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Homélie du 24e dimanche du Temps Ordinaire

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 14 septembre 2015
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« Dans cette vulnérabilité de l’homme souffrant, dans cette fragilité, il y a quelque chose du Dieu glorieux qui se manifeste. »

« Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. » (Lettre de saint Jacques 2,14-18.)

Homélie du 24e dimanche du Temps Ordinaire - Année B - Père Pierre-Marie

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

C’est bien de foi dont il s’agit dans les différentes lectures que nous venons d’entendre.

Et c’est assez providentiel aussi que nous accueillions un groupe de confirmands qui se prépare à recevoir début octobre ce grand sacrement de la maturité chrétienne, ce sacrement de la confirmation. La confirmation, évidemment, c’est le sacrement qui nous permet d’être adulte dans la foi, mais on voit qu’être adulte dans la foi, ce n’est pas si simple ! Ce n’est pas si simple, même pour un grand saint Pierre ! Saint Pierre, premier pape, qui reconnaît la divinité du Christ puisque, quand Jésus demande « Mais pour vous, qui suis-je ? », il prend la parole et dit « Tu es le Fils du Dieu vivant, tu es le Christ. » Mais ensuite, dès qu’il s’agit de la Croix, là il n’y a plus personne, non. « Passe derrière moi Satan ! »

C’est la même chose pour nous, et à travers Pierre, pour toute l’Église : on peut dire qu’on a parfois de grands éclairs, de grandes illuminations intérieures, de grandes certitudes intérieures, une foi belle… mais en même temps, parfois, on a un regard simplement humain sur la réalité…
Au fond, c’est un cheminement de foi que Pierre aussi aura fait puisque, vous le savez, il acceptera finalement d’être crucifié, la tête en bas pour ne pas imiter le Christ, pour lui laisser cette crucifixion qui nous sauve.

On voit donc que, pour nous, cheminer dans la foi, c’est donner l’adhésion de notre intelligence à ce Dieu qui se révèle. Lorsque vous irez communier tout à l’heure, et que vous recevrez le Corps du Christ, vous direz « Amen ». Ce qui signifie « c’est vrai ». Ce n’est pas une fable, ce n’est pas une tradition. C’est vrai, c’est vraiment le Corps du Christ, la présence réelle. C’est votre intelligence qui adhère à un Dieu qui se révèle, Jésus qui a pris du pain et qui a dit « Ceci est mon Corps » puis a pris le vin et a dit « Ceci est mon Sang ».

Mais, il nous faut aller plus loin ! Cette adhésion de l’intelligence, à un moment, va être dépassée par quelque chose qui n’est pas du domaine simplement humain. C’est la question de la Croix. A un moment donné, tôt ou tard, dans nos santés, dans nos familles, dans nos communautés, dans nos vies personnelles ou professionnelles, on est confrontés à la question de la souffrance. Et vous, jeunes confirmands, vous êtes confrontés ou serez confrontés à la souffrance, ou voyez autour de vous des personnes qui souffrent. Mais le chrétien a un autre regard. Et ça, c’est uniquement possible chez le chrétien. Parce que Jésus lui-même, à travers sa Passion, sa mort et sa Résurrection, nous donne un autre regard sur la souffrance. Est-ce que tu crois que, à travers la Passion du Christ, quelque chose du Christ habite en toi, quelque chose du Christ dans sa gloire ?

Jean-Paul II disait « il y a beaucoup de manières de connaître Jésus. » Il y a les Écritures, la Parole de Dieu et singulièrement le Nouveau Testament, il y a la prière, il y a les Sacrements. Et il rajoute : « Il y a quelque chose qui nous fait connaître Jésus dans l’intime, c’est de partager sa Passion. » Là où, au fond, notre foi franchit un cap. Soit notre vie est mystère, sot notre vie est absurde. Et face à la souffrance, soit nous portons en nous même quelque chose de plus grand que nous même, qui est cette présence de Dieu en nous qui a vaincu la mort, soit, au fond, notre vie n’a pas de sens, et à travers la souffrance on découvre un absurde, et notre vie n’a pas plus de valeur que ça…

Alors, c’est vrai que chacun d’entre nous, on est amenés à faire cet itinéraire de foi, à nous plonger progressivement dans la Parole de Dieu, à écouter cette Parole de Dieu. C’est ce que nous redit la première Lecture du Livre d’Isaïe : « le Seigneur m’a ouvert l’oreille » : non seulement l’oreille qui écoute, mais aussi l’oreille qui fait de nous des disciples. Vous le savez, le sens de l’ouïe, c’est le sens du disciple, de celui qui écoute : le Seigneur a fait de moi un disciple. Et parce qu’il a fait de moi un disciple, je peux rentrer dans ce mystère de la Croix du Christ, mystère que nous allons célébrer cette semaine à travers la Croix Glorieuse, puis avec Marie au pied de la Croix, la Vierge de Compassion.

Le Seigneur vient nous ré-ouvrir le cœur. Parce qu’il y a toujours un danger face à la Croix de Jésus, et que l’on voit bien avec saint Pierre : le danger de se révolter. Non, pas toi, Seigneur, ce n’est pas ton rôle ! « Il lui fit de vifs reproches », Pierre fait à Jésus de vifs reproches ! non, ce n’est pas comme ça que Tu vas montrer ta divinité…
Eh bien oui : c’est là le paradoxe des Chrétiens. Dans cette fragilité, dans cette vulnérabilité de l’homme souffrant, il y a quelque chose du Dieu glorieux qui se manifeste. Et ça, c’est la foi. Et c’est pour vous, chers jeunes, un cheminement, une grâce, et singulièrement une grâce qu’on obtient dans la prière et la pratique des sacrements, en particulier l’Eucharistie. Qu’est-ce qu’on fait quand on participe à la messe, quand on participe à l’Eucharistie ? Eh bien, on communie à la Passion, à la mort et à la Résurrection de Jésus. Parce qu’on a besoin d’être aidé, parce qu’humainement, c’est impossible, il n’y a que l’absurde parfois qui nous saute aux yeux ! Et pour aller plus loin, pour pouvoir dire que dans cette souffrance une fécondité se cache, ce n’est pas facile… ce n’est évident pour aucun d’entre nous… et pourtant nous croyons, parce que nous croyons en Jésus qui nous l’a dit, que dans cette souffrance, nous pouvons aussi porter des fruits.
Et ça va encore plus loin, non seulement pour nous, mais aussi pour ceux qui nous entourent, et c’est dans la lettre de saint Jacques : « C’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi. » Les Chrétiens, depuis le tout début du christianisme, et cela a étonné beaucoup de gens, se sont occupés des gens en souffrance, des personnes malades, des personnes socialement rejetées, dans le besoin d’une manière ou d’une autre. Parce qu’à travers ce contact avec les personnes qui sont dans le besoin, qui vivent cette fragilité, qui sont en souffrance, c’est avec le Christ qu’on est en « contact » : « C’est à moi que vous le faites. »

Alors c’est vrai que c’est différent, pour nous chrétiens, de faire un geste de solidarité, parce que c’est pour nous d’abord un geste de foi. C’est assez naturel dans le cœur humain de se porter au secours des gens qui sont dans le besoin. Si vous voyez quelqu’un qui tombe dans la rue, à moins d’être d’une dureté incroyable, vous vous précipitez, vous la ramassez, vous l’aidez, vous prévenez les secours si besoin. C’est naturel ! Et vous voyez des tas de gens qui, à travers des associations, font du bien et sont dans cette démarche de solidarité et d’attention aux personnes plus fragiles. Mais pour nous, chrétiens, ce n’est pas tout à fait la même chose, même si extérieurement on fait la même chose que les gens qui n’ont pas la foi, le geste que l’on pose lorsqu’on vient au secours des personnes dans la nécessité, c’est un geste dans lequel on rencontre le Seigneur : « C’est à moi que vous le faites. » Et ce geste a une portée qui va jusque dans la Vie éternelle, puisque vous vous rappelez que, dans Mathieu 25, on lit : « Bienvenue les bénis de mon Père puisque vous m’avez reconnu. » C’est-à-dire que vous serez accueillis dans la demeure éternelle parce que vous avez pris soin de l’autre.

Nous pouvons alors nous poser la question : où est-ce qu’on en est dans notre expérience de la Croix de Jésus ? Est-ce qu’on en reste à un niveau humain, donc à une injustice, parce qu’il n’y a pas de plus grande injustice face à l’amour manifesté par le Christ, et c’est vrai que face à l’injustice, on voit un océan de violence qui se déchaine en nous ! Ou alors, est-ce qu’on laisse le Seigneur nous ouvrir l’oreille, nous ouvrir le cœur, nous laisser entendre quelque chose d’autre, avoir un autre regard face au mal ? C’est ce que la foi nous permet. La foi, c’est d’abord un regard, c’est ce regard que vous portez face à ce qui aux yeux du monde n’a pas de sens, est absurde. Nous, chrétiens, nous y découvrons une beauté, nous y découvrons l’amour.

Alors, c’est quelque chose qu’il faut réaffirmer, il faut nous y encourager, parce qu’on peut être comme saint Pierre : dans la révolte, et s’en prendre au Seigneur, et être enragé, en colère contre le Seigneur pour ce qui nous arrive, parce que c’est injuste… Oui, la souffrance est toujours injuste, la souffrance est toujours un mal. Mais nous, chrétiens, nous découvrons qu’elle peut être aussi source d’amour. Et là c’est encore autre chose ! On va de profondeur en profondeur ! On dit que ce ne sont pas les clous qui attachent le Christ à la Croix, mais que c’est l’amour… c’est cet amour-là qui se manifeste de cette manière… parce que c’est là qu’il est le plus pur, le plus désintéressé, avec moins de retour sur lui-même.

Demandons à la Vierge Marie, Vierge de Compassion, celle qui s’est laissé ouvrir l’oreille de son cœur pour accueillir déjà la parole de l’ange Gabriel, elle qui a été le premier disciple du Seigneur, demandons-lui qu’elle nous aide à vivre les différentes passions, parce que nous savons bien que toute l’humanité est soit sur la Croix, soit au pied de la Croix. Demandons-lui d’avoir son regard pour contempler cette Croix qui est aussi signe de la gloire de Dieu.

Amen.

Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 50,5-9a.
  • Psaume 116(114),1-2.3-4.5-6.8-9.
  • Lettre de saint Jacques 2,14-18.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 8,27-35.

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? »
Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

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