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La Pentecôte

Homélie de la solennité de la Pentecôte - Année C

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 22 mai 2013
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Homélie de la solennité de la Pentecôte - Année C

Écouter l’homélie de Père Pierre-Marie :




Hier soir, j’étais à Notre-Dame de Paris pour accompagner ma nièce qui a 36 ans et qui recevait, avec 340 autres confirmands , la Confirmation pour les adultes des mains du cardinal Vingt-Trois et des évêques auxiliaires. Et à l’appel des noms de ces 340 personnes, il m’est apparu quelque chose dont le récit de la Pentecôte nous rend témoignage :

Chacun entendait parler dans sa propre langue les merveilles de Dieu.

Dieu nous parle dans notre propre langue

Et le cardinal Vingt-Trois, l’a bien rappelé dans son homélie. Vous savez que, lorsque l’on demande le sacrement de la Confirmation, que ce soit pour les jeunes en âge scolaire ou pour les adultes, on doit écrire à l’évêque. Et il a cité un certain nombre de témoignages de personnes qui ont cheminé vers la Confirmation des adultes, mais de façons très différentes. Pour les uns, cela a été un événement dramatique qui les a mis en chemin, pour d’autres ça a été leur conjoint qui les a interrogés, ou le fait d’avoir un enfant en âge d’être catéchisé qui pose des questions. Pour un autre, c’est la rencontre avec un ami, que sais-je… Chacun entend parler en sa propre langue.

Et quand il s’agit de langue, il ne s’agit pas d’idiome, ou de langue comme nous pourrions le définir aujourd’hui. Chacun en entend parler dans la mesure où il est capable d’entendre. Et je trouve que ce qui est formidable avec ces confirmands, mais aussi avec chacun d’entre-nous, c’est que l’Esprit-Saint, comme le dit très bien Saint Paul aux Romains, parle à notre esprit. Il parle et nous fait comprendre des choses que le voisin ne comprend pas.

Et une des lettres que le cardinal Vingt-Trois avait reçue a dit la chose suivante :

Je demande ce sacrement de la Confirmation parce que je passe de spectateur à acteur.
J’étais spectateur dans la tradition catholique, dans une famille qui allait traditionnellement à l’église, et je trouvais cela bien, mais je ne me sentais pas vraiment concerné.

Et à un moment donné, c’est l’acte de l’Esprit-Saint qui parle au cœur de la personne selon ce que la personne peut comprendre et qui lui a dit : « Et si c ‘était pour moi, ce que je vois chaque dimanche, cette Eglise qui se construit autour de moi que je trouve belle : elle fait des belles choses… Elle s’occupe des personnes en fragilité. Elle offre un lieu de prière. Mais n’a t’elle pas besoin de moi pour que je sois aussi acteur.

Et je trouve cela très beau, alors que nous-mêmes avons une parole humaine dans les accompagnements que l’on peut faire en tant que prêtre, nous demandons vraiment au Saint-Esprit que ces paroles soient comprises dans la mesure où l’autre peut les comprendre. Il n’y a que le Saint-Esprit qui rejoint l’autre à la manière dont il peut être rejoint.

Un chemin particulier pour chacun d’entre nous

Un journaliste posait la question suivante à Benoît XVI lorsqu’il était encore le Cardinal Ratzinger : « Combien y a-t-il de chemins pour aller vers Dieu ? ». A cette question un peu difficile et retors, il allait certainement répondre qu’il y en avait qu’un, celui de l’Eglise catholique. Et le cardinal Ratzinger, avec l’intelligence et la finesse d’esprit qu’on lui connaît, lui a répondu : « Il y en a autant que de personnes ».

Cela veut dire aussi que, dans notre Eglise, il y a un chemin pour chacun, et chacun a son chemin, et que l’Esprit de Dieu conduit les uns et les autres à la manière que l’on ne soupçonne même pas.

Qui est-ce qui conduit l’Eglise ?

En même temps, c’est très encourageant, car c’est l’Esprit de Dieu qui conduit l’Eglise. C’est l’Esprit de Dieu qui nous conduit chacun. L’Eglise n’est pas une assemblée de clones où tout me monde penserait pareil, tout le monde aurait les mêmes convictions. Bien sur, il y a un socle qui est le credo, le socle de notre foi, mais, à l’intérieur de ce socle de notre foi, on voit bien toute une variété de sensibilités, certains plus attirés vers les réalités sociales, d’autres vers les réalités spirituelles et liturgiques, d’autres vers l’enseignement…

Et l’on voit bien à l’intérieur même de cette pratique catholique qu’il n’y a pas une seule manière d’être catholique, il n’y a pas qu’une seule manière d’être chrétien. Pour commencer, il y a quatre évangiles. Et, peut-être plus dans notre temps où il y a une forme de rigidification ou de côté identitaire, je trouve cela très important que l’on puisse invoquer le Saint-Esprit pour accueillir cette différence.

Voici le rôle du Saint-Esprit : c’est Celui qui nous fait accueillir la différence. Que l’autre, s’il est un frère, une sœur dans la Foi, a lui ou elle aussi vocation à cheminer vers Dieu à la manière dont Dieu le conduit. Et c’est toujours difficile d’accueillir la différence, parce que l’on aimerait bien que l’autre soit à mon image et à ma ressemblance ; on aimerait bien que l’on pense tous pareil, que l’on dise tous pareil. Mais, ce ne serait pas une Eglise ; ce serait une secte ! en tous les cas, ce n’est pas l’Eglise de Jésus Christ.

Et, selon ce que nous avons prié dans la séquence advenit sancte spiritus : « Assouplit ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid », je crois qu’à travers son Esprit-Saint, le Seigneur travaille notre cœur et nous demande de nous servir de notre cœur et de notre intelligence pour pouvoir Le suivre.

Un mouvement intérieur qui change notre vie

Et cet Esprit-Saint nous donne cette grâce particulière de découvrir, à l’intérieur de notre vie, la manière dont Dieu agit. C’est ce que l’on appelle les motions du Saint-Esprit. Il faut avoir cette attention intérieure, d’où l’importance d’une vie spirituelle. Mais, justement : pour découvrir les motions du Saint-Esprit, est-ce qu’on le reconnaît à chaque fois qu’il y a une œuvre de bien – que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Eglise, encore faut-il être attentif.

On le voit bien, notre Monde agit par distraction, alors que notre Dieu agit par attraction : Il nous attire à l’intérieur. Et il y a des choses qui font déclic, on voit des appels. Mais, c’est l’Esprit qui parle à notre esprit. Mais, si l’on est hors de nous-mêmes, dans le sens, si l’on est dans un activisme forcené, si l’on ne prend pas le temps d’une pause, d’une rencontre avec Dieu, vous comprenez bien que ce sera bien difficile d’entendre l’appel de l’Esprit-Saint. On ne sera pas là au rendez-vous lorsque la Grâce passe, et quelque chose nous échappera.

Si l’esprit nous fait passer de spectateur à acteur, Il nous invite aussi à changer de comportement, Il nous fait évoluer. Et, peut-être dans cette séquence de Pentecôte que nous venons de chanter, nous pouvons voir ce qui est aride, ce qui est souillé, ce qui est blessé, ce qui est raide, ce qui est froid, ce qui est faussé, et que l’Esprit peut venir habiter, corriger, pour que nous soyons plus à l’image, à la ressemblance de Dieu.

Accueil la diversité dans la confiance

Oui, frères et sœurs, à chaque fois que nous avons des doutes, invoquons l’Esprit-Saint ! Chaque fois que nous avons des difficultés à accueillir cette réalité, invoquons l’Esprit-Saint, puisque comme nous le dit Jésus Lui-même, « Il sera toujours avec vous ». Et la manière dont le Christ est toujours avec nous, c’est par Son Esprit.

Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du Monde.

… c’est précisément par l’Esprit-Saint que Jésus, l’Esprit du Christ envoyé du Père, est toujours avec nous, jusqu’à la fin du Monde. Et c’est très important aussi, que - quand on voit le bien qui se fait autour de nous, chez un croyant ou un non-croyant, quelqu’un qui est en chemin, de quelqu’un qui est un peu loin et ne pense pas comme nous - nous sachions dire : « Moi, comme croyant, je reconnais-là l’œuvre de l’Esprit-Saint dans ton cœur ». De ce fait, cela fait comprendre à la personne que, quand elle agit dans le sens du bien, dans le sens de la communion à l’Esprit-Saint, communion du Père et du Fils, il y a quelque chose de Dieu qui habite en elle.

Et de fait, il n’y aurait pas de conversions, de baptême d’adultes si le Saint-Esprit ne travaillait pas à la manière d’un ferment le cœur des hommes et des femmes, leur intelligence, pour qu’ils se dirigent vers le Baptême. Il n’y aurait pas de conversion possible.

Donc, nous croyons aussi à un esprit qui habite le cœur de ceux qui n’ont pas encore reçu le Baptême mais qui agissent pour le bien. Et, particulièrement avec le Concile Vatican II, l’Eglise a insisté sur le fait qu’il y a même des semences du Verbe dans d’autres religions, dans ce qu’elle peuvent proposer de bon et de bien pour l’Humanité : nous reconnaissons des semences du Verbe, le Christ qui est l’envoyé du Père. Nous reconnaissons l’œuvre de l’Esprit-Saint aussi dans d’autres religions. N’enfermons pas l’Esprit !

N’éteignez pas l’Esprit !

Dans ce temps charnière que nous vivons, ce temps de transition au plan et technologique sociétal, où l’on voit bien qu’il y a un monde qui part et où l’on n’a pas la clair-vision du monde à venir, dans ces moments charnière, il y a toujours le risque d’une rigidification, parce que l’on a peur. Et ce qui est le plus opposé à l’amour, c’est à dire à l’Esprit-Saint , c’est précisément la peur. C’est donc précisément l’Esprit-Saint qu’il nous faut demander pour accueillir ces mutations que nous voyons. Nous approuvons certaines, nous en subissons d’autres. C’est ce monde-là qui est le nôtre, et nous croyons que le Monde est dans les mains de Dieu, et que Dieu aura le dernier mot.

Alors oui, cela demande justement, par rapport à cela, une vraie attitude d’écoute. Ecoute de ce que le Seigneur peut manifester, ce que le Concile a appelé les signes des temps. Mais, pour cela, il faut être à l’écoute de l’Esprit-Saint. Parce que, si l’on met trop l’esprit « dans les cases », on n’est plus préoccupé par les cases que par l’Esprit. Oui, nous savons de façon certaine que l’Esprit est présent, par exemple, dans les sept sacrements. Mais l’Esprit ne se limite pas à sept sacrements, c’est l’ évidence ! Mais, nous savons qu’Il est là.

Et de fait, nous allons l’invoquer sur les oblats, sur le pain et le vin. Nous allons invoquer l’Esprit pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ. Il est là aussi au moment de notre baptême, de notre confirmation. Et ceux qui ne l’auraient pas reçu peuvent se poser le question : « Est-ce que le Seigneur ne m’appelle pas, justement, pour une vie dans l’Esprit plus complète, à avoir cette attitude d’attention, à demander au Seigneur Sa Grâce ».

Alors, frères et sœurs, demandons, pour nous-mêmes et ceux dont nous avons la responsabilité, cette clair-voyance, pour qu’au-delà des peurs – parfois légitimes, et humaines - qui peuvent nous habiter, nous sachions, comme le dit la séquence, écouter « l’hôte très doux de nos âmes »,

Amen.

Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,1-11.
  • Psaume 104(103),1.24a.24c.29bc-30.31.34.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,8-17.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,15-16.23b-26.

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité.

Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.

Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

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