, qui n’a pas peur des hommes ni de la mort, pourquoi ce soir-là, n’est-il pas avec les autres dans l’endroit où ils s’étaient verrouillés ?
Mais où est-il donc Thomas ? Peut-être dans les rues de Jérusalem ! Peut-être est-il monté au Golgotha, puis au Temple où Jésus avait enseigné ! Ce soir-là, peut-être est-il revenu sur les lieux où Jésus avait été acclamé quelques jours plus tôt comme Roi et Messie ! Peut-être espère-t-il encore trouver là des gens dans le même désarroi que lui ! Mais rien… ! C’est passé, c’est oublié ! Un crucifié de plus, un événement chasse l’autre et la vie continue… Nous connaissons tous cela !

Frères et sœurs, vraiment, pensez-vous que le cœur de Thomas n’était pas tout rempli d’amour pour Jésus ? Amour blessé, certes, et sans doute en tempête contre lui-même qui a déserté trois jours avant, amour blessé et en tempête contre ses amis apeurés et enfermés derrière leurs verrous, amour en tempête contre les Gens de Jérusalem si vite oublieux.
Et c’est sans doute avec ce coeur brisé qu’il rentre le soir retrouver les Apôtres réunis. Et lorsque ce soir-là ces compagnons lui disent avoir vu le Seigneur ressuscité au milieu d’eux, il ne peut l’accepter : « Tant que je n’aurai pas mis mes doigts dans ses plaies, je ne croirai pas » ! Une parole qui, depuis ce jour, a franchi les siècles … Une parole importante, oui, non pas parce qu’elle cache quelque chose de nos doutes et désertions, mais d’abord parce qu’elle révèle beaucoup d’amour : et d’amour du Christ blessé par le péché, et d’amour de ses frères qu’il veut ramener à la raison pour calmer la peine…

Alors, frères, imaginons la scène, lorsque, huit jours après, Jésus est de nouveau au milieu d’eux et que Thomas est là. Quelle confusion n’est-ce pas, pour Thomas devant le Christ l’invitant à toucher ses plaies ? A-t-il seulement touché une plaie ? Ce n’est pas dit, mais on sait que devant la preuve vivante de tout l’amour dont il a été personnellement aimé, Thomas s’effondre en pleurant, laissant jaillir le plus beau cri de toute l’histoire qu’aucun homme n’avait encore lancé avec autant de force, d’amour et de foi devant son Créateur : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Oui, frères et soeurs, et tout cela a été rapporté : « Afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et que vous ayez la vie en son nom… »
Pour terminer, prenons maintenant la troisième parole de Jésus.

c) « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie »

Ainsi, frères, tout ce que Jésus a révélé et annoncé, vécu, accompli et promis, doit être poursuivi. Et c’est pourquoi, quand tu rencontres quelqu’un, dans ton travail, ton milieu de vie ou ton quartier, tu n’y es pas seulement en ton nom propre ni pour ton propre compte : mais tu y es « envoyé » par Jésus, en son nom, pour son compte, pour être ses mains, son cœur, son amour, et même son souffle vital qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification.

Car n’est-ce pas justement pour cela que Jésus a aussi donné son Esprit : afin que nous poursuivions son œuvre de salut dans le monde, pour « délier l’homme de son mal », c’est-à-dire pour être porteur de sa miséricorde divine, celle que nous fêtons précisément ce dimanche.

Ainsi la paix et la joie qui, au soir de Pâques, émanent des deux mains crucifiés du Christ et de son cœur transpercé sont comme des lampes précieuses remises entre nos mains pour illuminer et réchauffer l’humanité par le rayonnement de l’Évangile vécu.
Tant de Thomas, en ce monde si triste et si troublé, attendent de nous cette paix et cette joie dont ils ont d’autant plus besoin qu’ils sont incapables de se les donner à eux-mêmes. Il dépend donc de notre contagion chrétienne que la terre, dès maintenant, scintille de mille feux de joie et de paix en attendant que la gloire du Christ miséricordieux embrase l’univers pour l’incendie de l’éternel bonheur.

Conclusion

Frères et sœurs, c’est en raison de cette mission qui est nôtre et parce que sans Lui, si faibles que nous sommes, on ne peut rien faire, que Christ nous a laissé son sacrement d’Amour.

Quelle sera donc, à présent, la qualité de ton accueil du Ressuscité présent dans son corps eucharistique ?… Car ce Jésus qui se tenait devant les Apôtres au soir de Pâque et qui, huit jours plus tard, montrait à Thomas ses mains trouées et la poitrine béante de son Cœur ouvert, est le même que celui qui se donne dans le sacrement de l’Eucharistie … _ Frère, à quoi penseras-tu lorsque tu te trouveras devant le Corps du Christ ? À quoi penseras-tu lorsque, recevant le Corps du Christ en tes mains, tu répondras « Amen » ?

Finalement, le soir de Pâques, n’est-ce pas tous les jours lorsque la table est dressée et que nous sommes rassemblés autour de l’autel ? Et chaque dimanche, n’est-ce pas Pâques qui se renouvelle sous nos yeux ? Dès lors, ne cherches plus parmi les morts Celui qui est vivant, mais ouvre les portes de ton cœur au Ressuscité qui te sauve et t’envoie, entre dans ce mystère d’amour, de vie et d’espérance et sois fier de porter au monde ce feu qui n’a d’autre raison d’être que de se répandre partout et en tous.

Amen, alléluia !

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