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La Vocation de la Famille

Halte spirituelle - décembre 2007 - Père Pierre-Marie

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 17 juillet 2009
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Vivre à plein la vocation de la famille implique de savoir grandir dans l’émerveillement et pour cela de pouvoir renouveler ses forces intérieures.
C’est une vocation à laquelle nous appelle le Seigneur, Dieu lui-même ayant choisi de vivre et d’épouser cette famille humaine.
Il convient, dans notre monde actuel où la famille est malmenée, de redécouvrir la beauté de la vocation de parents.
Comment peut-on se renouveler ?
Comment peut-on grandir dans l’Amour ?



La mission de la famille : construire la civilisation de l’Amour

(cf. la lettre aux familles de Saint Jean-Paul II, 1994 )

Si l’on souhaite un modèle pour la famille, il faut le penser à partir de la Trinité, où il y a communion, mais pas confusion

Chacun doit être ce qu’il est. Il y a plus de différences entre deux personnes trinitaires qu’entre deux personnes humaines, mais leur communion est bien plus grande. Or, nous humains, voyons la différence comme une menace.

Pour Jean-Paul II, la famille est une aide précieuse à la construction de la civilisation de l’Amour car c’est au sein de la famille que nous apprenons l’ALTERITE : Je ne suis pas l’autre et l’autre n’est pas moi ; je ne suis pas appelé à devenir l’autre. Chacun est unique et doit grandir dans ce qu’il a d’unique. Le « nous » divin est une lumière pour le « nous » humain.
Cela nous fait comprendre que l’humanité toute entière est aussi une famille. Or, actuellement nous perdons le sens de Dieu et nous vivons dans l’individualisme : je me pense autonome. Nous avons la tentation de penser que si l’autre n’existait pas (ou certains traits de son caractère qui sont difficiles à supporter), nous serions plus heureux. Or dans la famille, j’associe l’autre à ma vie, dans son altérité : mon projet personnel ne se fera pas au détriment de l’autre.

L’homme est un animal social : il a vocation à vivre en société et il apprend cela en vivant dans sa famille.

Les difficultés que rencontre notre monde actuel prennent racine dans l’éducation qui a été dispensée. Prenons par exemple, la notion de frustration (= mettre des limites), qui n’aurait pas été enseignée et qui a comme conséquence, entre autre, de ne pas tenir compte de l’autre. Une personne intelligente, mais n’ayant pas été éduquée à la frustration, et qui occupe un haut poste, encadrant une équipe, aura tendance à vouloir des résultats à tout prix : il fera peser sur son équipe une pression importante pour que les objectifs soient atteints coûte que coûte, sans forcément voir l’aspect humain des choses.

La famille est un enjeu pour notre société : où vont naître les vocations ? Si elles ne naissent pas dans nos familles catholiques, où vont-elles naître ?

La vocation de la famille est d’apprendre à s’aimer les uns les autres et implique de prendre du temps pour que l’Amour circule au sein de la famille.

Par exemple, dans la communauté d’Ourscamp, les frères prennent l’habitude de faire le point une fois par semaine : qu’est ce qui a fonctionné/dysfonctionné ? Les demandes de pardon viennent couronner cet « exercice ».
Il est important de se poser la question : concrètement, dans notre famille, quels sont les moyens pris pour que l’Amour puisse circuler ? Par exemple, en fin d’année, chacun fait le point sur ce qu’il a vécu (décès, maladie, réussite à un concours…). Il est important de célébrer les étapes importantes de la vie, de prendre du temps pour célébrer notre famille et rendre grâce pour chacun de ses membres.

Les enfants naissent de l’amour des parents. C’est le couple qui est au cœur de la communauté familiale. C’est dans cet amour du couple que les enfants s’inscrivent. Si la famille est une école d’amour, celui qui va témoigner de l’amour c’est le couple. La vocation de mère est une conséquence de la vocation d’épouse. Elle ne la remplace pas.
La communion des parents fait donc exister la communauté familiale. Les enfants consolident et enrichissent la famille. Au cœur de la famille, il y a le couple qui se renforce par le fait de donner vie.
L’amour des époux est essentiel. Il n’y a pas plus important et plus difficile que cet amour d’époux : on se fait l’un à l’autre, on s’ajuste ; il n’y a rien de spontané dans l’amour. L’amour est là au départ, c’est le sentiment initial, la mise en mouvement, mais ensuite c’est la volonté qui prend le relais. Les sentiments, les émotions ne sont pas tous les jours au rendez-vous : ce n’est que le petit plus.
Et où puis-je puiser ma force pour cette vie de tous les jours ? En me remettant à Dieu et en me tournant vers lui. Que dois-je faire, MOI, pour que l’amour circule ? Ne pas se dire que l’autre doit changer : l’autre aussi a sa part de difficultés. Il convient d’abord de faire le point par rapport à soi.
C’est une erreur de penser que dans un couple qui ne va pas très bien, le fait d’attendre un bébé va tout arranger. Un bébé est exigeant, fatiguant. Il faut d’abord penser à ce que l’on peut faire pour avoir une relation adulte, ensuite on l’exprimera par l’enfant.
La famille est ouverte à la vie. L’accueil de l’amour va être fécond. Par la vie matrimoniale et spirituelle, on transmet la vie : on est co-créateur. Dans les rapports intimes, il y a procréation des parents : ils sont passeurs de vie, grâce au don du Seigneur. La procréation est l’œuvre de Dieu.

La famille est appelée à éduquer dans le DON

(cf. N°11 de la lettre aux familles).
Il faut amener l’homme et la femme à se réaliser par le don désintéressé d’eux-mêmes. Il faut éduquer à la gratuité dans les relations : c’est cela AIMER. Il y a donc ce mouvement du don et celui de savoir accueillir le don de l’autre. Il est difficile parfois de se laisser aimer, d’accueillir la tendresse de l’autre (par exemple, accepte t’on de se laisser fêter son anniversaire ?). Il faut apprendre à donner et à recevoir : on n’est pas une société marchandisée.

Lorsque des fiancés se marient et s’échangent leurs consentements, ils sont dans la logique de l’accueil et du don. Ces deux notions doivent être au cœur de la famille et non la notion d’argent. Il ne faut pas que tout tourne autour de cette notion économique ; cela marquera nos enfants et les générations suivantes. Il faut plutôt leur parler de cette notion d’accueil et de don désintéressé, qu’on ne peut marchander.
Par exemple, lorsque l’on demande un service à un enfant et que celui-ci répond :
« que me donnes-tu en échange ? », il faut le reprendre en ce sens :
« tu es dans cette famille parce que papa et maman t’aiment et tu es là pour aimer, et donc rendre service ».
Si il y a cet aspect de marchandage : « je te rends service et tu me donnes quelque chose en échange », l’enfant aura l’impression d’être aimé sous condition. Attention à l’amour sous condition, dans le cas de l’obligation de ramener des bonnes notes par exemple. Quand il grandira, il gardera cette mentalité et reproduira à l’identique plus tard.

La notion de fidélité

La fidélité, ce n’est pas seulement être là, mais c’est aussi grandir dans le don, sinon on est déjà dans une forme d’infidélité. La famille est une question de cœur qui se traduit dans les actes. Dieu, lui, a une démarche dynamique, pas statique : il se donne dans la création, la parole, dans son Fils, dans l’Eglise… cela a du souffle.
Dans la famille humaine, c’est l’amour qui s’essouffle. Mais comment faire pour ne pas s’épuiser à l’effort ? Il faut se ressourcer auprès de Dieu : il a toujours quelque chose à nous donner pour refaire nos forces.

Il faut aussi apprendre aux enfants à durer, or cela n’a rien de simple. Il faut revenir à la finalité du mariage : être signe de l’amour de Dieu. La barre est haute, mais cela est enthousiasmant. Le Seigneur nous fait confiance. Je ne peux devenir pleinement humain si je ne grandis pas dans le don désintéressé.

Du désir d’être remercié, d’être mis en avant : délivre-moi Seigneur."

C’est le Seigneur qui se donne quand on se donne qu’il y ait ou non reconnaissance des autres.

Cela nous donne une libération intérieure par rapport à la reconnaissance qu’il nous faut demander au Seigneur. Etre délivré de cela nous fait accéder à la maturité et donc à l’humilité.

Le Saint-Père aborde aussi le quatrième commandement : « honore ton père et ta mère », qui vient juste après ceux destinés à Dieu. On peut noter l’importance que cela a dans le cœur de Dieu, d’avoir des relations apaisées avec nos parents.
Nous-mêmes, nous sommes enfants : il y a un lien de solidarité entre les générations, qui se renforce quand les parents commencent à vieillir. La vieillesse, c’est le dépouillement : on perd de ses forces, de son agilité physique, mentale ; on reçoit beaucoup et on est demandeur, comme un tout petit enfant.
Il faut apprendre le respect intergénérationnel (ex : se lever dans un bus pour laisser la place à plus âgé que soi). Pour les parents, accueillir le fait d’être aidé, de demander de l’aide, implique une forme de délicatesse.
Le lien avec les parents et beaux-parents n’est pas toujours simple. Il faut demander au Seigneur de guérir cela. Après Dieu, c’est à eux que l’on doit le plus.
A travers de la manière d’honorer nos parents, on enseigne aux enfants le lien de solidarité (personnes fragiles, malades). Dans le commandement, « honore » signifie « reconnais ». Le Saint-Père élargit ce commandement aux enfants aussi. Il nous invite à reconnaître leur beauté, leur personne, ce que nous recevons par eux, à rendre grâce pour ce qu’ils sont, parce qu’ils existent. Ce n’est pas un mouvement spontané lorsqu’ils font des choix différents de ce que l’on aimerait.
Il faut voir les parents, beaux-parents et enfants à la lumière de l’Esprit-Saint : ils ne sont pas qu’une liste de défauts ou alors c’est que mon regard ne va pas bien.

En guise de conclusion à cette première partie, on pourrait dire que croire en la civilisation de l’amour, c’est croire que le DON DÉSINTÉRESSÉ a une valeur alors que c’est tellement vite méprisé et non reconnu dans notre monde actuel.

Benoît XVI invite les familles à vivre et transmettre la paix et l’amour en leur sein

(Commentaire du message de Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix (1er janvier 2008) )

Paul VI a institué la journée mondiale de la paix, elle est célébrée le 1er janvier.

La démarche de Benoît XVI est de vouloir construire la paix au travers des familles : pour soutenir la paix entre les nations, il faut en trouver les germes dans la famille.

L’autorité est une notion indispensable pour la paix.

Actuellement, nous souffrons d’un manque d’autorité or nous avons besoin d’une autorité pour être paisibles. Les parents ne doivent pas être les copains : ils exercent la référence, l’autorité. Aujourd’hui, tout ce qui est représentatif de l’autorité est rejeté et cela conduit à des problèmes.

Au sein de conflits dans les familles, belle-familles, par exemple, lors de successions où les sentiments d’injustice dans l’éducation se réveillent, il faut savoir être instrument de paix : savoir pardonner.

En tant que parents, nous devons apprendre à nos enfants à aimer.

Il faut le leur DIRE, le verbaliser et que l’enfant le sente.
L’enfant pour grandir a besoin de sécurité, y compris matérielle. Dans la famille, on fait l’expérience de la sécurité, on leur apprend à être artisan de paix par le geste, par la parole. Comment leur apprend t’on à s’apaiser ? Par la prière. Nos parents nous ont donné ce qu’ils étaient, mais pas tout. Sans prière, on ne peut arriver à la paix. Il y a tout un travail d’humilité à faire en nous. Il faut aussi savoir demander pardon aux enfants car c’est un signe pour l ‘enfant :
« j’ai été en colère contre toi pour ce petit fait, mais ma colère n’était pas juste et je t’en demande pardon. »

- Commentaire du point n°5

5. Par conséquent, celui qui, même inconsciemment, entrave l’institution familiale rend fragile la paix dans la communauté tout entière, nationale et internationale, parce qu’il affaiblit ce qui, de fait, est la principale « agence » de paix. C’est là un point qui mérite une réflexion particulière : tout ce qui contribue à affaiblir la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, ce qui directement ou indirectement freine sa disponibilité à accueillir de manière responsable une nouvelle vie, ce qui entrave son droit à être la première responsable de l’éducation des enfants, constitue un obstacle objectif sur le chemin de la paix. La famille a besoin de logement, de travail et d’une juste reconnaissance de l’activité domestique des parents, de l’école pour les enfants, de l’assistance médicale de base pour tous. Quand la société et la politique ne s’engagent pas à aider la famille dans ces domaines, elles se privent d’une ressource essentielle au service de la paix. En particulier, les moyens de communication sociale, par les potentialités éducatives dont ils disposent, ont une responsabilité spéciale pour promouvoir le respect de la famille, pour illustrer ses attentes et ses droits, pour mettre en évidence sa beauté.

Tout ce qui s’oppose à la conception de la vie humaine, ou de fin de vie, ne construit pas la paix. On n’accueille plus l’autre comme un don. Pour l’Eglise, la vie est un don, une grâce. L’être humain est le seul être voulu pour ce qu’il est. Si on perd cette dimension, il ne peut y avoir que de la violence.
Tout ce qui fragilise la famille, aspects matériels compris, fragilise la paix. Sans prêcher l’abondance, il faut qu’il y ait une notion de sécurité au sein de la famille.

L’humanité est une grande famille. Lorsqu’on est Pape, on a le souci de toute l’humanité ; on porte l’humanité et on aura à répondre d’elle. On ne vit pas les uns à côté des autres par hasard et je ne peux dire que l’autre m’est indifférent. Si on ne veut plus voir quelqu’un, on peut dire que la paix mondiale est menacée. Nos actes ont des conséquences au-delà de nos mentalités directes. L’individualisme est une forme de violence : c’est la loi du plus fort. Alors que dans l’Eglise, on considère la famille humaine avec un père commun : Dieu.

Dans cette personne, je reconnais quelqu’un de ma famille, de mon sang, de ma chair. Je vis une responsabilité face à l’autre. Les biens que je possède sont à moi mais j’en ai une responsabilité vis à vis des autres car nous sommes dans une famille humaine. On n’est pas une juxtaposition d’individus, on n’est pas en co-location, sans se parler : on est une famille. C’est le drame de notre époque contemporaine : la négation des droits de Dieu entraîne la négation des droits de l’homme.

Au niveau de la famille proche, la perte de la foi va faire que l’on va s’éloigner les uns des autres car c’est l’amour de Dieu qui nous unit. Lorsqu’il y a des tensions au sein de la famille, il faut porter cela dans la prière et s’en remettre au Seigneur. On vit comme un conglomérat de voisins, mais il nous faut retrouver la présence du Seigneur dans notre vie et donc dans notre famille.

Concernant l’éducation des enfants, il ne faut pas hésiter à leur DIRE nos valeurs communes, par exemple : le pardon, la communion, l’amour du service. Il faut leur signifier que pour nous, ces valeurs sont importantes.
« Qu’avons-nous voulu vous transmettre ? » « Voilà ce qui nous a paru important ». On peut aussi l’écrire. Il convient de savoir que très jeune, l’enfant peut enregistrer : il gardera une trace de ce qu’on lui a dit et redit.

Face au relativisme ambiant, qui est source de dissensions car chacun a sa vérité, sa manière d’agir, il faut donner des règles communes : cela est bien, cela est mal. Il faut apprendre des normes à l’enfant. Si il n’y a pas de normes communes, cela va être la norme du plus fort. Il faut leur dire :
« tu n’as pas à imposer ta loi aux autres ». Ne pas hésiter à écrire ces normes pour apprendre à les respecter. Dans les couvents, il y a des règles de vie pour apprendre à vivre ensemble, ainsi que des coutumes, par exemple, après le déjeuner, on prie le chapelet. Ainsi, tout le monde est d’accord sur la façon dont fonctionne la vie commune et cela évite bien des tensions car on se réfère à la règle établie. Le scoutisme est très formateur pour cela : il fait rentrer dans des règles communes (le plus grand est responsable du plus petit).

Il faut donc réfléchir à :

  • qu’est ce qui fait notre patrimoine commun au sein de nos familles ?
  • quels services, quelles normes (règles de vie) voulons nous transmettre à nos enfants ?
  • qu’est ce qui est bien, qu’est ce qui est mal ?
    Par exemple, « à l’école, on dit cela. Moi, ton père ou ta mère, je t’explique pourquoi je ne suis pas d’accord et voici ma position ». Ceci implique d’avoir la volonté de se former et d’avoir une vie de prière.

En conclusion, on peut dire que l’éducation est considérée comme un véritable apostolat et un lieu de sanctification. Le temps passé et le service rendu par les parents sont considérables pour la société.

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1 réaction


17 mars 2015 11:17, par Mamieja

« Dieu premier servi » telle était la devise de Sainte Jeanne d’Arc.

Lors d’une réunion de famille, lorsqu’il y a le choix entre être présent au sein de la famille déjà multiconfessionnelle et aller à la messe pour une grande fête de l’Eglise, c’est souvent un dilemme. Comment respecter la liberté de chacun et ses convictions sans casser l’unité de la famille (surtout quand elle est déjà divisée par un divorce…) ?

Quelle est la priorité à vivre ?

Respectueusement et bien en union de prière je remercie Père Pierre-Marie pour ses enseignements.

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