Serviteurs de Jésus et de Marie

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La Toussaint : fête de l’Espérance

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 6 novembre 2015
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Homélie de Père Pierre-Marie

Écouter l’homélie :




Nous le savons, lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à Lui, parce que nous Le verrons tel qu’Il est. (Evangile selon Saint Jean)

Frères et sœurs bien-aimés,

En cette fête de la Toussaint, nous faisons mémoire de la Vie Éternelle. La fête de la Toussaint est par essence la fête de l’Espérance. Nous croyons que ce n’est pas le tombeau qui termine toute vie humaine, mais que toute vie humaine est appelée à la contemplation de Dieu, à vivre avec Dieu pour toujours.

La fête de la Toussaint donne une perspective à notre vie terrestre

Le Pape Benoît XVI a écrit de très belles lignes sur ce propos, en disant que cette espérance, loin de nous désengager des réalités de ce monde, nous pousse à l’action, parce que nous croyons que le Monde, notre vie et nos actes retentissent dans l’Eternité. Nous croyons aussi qu’il faut améliorer ce monde, le rendre meilleur, et donner aux générations à venir un monde plus juste et fraternel. Oui, l’Espérance en la Vie Éternelle nous permet aussi de prendre conscience que chacun de nos actes, d’une manière ou d’une autre, retentissent dans l’Eternité.

Le fait que notre société relègue Dieu au domaine privé - on le voit particulièrement pour la foi chrétienne - beaucoup en viennent à délaisser la vie spirituelle, la vie de foi. C’est préoccupant, ne serait-ce que d’un point de vue humain, social. Parce qu’il n’y a plus d’espérance, ou plus exactement parce qu’il n’y a plus que l’espoir d’être rassasié des biens de ce monde, par une consommation souvent effrénée qui est toujours plus encouragée par la publicité. Et quand les temps sont difficiles - comme au temps actuel - ce n’est plus la réalité actuelle qui peut satisfaire l’homme. Il y a donc un grand vide, une grande souffrance. Ma crainte est alors qu’une société qui ne reconnaisse plus Dieu est une société sans espérance, qui peut devenir tôt ou tard une société laissant se développer la violence et les larmes. Parce que la violence est une réponse à un désespoir.

Nous, nous croyons au contraire que nous sommes faits pour la vie éternelle. Et que cette vie éternelle nous permet de remettre toute chose, même les moments difficiles. Et les Béatitudes que nous venons d’entendre en sont le témoignage : même les moments difficiles, nous les remettons dans la perspective d’une vie avec Dieu. Ils prennent sens.

Et nous avons aussi cette certitude que nous n’emporterons rien de cette terre. « Le linceul n’a pas de poche. ». De cette terre, nous emporterons simplement des gestes d’amour désintéressé. Finalement, la Vie Eternelle nous invite à la conversion permanente, parce que nous sommes invités, un jour, à contempler Dieu.

La fête de la Toussaint nous évoque les témoins de notre Foi

Aujourd’hui, nous faisons mémoire de ceux qui nous ont précédés. C’est important : nous ne faisons pas table rase du passé. Nous montons sur les épaules des saints, connus et inconnus, pour voir plus loin, pour voir la réalité spirituelle, pour connaître Dieu. Ce qu’ont découvert un Saint Augustin, un Saint Jérôme, une Thérèse d’Avila, pour les plus grands d’entre eux. Il est bon de faire mémoire dans une famille d’une mère, d’une grand-mère, d’un père, d’un cousin ou d’un prêtre que l’on a connus et qui nous ont aidés dans la vie spirituelle.

Parce que je fais mémoire de ceux qui ont vécu dans la vie de Foi et qui, maintenant, je le crois dans la Foi, sont avec Dieu, je demande aussi leur prière. C’est cela, croire en la Vie Eternelle. Parce que le croyant n’est jamais seul. Je supplie alors la Grâce de découvrir déjà les traces du Royaume dans ce monde et dans l’invisible.

Oui, frères et sœurs, nous sommes appelés, chacun d’entre nous, par la fête de la Toussaint, à rentrer dans l’Espérance. A découvrir qu’il y a quelque chose de plus grand qui se joue dans notre vie qu’une simple réalité humaine, matérielle, tangible, économique… Croyons que se joue dans notre vie le face à face avec Dieu.

Tu nous as fais pour Toi, Seigneur, et notre cœur n’a de repos qu’en Toi (Saint Augustin)

Mais, pour que ce face à face avec Dieu puisse trouver forme, creuser en nous une demande, il y a les Béatitudes. Et j’aimerais méditer avec vous sur deux Béatitudes. Vous le savez : la plupart des Béatitudes sont au futur. Mais, il en est deux qui sont au présent. La première, qui les résume toutes :

Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les persécutés pour la Justice, le Royaume des Cieux est à eux.

Les Béatitudes pour guider notre cheminement

C’est à dire qu’il y a quelque chose de présent qui se joue dans ces Béatitude. Nous pouvons toucher du doigt, par la Foi bien sur, quelque chose du Royaume de Dieu. Les autres Béatitudes sont au futur :

Bienheureux les doux, ils obtiendront la terre promise.
Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés…

« Heureux les pauvres » : au fond, pour avoir cette intimité avec Dieu, pour découvrir que l’Eternité se joue dès ici bas, il faut avoir un cœur de pauvre, un cœur qui accepte la Parole de Dieu, un cœur qui accepte la Parole du Christ qui nous appelle à la conversion. Au fond, ces Béatitudes sont une invitation à la conversion.

Avoir un cœur de pauvre, c’est accepter de ne pas tout contrôler, accepter nos fragilités, de ne pas les voir comme des menaces. C’est parfois accepter de dépendre aussi. Avoir un cœur de pauvre, c’est de ne pas mettre notre propre point de vue ou notre propre pensée à l’origine de tout, mais de reconnaître qu’il y a un Dieu qui, lui-même, vient nous éclairer par Sa révélation.

Oui, le cœur de pauvre, c’est celui qui accepte de rentrer dans une intimité avec Dieu en sachant qu’il a besoin de Dieu pour tout. Comme le disait l’Apôtre Saint Paul :

Que n’as-tu que tu n’aies reçu ?

Et Jésus lui-même rappelle :

Sans Moi, vous ne pouvez rien faire

Frères et sœurs, la fête de la Toussaint nous invite à une plus grande confiance en Dieu, une plus grande dépendance avec Lui. Parce que, nous avons une tentation de cette toute puissance, d’une forme d’orgueil qui fait que je n’accepter pas de dépendre : « Non serviam : je ne servirai pas ». C’est ce que l’on met dans la bouche de Satan, lorsque face à Dieu, il a du s’accueillir comme créature, et non pas être Dieu lui-même. Il y a une tentation lorsque l’on refuse la Foi : que l’on devienne soi-même Dieu, ou que l’on se prenne pour tel. Au contraire, la prière, c’est de reconnaître la présence de la transcendance. Mais l’absence de prière, l’absence de Foi, c’est se mettre soi-même à l’origine des choses. On ne le dit pas de cette manière, évidemment, car ce serait vite repéré comme étant de l’ordre de la psychiatrie ! C’est beaucoup plus subtil… des gens tout à fait sains d’esprit qui n’acceptent d’autre autorité qu’eux-mêmes, qui mettent leur intelligence à la source de tout.

Au contraire, vivre la Toussaint, c’est mettre ce qu’il y a d’infini en nous dans la dépendance : cette capacité de connaître et d’aimer. On le fait passer par la porte étroite, par la porte des pauvres.

Pour ce qui est de la deuxième Béatitude, celle des persécutés pour la Justice, elle est aussi au présent. Cela signifie que, lorsque l’on rentre dans cette Béatitude, on goûte déjà une anticipation du règne de Dieu. Cette Béatitude rappelle cet autre passage : « Cherchez le Royaume de Dieu et Sa Justice ». Etre ajusté à Dieu ne fait pas seulement référence à la justice humaine, mais « cherchez d’abord le Royaume » est d’être ajusté à la Parole de Dieu. Essayez de vous laisser façonner par elle.

Vous le savez, dans d’autres latitudes, par le simple fait d’être croyant, il nous faut supporter le rejet, parfois même la persécution, jusqu’au martyre. A travers cette Béatitude, on découvre que la Vie Eternelle souffre aussi violence, dans le sens où elle n’est pas faite pour les tièdes. Elle est faite pour ceux qui ont un grand désir dans le cœur, même s’il en coûte parfois de passer par des moments difficiles. Oui, la Vie Eternelle appelle aussi à rentrer dans la Passion du Christ, d’accueillir cette passion de la main du Seigneur, ces différentes souffrances non pas comme une désespérance, mais au contraire comme un appel à grandir dans la confiance.

Tous appelés à être témoins

Frères et sœurs bien-aimés, nous sommes appelés chacun d’entre nous à témoigner de cette vie éternelle. Si l’on considère le rôle des pères et des mères de familles, mettre un enfant au monde ne concerne pas seulement la vie dans ce monde, mais plutôt de le mettre au monde pour la Vie Eternelle. Cela change tout, parce qu’on l’éduque en pensant qu’un jour, il contemplera Dieu, en pensant qu’au fond il y aura cette rencontre, comme le dit Saint Jean : « Parce que nous Le verrons tel qu’Il est, nous serons semblables à Lui ». Parce qu’il se joue quelque chose de très fort dans l’enfance, chaque personne humaine est appelée à cette contemplation.

Comme je le disais, la Vie Eternelle nous pousse à l’action. Elle nous pousse aussi à avoir une profonde confiance en notre réalité humaine, en notre monde aussi. Ce n’est pas le mal qui aura le dernier mot. C’est la Parole de Dieu, c’est la Miséricorde de Dieu qui auront le dernier mot. Voilà le sens de la fête de la Toussaint : nous faisons mémoire de personnes connues et inconnues pour lesquelles, comme pour nous, la Parole de Dieu et la promesse de la Miséricorde de Dieu ont le dernier mot.

Il ne s’agit pas d’être d’un optimisme béat et inconscient : on voit la réalité et le mal, et on ne se laisse pas arrêter par le mal quand il s’agit d’aimer. Cela veut dire que naît en nous une grandeur d’âme. Alors que si l’on voit la vie à l’aune des réalités terrestres, face à la difficulté, au mal et à l’injustice, on se protège forcément, et on essaye de tout sécuriser comme on le voit dans notre société.

Vous le voyez : la mentalité sécuritaire, le risque zéro, où tout doit être normé… c’est bien parce que cela évite des difficultés et des souffrances, certainement, mais derrière cela, il y a l’idée que rien ne doit échapper à l’homme. Ainsi, l’homme n’est pas vu comme un pauvre, mais comme étant tout puissant et qui doit tout maintenir dans ses mains.

Nous sommes dans un lieu qui est très beau et qui nous rappelle aussi la Vie Éternelle. Comme vous le savez, avant d’être une chapelle et de passer par de nombreuses affectations différentes, ce lieu a été une infirmerie cistercienne, que l’on appelait aussi « la salle des morts ». c’est dire aussi que ceux qui y rentraient n’avaient pas beaucoup de chances d’en sortir vivants. Mais, en même temps, en préparant cette homélie, je me suis dit que voilà le dernier lieu qu’ont contemplé des centaines de moines, ce lieu fondé sous l’âge de Saint Bernard. Des centaines de moines, donc, ont contemplé ces murs avant de contempler Dieu. Et bien, puissent ces murs séculaires nous rappeler que nous sommes faits pour Dieu, et que nous sommes faits pour la Vie Éternelle,

Amen

Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Apocalypse 7,2-4.9-14.
  • Psaume 24(23),1-2.3-4ab.5-6.
  • Première lettre de saint Jean 3,1-3.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12a.

Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

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