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Pourquoi l’Eglise ?

Conférence donnée pour la fraternité du Serviteur par le Père Maximilien

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Écrire à l'auteur Père Maximilien-Marie 22 mai 2007
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Nous avons pas mal de difficultés avec l’Eglise et nos contemporains aussi : le Christ d’accord, l’Eglise non ! _ L’image de ses richesses, de sa force oppressive, relayée par la culture ambiante ne fait pas très envie
Qu’en est-il au juste ?
Pourquoi cette grosse machine Eglise ? Est-elle vraiment une machine ?



La première chose : Dieu veut aller à l’humanité.
Comment fait-il ? Il se fait homme.
C’est-à-dire qu’il se proportionne à nous, qu’il nous emprunte quelque chose : notre nature humaine.

Le Christ devient en quelque sorte le sacrement, l’instrument par quoi Dieu se communique, le chemin qu’il nous faut emprunter (« Je suis le chemin, la vérité… »).

Comment aborder le Christ ?

Plusieurs façons :

  • Le Christ n’existe pas : un mythe, une fable, un personnage imaginaire comme le prince charmant ou Barbe Bleue !
  • Le Christ est un grand homme historique, un exemple à suivre, mais qui ne donne pas les moyens de le suivre. Il serait semblable à ces hommes très estimables de l’Antiquité, comme Socrate, qui lui aussi meurt pour ses convictions. Mais tous sont morts, et dans cette optique, le Christ aussi.

OU BIEN

  • Le Christ est un être toujours vivant : il est présent « au ciel » mais aussi dans mon coeur. Je peux le rejoindre par la voie de l’intériorité (voie mystique, voie intuitive).
  • Le Christ est un être toujours vivant, mais vivant dans son Eglise ; il m’est aussi donné par un ensemble de médiations : la Parole, l’enseignement, les sacrements, la communauté dans laquelle je prie.

Il faut toujours que ces deux voies aillent ensemble. Voie intuitive, voie objective. Si l’une des deux manque, c’est le déséquilibre.

Soit le Christ m’est donné uniquement à travers des médiations humaines : le risque alors si je m’en tiens là, c’est que je n’ai plus de vie intérieure, j’ai toujours besoin d’un cadre pour le retrouver, je n’arrive plus à le retrouver seul.
C’est un peu le risque des « temps forts » : toute une communauté (JMJ/ TAIZE) prie, célèbre avec moi et je sens le Christ présent, c’est formidable, mais quand ces temps forts sont finis… j’ai le problème d’avoir à affronter les « temps faibles ».

Soit ce sont parfois les excès du mysticisme : le Christ, Dieu et moi et plus rien d’autre.
Le risque, c’est que le Christ va être façonné alors un peu selon mes désirs. Je vais aussi alors courir le risque de me priver des sacrements. Ce n’est pas forcément ce qui nous guette, mais malgré tout, beaucoup aujourd’hui ont soif de spiritualité : c’est très vague, New Age, Mystique orientale…du moment que ça m’apaise et me fait du bien, c’est bon à prendre. C’est le risque.

Le Christ passe par des moyens

Son humanité

C’est frappant que le corps du Christ dans l’Evangile est la source d’une grande puissance. C’est à travers son corps que passe la force de vie. Par exemple avec une femme malade, il sent qu’il a été touché, et qu’une force est sortie de lui et l’a guérie. L’évangile dit aussi que beaucoup l’approchaient pour pouvoir le toucher. Son humanité jusque dans son corps manifeste le cœur de Dieu : l’affection, le désir de salut, le désir de soulager chacun etc…

Mais il est remonté au ciel : autrement dit il est présent d’une autre façon.
Le Christ désormais se trouve dans les sacrements que célèbre l’Eglise. Recevoir les sacrements c’est se laisser toucher par le Christ lui-même. J’ai moi même été très frappé lors de mon ordination de me dire que finalement c’était le Christ lui-même qui m’imposait les mains, selon une longue chaîne ininterrompue. Il a imposé les mains à ses apôtres, puis ceux-ci à d’autres hommes, et jusqu’à l’évêque qui lui-même m’a imposé les mains.

Les sacrements

Ces moyens ce ne sont pas des rites simplement, mais des gestes qui font passer la force divine du Christ, voire toute sa personne. A travers une matière, un geste, une parole, c’est la puissance de Dieu qui est à l’œuvre, qui nous sauve, nous donne ce trésor de vie pour le fond de notre cœur, qu’on appelle la grâce. Ça n’a rien de magique puisqu’il faut coopérer mais c’est une force qui dépasse la mesure humaine.
Le Christ a voulu ces moyens ; ils ne sont pas une invention humaine, mais vraiment le fruit de l’initiative divine. Ces moyens sont particuliers, sont circonstanciels, liés aux circonstances. C’est vrai par exemple que le Seigneur a pris du pain et du vin, que c’est lié au bassin méditerranéen, à une culture. Mais l’initiative du Christ pour nous a une valeur, elle fait même autorité : dans les « sacrements » nous refaisons ces gestes que le Christ lui-même a fait pour rester avec nous.

La parole et le magistère

Il y a les sacrements, mais il y a aussi l’enseignement des pasteurs, de l’Eglise, tout cela nous sert de boussole. C’est aussi une volonté du Christ : il dit à Pierre : « Quand tu seras revenu affermis tes frères. »
Dieu veut que certains enseignent, qu’ils reçoivent de lui plus spécialement ce charisme d’enseignement, pour pouvoir affermir, conforter, etc…
C’est le sens aussi de la hiérarchie dans l’église, une hiérarchie bien mal comprise souvent. Mais il faut voir que le Christ passe par des hommes pécheurs, en même temps, c’est par eux qu’il veut nous conduire.
Tout cela ce sont des moyens, mais des moyens que le Christ veut. Lui n’est pas lié à ces moyens, mais d’une certaine façon, si nous les connaissons, nous avons à y recourir. Voilà pourquoi il enseigne à ses apôtres de baptiser toutes les nations. C’est à dire de leur donner les sacrements comme moyens de le rejoindre. Des moyens pour une fin

Cette fin : faire grandir la charité
Mais comment ?

  • Nécessaire coopération de ma liberté
    D’où la grande question : nous avons la plénitude des moyens du salut, mais est-ce que nous les utilisons ? D’autres peuples avec des moyens moindres ne vont-ils pas plus loin ? C’est la grande question, à nous poser pour éviter tout triomphalisme, de nous reposer sur nos lauriers… Je reçois le germe du salut, à moi de le faire fructifier !
  • L’intériorité
    C’est toute l’importance de la vie spirituelle : la messe est ennuyeuse si je ne m’y investis pas ! Je dois avoir ce sens de l’intériorité par une vie d’oraison qui me permettra de dépasser l’aspect ennuyeux, pour discerner la présence du Christ dans l’eucharistie, de celui que j’aime et qui m’aime. C’est la même chose pour les autres sacrements et même la parole de Dieu : c’est toujours la même chose l’évangile ! Alors lis-le plus avec ton cœur et sa parole sera toujours neuve.
  • Faire croître la charité pour le prochain

Si j’ai une vraie spirituelle et sacramentelle, alors la charité peut grandir en moi, et je peux vraiment essayer d’aimer mieux. Ce que je reçois du Christ je dois le transmettre. Il me nourrit de sa parole et de ses sacrements, à moi de nourrir les autres de ce que je suis… sinon, c’est un scandale !

L’église et nous

Le Christ ne se donne qu’à une communauté. A la Pentecôte, les disciples sont unis par la charité, unanimes dans la prière (nous disent les Actes des apôtres) avec Marie, la mère de Jésus.
Il se ne donne qu’à son Eglise. Plus nous sommes unis, plus nous recevons l’Esprit Saint. Dieu ne fait pas de miracles s’il ne trouve pas la foi, et s’il ne trouve pas la charité.

Pour nous, pour notre fraternité, c’est un lieu où doit se réaliser notre unité, où il faut la vivifier : plus nous serons unis, plus Dieu sera avec nous. Notre unité attire les bénédictions de Dieu.

Il faut ces échanges de bien : voilà pourquoi les communautés naturelles, les communautés diverses sont comme la matière de l’Eglise, son tissu. Il faut aimer concrètement ceux qui nous entourent en sortant de l’individualisme, par des rencontres, le partage avec les plus pauvres… Qu’est une Eglise sans petite communauté, sans famille, sans groupe de jeunes, de moins jeunes aussi ? Sans ces lieux concrets où circule la charité, où on prend des nouvelles, où on se fête les anniversaires… ?
Le Christ ne se donne que par une communauté.

Enfin, si nous voulons que le Christ soit connu et aimé, si nous pensons que ça vaut la peine, alors c’est en communauté qu’il faut témoigner. Je suis persuadé qu’un groupe de jeunes qui manifestent entre eux une vraie charité est quelque chose qui, pour les autres jeunes, peut être un vrai signe. On est frappé de voir aujourd’hui que, pour certains jeunes, ce n’est plus si évident d’avoir des amis. On se heurte à beaucoup d’individualisme, il y a des complicités, mais des amitiés durables, où on se donne et se soutient, ce n’est pas si fréquent.

« C’est à ce signe… » dit Jésus, « à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples ».
Je suis sûr aussi que Dieu à travers une fraternité, veut se donner à nous, mais en passant par les uns et par les autres. Dieu aura le visage de mon frère de fraternité.

N’ayons donc pas peur d’être d’Eglise, d’être l’Eglise.

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