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Parce que c’était lui

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 25 février 2013
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Alors que la décision du pape nous a surpris et secoue le monde catholique, le père Pierre-Marie fait une relecture de cet événement qui illustre et éclaire le pontificat d’une lumière nouvelle.



Comme beaucoup j’ai été effaré de la décision de Benoît XVI de renoncer à sa charge. Le temps de la stupeur passé, je relis son pontificat à l’aune de cet acte novateur qui éclaire et résume ces 8 années pleines de richesses et d’enseignements. Voici quelques perles que je retiens du pontificat d’un grand pape.

L’éducateur de la foi

Jean Paul II on le regarde, Benoît XVI on l’écoute.

Vous avez sans doute souvent entendu cette comparaison entre les deux hommes.

Alors que les médias l’ont accueilli comme dogmatique, Benoît XVI s’est révélé un pédagogue exceptionnel et un intellectuel de haut vol. Je retiens ses encycliques en particulier son encyclique programmatique sur l’amour qui éclaire son pontificat.

C’est sans nul doute c’est un acte d’amour que le pape a posé en remettant sa charge. Ce n’est pas le capitaine qui abandonne le navire, c’est le coureur de fond qui passe le relais. L’amour de l’Église a été au cœur de ses pensées et de ses prières durant ses années. Ce geste est en quelque sorte une dernière façon de nous éduquer à la confiance en Dieu. C’est un geste pédagogique.

L’invité de la Reine

Première fois qu’un pape réalise une visite d’état en Grande Bretagne à l’invitation de la Reine, chef de l’Église Anglicane, pour adresser au peuple britannique un message spirituel. Grand succès, ce voyage a connu son apogée avec le discours de Benoît XVI à Westminster Hall sur la question du droit :

« Chaque génération doit poser de nouveau quelles exigences les gouvernements peuvent imposer aux citoyens de manière raisonnable et au nom de quelle autorité peuvent se résoudre les dilemmes moraux. Si les principes éthiques qui soutiennent le processus démocratique ne se régissent par rien de plus solide que le simple consensus social, alors ce processus se présente évidemment fragile ».

Le droit s’appuie sur quelque chose qui lui est antérieur et dont il doit rendre compte : la loi naturelle qui se traduit dans l’expression d’un jugement en conscience qui nous fait choisir le bien et éviter le mal. La remise de sa charge s’est faite en conscience et librement. C’est l’hommage rendu à une conscience droite.

L’écologue

Le deuxième voyage officiel qui a retenu mon attention c’est celui qu’il a réalisé en Allemagne et qui a donné lieu au très beau discours de Benoît XVI devant le Bundestag le 22 septembre 2011. Il y parle entre-autres de l’écologie humaine :

« Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder avec force un point qui aujourd’hui comme hier est - me semble-t-il - largement négligé : il existe aussi une écologie de l’homme. L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même.
Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il respecte la nature, l’écoute et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de soi.

C’est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine »

Pour ce pape, l’écologie n’est pas simplement une passade, le sacrifice à la mode du temps. Non. C’est une attitude spirituelle de respect face à un Dieu dont on peut déchiffrer la présence dans la nature. La reconnaissance de Sainte Hildegarde von Bingen comme docteur de l’Église va dans ce sens ainsi que le désir que la cité du Vatican soit une cité neutre en termes d’émission de Co2 avec la création d’un puits à carbone dans la cité papale.

En démissionnant, Benoît XVI a voulu respecter sa propre nature d’homme âgé.

Le courageux

Alors que l’Église a été souillée par des actes de la pédophilie de la part de certains prêtres ou religieux, Benoît XVI a eu le courage de « nettoyer les écuries d’Augias » en refusant de couvrir quoique ce soit et en sanctionnant les évêques qui avaient mal géré cette crise dans leur diocèse. Il a eu le courage et l’honnêteté intellectuelle de choisir la transparence.

Déjà en 2002 il a demandé que délits relatifs aux mœurs soient traités par Rome et non par les diocèses. En Irlande il a demandé que tout soit confié à la police et à la justice même s’il savait que cela allait faire entrer l’Église dans une grande crise de confiance dans son rapport aux Irlandais.

Cette même honnêteté intellectuelle l’a poussé à rompre un tabou en remettant sa charge. Il n’a pas eu peur des critiques ou du regard des autres même si sa décision marque un avant et un après dans la manière d’exercer la charge de successeur de Pierre.

L’intellectuel et le croyant

Son pontificat a été traversé par une idée force : unir foi et raison non seulement pour mieux comprendre la révélation chrétienne mais aussi pour dialoguer avec le monde et faciliter le dialogue inter-religieux.

Bien des fois il a répété que les intégrismes religieux de toute sorte, sont le fruit d’ignorance. Réconcilier la foi et la raison permet à l’homme de respirer à pleins poumons. La coupure entre les deux renvoie à un rejet de Dieu par l’intelligence ou à un rejet d’une démarche rationnelle par le croyant.

Au fond sa démission est un acte qui illustre bien ce que veut dire la réconciliation de la foi et de la raison. C’est un acte raisonnable compte tenu de ses forces. C’est un acte de foi car il fait confiance à l’Esprit Saint pour la suite et la manière dont sa décision va être accueillie.

L’artisan d’unité

Le dernier axe que je retiens de ce pontificat c’est une détermination sans faille pour l’unité de l’Église et l’unité des chrétiens. Au risque d’être impopulaire il tend la main aux intégristes car l’histoire le prouve, plus un schisme dure plus il est impossible de revenir en arrière.

Mais aussi :

  • C’est le premier pape a être invité dans un pays orthodoxe : Chypre.
  • Le rapprochement avec le patriarcat de Moscou a permis que le Saint-Siège tisse avec la Russie des relations diplomatiques plénières passant du statut de simple représentation diplomatique à ambassade.
  • La visite en Angleterre représente une main tendue aux Anglicans.

Au fond sa décision est aussi un signe d’unité. Pour avoir vécu douloureusement les dernières années de Jean-Paul II, il connaît trop bien la nature humaine pour savoir qu’un pape affaiblit peut laisser des personnes peu scrupuleuses s’emparer de certains pouvoirs au détriment de l’unité du corps du Christ.

Par ailleurs sa décision humanise la fonction de pape ce qui le rend plus abordable pour les autres confessions chrétiennes.

Tant pour l’unité de l’Église que pour l’unité des chrétiens le geste de Benoît XVI est éloquent.

C’est comme homme de foi que j’accueille cette décision même si je me sens aujourd’hui orphelin. Mais je reprends cœur quand je lis le très beau texte de Benoît XVI sur l’Espérance :

« La foi n’est pas seulement une tension personnelle vers les biens qui doivent venir, mais qui sont encore absents ; elle nous donne quelque chose. Elle nous donne déjà maintenant quelque chose de la réalité attendue, et la réalité présente constitue pour nous une « preuve » des biens que nous ne voyons pas encore.
Elle attire l’avenir dans le présent, au point que le premier n’est plus le pur « pas-encore ». Le fait que cet avenir existe change le présent ; le présent est touché par la réalité future, et ainsi les biens à venir se déversent sur les biens présents et les biens présents sur les biens à venir » Benoît XVI, Spe Salvi, 7

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4 réactions


13 février 2013 08:53, par Pasteur Pascal hUBSCHER

Cher Pierre-Marie,

C’est le pasteur Pascal Hubcsher de Belfort-Montybéliard qui réagit et te salue fraternellement ! Je voulais souligner que le pape qui, sur certains points pouvait apparaître certes un peu « conservateur », a eu un rôle oecuménique majeur. N’est-ce pas grâce à sa tenancité -certes juste avant de devenir pape- que le texte commun entre l’Eglise catholique romaine et les Eglises luthériennes concernant l’accord sur la justification, a pu être signé. Je lui en garde, et d’autres avec moi, une vraie reconnaissance… et ce même si les rumeurs -non confirmées à ce jour- d’un ordinariat luthérien qui pourrait être mis en place à Rome, froisse aujourd’hui mon sens de l’unité des chrétiens.

Nous suivons avec attention et respect cette « nouvelle » situation dans le catholicisme romain. J’espère en particulier que cette démission n’est pas l’oeuvre d’une pression de la curie romaine mais, comme je le crois, l’oeuvre, au contraire, du pape lui même prenant de court cette dernière pour placer l’Eglise catholique dans la dynamique d’une modernité qui ne consiste pas à « sacrifier au monde » comme le pensent, par caricature, certains craintifs. Il en va, à l’évidence, de l’avenir de cette Eglise soeur dont nous nous sentons si proche. Nous attendons donc avec beaucoup d’impatience l’élection du prochain pape et ce que l’Esprit Saint inspirera alors à l’Eglise catholique romaine. Comme tu le vois, nous partageons votre surprise et vos émotions ainsi, je pense, que vos attentes.

Cordialement et fraternellement dans le Christ,

Pasteur Pascal Hubscher, Eglise Protestante Unie de France, Inspection luthérienne de Montbéliard.

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13 février 2013 14:35, par BLANDIN DE CHALAIN Johanna

Merci père Pierre Marie pour ce tour d’horizon sur le pontificat de notre bien aimé Saint Père. J’ai pleuré à l’annonce de sa renonciation parce que le Saint Père est le « papa » des croyants.Il va me manquer. J’ai lu une partie de sa 1re encyclique.Ce que je retiens de son pontificat, c’est sa grande humilité (elle se réflète à nouveau par cette décision), il a su tenir l’Eglise ferme contre vents et marées, son exigence aussi pour nous pousser à vivre en chrétiens authentiques.Il nous aura appris tellement en peu de temps.Un bon Pape ! Qu’il soit béni pour toujours, dans nos coeurs pour toujours ! Fiat !

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15 février 2013 16:19, par Michèle CAMBIEN

C’est vrai S.S. Benoit XVI a, et est encore pour quelques jours, un très grand Pape. Nous ne pouvons que lui dire « Merci » pour le courage et la ténacité dont il a fait preuve tout au long de son pontificat. Il a su maintenir le cap sans jamais dévier malgrès toutes les critiques dont il a été gratifier depuis son élection. Il a su magnifiquement rebondir sur ces critiques pour permettre à l’Eglise d’aller plus loin. Saurons-nous à son exemple, nous aussi, et chacun(e) à notre place, quelques soient les circonstances, continuer à aller de l’avant sans jamais faiblir même quand cela peut faire très mal ? Encore Merci à Sa Sainteté Benoit XVI !

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22 février 2013 00:43, par marie

Le temps a passé, je lis aujourd’hui votre texte sur le site que je découvre avec bonheur. Je découvre tout (votre ordre, votre site, vos homélies…) et j’aime tout ce que je découvre. Je sais que je le visiterai régulièrement maintenant.

Merci de nous livrer ce texte à la pensée structurée (malgré le choc) sur le pontificat de Pape Benoît. Je suis en totale communion de pensée avec ce que vous écrivez.

Quelques mots encore qualifient pour moi non le pontificat, mais l’homme. Comme Johanna, je retiens l’humilité comme trait majeur de sa personnalité et de son action. Un homme de contrastes harmonieux, douceur et droiture, humilité et force, qui me rappellent irrésistiblement la figure du Christ. Un homme d’une foi profonde, animé par la quête incessante de la vérité, qui a recherché avec l’appui de Dieu à faire jaillir la lumière de la vérité quoiqu’il en coûte… Pourvu que la lumière éclaire ici, les ténèbres du mensonge ou là, l’obscurantisme de la pensée. C’est cette quête de la vérité dans un dialogue avec Dieu que l’on sent intense, qui le rend à la fois humble et courageux. Et s’il ne fallait retenir que deux mots pour le qualifier, il me semble que ce serait : vérité et humilité. S’il ne fallait en retenir qu’un seul : vérité.

En union de prières avec tous ceux qui prient pour lui.

Quelqu’un disait récemment, le Patriarche de Jérasulem, je crois, que Benoît XVI avait choisi la période précédant de près le carême pour annoncer qu’il renonçait à son ministère car c’est un sacrifice qui, pour être consenti, n’en est pas moins redoutable, un acte inouï de dépouillement.Un acte unique de carême véritable. Son choix de se retirer dans un monastère montre à quel point, s’il fallait encore convaincre certains, il agit pour le bien de l’Eglise du Christ et pour Elle uniquement. C’est un grand renoncement qui grandit encore celui qui l’offre.

L’histoire de l’Eglise confirme une fois encore avec Benoît XVI que l’humilité grandit.

C’est magnifique. Prions sans cesse pour lui, pour que l’Esprit Saint le comble de se grâces et pour lui dire MERCI.

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