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Revenons sans cesse au lieu de notre premier amour !

Homélie du 24e dimanche du Temps Ordinaire - Année C

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Écrire à l'auteur Père Samuel 16 septembre 2013
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Homélie du 24e dimanche du Temps Ordinaire - Année C

Écouter l’homélie de Père Samuel :




Toi mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est a moi est à toi.

Chers frères et sœurs,

Juste quelques mots pour préparer nos cœurs au sacrifice du Christ sur l’autel. Permettez moi de revenir sur notre évangile, passage bien connu des trois paraboles de la Miséricorde chez Saint Luc, qui viennent nous manifester la bonté de Dieu, la bonté du cœur de Dieu, un cœur comme celui d’un père pour son enfant, qui se penche sur la douleur de son enfant. Ou même, la douleur d’une mère qui se penche sur la souffrance de son petit.

La Miséricorde du Seigneur comme chemin de bonheur

En effet Dieu a un cœur qui se penche sur la misère de l’homme, d’où l’expression de la miséricorde : miser-cordia. Et cette misère n’est pas tant matérielle que de l’ordre de notre attachement à Dieu. La plus grande misère, notre plus grande tristesse, si je puis me permettre de le dire, vient de perdre notre objectif, de perdre le sens de la vie, perdre notre quête du bonheur qui est finalement de voir Dieu.

Pour reprendre une parole de St François de Sales, notre plus grand bonheur serait d’arriver à partir de là où l’on est pour arriver là où on doit aller. C’est du bon sens, me direz vous, mais ce n’est pas si évident que cela. Aussi faut-il avoir l’humilité de savoir d’où l’on part, où l’on en est actuellement.

Notre vie quotidienne, si elle est habitée par de nombreuses joies simples d’accomplir notre devoir d’état, nos missions, notre vocation, elle est aussi entachée, abîmée de ne pas toujours y parvenir. Et, pour reprendre les mots de St Paul, notre plus grande tristesse serait de ne pas parvenir à accomplir le bien que nous désirons faire – pour lequel nous sommes taillés - ainsi que de ne pas arriver à éviter le mal que je nous haïssons, que nous rejetons, que nous ne désirons pas. Là est finalement notre plus grande tristesse, bien au delà de nos problèmes matériels, et même peut-être, de nos problèmes de santé.

Prenons l’image d’une maison de famille et de ses habitants

C’est tout le sens de notre parabole. Je le résumerais à une histoire de maison : Les deux fils appartiennent à une même maison, à la maison du Père. Ils sont tous les deux dans la maison et, d’une certaine manière, ils ne sont pas tout à fait de la maison. Ils sont fils biologiques d’un même père, et on pourrait donner un nom à cette maison. Elle s’appellerait : « Tout ce qui est à moi est à toi ».

Toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est a moi est à toi.

C’est une maison toute particulière, c’est-à-dire qu’elle est à la dimension du cœur de Dieu ! C’est le lieu même de la circulation d’amour parfaite, de la relation d’amour parfaite entre le père et ses enfants, entre les enfants et leur père.

Car Dieu veut tout nous donner. « Tout ce qui est à moi est à toi » : cela veut dire que Dieu veut communiquer Son propre être, Sa propre Divinité, Sa propre plénitude, la totalité de ce qu’Il est comme dieu. Tout en restant Dieu, tout en restant pour ma part Créature, chacun avec le poids de sa responsabilité, chacun pourra ainsi être heureux en habitant cette maison.

Et je voudrais dégager trois écueils, trois difficultés pour vivre dans cette maison :

  • Le premier écueil, c’est de croire que l’on peut jouir de tous les biens de la maison sans habiter chez le père, en habitant à l’extérieur. C’est le cas du plus jeune frère qui réclame sa part d’héritage. D’une certaine manière, il reconnaît qu’il ne possède pas encore l’héritage, qu’il ne possède pas encore la maison, alors que pourtant, tout ce qui est au père est déjà à lui.
    Il reconnaît ainsi la grandeur de ce qu’il est - sa beauté, son humanité - mais il veut s’en servir pour son propre bien, pour son propre plaisir. Il ne veut plus dépendre d’une maison, d’une autorité, d’une paternité : il veut son indépendance. Pardonnez-moi l’image un peu grossière, mais c’est un peu comme une autolib – ces voitures électriques branchées à des bornes que l’on voit à Paris - qui voudrait acquérir sa liberté, son indépendance, c’est à dire vivre loin de sa borne de recharge. Certes, c’est agréable, pratique et plaisant, mais vient le moment le manque d’énergie vient se rappeler à cette auto pour lui signifier qu’elle doit dépendre d’un lieu de ressourcement, ou, pour en revenir à notre parabole, un lieu où l’on trouve la nourriture et l’énergie quotidienne.
    Ce n’est pas d’abord une question de pain, mais c’est le lieu où tout nous est communiqué, où nous ne manquons de rien. Toute notre capacité à aimer et à vivre pleinement nous est donnée
  • Le deuxième écueil, ce serait de croire qu’il faut être parfait comme le fils aîné. Le grand danger de notre vie spirituelle est le désir de perfection. Alors que seul Dieu est parfait, et qu’il nous suffit d’habiter chez Lui, en Lui pour goûter cette perfection, car Lui-même veut nous la communiquer. Alors, pourquoi se fatiguer et perdre tant d’énergie à la chercher par nous-mêmes ?
    Le danger serait de devenir de bons pratiquants comme le frère aîné : j’ai bien obéi, j’ai été bien sage, j’ai fait mes heures, j’ai fait mes prières, j’ai fait mes aumônes. Alors je mérite d’avoir mon salaire pour partager avec mes amis. Ce n’est pas mauvais en soit. Mais le fils aîné perd sa vocation : il réagit là comme un ouvrier, un salarié, mais pas comme un fils. Alors que la perfection s’acquiert en étant de plus en plus de la maison, dans une plus grande dépendance du cœur, dans une réelle filiation, et on le verra, dans une progressive autonomie.
  • Le troisième écueil, c’est de croire que Dieu ne nous veut pas forcement que du bien. Cet espèce de doute permanent que nous mettons sur Dieu, comme un « grand horloger », comme un « grand organisateur » qui châtie et qui règle le monde selon des règles que nous en comprenons pas, et que - de toutes manières – nous avons bien mérité ce qui nous arrive. Cette manière de voir, je me permets de vous le dire, est tout à fait erronée et contraire à l’Amour de Dieu. C’est toute la tentation du serpent dans la Genèse quand il s’adresse à Eve : « Ainsi, Dieu vous a tout donné ? c’est extraordinaire ! vous êtes extraordinaires, vous, Adam et Eve. C’est beau cet amour de Dieu, cette communication d’amour qui veut tout vous donner tout, pour communier totalement avec vous. Oui, mais vous n’êtes pas encore des dieux, et Dieu vous cache des choses. Ayez donc le doute et cherchez à acquérir ce qu’il vous manque. »… comme si il manquait quelque chose à Adam et Eve… eux qui avaient tout !
    Et le fruit de cela, c’est qu’ils sont réduits en esclavage et à la mort. Le serpent leur conseille alors de prendre la liberté, comme des dieux, devenir totalement indépendants comme des dieux et acquérir une toute puissance.

Pour éclairer ce dernier point, je reprendrai une parole de Saint Irénée : La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est de voir Dieu.

La gloire de Dieu, c’est-à-dire la grandeur de Dieu, ce qui fait que Dieu est vrai, grand et noble, si bon pour nous, si amoureux, si paternel, c’est avant tout qu’il veuille l’autonome de l’homme. Ce n’est pas de l’indépendance. Dieu, parce qu’Il nous aime comme un bon père aime son fils, son enfant bien-aimé, souhaite que nous vivions pleinement de notre propre grandeur. Que nous nous épanouissions dans notre vocation, que nous jouissions de tous les biens qui nous ont été accordés depuis notre naissance, par nos parents et éducateurs.
Dieu veut que nous trouvions notre propre chemin tout en partant de Sa maison et en allant vers Sa maison. C’est comme ce papa qui apprend à son fils à marcher pour que son enfant se détache de lui et prenne son autonomie, certes, mais avec ce lien de la filiation à la maison qui demeure. Il ne sera plus dépendant et servile, en tenant la main comme un petit enfant, mais il gardera une fois pour toutes cette filiation divine.

Je le répète : Dieu veut notre bien, Dieu veut tout nous communiquer. Et notre espérance, c’est que le meilleur est à venir. Dieu veut nous partager Sa propre divinité « pour que nous portions du fruit et que ce fruit demeure ». Ce fruit c’est la joie, la paix, c’est l’endurance, la persévérance dans les tempêtes, dans ce qui, parfois, est le plus dur. C’est une peu comme des racines que rien ne peut arracher. Ni les tempêtes, ni les contradictions, ni les persécutions, ni les échecs, ni nos pauvretés. C’est là le chemin des béatitudes : « Heureux les pauvres…, heureux vous les affamés…, heureux vous les affligés… »

Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !

Car notre vie n’est pas bâtie sur des moyens d’indépendance, mais sur l’autonomie d’un cœur qui sait être heureux, une fois attaché envers et contre tout à son Seigneur. Une filiation qui sait de quelle maison elle est.

Alors, pour vivre cela concrètement, aimons nos familles, aimons nos parents avec respect et révérence. Et en premier lieu, aimons Dieu avec la piété filiale qui Lui est due. Aimons-Le, parlons-Lui, renouvelons quotidiennement cette filiation, sinon, elle s’éteindra petit à petit et nous trouverons notre indépendance.

Demandons à la Vierge Marie, notre mère et notre reine, qu’Elle veille sur notre filiation. Qu’Elle nous donne la force et l’humilité de revenir sans cesse au lieu de notre premier amour, la maison de Dieu. Qu’Elle nous rappelle sans cesse que Dieu est miséricorde, que son cœur est séduit, comme aimanté, par notre misère et nos chutes. Nous n’aurons qu’à désirer revenir vers Lui sans cesse pour nous retrouver instantanément dans Ses bras, demeure de notre filiation.

N’oublions jamais d’où nous partons, et nous arriverons où nous devons aller, nous qui venons du cœur de Dieu et qui y retournons petit à petit,

Amen

Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Exode 32,7-11.13-14.
  • Psaume 51(50),3-4.12-13.17.19.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1,12-17.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15,1-32.

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
— « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole :
— « Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : ’Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue ! ’
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : ’Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue ! ’
De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : ’Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient. ’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.
Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère.
Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il réfléchit : ’Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers. ’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
— Le fils lui dit : ’Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils… ’
— Mais le père dit à ses domestiques : ’Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. ’ Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : ’C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé. ’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : ’Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras ! ’
Le père répondit : ’Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

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