Serviteurs de Jésus et de Marie

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La joie de l’Evangile - Évangélisateurs avec Esprit !

Enseignement de la halte spirituelle pour femmes du mois de juin 2016 (Ourscamp) - Père Éric

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Écrire à l'auteur Père Éric 11 juillet
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Dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape François nous donne les clés de la nouvelle évangélisation, quelles sont ses motivations et comment Marie nous guide sur ce chemin.
Père Éric nous propose quelques réflexions sur l’esprit de cette nouvelle évangélisation. [262-288]

Comme thème d’année pour les haltes spirituelles pour femmes, Père Éric nous propose de nous pencher sur le texte du Saint Père au fil des rencontres pour connaître en profondeur ce à quoi son ministère nous invite.

Écouter la conférence :




Texte de la conférence :

Évangélisateurs avec Esprit : n°262 à 288

Motivations pour une impulsion missionnaire renouvelée [262-288]

1- La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus qui nous sauve [264-267]
2- Le plaisir spirituel d’être un peuple [268-274]
3- L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit [275-280]
4- La force missionnaire de l’intercession [281-283]
Marie, Mère de l’évangélisation [284-288]
Le don de Jésus à son peuple [285-286]
L’Étoile de la nouvelle évangélisation [287-288]

259. Évangélisateurs avec esprit veut dire évangélisateurs qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint.

A la Pentecôte, l’Esprit fait sortir d’eux-mêmes les Apôtres et les transforme en annonciateurs des grandeurs de Dieu, que chacun commence à comprendre dans sa propre langue.
L’Esprit Saint, de plus, infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant. Invoquons-le aujourd’hui, en nous appuyant sur la prière sans laquelle toute action court le risque de rester vaine, et l’annonce, au final, de manquer d’âme.
Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu.

260. En ce dernier chapitre, je ne ferai pas une synthèse de la spiritualité chrétienne, ni ne développerai de grands thèmes comme l’oraison, l’adoration eucharistique ou la célébration de la foi, sur lesquels il y a déjà des textes magistériels de valeur, ainsi que des écrits connus de grands auteurs.
Je ne prétends pas remplacer ni dépasser tant de richesses.
Je proposerai simplement quelques réflexions sur l’esprit de la nouvelle évangélisation.

L’Esprit Saint , un dynamisme qui nous porte à faire tout ce que Dieu veut

261. Quand on dit que quelque chose a un “esprit”, cela désigne habituellement les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire.
Une évangélisation faite avec esprit est très différente d’un ensemble de tâches vécues comme une obligation pesante que l’on ne fait que tolérer, ou quelque chose que l’on supporte parce qu’elle contredit ses propres inclinations et désirs.
Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse !
Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice.
Avant de proposer quelques motivations et suggestions spirituelles, j’invoque une fois de plus l’Esprit Saint, je le prie de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples.

L’Esprit Saint est le protagoniste de toute évangélisation.

Cela remonte à la Pentecôte où les apôtres doivent attendre la force d’en-haut avant de partir en mission. Pour cela, il suffit de relire evangelii nuntiandi n°75 que le pape François synthétise en quelque sorte dans le n° 259.
La motivation essentielle nous est donnée par l’Esprit Saint :

Aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice"(n° 261)

Prédication de Carême du P. Cantalamessa (20 mars 2009) :

L’Esprit Saint n’agit pas par contrainte mais par attraction, par désir, comme l’enfant pour des noix (Saint Augustin).

Ce qu’est la loi de l’Esprit et comment elle agit

C’est pourquoi la loi nouvelle, ou de l’Esprit, n’est pas, au sens strict, celle promulguée par Jésus dans son Discours sur la montagne, mais celle gravée dans les cœurs au jour de la Pentecôte. Certes, les préceptes évangéliques sont plus élevés et plus parfaits que les préceptes de Moïse ; toutefois, à eux seuls, ils seraient restés tout aussi inefficaces. S’il avait suffi de proclamer la nouvelle volonté de Dieu à travers l’Evangile, on ne saurait expliquer la nécessité pour Jésus de mourir ni celle de la venue de l’Esprit Saint. Or les apôtres eux-mêmes sont la preuve que cela ne suffisait pas ; eux qui pourtant ont tout écouté - par exemple, qu’il faut, tendre, à celui qui te frappe, l’autre joue - au moment de la Passion ne trouvèrent la force de suivre aucun des commandements de Jésus.

Si Jésus s’était contenté de promulguer le commandement nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34), celui-ci serait resté, ce qu’il était auparavant, une loi ancienne, une « lettre ». C’est quand, au jour de la Pentecôte, il insuffle, au moyen de l’Esprit, cet amour dans le coeur des disciples que ce commandement devient, de plein droit, la loi nouvelle, la loi de l’Esprit qui donne la vie. C’est par l’Esprit que ce commandement est « nouveau », non quant à la lettre. Par la lettre, il était ancien car il se trouve déjà dans l’Ancien Testament (Lv 19,18).

Sans la grâce intérieure du Saint Esprit, même l’Evangile donc, même le commandement nouveau, serait resté une loi ancienne, une lettre.
Reprenant une pensée audacieuse de saint Augustin, saint Thomas d’Aquin écrit :

La lettre désigne tout texte écrit qui demeure extérieur à l’homme, fût-ce le texte des préceptes moraux contenus dans l’Evangile ; c’est pourquoi même la lettre de l’Evangile tuerait si, à l’intérieur de l’homme, ne s’y adjoignait la grâce guérissante de la foi "

[St Thomas d’Aquin, Summa theologiae, I-IIae, q. 106, a. 2]. Plus explicite encore, ce qu’il a écrit un peu avant :

La loi nouvelle es t d’abord la grâce même de l’Esprit Saint, qui est donnée aux croyants dans le Christ"

[Ibid., q. 106, a. 1 ; cf già St Augustin, De Spiritu et littera, 21, 36].

Mais comment cette loi nouvelle, qui est l’Esprit lui-même, agit-elle concrètement et dans quel sens peut-on l’appeler « loi » ? Elle agit à travers l’amour ! La loi nouvelle n’est pas autre chose que ce que Jésus appelle le « commandement nouveau ». L’Esprit Saint a inscrit la loi nouvelle dans nos coeurs, en y infusant l’amour :

L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné" (Rm 5, 5)

.
Cet amour est l’amour avec lequel Dieu nous aime et avec lequel, en même temps, il fait que nous l’aimions lui et le prochain : amor quo Deus nos diligit et quo ipse nos dilectores sui facit [St Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Epître aux Romains , chap. V, leç.1, n. 392]. C’est une capacité nouvelle d’aimer.

Celui qui aborde l’Evangile avec la mentalité humaine trouve absurde que l’on fasse de l’amour un « commandement » ; quel amour est-ce donc - objecte-t-on - s’il n’est pas libre, mais commandé ? La réponse est qu’il y a deux façons dont l’homme est conduit à faire, ou ne pas faire, une certaine chose : soit par contrainte, soit par attrait ; la loi positive l’y conduit selon la première manière, par contrainte, avec la menace du châtiment ; l’amour l’y conduit selon la seconde manière, par attraction.

En effet, chacun est attiré par ce qu’il aime, sans subir aucune contrainte de l’extérieur. Offre des noix aux regards d’un enfant, et tu le verras s’élancer pour les attraper. Qui le pousse ? Personne, il est attiré par l’objet de son désir.
Montre le Bien à une âme assoiffée de vérité, elle s’élancera vers lui. Qui l’y pousse ? Personne, elle est attirée par son désir. L’amour est comme un « poids » de l’âme qui attire vers l’objet de son propre plaisir, dans lequel elle sait qu’elle va trouver son repos [St Augustin, Commentaire de l’Evangile de Jean, 26, 4-5 : CCL 36, 261 ; Confessions, XIII, 9].

C’est dans ce sens que l’Esprit Saint - concrètement, l’amour - est une « loi », un « commandement » : il crée chez le chrétien un dynamisme qui le porte à faire tout ce que Dieu veut, spontanément, sans même y penser, parce qu’il a fait sienne la volonté de Dieu et aime tout ce que Dieu aime.

Vivre sous la grâce, conduits par la loi nouvelle de l’Esprit, c’est en quelque sorte vivre en « amoureux », c’est-à-dire transportés par l’amour. La différence que crée, dans le rythme de la vie humaine et dans le rapport entre deux créatures, le fait de tomber amour eux, cette même différence, la venue de l’Esprit Saint la crée, dans le rapport entre l’homme et Dieu.

Devise de saint François de Sales : « rien par force, tout par amour ».

Il faut tout faire par amour, rien par force"

. Lettre de Saint François de Sales adressée à Sainte Jeanne de Chantal le 14 octobre 1604.

Texte du métropolite Ignatios de Lattaquié

Il y a un beau texte du métropolite Ignatios de Lattaquié (cité par le Cardinal Danneels) au sujet de l’action de l’Esprit Saint, à la fois discrète et essentielle.

En effet, "

sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Eglise une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation et l’agir chrétien une morale d’esclaves. Mais en lui, le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume, le Christ ressuscité est là, l’Evangile est puissance de vie, l’Eglise signifie la communion trinitaire, l’autorité est un service libérateur, la mission est une Pentecôte, la liturgie est mémorial et anticipation, l’agir humain est déifié’’(Texte du métropolite Ignatios de Lattaquié au Conseil Mondial des Églises, Upsal, 1968)

Curé d’Ars :

Un chrétien qui est conduit par l’ES n’a pas de peine à laisser les biens de ce monde pour courir après les biens du Ciel, il sait faire la différence"

L’Esprit qui transforme l’amertume en douceur (Expression de François d’Assise après le baiser au lépreux : « tout ce qui était amer me fut changé en douceur pour l’âme et le corps »)

Les saints avaient le SE en eux et la présence de Dieu. Ils désiraient les croix. Et quand ils en avaient, ce n’étaient pas des croix, le Saint Esprit les leur adoucissait, elles étaient légères"

Que l’on est heureux sur la terre quand on a l’ES, il n’y a plus de croix, les croix fondent. Voyez les saints, pas un ne s’est plaint des croix, au contraire, ils les désiraient"

Quand on est animé du SE, on goûte Dieu, on l’aime, les sacrifices ne coûtent rien. Les âmes qui possèdent le SE sont courageuses, rien ne leur coûte"

Quand on a le SE, le cœur se dilate dans l’amour divin, le poisson ne se plaint jamais d’avoir trop d’eau"

Une âme qui a le SE ne s’ennuie jamais en présence de Dieu, son cœur transpire d’amour. Une âme qui possède le SE goûte une saveur dans la prière, le temps est toujours trop court, elle ne perd jamais la présence de Dieu, son cœur, devant ce bon sauveur, est comme le raisin sous le pressoir"

Ceux qui se laissent conduire par le Saint Esprit éprouvent toute sortes de bonheur au-dedans d’eux-mêmes ; tandis que les mauvais chrétiens se roulent sur les épines et les cailloux"

Il s’agit de savoir qui nous conduit. Si ce n’est pas le SE, nous avons beau faire, il n’y a point de substance ni de saveur dans tout ce que nous faisons. Si c’est le SE il y a une douceur moelleuse… c’est à mourir de plaisir !"

Comparaison âme-corps

Pour nous aider à mieux comprendre à la fois la nécessité et le mode selon lequel l’Esprit-Saint est présent en nous, je vous propose de reprendre une comparaison très juste et très belle que Saint Augustin prenait pour parler de l’Esprit Saint : « Ce qu’est l’âme dans notre corps, l’Esprit-Saint l’est dans le corps du Christ qui est l’Eglise ».

Avez-vous déjà vu votre âme ? Ou celle de votre voisin ? L’âme, on ne la voit pas.
Et pourtant, si elle vient à se séparer du corps, c’est la mort.
L’Esprit-Saint, on ne le voit pas. Et pourtant, s’il venait à se séparer du corps du Christ qui est l’Eglise, ce serait la mort de l’Eglise.
Et de même, s’il venait à se retirer de nous, nous ne serions plus que des cadavres sur le plan spirituel. Oui, « l’Esprit est notre vie ». Sans âme, pas de vie dans notre corps ; sans Esprit-Saint, pas de vie divine en nous. Comme l’âme est principe de vie de notre corps ; l’Esprit-Saint est principe de vie du corps du Christ qu’est l’Eglise et principe de vie divine en nous.

Sans âme, bientôt le corps se décompose et les membres se détachent les uns des autres. Sans l’Esprit-Saint, l’Eglise se disloque ; notre être intérieur se désagrège. Sans l’Esprit-Saint, pas d’unité dans l’Eglise ; pas d’unités dans nos communautés ; pas d’unité dans nos familles ; pas d’unité en nous. Et tout va en se désagrégeant. L’Esprit-Saint, nous dit saint Thomas d’Aquin,

c’est lui qui, bien qu’invisible, est dans l’Eglise (et on pourrait ajouter : en chacun de nous) le principe de vie et d’unité"

Mais si vous voulez bien, nous pouvons creuser davantage l’analogie que nous propose Saint Augustin.
Savez-vous à partir de quoi on peut arriver à connaître l’âme d’un être vivant. C’est à partir des actions qu’elle nous donne de poser. Saint Thomas d’Aquin définit l’âme humaine comme

ce par quoi et en premier, nous vivons, nous nous mouvons, nous sentons et nous intelligeons"

De même, nous saurons que nous sommes animés par l’Esprit d’après les actions que nous poserons. Ne reconnaît-on pas l’arbre à ses fruits ? Si donc l’Esprit est notre vie, nous porterons les fruits de l’Esprit. Saint Paul nous dit :

Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi (…). Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit"

- la charité parce qu’elle nous fait communier le plus intimement avec Dieu ;
- la joie qui naît de ce que, pour ainsi dire, on possède Dieu ;
- la paix parce qu’on est en harmonie avec Dieu, avec ce qu’il attend de nous ;
- la patience qui nous fait traverser les moments difficiles sans sombrer dans la tristesse ;
- la douceur qui vient casser toutes nos duretés et surtout celle de l’orgueil ;
- la bonté, la bienveillance, qui feront de nous des rayons de soleil pour les autres ;
- la foi parce qu’elle nous donne de goûter toutes les vérités de foi, et de nous y attacher fermement ;
- l’humilité qui nous ouvre le coeur de Dieu et celui des autres ;
- la maîtrise de soi parce qu’elle nous donne de ne plus être esclaves de nos passions et désirs.

C’est surtout chez Paul qu’on peut lire comment l’Esprit habite le cœur de l’homme et le transforme en sa propre demeure.
Dans la lettre aux Galates, il évoque des dons qui ne retiennent pas particulièrement l’attention. Il les appelle fruits du Saint Esprit. Les voici : « .. charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi… »(Ga 5, 22). En fait, il s’agit d’une série d’autres noms donnés à l’unique amour mutuel. Car ce dernier est précisément le premier don du Saint Esprit.

Si on lit avec attention la liste, il est évident que c’est là un ensemble de ’vertus non musclées’. A vrai dire, on aurait attendu autre chose de Paul, quelque chose qui soit davantage dans la ligne de l’apôtre robuste et infatigable tel qu’il apparaît dans ses lettres. On aurait pensé par exemple à courage, force, esprit d’initiative, créativité, endurance, persévérance.
Est-ce à dire que ces dons ’plus bruyants’ ne proviennent pas du Saint Esprit ? Evidemment non. Du moins s’ils sont accompagnés de ceux de la première liste. C’est que créativité et force musculaire peuvent provenir également d’ailleurs : de l’ambition par exemple, ou d’un talent naturel ou de la soif de prestige. Mais celui qui est à la fois fort et doux, entreprenant et indulgent, persévérant et pourtant humble, celui-là a assurément le Saint Esprit. Parce qu’il vit les paradoxes qui existent aussi en Dieu.

Le Saint Esprit comme le vent dans les voiles

Lorsque Jean de Saint-Thomas traite explicitement des dons du Saint-Esprit, il utilise une comparaison qui reviendra souvent dans la tradition spirituelle, à propos des dons : celle des voiles de la barque.
Dans son voyage vers Dieu, le chrétien est doté d’une barque avec des rames, ce sont les vertus acquises et même infuses ; pour faire avancer la barque, il doit déployer son activité en ramant, mais il peut aussi hisser des voiles en les disposant à recevoir le vent de l’Esprit, alors il file à grands nœuds vers le ciel, le P. Garrigou-Lagrange dit :

Les voiles disposent la barque, à recevoir normalement et comme il faut le souffle du vent, et à avancer de façon plus prompte qu’elle ne le fait à force de ramer"

(Jean de Saint Thomas, Les Dons du Saint-Esprit, Préface, p. VI).

1. Motivations d’une impulsion missionnaire renouvelée

262. Évangélisateurs avec Esprit signifie évangélisateurs qui prient et travaillent.

Du point de vue de l’Évangélisation, il n’y a pas besoin de propositions mystiques sans un fort engagement social et missionnaire, ni de discours et d’usages sociaux et pastoraux, sans une spiritualité qui transforme le cœur. Ces propositions partielles et déconnectées ne touchent que des groupes réduits et n’ont pas la force d’une grande pénétration, parce qu’elles mutilent l’Évangile.
Il faut toujours cultiver un espace intérieur qui donne un sens chrétien à l’engagement et à l’activité.[Cf. Proposition 36]
Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. L’Église ne peut vivre sans le poumon de la prière, et je me réjouis beaucoup que se multiplient dans toutes les institutions ecclésiales les groupes de prières, d’intercession, de lecture priante de la Parole, les adorations perpétuelles de l’Eucharistie. En même temps,

on doit repousser toute tentation d’une spiritualité intimiste et individualiste, qui s’harmoniserait mal avec les exigences de la charité pas plus qu’avec la logique de l’incarnation"

.[Jean-Paul II, Novo Millennio ineunte (6 janvier 2001), n. 52] _ Il y a un risque que certains moments d’oraison se transforment en excuse pour ne pas se livrer à la mission, parce que la privatisation du style de vie peut porter les chrétiens à se réfugier en de fausses spiritualités.

Prier et agir

Il faut toujours prier comme si l’action était inutile et agir comme si la prière était insuffisante"

affirme Sainte Thérèse de Lisieux.

La prière accompagne l’action et nous aide à affronter les problèmes et les difficultés de la vie.
Il y a peu de temps, un journaliste se moquait d’un prêtre qui demandait aux gens de prier alors qu’une tornade s’approchait de leur île dans les Caraïbes. Le journaliste affirmait que lorsqu’un danger est imminent, ce n’est pas le temps de prier mais de se préparer à faire face à la menace. En lisant cet article, on se rend compte que le journaliste en question ne sait pas vraiment ce qu’est la prière.

La prière n’est pas une formule magique qui nous permette de nous croiser les bras en attendant que Dieu fasse un miracle.
Bien sûr, les gens peuvent espérer que la tornade change de direction et passe loin de leur île, mais la prière est là pour nous aider à bien nous préparer afin d’éviter le plus possible les effets destructeurs de la tornade. Une fois l’ouragan passé, la prière nous donne la force et le courage de réparer les dégâts pour revenir à une vie normale. Voilà le but de la prière.

Et cela s’applique à tous les événements importants de notre vie : l’éducation des enfants et des petits enfants, la perte d’emploi, la maladie, l’effet débilitant de la vieillesse, les conséquences d’un accident, etc. La prière nous aide à faire face aux événements de la vie, tout en sachant que même pendant les périodes les plus difficiles, Dieu nous accompagne.

Si, par exemple, quelqu’un prie pour arrêter de fumer, pour guérir de l’alcoolisme, pour faire face à un problème familial, cette personne ne peut s’attendre à un miracle. Mais la prière la soutiendra dans sa décision d’agir. Ce sera difficile mais nous savons que Dieu est avec nous. Ensemble nous pouvons réussir à surmonter les obstacles.

La prière nous invite donc à agir avec courage face à une situation dangereuse. Dans le récité du combat contre les Amalécites (Exode 17.8-16), nous avons l’exemple de Moïse qui prie pendant que Josué engage le combat contre les Amalécites. « Moïse dit à Josué : va combattre les Amalécites. Moi, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Pour Moïse et pour Josué, la prière et l’action vont main dans la main.

Prier pour obtenir la victoire et refuser de se battre est preuve de mauvaise éducation, dit Dieu" (Charles Péguy)

Nous prions pour ne pas céder à la fatigue et pour avoir le courage de réagir avec détermination. La prière n’est pas un analgésique qui nous permette d’oublier nos problèmes.
Au contraire, elle nous aide à les comprendre et nous donne la force de trouver des réponses adéquates.
J’ai connu des gens en phase terminale de cancer qui ont lutté jusqu’à la dernière minute et ont trouvé du sens à leur maladie et à leurs souffrances. Avec la confiance qu’ils avaient en Dieu, ils ont lutté avec énergie sans ne jamais perdre l’espérance qui les animait.

Il ne s’agit pas ici de choisir entre la contemplation et l’action. Il nous faut vivre ces deux réalités à la fois. La prière est nécessaire pour soutenir notre action. Saint Benoît, le fondateur des Bénédictins, a voulu établir la vie monastique sur la prière et le travail (« ora et labora »). Et saint Ignace de Loyola proposait à ses Jésuites d’être des « contemplatifs dans l’action ».
Prier n’est pas une perte de temps, c’est une manière intelligente de remettre en perspective les nombreuses activités de notre vie de tous les jours.
La prière est la meilleure façon de retrouver un certain équilibre, tout en gardant un contact régulier avec Dieu. Elle nous rappelle que le Seigneur nous accompagne dans notre pèlerinage de vie. Nous ne sommes jamais seuls à faire face aux difficultés que nous rencontrons.
Source : « Réflexion chrétienne – Homélie du 29e dimanche du temps ordinaire C »
Prière ou action : Prière et action Publié le 29 novembre 2008 par Michel Durand

Prier ou agir ?

Méditation de l’abbé Grosjean : prier ou agir ? Non. Prier pour mieux agir ! 21/11/2014

Il peut paraître étonnant de mobiliser les chrétiens pour prier, alors qu’il y a tant à faire pour notre pays ! N’est-ce pas d’abord l’engagement concret au service de l’emploi, de l’accompagnement des plus pauvres ou des plus fragiles qu’il faudrait privilégier ? Ne faudrait-il pas surtout appeler les chrétiens à s’engager en politique, dans le domaine de l’éducation ou de la culture ? Que chacun trouve un engagement associatif au service du bien commun ?

Il est vrai que la prière peut être une fuite, si elle s’apparente à un renoncement : « tout est foutu, s’engager en politique ou ailleurs ne sert plus à rien, il n’y a plus que la prière… ». Ce langage défaitiste n’est pas chrétien, ni cette vision de la prière. La prière authentique n’a jamais fait renoncer à l’action ceux qui sont appelés à servir au cœur de ce monde.

Mais inversement, il serait aussi fou de se jeter à corps perdu dans l’action, en imaginant que tout dépend de nous, et de nous seuls. Le tourbillon de l’activisme n’est pas non plus chrétien, car l’homme ne se suffit à lui-même. L’activisme apporte de graves déconvenues et le découragement devant nos limites humaines. Sans doute avons-nous mené nombre de nos combats ou de nos engagements de façon trop humaine…

La prière appelle l’action. La prière se conjugue à l’action. La prière nourrit l’action et lui donne sa fécondité profonde.

Prier nous fait partager les sentiments du Christ.
Prier pour notre pays va peu à peu transformer notre regard sur son histoire, sur ses habitants, sur sa vocation. Résistant à toute tentation de découragement ou d’exil intérieur, nous allons approfondir notre amour et notre espérance pour ce pays, pour nos frères et sœurs qui vivent à nos côtés. Ce pays nous est confié comme lieu de mission et de service :

Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais (…) De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde" (Jn 17, 15..18)

Prier nous fait comprendre que rien ne peut nous faire déserter l’engagement et le service de notre pays !

Prier nous rappelle aussi que tout est entre les mains de Dieu.
Il ne veut rien faire sans nous, et nous ne pouvons rien faire sans Lui. Prier nous gardera ainsi humbles dans nos engagements. Ne croyons pas que nous sauverons la France par nous-mêmes ! Mais ne croyons pas non plus que Dieu agira sans nous … « si je trouve dix justes… » (Gn 18,32).
Sainte Jeanne d’Arc avait bien compris cela :

« Les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire !"

Sa vie résume si merveilleusement combien l’action de Dieu et l’engagement humain peuvent et doivent se conjuguer pour le bien d’un pays.

Prier enfin nous donne l’assurance que nos engagements, remis entre les mains de Dieu, seront féconds d’une façon ou d’une autre. Au delà des épreuves, des succès et des échecs humains apparents, Dieu ne cesse d’agir et peut tout faire contribuer au bien de ceux qu’Il aime. Voilà la source de notre paix intérieure, au cœur même des tempêtes que peuvent nous apporter nos engagements.

Prier ou agir ? Non. Prier pour mieux agir !

263. Il est salutaire de se souvenir des premiers chrétiens et de tant de frères au cours de l’histoire qui furent remplis de joie, pleins de courage, infatigables dans l’annonce, et capables d’une grande résistance active. Il y en a qui se consolent en disant qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; cependant, nous devons reconnaître que les circonstances de l’empire romain n’étaient pas favorables à l’annonce de l’Évangile, ni à la lutte pour la justice, ni à la défense de la dignité humaine.
A tous les moments de l’histoire, la fragilité humaine est présente, ainsi que la recherche maladive de soi-même, l’égoïsme confortable et, en définitive, la concupiscence qui nous guette tous. Cela arrive toujours, sous une forme ou sous une autre ; cela vient des limites humaines plus que des circonstances.
Par conséquent, ne disons pas qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; c’est différent. Apprenons plutôt des saints qui nous ont précédés et qui ont affronté les difficultés propres à leur époque. À cette fin, je propose que nous nous attardions à retrouver quelques motivations qui nous aident à les imiter aujourd’hui. [Cf. V. M. Fernández, « Espiritualidad para la esperanza activa. Discurso en la apertura del I Congreso Nacional de Doctrina social de la Iglesia (Rosario 2011)”, dans UCActualidad 142 (2011) 16]

Prendre exemple sur les saints : ce n’était pas plus facile à leur époque. Arrêter de se lamenter sur notre époque en pensant que c’est plus difficile. Mauvaise excuse : notre époque est plus difficile !

Exemple à propos de la jeunesse :

« Notre jeunesse (…) est mal élevée. Elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui (…) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais »

Je n’ai aucun espoir pour l’avenir de notre pays, si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible"

Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin"

Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture"

Une petite précision toutefois :
La première citation est de Socrate (470-399 av. JC)
La deuxième est d’Hésiode (720 av. JC)
La troisième est d’un prêtre égyptien (1000 av. JC)
La dernière, vielle de plus de 3000 ans, a été découverte sur une poterie d’argile dans les ruines de Babylone …

Et cela m’amène un verset à l’esprit ….

Et il ira devant lui dans l’esprit et la puissance d’Elie, pour faire retourner les coeurs des pères vers les enfants, et les désobéissants à la pensée des justes, pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé"

Luc 1:17

Cela m’a toujours frappé qu’il soit dit que ce sont les pères qui doivent retourner de coeur vers les enfants … on récolte souvent ce que l’on a semé ! D’abord les pères … ensuite les enfants. http://www.croixsens.net/enfant/enfantsdhier.php

Les quatre motivations (264-283)

1- La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus qui nous sauve [264-267]
2- Le plaisir spirituel d’être un peuple [268-274]
3- L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit [275-280]
4- La force missionnaire de l’intercession [281-283]

Evangelii nuntiandi

VII. L’ESPRIT DE L’EVANGELISATION

Pressant appel
Sous le souffle de l’Esprit-Saint
Témoins authentiques
Artisans d’unité
Serviteurs de la vérité
Animés par l’amour
Avec la ferveur des saints

REDEMPTORIS MISSIO LA SPIRITUALITÉ MISSIONNAIRE

Se laisser conduire par l’Esprit
Vivre le mystère du Christ « envoyé »
Aimer l’Eglise et les hommes comme Jésus les a aimés
Le véritable missionnaire, c’est le saint

Les 3 papes évoquent bien sûr l’Esprit Saint. Mais le pape François a des accents particuliers.
Paul VI avait développé davantage les « attitudes intérieures qui doivent animer les ouvriers de l’évangélisation » (n° 74) : ouverture à l’Esprit Saint, cohérence de vie, souci de l’unité, serviteurs de la vérité, animation par l’amour fraternel, ferveur de la sainteté.
Jean-Paul II parlait d’une spiritualité spécifique : se laisser conduire par l’Esprit Saint, communion avec le Christ, amour de l’Eglise et des hommes, sainteté.
Le pape François commence par annoncer ceci : « En ce dernier chapitre, je ne ferai pas une synthèse de la spiritualité chrétienne, ni ne développerai de grands thèmes comme l’oraison, l’adoration eucharistique ou la célébration de la foi (…). Je proposerai simplement quelques réflexions sur l’esprit de la nouvelle évangélisation. » (n° 260)

Mais en fait, il se place plus sous l’angle des motivations pour l’évangélisation que sur les qualités de l’évangélisateur. Il ne dit pas seulement ce qu’il faut faire mais où trouver la motivation pour le faire. On reconnaît le souci qu’il a de ne pas présenter d’abord des devoirs mais de susciter l’envie et le désir d’avancer.

Il fait de même dans son encyclique Laudato Si’ :
« Enfin, puisque je suis convaincu que tout changement a besoin de motivations et d’un chemin éducatif, je proposerai quelques lignes de maturation humaine inspirées par le trésor de l’expérience spirituelle chrétienne. » (Laudato Si’ n° 15)
« Voilà pourquoi avant de voir comment la foi apporte de nouvelles motivations et de nouvelles exigences face au monde dont nous faisons partie, je propose de nous arrêter brièvement pour considérer ce qui se passe dans notre maison commune. » (Laudato Si’ n° 17)
« Même si cette Encyclique s’ouvre au dialogue avec tous pour chercher ensemble des chemins de libération, je veux montrer dès le départ comment les convictions de la foi offrent aux chrétiens, et aussi à d’autres croyants, de grandes motivations pour la protection de la nature et des frères et sœurs les plus fragiles. » (Laudato Si’ n° 64 – début du chapitre 2 sur la lumière qu’offre la foi)
« Je veux rappeler que « les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les époques, et ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons.[Evangelii gaudium, n. 256] » (Laudato Si’ n° 199 – Les religions en dialogue avec les sciences)
« Toute solution technique que les sciences prétendent apporter sera incapable de résoudre les graves problèmes du monde si l’humanité perd le cap, si l’on oublie les grandes motivations qui rendent possibles la cohabitation, le sacrifice, la bonté. » (Laudato Si’ n° 200 – Les religions en dialogue avec les sciences)
« Cette éducation ayant pour vocation de créer une “citoyenneté écologique” se limite parfois à informer, et ne réussit pas à développer des habitudes. L’existence de lois et de normes n’est pas suffisante à long terme pour limiter les mauvais comportements, même si un contrôle effectif existe. Pour que la norme juridique produise des effets importants et durables, il est nécessaire que la plupart des membres de la société l’aient acceptée grâce à des motivations appropriées, et réagissent à partir d’un changement personnel. C’est seulement en cultivant de solides vertus que le don de soi dans un engagement écologique est possible. (…) Le fait de réutiliser quelque chose au lieu de le jeter rapidement, parce qu’on est animé par de profondes motivations, peut être un acte d’amour exprimant notre dignité. » (Laudato Si’ n° 211 – dernier chapitre : éducation et spiritualité écologiques)
« La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. Je veux proposer aux chrétiens quelques lignes d’une spiritualité écologique qui trouvent leur origine dans des convictions de notre foi, car ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. Il ne s’agit pas de parler tant d’idées, mais surtout de motivations qui naissent de la spiritualité pour alimenter la passion de la préservation du monde. Il ne sera pas possible, en effet, de s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines, sans une mystique qui nous anime, sans ’les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire’.[Evangelii gaudium n. 261] » (Laudato Si’ n° 216)
« C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création. » (Laudato Si’ n° 236)
« Voilà pourquoi avant de voir comment la foi apporte de nouvelles motivations et de nouvelles exigences face au monde dont nous faisons partie, je propose de nous arrêter brièvement pour considérer ce qui se passe dans notre maison commune. » (Laudato Si’ n° 17)
« Le problème n’est pas toujours l’excès d’activité, mais ce sont surtout les activités mal vécues, sans les motivations appropriées, sans une spiritualité qui imprègne l’action et la rende désirable. De là découle que les devoirs fatiguent démesurément et parfois nous tombons malades. Il ne s’agit pas d’une fatigue sereine, mais tendue, pénible, insatisfaite, et en définitive non acceptée. » (Evangelii gaudium n. 82 – Non à l’acédie égoïste)
« Au moment de s’interroger sur l’incidence publique de la religion, il faut distinguer diverses manières de la vivre. Les intellectuels comme les commentaires de la presse tombent souvent dans des généralisations grossières et peu académiques, quand ils parlent des défauts des religions et souvent sont incapables de distinguer que ni tous les croyants – ni toutes les autorités religieuses – sont identiques. Certains hommes politiques profitent de cette confusion pour justifier des actions discriminatoires. D’autres fois on déprécie les écrits qui sont apparus dans un contexte d’une conviction croyante, oubliant que les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les époques, et ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons, stimule la pensée et fait grandir l’intelligence et la sensibilité. Ils sont dépréciés par l’étroitesse d’esprit des rationalismes. Est-il raisonnable et intelligent de les reléguer dans l’obscurité, seulement du fait qu’ils proviennent d’un contexte de croyance religieuse ? Ils contiennent des principes fondamentaux profondément humanistes, qui ont une valeur rationnelle, bien qu’ils soient pénétrés de symboles et de doctrines religieuses. » (Evangelii gaudium n. 256 – Le dialogue social dans un contexte de liberté religieuse)
« Aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice. Avant de proposer quelques motivations et suggestions spirituelles, j’invoque une fois de plus l’Esprit Saint, je le prie de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples. » (Evangelii gaudium n. 261 – Évangélisateurs avec esprit)
« Je propose que nous nous attardions à retrouver quelques motivations qui nous aident à les imiter aujourd’hui.[207] » (Evangelii gaudium n. 263)

Dans les motivations que le pape François puise dans l’exemple des saints :

1- L’amour de Jésus. Dans cette motivation, on redécouvre combien l’évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes (n° 265). La vie avec Jésus n’est pas la même que la vie sans Jésus. Nous oeuvrons pour œuvrer à la gloire du Père.
2- L’amour des gens. Etre passionnés non pas seulement par Jésus mais par son peuple.
3- La foi en la résurrection du Christ, victorieux de la haine et de la mort. Animés par une espérance vivante.
4- La prière d’intercession.

La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus qui nous sauve

264. La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ?
Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle.
Placés devant lui, le cœur ouvert, nous laissant contempler par lui, nous reconnaissons ce regard d’amour que découvrit Nathanaël, le jour où Jésus se fit présent et lui dit : « Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1, 48). Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint-Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! Par conséquent, ce qui arrive, en définitive, c’est que « ce que nous avons vu et entendu, nous l’annonçons » (1 Jn 1, 3).
La meilleure motivation pour se décider à communiquer l’Évangile est de le contempler avec amour, de s’attarder en ses pages et de le lire avec le cœur. Si nous l’abordons de cette manière, sa beauté nous surprend, et nous séduit chaque fois. Donc, il est urgent de retrouver un esprit contemplatif, qui nous permette de redécouvrir chaque jour que nous sommes les dépositaires d’un bien qui humanise, qui aide à mener une vie nouvelle. Il n’y a rien de mieux à transmettre aux autres.

265. Toute la vie de Jésus, sa manière d’agir avec les pauvres, ses gestes, sa cohérence, sa générosité quotidienne et simple, et finalement son dévouement total, tout est précieux et parle à notre propre vie.
Chaque fois que quelqu’un se met à le découvrir, il se convainc que c’est cela même dont les autres ont besoin, bien qu’ils ne le reconnaissent pas :

Ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer" (Ac 17, 23)

Parfois, nous perdons l’enthousiasme pour la mission en oubliant que l’Évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes, parce que nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel.
Quand on réussira à exprimer adéquatement et avec beauté le contenu essentiel de l’Évangile, ce message répondra certainement aux demandes les plus profondes des cœurs. :

Le missionnaire est convaincu qu’il existe déjà, tant chez les individus que chez les peuples, grâce à l’action de l’Esprit, une attente, même inconsciente, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme, sur la voie qui mène à la libération du péché et de la mort. L’enthousiasme à annoncer le Christ vient de la conviction que l’on répond à cette attente"

.[Jean-Paul II, Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 45]

L’enthousiasme dans l’évangélisation se fonde sur cette conviction. Nous disposons d’un trésor de vie et d’amour qui ne peut tromper, le message qui ne peut ni manipuler ni décevoir. C’est une réponse qui se produit au plus profond de l’être humain et qui peut le soutenir et l’élever. C’est la vérité qui ne se démode pas parce qu’elle est capable de pénétrer là où rien d’autre ne peut arriver. Notre tristesse infinie ne se soigne que par un amour infini.

266. Cette conviction, toutefois, est soutenue par l’expérience personnelle, constamment renouvelée, de goûter son amitié et son message. On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose.
Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons.
Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne.

267. Unis à Jésus, cherchons ce qu’il cherche, aimons ce qu’il aime. Au final, c’est la gloire du Père que nous cherchons, nous vivons et agissons « à la louange de sa grâce » (Ep 1, 6). _ Si nous voulons nous donner à fond et avec constance, nous devons aller bien au-delà de toute autre motivation. C’est le motif définitif, le plus profond, le plus grand, la raison et le sens ultime de tout le reste.
C’est la gloire du Père que Jésus a cherchée durant toute son existence. Lui est le Fils éternellement joyeux avec tout son être « tourné vers le sein du Père » (Jn 1, 18).
Si nous sommes missionnaires, c’est avant tout parce que Jésus nous a dit :C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit" (Jn 15, 8).
Au-delà du fait que cela nous convienne ou non, nous intéresse ou non, nous soit utile ou non, au-delà des petites limites de nos désirs, de notre compréhension et de nos motivations, nous évangélisons pour la plus grande gloire du Père qui nous aime.

N° 264 : On pourrait s’attendre à ce que le pape nous demande essentiellement de contempler Jésus. Mais il nous demande quasiment l’inverse : nous laisser contempler par Dieu.

Bien sûr, il nous demande aussi de contempler Dieu et son amour pour nous.

Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien" (Ga 2, 20-21)

Saint Paul, l’évangélisateur par excellence, avait une conscience aiguë d’être infiniment aimé par Jésus.

Cela suppose de prendre du temps pour la contemplation et de savoir s’extraire de tout ce qu’il y a à faire.
Dans l’activisme, nous faisons beaucoup de choses pour Jésus mais nous pouvons en arriver à perdre notre flamme pour lui, pour sa personne. Il peut nous arriver dans notre relation avec Jésus ce qui arrive hélas quelquefois dans la vie des époux : ils font des tas de choses pour leur famille mais ils oublient de prendre un temps de qualité, simplement pour être ensemble, pour savourer leur amour mutuel.

Ce qui est premier, c’est une relation avec la personne de Jésus. Peut-être vous rappelez-vous du discours que saint Paul prononce devant l’aréopage d’Athènes (Act. 17,15.22-34). Saint Paul avait pourtant bien préparé son discours qu’il prononce devant une instance qui fait autorité. Il cite des poètes. Il annonce certaines vérités qui plaisaient aussi aux stoïciens. …
Ce n’est que lorsqu’il parle de résurrection qu’ils commencent à se moquer de lui et « décrochent ». En effet, quel est l’intérêt de la résurrection si l’on considère que le corps est la prison de l’âme !
Dans ce discours, combien de fois saint Paul emploie-t-il le nom de Jésus ? Zéro. Certains disent que c’est précisément à cause de cela qu’il n’a pas eu de succès.
Il n’y a que quelques personnes qui se convertissent. (nous serions heureux même s’il n’y avait que quelques personnes qui se convertissaient à la fin de chacune de nos prédications !).
De fait, on voit que certaines « églises » se fondent à Philippes, Corinthe, … mais pas à Athènes qui est la capitale intellectuelle de l’époque. A Corinthe, l’Eglise sera beaucoup plus florissante même si les corinthiens sont quelquefois un peu remuants et loin d’être parfaits.
Peut-être est-ce justement parce que c’est une capitale intellectuelle et que ce que nous annonçons n’est pas d’abord une idée et une doctrine (même si elles sont très belles) mais une personne (Jésus). Pour nous aussi, quand nous évangélisons, cela est une invitation à ne pas annoncer une philosophie de la vie, mais la personne de Jésus.

José Prado Flores, fondateur et directeur international des Écoles d’évangélisation Saint-André au Mexique, était l’un des auditeurs qui sont intervenus le 17 octobre 2012, au cours du synode des évêques au Vatican. Il a parlé dans ce sens :
Il a fait remarquer que, dans l’évangélisation, « certains ont perdu la Parole, et préfèrent les schémas pleins de sagesse humaine ». Il a invité à s’interroger :
- Considérons-nous vraiment tout comme perte et déchets, face à “la connaissance de Jésus Ressuscité ?”(Ph 3,7-8).
- Faisons-nous transparaître la joie de qui a trouvé un trésor caché ? (Mt 13,44)…
- Pourquoi est-il si difficile de trouver Jésus vivant et ressuscité dans tant d’actes de dévotion ?
- Si Jésus ressuscité n’apparaît pas à tout le peuple “mais seulement aux témoins” qui vont annoncer l’Évangile (Ac 10,40-42), pouvons-nous dire que nous avons eu une rencontre personnelle avec Jésus vivant, qui nous identifie comme des témoins ?

Paul a échoué à l’Aéropage car il a parlé de la Résurrection mais non de Jésus ressuscité, alors que Pierre a obtenu une abondante pêche à Jérusalem car Κατενύγησαν τη καρδίᾳ, “il a blessé le coeur” avec l’épée de l’Esprit"

, conclut-il.

N° 265 : L’amour de Jésus est ce que les gens attendent. Encore faut-il trouver les mots pour l’exprimer de façon adéquate.

A diverses reprises (notamment dans l’introduction à ses catéchèses sur le credo), Jean-Paul II insistait pour dire que ce que nous annoncions aux gens correspondait à une attente en eux.

Le missionnaire est convaincu qu’il existe déjà, tant chez les individus que chez les peuples, grâce à l’action de l’Esprit, une attente, même inconsciente, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme, sur la voie qui mène à la libération du péché et de la mort. L’enthousiasme à annoncer le Christ vient de la conviction que l’on répond à cette attente"

[Jean-Paul II, Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 45] La foi répond à cette « attente », souvent inconsciente et toujours limitée, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur sa destinée.

N° 266 : Cela suppose une expérience personnelle.

On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons. (…) Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne"

Expérimenter que la vie avec Jésus n’a rien à voir avec la vie sans Jésus. Importance de l’expérience, de la relecture. Le pape ne se situe pas au niveau de la « théorie » mais au niveau de l’expérience.

N° 267 : « Pour la gloire de Dieu » est quelque chose de très jésuite.

Il s’agit là d’entrer dans le désir de Jésus.
Mais il ne faut pas nous méprendre sur la gloire de Dieu comme si cela disait quelque chose de narcissique de la part de Dieu.
“Dieu serait-il narcissique au point de cultiver sa propre gloire ?” s’interrogent certains. En effet, comment concilier l’humilité du Christ incarné avec l’idée d’un Dieu jaloux de sa propre gloire et de la renommée de son nom ? Sous des vues humaines, cela parait inconciliable.
Pas étonnant, dès lors, que certains aient choisi de ne pas creuser davantage ce sujet.
Pourtant, cette doctrine est bel et bien biblique. Dieu poursuit sa gloire de toute éternité. Et nous sommes appelés à le rejoindre dans l’exaltation de sa gloire éternelle. Ephésiens 1:4-6 :

En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables devant lui ; il nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, pour célébrer la gloire de sa grâce dont il nous a favorisés dans le bien-aimé"

La gloire de Dieu c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu" (Saint Irénée, C.H., livre 4, 20:7)


Ce qui rend la pensée d’Irénée particulièrement attirante est cette notion de « vie ». Chaque être humain a le désir d’une vie en plénitude et en vérité. Si on parle souvent aujourd’hui d’« aliénation » ou d’« absurdité », c’est précisément à cause de cette prise de conscience que quelque chose d’important manque à notre vie, quelque chose à chercher au-delà ou au lieu des satisfactions instantanées des sociétés consuméristes.
Nous sommes invités à entrer dans une vie qui est simplement l’amour que Dieu désire partager avec nous ; frère Roger de Taizé l’a souvent dit : « Dieu ne peut que donner son amour. »

Le plaisir spirituel d’être un peuple

268. La Parole de Dieu nous invite aussi à reconnaître que nous sommes un peuple

Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu " (1 P 2, 10)

Pour être d’authentiques évangélisateurs, il convient aussi de développer le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure. _ _ La mission est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple. Quand nous nous arrêtons devons Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend dignes et nous soutient, mais, en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple. Ainsi, nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. Il nous prend du milieu du peuple et nous envoie à son peuple, de sorte que notre identité ne se comprend pas sans cette appartenance.

N° 268 : « Pour être d’authentiques évangélisateurs, il convient aussi de développer le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure. La mission est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple. »

269. Jésus même est le modèle de ce choix évangélique qui nous introduit au cœur du peuple. _ Quel bien cela nous fait de le voir proche de tous ! Quand il parlait avec une personne, il la regardait dans les yeux avec une attention profonde pleine d’amour : « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima » (Mc 10, 21). Nous le voyons accessible, quand il s’approche de l’aveugle au bord du chemin (cf. Mc 10, 46-52), et quand il mange et boit avec les pécheurs (cf. Mc 2, 16), sans se préoccuper d’être traité de glouton et d’ivrogne (cf. Mt 11, 19).
Nous le voyons disponible quand il laisse une prostituée lui oindre les pieds (cf. Lc 7, 36-50) ou quand il accueille de nuit Nicodème (cf. Jn 3, 1-15).
Le don de Jésus sur la croix n’est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. Séduits par ce modèle, nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. Toutefois, non pas comme une obligation, comme un poids qui nous épuise, mais comme un choix personnel qui nous remplit de joie et nous donne une identité.

N° 269 : Jésus est notre modèle : il était proche de la vie des gens. Nous sommes invités à vivre cette joie d’être proches des joies et des soucis des gens. On comprend pourquoi le pape François pourfend tant l’indifférence.

270. Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse et nous vivons l’expérience intense d’être un peuple, l’expérience d’appartenir à un peuple.

N° 270 : Le fait de toucher la misère humaine nous donne de faire une véritable expérience spirituelle.
D’un côté, cela nous fait peur ; d’un autre côté, cela est la source d’une expérience spirituelle profonde. D’ailleurs, dans ces situations on a une relation avec les gens qui n’a rien de superficiel.
La misère humaine est aussi le sujet du Message de carême 2014 du pape François qui invite à secourir trois formes de misère : la misère matérielle, la misère morale et la misère spirituelle. Il définit ainsi la « misère » : "La misère ne coïncide pas avec la pauvreté ; la misère est la pauvreté sans confiance, sans solidarité, sans espérance. »
Le pape souligne en définitive qu’il n’y a « qu’une seule vraie misère, c’est celle de ne pas vivre en enfants de Dieu et en frères du Christ. » Il indique en effet l’Evangile comme « l’antidote véritable contre la misère spirituelle : le chrétien est appelé à porter en tout lieu cette annonce libératrice selon laquelle le pardon pour le mal commis existe, selon laquelle Dieu est plus grand que notre péché et qu’il nous aime gratuitement, toujours, et selon laquelle nous sommes faits pour la communion et pour la vie éternelle. Le Seigneur nous invite à être des hérauts joyeux de ce message de miséricorde et d’espérance ! »

271. Il est vrai que, dans notre relation avec le monde, nous sommes invités à rendre compte de notre espérance, mais non pas comme des ennemis qui montrent du doigt et condamnent.
Nous sommes prévenus de manière très évidente :

Que ce soit avec douceur et respect« 

(1 P 3, 16), et

en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous »

(Rm 12, 18). Nous sommes aussi appelés à essayer de vaincre le « mal par le bien » (Rm 12, 21), sans nous lasser de « faire le bien » (Ga 6, 9) et sans prétendre être supérieurs, mais considérant plutôt « les autres supérieurs à soi » (Ph 2, 3). De fait, les Apôtres du Seigneur « avaient la faveur de tout le peuple » (Ac 2, 47 ; cf. 4, 21.33 ; 5, 13).
Il est évident que Jésus Christ ne veut pas que nous soyons comme des princes, qui regardent avec dédain, mais que nous soyons des hommes et des femmes du peuple. Ce n’est ni l’opinion d’un Pape ni une option pastorale parmi d’autres possibilités ; ce sont des indications de la Parole de Dieu, aussi claires, directes et indiscutables qu’elles n’ont pas besoin d’interprétations qui leur enlèveraient leur force d’interpellation. Vivons-les “sine glossa”, sans commentaires. Ainsi, nous ferons l’expérience de la joie missionnaire de partager la vie avec le peuple fidèle à Dieu en essayant d’allumer le feu au cœur du monde.

n° 271 : Il ne s’agit pas d’avoir un complexe de supériorité. C’était le cas des pharisiens qui se démarquaient du peuple. C’est un thème qui revient souvent chez le pape lorsqu’il parle d’inclusion et d’exclusion.

272. L’amour pour les gens est une force spirituelle qui permet la rencontre totale avec Dieu, à tel point que celui qui n’aime pas son frère « marche dans les ténèbres » (1 Jn 2, 11), « demeure dans la mort » (1 Jn 3, 14) et « n’a pas connu Dieu » (1 Jn 4, 8). Benoît XVI a dit que « fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu »,[Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 16] et que l’amour est la source de l’unique lumière qui « illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir ».[Ibid., n. 39]
Ainsi, quand nous vivons la mystique de nous approcher des autres, afin de rechercher leur bien, nous dilatons notre être intérieur pour recevoir les plus beaux dons du Seigneur. Chaque fois que nous rencontrons un être humain dans l’amour, nous nous mettons dans une condition qui nous permet de découvrir quelque chose de nouveau de Dieu. Chaque fois que nos yeux s’ouvrent pour reconnaître le prochain, notre foi s’illumine davantage pour reconnaître Dieu.
Il en ressort que, si nous voulons grandir dans la vie spirituelle, nous ne pouvons pas cesser d’être missionnaires. L’œuvre d’évangélisation enrichit l’esprit et le cœur, nous ouvre des horizons spirituels, nous rend plus sensibles pour reconnaître l’action de l’Esprit, nous fait sortir de nos schémas spirituels limités.
En même temps, un missionnaire pleinement dévoué, expérimente dans son travail le plaisir d’être une source, qui déborde et rafraîchit les autres. Seul celui qui se sent porté à chercher le bien du prochain, et désire le bonheur des autres, peut être missionnaire. Cette ouverture du cœur est source de bonheur, car « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35).
Personne ne vit mieux en fuyant les autres, en se cachant, en refusant de compatir et de donner, en s’enfermant dans le confort. Ce n’est rien d’autre qu’un lent suicide.

N° 272 : Formulations très fortes du pape pour manifester le lien entre amour de Dieu et amour du prochain.

L’ouverture aux autres nous fait découvrir beaucoup de choses au niveau spirituel. Mais il y a aussi comme un retour du boomerang qui est une gratification. Ce n’est pas ce que nous recherchons mais cela nous est donné comme par surcroît. On le voit bien dans la vie de nombreuses personnes qui se donnent aux autres de manière désintéressée.

273. La mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. Je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. Là apparaît l’infirmière dans l’âme, le professeur dans l’âme, le politique dans l’âme, ceux qui ont décidé, au fond, d’être avec les autres et pour les autres. Toutefois, si une personne met d’un côté son devoir et de l’autre sa vie privée, tout deviendra triste, et elle vivra en cherchant sans cesse des gratifications ou en défendant ses propres intérêts. Elle cessera d’être peuple.

N° 273 : Nous sommes invités à nous décider à être avec les autres et pour les autres.

274. Pour partager la vie des gens et nous donner généreusement, nous devons reconnaître aussi que chaque personne est digne de notre dévouement.
Ce n’est ni pour son aspect physique, ni pour ses capacités, ni pour son langage, ni pour sa mentalité ni pour les satisfactions qu’elle nous donne, mais plutôt parce qu’elle est œuvre de Dieu, sa créature. Il l’a créée à son image, et elle reflète quelque chose de sa gloire. Tout être humain fait l’objet de la tendresse infinie du Seigneur, qui habite dans sa vie. Jésus Christ a versé son précieux sang sur la croix pour cette personne. Au-delà de toute apparence, chaque être est infiniment sacré et mérite notre affection et notre dévouement.
C’est pourquoi, si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie. C’est beau d’être un peuple fidèle de Dieu. Et nous atteignons la plénitude quand nous brisons les murs, pour que notre cœur se remplisse de visages et de noms !

N° 274 : Chaque personne est digne de notre dévouement. Il ne s’agit pas de commencer à faire acception des personnes.

L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit

275. Dans le deuxième chapitre, nous avons réfléchi sur ce manque de spiritualité profonde qui se traduit par le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission, car elles croient que rien ne peut changer et pour elles il est alors inutile de fournir des efforts. Elles pensent ceci : “Pourquoi devrais-je me priver de mon confort et de mes plaisirs si je ne vois aucun résultat important ?”. Avec cette mentalité il devient impossible d’être missionnaires.
Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. Il s’agit d’une attitude autodestructrice, car « l’homme ne peut pas vivre sans espérance : sa vie serait vouée à l’insignifiance et deviendrait insupportable ».[Ie Assemblée spéciale pour l’Europe du Synode des Évêques, Message final n. 1 : L’Osservatore Romano (23 octobre 1999), n. 5]
Si nous pensons que les choses ne vont pas changer, souvenons-nous que Jésus Christ a vaincu le péché et la mort et qu’il est plein de puissance. Jésus Christ vit vraiment. Autrement, « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message » (1 Co 15, 14).
L’Évangile nous raconte que les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc 16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Il nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Le Christ ressuscité et glorieux est la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie.

N° 275 : Sans la foi en la résurrection du Christ, l’évangélisation perd son sens. Il y a un lien intime entre la résurrection et l’évangélisation.

Ce qui a changé la vie des apôtres, c’est précisément la conscience de la résurrection du Christ qui s’est peu à peu affermie dans les jours qui ont suivi Pâques et notamment avec l’effusion de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte.
Il est clair que la foi en la résurrection est un élément important de la motivation. Comment être motivé, si on pense que la guerre est perdue d’avance ? Nous avons toujours besoin de nourrir notre foi en la résurrection. C’est précisément pour cela que l’Eglise nous demande de participer à la messe dominicale.

276. Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde.
Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne diminuent pas. Pourtant, il est aussi certain que dans l’obscurité commence toujours à germer quelque chose de nouveau, qui tôt ou tard produira du fruit. Dans un champ aplani commence à apparaître la vie, persévérante et invincible. La persistance de la laideur n’empêchera pas le bien de s’épanouir et de se répandre toujours. Chaque jour, dans le monde renaît la beauté, qui ressuscite transformée par les drames de l’histoire. Les valeurs tendent toujours à réapparaître sous de nouvelles formes, et de fait, l’être humain renaît souvent de situations qui semblent irréversibles. C’est la force de la résurrection et tout évangélisateur est un instrument de ce dynamisme.

N° 276 : Nous sommes invités à exercer un regard de foi pour ne pas nous contenter de voir ce qui va mal dans le monde mais aussi les germes de bien.

277. De nouvelles difficultés apparaissent aussi continuellement, l’expérience de l’échec, les bassesses humaines qui font beaucoup de mal.
Tous nous savons, par expérience, que parfois une tâche n’offre pas les satisfactions que nous aurions désirées, les fruits sont infimes et les changements sont lents, et on peut être tenté de se fatiguer. Cependant, quand, à cause de la fatigue, quelqu’un baisse momentanément les bras, ce n’est pas la même chose que les baisser définitivement car on est submergé par un désenchantement chronique, par une paresse qui assèche l’âme. Il peut arriver que le cœur se lasse de lutter, car, au final, la personne se cherche elle-même à travers un carriérisme assoiffé de reconnaissances, d’applaudissements, de récompenses, de fonctions ; à ce moment-là, la personne ne baisse pas les bras, mais elle n’a plus de mordant ; la résurrection lui manque. Ainsi, l’Évangile, le plus beau message qui existe en ce monde, reste enseveli sous de nombreuses excuses.

N° 277 : Ces épreuves sont l’occasion d’une purification de notre foi. Une grande grâce, c’est de continuer à avancer dans la nuit sans nous décourager et à communiquer aux autres cette lumière de la foi et de l’espérance.

278. La foi signifie aussi croire en lui, croire qu’il nous aime vraiment, qu’il est vivant, qu’il est capable d’intervenir mystérieusement, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie. C’est croire qu’il marche victorieux dans l’histoire « avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles » (Ap 17, 14). Nous croyons à l’Évangile qui dit que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde, et qu’il se développe çà et là, de diverses manières : comme une petite semence qui peut grandir jusqu’à devenir un grand arbre (cf. Mt 13, 31-32), comme une poignée de levain, qui fait fermenter une grande quantité de farine (cf. Mt 13, 33), et comme le bon grain qui grandit au milieu de l’ivraie (cf. Mt 13, 24-30), et peut toujours nous surprendre agréablement. Il est présent, il vient de nouveau, il combat pour refleurir. La résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau ; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante !

N° 278 : La foi, c’est croire en Jésus et en la vérité des paroles de l’Evangile.

279. Comme nous ne voyons pas toujours ces bourgeons, nous avons besoin de certitude intérieure, c’est-à-dire de la conviction que Dieu peut agir en toutes circonstances, même au milieu des échecs apparents, car « nous tenons ce trésor en des vases d’argile » (2 Co 4, 7).
Cette certitude s’appelle “sens du mystère”. C’est savoir avec certitude que celui qui se donne et s’en remet à Dieu par amour sera certainement fécond (cf. Jn 15, 5).
Cette fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée. La personne sait bien que sa vie donnera du fruit, mais sans prétendre connaître comment, ni où, ni quand. Elle est sûre qu’aucune de ses œuvres faites avec amour ne sera perdue, ni aucune de ses préoccupations sincères pour les autres, ni aucun de ses actes d’amour envers Dieu, ni aucune fatigue généreuse, ni aucune patience douloureuse.
Tout cela envahit le monde, comme une force de vie. Parfois, il nous semble que nos efforts ne portent pas de fruit, pourtant la mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande ; elle est quelque chose de beaucoup plus profond, qui échappe à toute mesure. Peut-être que le Seigneur passe par notre engagement pour déverser des bénédictions quelque part, dans le monde, dans un lieu où nous n’irons jamais.
L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble.

N° 279 : La foi conduit à une certitude intérieure qui s’appelle « sens du mystère ». Cela nous aide à poursuivre la route, à continuer à nous donner avec amour même si c’est la nuit (cf. Mère Térésa).
Il ne faut pas toujours chercher des résultats visibles.
Ce que nous dit le pape n’a rien de triomphaliste.

280. Pour maintenir vive l’ardeur missionnaire, il faut une confiance ferme en l’Esprit Saint, car c’est lui qui « vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8, 26).
Mais cette confiance généreuse doit s’alimenter et c’est pourquoi nous devons sans cesse l’invoquer. Il peut guérir tout ce qui nous affaiblit dans notre engagement missionnaire. Il est vrai que cette confiance en l’invisible peut nous donner le vertige : c’est comme se plonger dans une mer où nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer.
Moi-même j’en ai fait l’expérience plusieurs fois. Toutefois, il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant. On appelle cela être mystérieusement féconds !

N° 280 : Avoir une confiance ferme en l’Esprit Saint. Il y a une véritable confiance en l’invisible.

La force missionnaire de l’intercession

281. Il y a une forme de prière qui nous stimule particulièrement au don de nous-mêmes pour l’évangélisation et nous motive à chercher le bien des autres : c’est l’intercession.

Regardons un instant l’être intérieur d’un grand évangélisateur comme saint Paul, pour comprendre comment était sa prière. Sa prière était remplies de personnes :

En tout temps dans toutes mes prières pour vous tous […] car je vous porte dans mon cœur" (Ph 1, 4.7)

Nous découvrons alors que la prière d’intercession ne nous éloigne pas de la véritable contemplation, car la contemplation qui se fait sans les autres est un mensonge.

282. Cette attitude se transforme aussi en remerciement à Dieu pour les autres :

Et d’abord je remercie mon Dieu par Jésus Christ à votre sujet à tous"

(Rm 1, 8). C’est un remerciement constant :

Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée dans le Christ Jésus"(1 Co 1, 4)

Je rends grâce à Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous" (Ph 1, 3)

Ce n’est pas un regard incrédule, négatif et privé d’espérance, mais bien un regard spirituel, de foi profonde, qui reconnaît ce que Dieu même fait en eux. En même temps, c’est la gratitude qui vient d’un cœur vraiment attentif aux autres. De cette manière, quand un évangélisateur sort de sa prière, son cœur est devenu plus généreux, il s’est libéré de l’isolement et il désire faire le bien et partager la vie avec les autres.

283. Les grands hommes et femmes de Dieu furent de grands intercesseurs. L’intercession est comme « du levain » au sein de la Trinité. C’est pénétrer dans le Père et y découvrir de nouvelles dimensions qui illuminent les situations concrètes et les changent. Nous pouvons dire que l’intercession émeut le cœur de Dieu, mais, en réalité, c’est lui qui nous précède toujours, et ce que nous sommes capables d’obtenir par notre intercession c’est la manifestation, avec une plus grande clarté, de sa puissance, de son amour et de sa loyauté au sein de son peuple.

N° 281 : Nous voyons que l’intercession, c’est porter dans nos cœurs devant Dieu la détresse des autres. Le fait de rester sensibles aux autres nous stimule à continuer à avancer pour les autres.

N° 282 : La prière d’action de grâce sait remarquer le bien que les autres accomplissent ainsi que leurs progrès.

N° 283 : L’intercession nous permet de recevoir des lumières données par Dieu. La prière de demande, ce n’est pas faire pression sur Dieu pour qu’il change d’avis, c’est entrer dans sa volonté d’amour. Finalement, dans la prière pour les autres qu’elle soit pour demander ou remercier, Dieu nous ouvre un chemin dans des situations qui nous semblaient désespérées.

2. Marie, Mère de l’évangélisation

284. Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer (cf. Ac 1, 14), et elle a ainsi rendu possible l’explosion missionnaire advenue à la Pentecôte. Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation.

N° 284 : La présence de Marie à la Pentecôte n’est pas fortuite. Marie n’est pas souvent présente dans l’Evangile mais elle l’est à des moments tout à fait déterminants : la naissance, la Croix, la Pentecôte.

Le don de Jésus à son peuple

285. Sur la croix, quand le Christ souffrait dans sa chair la dramatique rencontre entre le péché du monde et la miséricorde divine, il a pu voir à ses pieds la présence consolatrice de sa Mère et de son ami. En ce moment crucial, avant de proclamer que l’œuvre que le Père lui a confiée est accomplie, Jésus dit à Marie : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit à l’ami bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27).
Ces paroles de Jésus au seuil de la mort n’expriment pas d’abord une préoccupation compatissante pour sa mère, elles sont plutôt une formule de révélation qui manifeste le mystère d’une mission salvifique spéciale. Jésus nous a laissé sa mère comme notre mère.
C’est seulement après avoir fait cela que Jésus a pu sentir que « tout était achevé » (Jn 19, 28). Au pied de la croix, en cette grande heure de la nouvelle création, le Christ nous conduit à Marie. Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère, et le peuple lit en cette image maternelle tous les mystères de l’Évangile. Il ne plaît pas au Seigneur que l’icône de la femme manque à l’Église. Elle, qui l’a engendré avec beaucoup de foi, accompagne aussi « le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 17).
L’intime connexion entre Marie, l’Église et chaque fidèle, qui, chacun à sa manière, engendrent le Christ, a été exprimée de belle manière par le bienheureux Isaac de l’Etoile :

Dans les Saintes Écritures, divinement inspirées, ce qu’on entend généralement de l’Église, vierge et mère, s’entend en particulier de la Vierge Marie […] On peut pareillement dire que chaque âme fidèle est épouse du Verbe de Dieu, mère du Christ, fille et sœur, vierge et mère féconde […] Le Christ demeura durant neuf mois dans le sein de Marie ; il demeurera dans le tabernacle de la foi de l’Église jusqu’à la fin des siècles ; et, dans la connaissance et dans l’amour de l’âme fidèle, pour les siècles des siècles"

.[Isaac de l’Étoile, Sermon 51 : PL 194, 1863.1865]

N° 285 : Commentaire de Jean 19. C’est un texte que Père Jean aimait beaucoup. Selon les paroles de Jésus sur la Croix, prendre Marie chez soi.

Saint Jean nous présente l’épisode de la croix selon un mode littéraire que les exégètes appellent un « schéma de révélation ».
Ce schéma se sépare en trois temps :
1) Un envoyé de Dieu, un prophète, voit un personnage dont on indique le nom.
2) Il le désigne et déclare quelque chose à son sujet.
3) Vient ensuite la déclaration proprement dite : « Voici… » Il y a plusieurs exemples de cela dans l’Evangile de Jean. En Jn 1, 29 : « Le lendemain, voyant Jésus venir à lui, il dit : ’Voici l’Agneau de Dieu…’ » (cf. 1, 35-36 ; 1, 47).

Le fait que saint Jean ait utilisé un « schéma de révélation » pour l’épisode de la croix nous montre qu’il s’agit donc d’une révélation importante à ses yeux. Et d’autre part, cela montre la volonté claire de Jésus que le rôle maternel de Marie ne reste pas ignoré. C’est le regard de la foi qui nous permet de connaître cette maternité de Marie. Jésus commence par dire : « Femme, voici ton fils ». Si Jésus avait surtout voulu se préoccuper de l’avenir de Marie, il aurait suffi qu’il dise à Jean : « Voici ta Mère ». Mais il commence par s’adresser à Marie pour mettre davantage en évidence son rôle. Le rôle du disciple apparaît comme subordonné et dépendant de celui de Marie.

Après cela, sachant que tout était achevé désormais, Jésus dit, pour que toute l’Ecriture s’accomplît…"

(Jn 19, 28). Le « désormais » renvoie à l’épisode précédent. Il exprime que le geste de confier sa Mère au disciple achève l’œuvre de rédemption. C’est comme l’ultime cadeau que Jésus a voulu nous confier sans lequel son œuvre n’aurait pas été accomplie pleinement.

A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui (parmi ses biens propres" (Jn 19, 27b)

) Ce verset explique comment le disciple exécute la volonté du Maître. La phrase : “Et le disciple la prit chez lui” peut avoir deux sens qu’il faut sans doute conserver ensemble. Il la prit “chez lui”, et il la prit “parmi ce qu’il avait de plus cher”.

Le verbe « prendre » a deux significations fondamentales : prendre (sens actif) ou bien recevoir (sens passif). Ici il a plutôt le sens d’accueillir. Et comme dans bien d’autres passages de saint Jean, ce verbe s’approche alors de celui de croire. Cela suppose en effet la disposition intérieure de celui qui reçoit, ou son ouverture vis-à-vis de la personne accueillie.
Que peut signifier concrètement pour nous de prendre Marie chez nous ?
Cela consiste à « faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus, avec Jésus et pour Jésus ».

Il faut se livrer à l’esprit de Marie pour en être mus et conduits de la manière qu’elle voudra. Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur. Il faut se perdre et s’abandonner à elle, comme une pierre qu’on jette dans la mer ; ce qui se fait simplement et en un instant, par une seule œillade de l’esprit, un petit mouvement de volonté, ou verbalement"

(St Louis Marie Grignon de Montfort, Traité de la vraie dévotion à Marie)

Le chrétien peut dire de Marie, ce que le disciple dit de la Sagesse dans l’Ancien Testament :

Je résolus donc d’en faire la compagne de ma vie sachant qu’elle serait ma conseillère pour le bien, mon réconfort dans les soucis et le chagrin… Elle sait ce qui est agréable à tes yeux, ce qui est droit selon tes commandements"(Sg 8, 9 ; 9, 9)

C’est cela, au sens spirituel, prendre Marie chez soi : la prendre comme compagne et comme conseillère, en sachant qu’elle connaît mieux que nous quels sont les désirs de Dieu à notre sujet. Si nous apprenons à consulter et à écouter Marie en toute chose, elle devient vraiment pour nous la maîtresse incomparable dans les voies de Dieu, qui enseigne par l’intérieur, sans bruit de paroles.

Lorsque Jésus nous donne Marie comme Mère sur la Croix, cela a un sens universel et ecclésial. Tout le contexte du passage de saint Jean a une portée assez large et accomplit les Écritures : la tunique sans couture, le fait que Jésus remet l’Esprit, le côté ouvert de Jésus. Ainsi, au-delà de Jean, c’est tous les disciples de Jésus qui sont visés. Dans ce cas, les paroles de Jésus ne révèlent pas quelque chose qui existe déjà mais créent ce qu’elles expriment : il constitue Marie Mère de Jean un peu comme à l’Eucharistie il convertit le pain en son Corps. Cette maternité ne vient pas de Marie mais de Jésus. Marie participe d’une manière unique à l’enfantement de l’Eglise : il convenait en effet que celle qui avait mis au monde la Tête, soit aussi mère du corps tout entier. « Mes petits enfants que, dans la douleur, j’enfante à nouveau » (Ga 4, 19), a fortiori cette parole s’applique-t-elle à Marie au pied de la croix, où elle reçoit le ministère de la maternité universelle de l’Eglise.

Après Jésus, nous appuyer sur Marie.

1°) L’analogie avec la vocation d’Abraham nous montre que nous pouvons nous tourner sans hésiter vers Marie quand nous sommes dans la détresse et la difficulté.

a) A l’annonciation, Marie reçoit la même réponse qu’Abraham :

Rien n’est impossible à Dieu"(Lc 1, 37 ; Gn 18, 14)

Dieu avait promis à Abraham qu’il aurait un fils, alors qu’il avait passé l’âge de la paternité et que sa femme était stérile. Et Abraham a cru. A Marie également Dieu a annoncé qu’elle aurait un fils, bien qu’elle n’ait pas de relations avec un homme. Et Marie a cru.

b) sur le Golgotha
Dieu intervient à nouveau dans la vie d’Abraham, mais cette fois pour lui demander de lui immoler précisément ce fils que lui-même lui avait donné et dont il avait dit : “C’est par Isaac que tu auras une descendance.” (Gn 21, 12) Et, cette fois encore, Abraham crut, et il obéit. De même, Dieu intervint une seconde fois dans la vie de Marie, pour lui demander de consentir, et même d’assister à l’immolation de son Fils, dont il avait été dit qu’il serait grand et que son règne serait sans fin (cf. Lc 1, 32-33). Et Marie obéit. Abraham monta avec Isaac sur le mont Moria et Marie monta, à la suite de Jésus, sur le Calvaire. Mais il fut demandé à Marie plus qu’à Abraham. Avec Abraham, Dieu intervint au dernier moment et lui rendit son fils vivant. Avec Marie, tel ne fut pas le cas. Elle dut aussi franchir cette limite extrême, sans retour, qu’est la mort. Elle retrouve son Fils, mais seulement après qu’on l’ait descendu de la croix.

c) La conséquence qui s’impose
Dieu a dit à Abraham :

Parce que tu as fait cela, que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai nombreuse ta postérité … Je te ferai père d’une multitude de nations"(Gn 17, 5 ; 22, 16-17)

” De même, mais avec beaucoup plus de force, il dit à Marie :

Parce que tu as fait cela et que tu ne m’as pas refusé ton Fils, ton Fils unique, je te comblerai de bénédictions. Je te ferai mère d’une multitude de nations !" (Cantalamessa, pp 111-113)

Abraham n’a pas seulement été constitué “exemple et patron, mais aussi cause de bénédiction”, ainsi Marie a été constituée par Dieu cause et médiatrice de bénédictions pour toutes les générations ? Pas seulement “exemple” mais aussi “cause de salut pour tout le genre humain”. Au pied de la croix, Marie est devenue pour nous “mère dans l’ordre de la grâce” (LG 61).
C’est pourquoi, comme les israélites, au moment de l’épreuve, se tournaient vers Dieu en disant : “Souviens-toi d’Abraham, notre Père !” (Ex 32, 13 ; Dt 9, 27 ; Tb 4, 12), nous pouvons maintenant nous tourner vers lui, en disant : “Souviens-toi de Marie, notre Mère !” et comme ceux-ci disaient : “Ne retire pas de nous ta miséricorde, pour l’amour d’Abraham, ton ami” (Dn 3, 35), nous pouvons lui dire :

Ne retire pas de nous ta miséricorde, pour l’amour de Marie, ton amie !"(Cantalamessa, pp 113-114)

286. Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus, avec de pauvres langes et une montagne de tendresse.

Elle est la petite servante du Père qui tressaille de joie dans la louange.
Elle est l’amie toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie.
Elle est celle dont le cœur est transpercé par la lance, qui comprend tous les peines.
Comme mère de tous, elle est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que naisse la justice. Elle est la missionnaire qui se fait proche de nous pour nous accompagner dans la vie, ouvrant nos cœurs à la foi avec affection maternelle. Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu.
Par les différentes invocations mariales, liées généralement aux sanctuaires, elle partage l’histoire de chaque peuple qui a reçu l’Évangile, et fait désormais partie de son identité historique. Beaucoup de parents chrétiens demandent le Baptême de leurs enfants dans un sanctuaire marial, manifestant ainsi leur foi en l’action maternelle de Marie qui engendre de nouveaux enfants de Dieu. Dans les sanctuaires, on peut percevoir comment Marie réunit autour d’elle des enfants qui, avec bien des efforts, marchent en pèlerins pour la voir et se laisser contempler par elle. Là, ils trouvent la force de Dieu pour supporter leurs souffrances et les fatigues de la vie. Comme à saint Juan Diego, Marie leur donne la caresse de sa consolation maternelle et leur murmure :

Que ton cœur ne se trouble pas […] Ne suis-je pas là, moi ta Mère ?".

[Nican Mopohua, 118-119]

n° 286 : S’appuyer sur l’expérience de générations entières de chrétiens

Des générations entières se sont appuyées sur Marie. Et ils n’ont pas été déçus.

Dans un célèbre discours (Hom. super Missus est, II, 17), saint Bernard compare Marie à l’étoile que les navigateurs suivent du regard pour ne pas faire fausse route. Il écrit ces paroles célèbres :

Regarde l’Etoile
O homme qui te sens dériver, dans cette marée du monde parmi les orages et tempêtes, plutôt que marcher sur la terre ferme, ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre, si tu ne veux pas sombrer dans la bourrasque.
Quand se lève le vent des tentations, quand tu es emporté vers les récifs de l’adversité, regarde l’étoile, appelle Marie ! Si tu es ballotté par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, du dénigrement, de la jalousie, regarde l’étoile, appelle Marie !
Si la colère ou l’avarice ou les sortilèges de la chair secouent la nacelle de ton âme, regarde vers Marie. Si, tourmenté par l’immensité de tes crimes, honteux des souillures de ta conscience, terrorisé par l’horreur du jugement, tu te laisses déjà happer par le gouffre de la tristesse, par l’abîme du désespoir, pense à Marie !
Dans les périls, dans les angoisses, dans les situations critiques, pense à Marie, invoque Marie !
Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu’il ne quitte pas ton cœur, et pour obtenir le suffrage de ses prières, ne négliges pas l’imitation de sa vie.
Si tu la suis, point ne dévies ; si tu la pries, point ne désespères ; si tu penses à elle, point ne t’égares. Si elle te tient, plus de chute, si elle te protège, plus de crainte, si elle te guide, plus de fatigue. Avec sa bienveillance, tu parviens au port.

L’Étoile de la nouvelle évangélisation

287. À la Mère de l’Évangile vivant nous demandons d’intercéder pour que toute la communauté ecclésiale accueille cette invitation à une nouvelle étape dans l’évangélisation.

Elle est la femme de foi, qui vit et marche dans la foi,[Cf. Vat. II, Lumen gentium, ch. 8, nn. 52-69] et

son pèlerinage de foi exceptionnel représente une référence constante pour l’Église"

[Jean-Paul II, Redemporis Mater (25 mars 1987), n. 6]

Elle s’est laissé conduire par l’Esprit, dans un itinéraire de foi, vers un destin de service et de fécondité. Nous fixons aujourd’hui notre regard sur elle, pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut, et pour que les nouveaux disciples deviennent des agents évangélisateurs.[Cf. Proposition 58]
Dans ce pèlerinage d’évangélisation, il y aura des moments d’aridité, d’enfouissement et même de la fatigue, comme l’a vécu Marie durant les années de Nazareth, alors que Jésus grandissait :

C’est là le commencement de l’Évangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle, de la joyeuse nouvelle. Il n’est cependant pas difficile d’observer en ce commencement une certaine peine du cœur, rejoignant une sorte de “nuit de la foi” – pour reprendre l’expression de saint Jean de la Croix –, comme un “voile” à travers lequel il faut approcher l’Invisible et vivre dans l’intimité du mystère. C’est de cette manière, en effet, que Marie, pendant de nombreuses années, demeura dans l’intimité du mystère de son Fils et avança dans son itinéraire de foi"

[Jean-Paul II, Redemporis Mater (25 mars 1987), n. 17]

n° 287 : Ce titre est celui que Paul VI donnait à Marie dans Evangelii nuntiandi.

Marie n’est pas simplement Mère, elle est aussi modèle.
Et elle l’est notamment au niveau de sa foi comme le Pape Jean-Paul II l’a bien montré dans son encyclique sur Marie.

A côté du titre de Mère de Dieu et des croyants, l’autre catégorie fondamentale employée par le concile pour illustrer le rôle de Marie, est celle du modèle, ou de la figure :

La bienheureuse Vierge, de par le don et la charge de sa maternité qui l’unissent à son fils, le Rédempteur, et de par ses grâces et les fonctions singulières qui sont siennes, se trouve également en intime union avec l’Eglise : de l’Eglise, selon l’enseignement de saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ"(Lumen Gentium, n° 63)

Jean-Paul II, Redemptoris Mater « Dans les présentes réflexions, je veux évoquer surtout le « pèlerinage de la foi » dans lequel « la bienheureuse Vierge avança », gardant fidèlement l’union avec le Christ. Ainsi ce « double lien » qui unit la Mère de Dieu avec le Christ et avec l’Eglise prend une signification historique. Il ne s’agit pas ici seulement de l’histoire de la Vierge Mère, de l’itinéraire personnel de sa foi et de la « meilleure part » qu’elle a dans le mystère du salut, mais aussi de l’histoire de tout le Peuple de Dieu, de tous ceux qui participent au même pèlerinage de la foi. » (n° 5)
« Tout cela s’accomplit au cours d’un grand processus historique et, en quelque sorte, d’un « itinéraire ». Le pèlerinage de la foi désigne l’histoire intérieure, pour ainsi dire l’histoire des âmes. Mais c’est aussi l’histoire des hommes, soumis à une condition transitoire sur cette terre, situés dans le cadre de l’histoire. Dans les réflexions qui suivent, nous voudrions être attentifs avant tout à la phase actuelle, qui, en soi, n’est pas encore l’histoire, et cependant la modèle sans cesse, spécialement au sens de l’histoire du salut. Un champ très ample s’ouvre ici à l’intérieur duquel la Bienheureuse Vierge Marie continue d’occuper « la première place » dans le Peuple de Dieu. Son pèlerinage de foi exceptionnel représente une référence constante pour l’Eglise, pour chacun individuellement et pour la communauté, pour les peuples et pour les nations et, en un sens, pour l’humanité entière. En vérité, il est difficile de saisir et de mesurer son rayonnement.
Le Concile souligne que la Mère de Dieu est désormais l’accomplissement eschatologique de l’Eglise : « L’Eglise, en la personne de la Bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep 5, 27) » -et il souligne simultanément que « les fidèles sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est pourquoi ils lèvent les yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus ».
Le pèlerinage de la foi n’est plus ce qu’accomplit la Mère du Fils de Dieu : glorifiée dans les cieux aux côtés de son Fils, Marie a désormais franchi le seuil qui sépare la foi de la vision « face à face » (1 Co 13, 12). En même temps, toutefois, dans cet accomplissement eschatologique, Marie ne cesse d’être « l’étoile de la mer » (Maris stella) pour tous ceux qui parcourent encore le chemin de la foi. S’ils lèvent les yeux vers elle dans les divers lieux de l’existence terrestre, ils le font parce qu’elle « engendra son Fils, dont Dieu a fait le premier-né parmi beaucoup de frères (Rm 8, 29) » et aussi parce que, « à la naissance et à l’éducation » de ces frères et de ces sœurs, elle « apporte la coopération de son amour maternel ». » (n° 6)

288. Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants. En la regardant, nous découvrons que celle qui louait Dieu parce qu’« il a renversé les potentats de leurs trônes » et « a renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 52.53) est la même qui nous donne de la chaleur maternelle dans notre quête de justice. C’est aussi elle qui « conservait avec soi toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Marie sait reconnaître les empreintes de l’Esprit de Dieu aussi bien dans les grands événements que dans ceux qui apparaissent imperceptibles. Elle contemple le mystère de Dieu dans le monde, dans l’histoire et dans la vie quotidienne de chacun de nous et de tous. Elle est aussi bien la femme orante et laborieuse à Nazareth, que notre Notre-Dame de la promptitude, celle qui part de son village pour aider les autres « en hâte » (cf. Lc 1, 39-45). Cette dynamique de justice et de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres, est ce qui fait d’elle un modèle ecclésial pour l’évangélisation. Nous la supplions afin que, par sa prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau. C’est le Ressuscité qui nous dit, avec une force qui nous comble d’une immense confiance et d’une espérance très ferme : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21, 5).

n° 288 : le style marial dans l’activité évangélisatrice

D’où vient cette expression d’Eglise mariale ?
L’expression vient du pape Jean Paul II dans la lettre apostolique ‘Mulieris dignitatem’ datée du 15 août 1988 :

Le Concile Vatican II, en confirmant l’enseignement de toute la tradition, a rappelé que dans la hiérarchie de la sainteté, c’est justement la Femme, Marie de Nazareth qui est la figure de l’Eglise. Elle nous précède tous sur la voie de la sainteté ; en sa personne ‘l’Eglise atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride’.En ce sens, on peut dire que l’Eglise est mariale en même temps qu’apostolique et pétrinienne"

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Mgr Claverie, l’évêque d’Oran, assassiné en 1996, a prêché plusieurs fois une retraite sur Marie. Je le cite :

)Avec Marie, chaque geste d’amour et chaque acte de confiance est une victoire, une victoire sur la mort, sur le découragement, sur le désespoir. C’est un monde nouveau qui paraît dans l’obscurité : pour un petit acte d’amour, pour un petit acte de confiance, un monde nouveau naît et grandit. Ce monde nouveau est le Royaume de Dieu et le Corps du Christ. Le Royaume de Dieu est fait de ces petites choses, transformées par la puissance de l’Esprit, ces petits gestes de service, ces petits gestes d’accueil, de compréhension, de confiance. Là où la parole d’amour de Dieu est reçue et vécue, c’est son règne qui vient. Ce règne n’a pas de frontières visibles, il n’est pas l’Eglise, il est beaucoup plus large que l’Eglise"(P. Claverie, Marie la vivante, p. 210)

L’Evangile de Jean ne nous parle de Marie que deux fois : à Cana et au Calvaire, deux moments qui encadrent tout le ministère de Jésus.

Qui de nous peut dire que sa vie n’est pas traversée à un moment ou à un autre par la souffrance, l’épreuve qui remet en question le sens même de ce qu’il a entrepris ? Ne ressentons-nous pas avec acuité la grande détresse de notre monde ? Elle nous atteint par les medias mais elle est aussi présente dans nos rues, nos quartiers… Il suffit d’ouvrir les yeux, d’être attentifs, de regarder autour de nous. Traverser l’épreuve, se faire proche de celui qui est dans la détresse, s’engager aux côtés des plus petits pour que justice lui soit rendue, l’église mariale le fait de mille manières mais jamais elle ne peut dire que sa tâche est terminée. Et nous, aux côtés de qui nous tenons-nous ?

L’Eglise mariale se tient au pied de la croix. Elle ne se réfugie pas dans une forteresse ou dans une chapelle ou dans un silence prudent quand des hommes sont écrasés. Elle est exposée, dans ses actes comme dans ses paroles. Avec un humble courage, elle se tient aux côtés des plus petit" (François Marc)

Sans Marie, la Christologie devient une théorie, ou un pur symbolisme, une idée. Une idée n’a pas de mère ! Il n’est pas besoin d’insister trop pour voir que Marie est indispensable au réalisme de l’Incarnation : Dieu s’est fait homme. Il n’a pas fait semblant : il est né d’une femme. Marie est garante de la réalité de l’Incarnation.
En Marie, nous voyons l’attention portée à chaque personne.

Avec Marie, avançons avec confiance vers cette promesse, et disons-lui :

Vierge et Mère Marie, toi qui, mue par l’Esprit, as accueilli le Verbe de la vie dans la profondeur de ta foi humble, totalement abandonnée à l’Éternel, aide-nous à dire notre “oui” dans l’urgence, plus que jamais pressante, de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.
Toi, remplie de la présence du Christ, tu as porté la joie à Jean-Baptiste, le faisant exulter dans le sein de sa mère.
Toi, tressaillant de joie, tu as chanté les merveilles du Seigneur.
Toi, qui es restée ferme près de la Croix avec une foi inébranlable et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection, tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit afin que naisse l’Église évangélisatrice.
Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort.
Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous le don de la beauté qui ne se ternit pas.
Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation, mère du bel amour, épouse des noces éternelles, intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure, afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais se s’arrête dans sa passion pour instaurer le Royaume.
Étoile de la nouvelle évangélisation, aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion, du service, de la foi ardente et généreuse, de la justice et de l’amour pour les pauvres, pour que la joie de l’Évangile parvienne jusqu’aux confins de la terre et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.
Mère de l’Évangile vivant, source de joie pour les petits, prie pour nous.
Amen. Alléluia !

Donné à Rome, près de Saint Pierre, à la conclusion de l’Année de la foi, le 24 novembre 2013, Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l’Univers, en la première année de mon Pontificat.

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