L’oraison
par le Père Eric
Jean-Paul II disait « Plus de gens qu’on ne le croit seraient capables de faire oraison, mais personne ne leur a appris. Or, sans cette intériorité, les baptisés s’essoufflent, leur action devient cymbale sonore et même leur pratique religieuse, quand elle existe, se dessèche. »
Et nous, sommes-nous persuadés de l’importance de l’oraison ?
Savons-nous bien ce que signifie « faire oraison » ?
Quels sont les pièges à éviter, les attitudes à adopter pour que notre vie de prière prenne une autre dimension ?
On peut lire en référence sur ce thème Cinq soirées sur la prière intérieure du Père Caffarel.
Oraison vient du latin et signifie « prière ».
Selon le catéchisme de l’Eglise catholique, il y a 3 expressions de la vie de prière : la prière vocale, la méditation et l’oraison. Leur trait commun est de nécessiter un recueillement du cœur : c’est cela qui est important.
Le Seigneur ne nous conduit pas tous de la même façon.
L’oraison est une prière silencieuse. Or, il y a deux formes de bruit qui nous empêchent d’être présents à Dieu : l’agitation et les bruits sonores.
Dans les sacrements, on reçoit une grâce. Dans l’oraison, on assimile cette grâce.
L’oraison suppose une certaine durée : on est au contact de l’amour de Dieu, cela se mûrit. Si on pratique l’oraison, on voit les choses à la manière de Jésus, si on ne fait pas oraison, on voit les choses de manière humaine. Si l’on n’a pas d’enracinement dans le cœur de Dieu, ce que nous donne l’oraison, lorsque les épreuves arrivent on peut s’effondrer.
La grande excuse est toujours le manque de temps. Il faut savoir qu’on a le temps que l’on veut donner aux choses. Nous ne sommes pas obligés d’y consacrer 3 heures, mais si l’on considère que c’est essentiel, on peut prendre un petit moment. On ne peut toujours méditer mais on peut toujours faire oraison.
Pour faire oraison, il faut la Foi, parce que dans ce cas de figure, on n’est pas dans le domaine de l’efficacité, mais de la gratuité. Quand on commence à prier, 1000 urgences se présentent à notre esprit. Il s’agit d’un acte à poser, d’une décision à prendre : prier ou non.
Le cœur de l’oraison
Selon le Père Caffarel, nous sommes faits de 4 zones :
- corporelle (contact avec le monde environnant),
- affective (zone des sentiments : tristesse, joie...),
- mentale (connaissance, intelligence, mémoire, imagination...),
- le cœur nouveau, le JE : ce que je suis, ce qui fait que je suis unique. C’est le lieu où l’on a conscience des choses, c’est le cœur de notre personnalité : c’est moi et pas un autre. C’est le lieu où l’on se met en mouvement, le lieu où l’on rentre en relation avec Dieu, avec les autres.
Le cœur nouveau : c’est là que se situe l’oraison. C’est dans ce cœur que nous sommes temples de Dieu, c’est le niveau où on vit avec Dieu. Ce cœur nouveau est tout développé chez les saints.
Où est le cœur de l’oraison ? C’est que je veux être à Dieu, j’en ai le désir profond. Il faut trouver des petits moyens pour nous aider à faire oraison : un lieu bruyant, affreux ne nous soutient pas. Au début de la prière d’oraison, on peut être découragé : c’est parce que l’on se fait une mauvaise idée de l’oraison.
Les erreurs types sont :
Penser que l’on doit être attentif à Dieu tout le temps (cependant c’est tout de même bien de l’être), mais ce n’est pas le cœur de l’oraison.
Ce n’est pas d’avoir de grandes et belles idées sur Dieu.
Ce n’est pas avoir le sentiment de la présence de Dieu et trouver une certaine émotion.
On ne peut évaluer la qualité de notre oraison car la valeur de son efficacité est d’ordre surnaturel : la seule chose que l’on peut savoir est si l’on a été fidèle ou non.
Cherchons-nous une gratification ou un moment pour Dieu ? Si on attend des impressions exaltantes, on sera vite déçu et on arrête. La prière est un lieu de purification de notre âme pour Dieu et on y va pour se décentrer.
Les bienfaits de l’oraison sont multiples
C’est, tout d’abord, un lieu où on apprend à connaître la volonté de Dieu (cf. exercices spirituels de St-Ignace).
Ensuite, on y apprend à faire les choses pour l’amour de Dieu.
On apprend également à avoir un regard différent sur les choses et les évènements : cela donne du sens à notre journée. On apprend à voir les choses comme Dieu les voit.
L’oraison ne nous enlève pas nos qualités. Pour beaucoup de Saints, leurs grandes intuitions ont été reçues dans la prière d’oraison.
L’oraison ne s’oppose pas l’activité : si l‘on prend l’exemple du pape Jean-Paul II, il avait une vie de prière très intense, malgré ses journées de pape plus qu’actives.
L’oraison est un lieu de combat aussi : on sent que Dieu veut quelque chose et nous autre chose (par exemple les demandes de pardon). Il convient de noter que l’on peut recevoir des grâces de Dieu, par exemple si on pardonne dans la prière, quelque chose se dénoue dans l’invisible. C’est un lieu où l’on puise la force en Dieu
Sans moi, vous ne pouvez rien faire."
C’est un lieu où l’on reçoit des grâces pour témoigner de Dieu : quand quelqu’un est proche de Dieu, il rayonne (parfois d’ailleurs, cela peut irriter, ceux qui sont loin de Dieu). Il faut savoir aussi, que lorsqu’on entre en oraison, on ne se coupe pas des autres.
Nous abordons maintenant le commentaire des Repères pour l’oraison du père Caffarel.
Début de l’oraison
Est-ce que je prends la décision de prier ? Quel est mon désir de rencontrer Dieu ?
On peut être spontané, mais il convient aussi de préparer son temps de prière en choisissant son texte avant, par exemple.
Choisir le lieu incite également à l’oraison : les lieux favorables à la prière (cf. catéchisme de l’Eglise catholique) sont l’église, le coin prière, les monastères, les lieux de pèlerinage.
Quand prier ?
C’est plus difficile par exemple pendant les vacances, quand on est submergé. Il faut se fixer des moments. Ces moments peuvent être différents selon les uns, les autres. On peut débrancher son téléphone pour n’être qu’à Dieu.
La durée ?
Il ne faut pas faire 5 mn par jour et le lendemain 25 mn. Il vaut mieux se fixer 15 mn et s’y tenir. 15 mn est un minimum : cela prend du temps de rentrer dans la bulle, dans le cœur nouveau.
Il est important qu’il y ait un temps avant et un temps après l’oraison. C’est comme pour des enfants : on joue, ensuite, les devoirs, ensuite le bain...
L’entrée en oraison est analogue à celle de la liturgie eucharistique.
Y a t’il une attitude corporelle qui favorise le recueillement ?
Il est important de trouver une attitude STABLE. Dans une position trop relâchée, on n’a pas de tonus.
Il faut prendre conscience, dans la Foi, que l’on rencontre quelqu’un : Dieu. On ne « fait » pas sa prière. Jean-Paul II par exemple était très présent à Dieu et aussi aux gens.
Il faut être bien clair sur nos motivations : je ne viens pas en oraison pour exposer mes problèmes mais j’attends de ce temps ce que Dieu en attend.
« Je viens pour toi Seigneur »
Il faut être disponible aux mains de Dieu, venir comme une offrande. C’est comme sur une table d’opération où le chirurgien serait Dieu : on laisse Dieu agir dans la confiance.
Nous ne savons pas prier comme il faut : que cela ne nous tracasse pas. Il faut juste se rendre disponibles pour Dieu.
La prière ne nous replie jamais sur nous-même : on ne rentre pas tout seul en oraison. On pense aux gens sur terre, aux défunts, aux saints, à ceux que l’on aime...
Corps de l’oraison
Selon notre sensibilité, on peut choisir un chant, un texte, mais le plus beau est de partir de la Parole de Dieu. Il est important de nourrir sa prière par la lecture de la parole de Dieu (ex de la lectio divina pour les moines) car on prie avec les mots que Dieu nous donne.
L’ascèse a de l’importance dans notre vie chrétienne. On peut faire de petits renoncements au quotidien et dans notre société de consommation actuelle, ne pas suivre tous nos désirs peut s’avérer formateur. Les petites pénitences ont de l’importance pour notre vie spirituelle.
Le but de l’oraison n’est pas d’avoir de belles idées : l’important c’est d’aimer beaucoup. Ce n’est pas de l’ordre du faire, mais de l’être. Tel passage d’Evangile nous aide à dire des mots doux au Bon Dieu.
Parfois nos distractions dans l’oraison sont providentielles pour les présenter à Dieu. Dans cette situation, que veux-tu de moi ? Ou alors on a de la rancune : c’est l’occasion pour Dieu de rectifier les choses. Certaines personnes écrivent leurs prières.
Est ce devant Dieu que je prie ou une autre déité ? Est-ce que ma prière est vraiment chrétienne ? Si on ne prie jamais une des trois personnes de la trinité, n’y a t’il pas quelque chose à creuser ?
Fin de l’oraison
Il convient de prendre un temps pour conclure son oraison.
On peut se poser la question de savoir si il y a quelque chose à réajuster avec les autres : il faut un lien vivant entre ma vie quotidienne et ma vie de prière. Certaines personnes prennent leurs agendas et présentent au Seigneur les personnes qu’elles vont rencontrer dans la journée.
Il est très important de se défier de nos impressions. Il faut faire notre oraison avec FOI : c’est Dieu qui travaille en profondeur. Notre prière nous laissera toujours pauvre.
C’est pacifiant que Dieu travaille en moi.
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