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Homélie du 10e dimanche du temps ordinaire

Père Maximilien - Année C

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« Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! »

À quoi servent finalement les guérisons de Jésus ?
À quoi cela sert qu’il multiplie le pain pour une foule affamée, si c’est de toute façon pour qu’on soit emporté par la mort ?
C’est une vraie question qui habite nos cœurs, qui nous préoccupe.

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

Chers jeunes, chers frères et sœurs,

Nous avons cette belle lecture du Livre des Rois pour commencer.

Pour présenter la situation il faut voir qu’Élie, dans cette famille qui se compose de cette maman qui est veuve et de son fils, est déjà depuis chez eux depuis un bout de temps, il avait trouvé refuge chez eux lors d’une grande sécheresse, il ne pleuvait plus, il n’y avait plus rien à manger, peu de chose à boire, il avait demandé « fais-moi une galette parce que j’ai faim » et la femme lui a dit « tu sais, on a plus qu’un peu de farine, je vais te faire une galette et puis après on va mourir parce qu’on a plus rien ».

À ce moment-là Élie fait un miracle, il multiplie la farine et il multiplie l’huile, jamais la farine ne s’épuise et jamais non plus l’huile ne se vide.
Et voilà que donc cette femme et son fils peuvent traverser ce moment de sécheresse, de famine, ils peuvent ainsi survivre et c’est une bonne nouvelle.

Mais aujourd’hui que se passe-t-il ? Ce fils qui a traversé la mort à quoi lui promettait la famine, est aujourd’hui pris par la mort.
Si on voulait être sadique on ne s’y prendrait pas autrement : Élie a ressuscité cet enfant pour que quelques temps après la mort le prenne dans la fleur de l’âge.
On comprend la révolte de cette femme :

Pourquoi tu m’as rendu mon enfant, pourquoi tu nous as fait survivre si c’est aujourd’hui pour me le reprendre ? »

Cette révolte qu’elle adresse à Dieu par l’intermédiaire du Prophète. C’est alors une vraie question : Pourquoi ?

Pourquoi cette guérison ?

Parce que c’est une réflexion qui traîne dans l’esprit de l’humanité depuis les origines. Les Grecs avaient un mythe qui s’appelle le mythe de Tantale, Tantale était un ami des dieux qui partageaient leur repas dans l’Olympe, il avait fait une grosse faute, et les Grecs le condamnaient à un supplice terrible : à la faim et à la soif.
C’était sadique parce que les dieux l’avaient plongé dans un fleuve et chaque fois que Tantale avait soif, il se penchait vers l’eau et aussitôt l’eau disparaissait. Chaque fois qu’il avait faim il tendait la main vers les fruits qui était au-dessus de lui, le vent écartait les branches et jamais il ne pouvait s’en saisir. Voilà une faim et une soif toujours aiguisés par les biens qui étaient autour de lui et que jamais il ne pouvait toucher, dont jamais il ne pouvait se saisir.

C’est parfois un peu ça notre vision de Dieu : Dieu nous fait vivre uniquement pour que nous puissions souffrir finalement, comme aujourd’hui Il a rendu la vie uniquement pour que cet enfant puisse mourir.
Peut-être qu’on peut en dire exactement autant de ce jeune, de cette femme de Naïm, que ressuscite Jésus aujourd’hui. Il va le ressusciter parce que ce jeune homme est mort, mais c’est pour être promis à la mort un peu plus tard.

Alors à quoi ça sert ? À quoi ça sert finalement les guérisons de Jésus ? À quoi ça sert qu’il multiplie le pain pour une foule affamée, si c’est de toute façon pour qu’on soit emporté par la mort ? C’est une vraie question qui habite nos cœurs et qui parfois peut vraiment nous détruire ou en tout cas nous préoccuper.

Je pense qu’il y a à cela comme 2 moyens d’y répondre.

Corriger notre vision de la vie

Qu’est-ce que c’est que la vie ?

Nous sommes nés il y a quelques années, la vie est comme un grand parc d’attraction : je paye mon billet, je rentre et je m’amuse bien et à l’extérieur il y a toute la misère du monde, mais cela m’est bien égal il y a des grandes grillage entre le parc et le monde extérieur.
Dans le parc il n’y a pas d’handicapés, de mendiants, il n’y a que des jeunes, quand c’est fini je m’en vais, j’en ai bien profité.

Je n’ai aucune envie de penser à ce qu’il y a à l’extérieur, où ce qu’il y a de moche dans ma vie, ou de ce qu’il y a de compliqué : un conflit que j’ai eu avec un ami, mes parents qui ne s’entendent pas, tout ça je le laisse à l’extérieur.

Est-ce que c’est ça la vie ? Ou est-ce que la vie c’est une école ? C’est quelque chose qui nous permet de grandir ? Un laboratoire pour apprendre à aimer ?

La vie comme une école ?

Si nous sommes réalistes on verra bien que la vie nous fera traverser des moments heureux comme cette résurrection de ce fils, et des moments de deuil, de séparation avec un être cher, peut-être avec des dispute dans la famille, peut-être des deuils, des maladies, ou de manière plus quotidienne des mauvaises notes à l’école, parfois une rupture sentimentale (tant de jeunes ont des conduites suicidaires parce qu’ils ont perdu un petit ami).

Ou bien alors dans cette vie où on n’a pas tout compris on s’accroche comme des fous à ces petits bonheurs de la vie quotidienne, aux biens matériels : on ne peut plus se détacher de sa tablette, de son iPhone, tout cela devient un absolu, j’en deviens complètement dépendant, si je n’ai plus cela je meurs.

Et c’est comme si c’était ça le bonheur. Comme si je ne voulais pas sortir de ce parc d’attraction et pas rentrer dans cette vie qui est une école et qui me fait grandir. Je deviens capricieux dans ces moments-là.

Des hauts et des bas…

La vie est une école si j’accepte que dans la vie il y ait ces moments heureux et ces moments plus difficiles. Et c’est très difficile, pour les grands et pour les plus jeunes, ce n’est pas facile ! Parce que les moments heureux ont les idéalise, on veut qu’ils soient toujours présents et les moments malheureux instinctivement on les écarte.

La Croix on n’en veut pas, on a une répulsion immédiate.
Et voilà comment on a souvent une attitude immature devant la vie.
La vie nous travaille. La vie nous met à l’épreuve avec ces moments de joie et ces moments de tristesse, ces moments sombres, ces moments lumineux et ensoleillés.

C’est Job qui nous est un grand secours dans ces moments-là.
C’était un personnage de l’Ancien Testament. Il avait beaucoup reçu, il avait plein de troupeaux, il avait plein d’enfants, il avait une bonne santé, et du jour au lendemain il perd tous ses troupeaux, tous ses enfants, sa santé, il est rejeté sur un tas de fumier et les chiens viennent lui lécher ses plaies. Le jour et la nuit d’un moment à l’autre.
Job dit :

Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni. »

C’est extraordinaire comme sagesse. Cela ne va pas être facile pour Job qui va rouspéter pendant 38 chapitres après.
C’est l’attitude de notre cœur : la vie est la justement pour me former à une certaine paix, à une certaine souplesse intérieure, pour me mettre à l’épreuve.

Un grand psychiatre, Frankl, dit que ça n’est pas à moi de poser des questions à la vie, c’est la vie qui me pose des questions, qui me sonde, c’est la vie qui me met à l’épreuve. Voilà la première façon d’être en chemin pour essayer de mieux comprendre quel est le sens de tout cela : c’est de changer notre conception de la vie. La vie, ce laboratoire pour aimer, pour assouplir notre cœur, plutôt qu’un parc d’attraction.

Corriger notre image de Dieu

Qui est Dieu pour moi ?

Est-ce que c’est un grand magicien ? Quand est-ce que je prie ? Quand est-ce que vous, les jeunes, vous priez ?
Avant un examen, avant un contrôle, peut-être avant une rencontre avec le petit ami ou la petite amie pour que ça se passe bien, pour que tout aille le mieux dans le meilleur des mondes, pour moi dans ce moment précis.
Et puis si ça ne marche pas, tant pis je le balance, il ne me sert à rien ! Je fais autre chose, ça marche ou ça ne marche pas. Si le magicien ne marche pas, c’est comme les médicaments, j’en prends un autre.
Très souvent et pendant bien longtemps on fait comme ça avec le bon Dieu. Le Bon Dieu est à mon service et je le domestique pour qu’il soit à ma botte.

Vous voyez qu’on ne rentre pas dans le mystère de Dieu.

Ou est-ce que j’accepte que Dieu pour moi soit un père ?

C’est vrai que quand Jésus guérit cet enfant, il va le rendre à sa maman. Quand il ressuscite, il va guérir cet enfant précis, mais il ne va pas guérir ces millions d’enfants, il ne va pas ressusciter ces millions d’enfants qui meurent dans la guerre aujourd’hui par exemple. Dieu ne va pas changer l’ordre du monde. Il ne change pas l’ordre du monde, il le laisse tel quel.
Quand votre papa vous a appris à faire du vélo, il vous a mis sur le vélo il ne vous a pas tenu le guidon.
C’est très important : Dieu ne se substitue pas à nous, Dieu ne change pas l’ordre du monde. Il est un père qui va nous envoyer les épreuves et les joies qui nous permettent justement de grandir. Il va permettre qu’à travers tout cela à notre cœur se fortifie s’affermisse. Il va surtout être présent.

Voilà comment Dieu est père : c’est qu’il est avec vous, chers jeunes, à chaque moment de votre existence. Il n’est jamais absent.
Mais effectivement il faut comme éveiller ce sens intérieur, ce sens qu’on éveille par la prière.

J’en ai parlé à plusieurs d’entre vous : Dieu est comme un camarade de classe au début, il faut que je parle avec lui, il faut que je vive avec lui et à ce moment-là il y aura comme une certaine intimité, une certaine complicité avec lui qui fera que je pourrais comprendre un peu mieux ses décisions et ce qui m’arrive dans ma vie.
Et si jamais je ne comprends pas je lui dirai « malgré tout je te fais confiance » ! : c’est comme ça que Dieu, dans notre vie, devient un père.

Voilà chers jeunes, chers frères et sœurs, ce que nous pouvons peut-être tirer de ces lectures.

Une dernière chose qu’il est très important de voir : Dieu ressuscite cet enfant, mais la véritable résurrection qu’il vise c’est la résurrection des cœurs de tous ceux qui assistent à ce miracle.
Oui, Dieu est avec nous, Dieu est le grand prophète comme dit la fin de l’Évangile, Dieu nous a visité et voilà que les cœurs sont heureux, les cœurs revivent au terme de cet Évangile, certes parce que cet enfant a revécu, mais surtout parce qu’ils ont compris un peu mieux quel était le cœur de Dieu.

Demandons aujourd’hui cette grâce, par l’intercession de Marie, que l’Esprit nous visite pour que nous puissions saisir avec une plus grande intelligence quel est le mystère de notre vie, quel est le mystère de notre Dieu.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Premier Livre des Rois 17, 17-24.
  • Psaume 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13
  • lecture de saint Paul Apôtre aux Galates 1, 11-19
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7, 11-17

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule.

Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme.
Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit :
— « Ne pleure pas. »
Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit :
— « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »
Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.

La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant :
« Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »

Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.

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