Serviteurs de Jésus et de Marie

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Homélie du dimanche de Pâques

Dimanche de Pâques : Saint Jour de Pâques, la Résurrection du Seigneur, solennité des solennités

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 7 avril 2015
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Homélie du dimanche de Pâques - Dimanche 5 avril 2015 - Année B - Père Pierre-Marie

« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

Écouter l’homélie :




Texte de l’homélie :

Frères et sœurs bien-aimés,

Notre foi s’appuie sur le vide, notre religion se fonde sur le vide. Et reconnaissez avec moi que c’est une religion assez particulière que celle des chrétiens : c’est le vide du tombeau qui fonde toute notre foi. Et j’aimerais méditer avec vous sur ce vide. Si l’on avait voulu créer une nouvelle religion, au contraire, il faudrait quelque chose à montrer de nouveau, quelque chose sur lequel on pourrait porter le regard, quelque chose qui viendrait combler un manque en nous. Or précisément, c’est tout l’inverse que le Seigneur Jésus a réalisé en sa Résurrection : il a, par le tombeau vide, ouvert en nous-mêmes une capacité de recevoir Dieu.

En méditant sur l’Evangile et la fête de ce jour, je me suis rappelé cette parole du prophète Isaïe que nous chantons aux laudes, quand Isaïe parle d’un Dieu créateur de la terre, Dieu qui fit la terre non pas comme un lieu vide mais pour être habitée. Le vide du tombeau, au fond, ouvre en nous une béance, une possibilité de recevoir Dieu. C’est être habité par l’Esprit du Seigneur. Cet Esprit du Seigneur agit en nous en créant la capacité de Le recevoir.

Mais aussi, le fait que le tombeau soit vide, c’est que nous n’avons rien à montrer, mais que, au contraire, comme le dit encore Isaïe au chapitre 45 : « Vraiment, Tu es un Dieu qui te cache, Dieu d’Israël sauveur. » Le Dieu des chrétiens est un Dieu qui se laisse chercher. Un Dieu qu’il faut chercher, non pas dans les tombeaux, mais qu’il faut chercher partout où la personne humaine est en quête de Dieu. Ce qui fait que l’homme aussi va être un chercheur de Dieu.

C’est tout l’inverse des idoles. L’idole, on peut la montrer. L’idole vient combler en nous un manque, que ce soit l’or, l’argent, toutes les formes de plaisirs désordonnés, la quête de pouvoir, l’orgueil humain… L’idole est là pour empêcher la personne humaine de chercher Dieu, elle est là pour combler une capacité de recevoir le Sauveur, mais combler tout en nous laissant vides intérieurement, alors que le vide du tombeau, lui, nous demande d’aller plus loin dans la quête de Dieu et nous rassasie. Oui, frères et sœurs, c’est Sainte Catherine de Sienne qui écoute Jésus qui Lui dit : « Fais-toi capacité, et je me ferai torrent. »

Nous sommes dans cette Résurrection du Seigneur qui se laisse chercher partout au Ciel et sur la Terre. Pour que le chrétien n’ait pas le regard, comme dit l’apôtre Saint Paul, fixé sur les réalités de ce monde, mais au contraire qu’il ait ce regard différent sur la réalité de ce monde, un regard qui renvoie à l’éternité. C’est ce que nous voyons dans l’Evangile quand le disciple que Jésus aimait entre dans le tombeau : « il vit et il crut ».

Le chemin de la foi, c’est d’abord un chemin du regard, une certaine manière de regarder qui vient de la Résurrection du Seigneur. Nous sommes invités à regarder la Résurrection du Seigneur et, à partir de cette Résurrection, de cette puissance d’amour qui nous vient du Christ ressuscité, à contempler toute notre réalité humaine. C’est pour cela que dès l’origine, l’Église et les chrétiens ont voulu être proches de là où la personne humaine semblait la plus bafouée, la plus éloignée de sa dignité. C’est pour cela que le Seigneur lui-même nous envoie, non pas contempler un tombeau, mais nous envoie en Galilée, nous envoie auprès des frères pour découvrir en eux une présence.

Nous sommes invités, frères et sœurs bien-aimés, à nous tourner vers le Seigneur, à nous tourner vers le vide du tombeau, vers ce vide qui nous envoie vers d’autres, vers une recherche de Dieu.

Demandons vraiment que cet espace intérieur que crée le vide du tombeau provoque en nous la foi et cette manière de rechercher Dieu, ce regard, un certain regard sur la réalité qui va nous empêcher de nous tourner vers la réalité des idoles, et qui va nous pousser vers le vrai Dieu, le Dieu véritable, le Dieu qui se cache dans toute réalité humaine, le Dieu qui vient à notre rencontre.

Au fond, c’est une profonde espérance qui s’ouvre à nous, et aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de nous relancer dans l’espérance. Tant de réalités de notre monde nous tirent vers le bas, nous découragent. Notre réalité parfois personnelle, familiale, ou professionnelle peut nous décourager. Et si ce n’est dans la confiance dans le Christ ressuscité, vers où porter le regard dans ce monde ?

Oui, le chrétien a cette particularité : là où tout semble perdu, il garde confiance ; là où il n’y a plus rien à espérer, il rebondit dans l’espérance ; et ça, ça vient de la résurrection du Christ, c’est particulier aux chrétiens. Parce que précisément, du tombeau vide jaillit une lumière. Nous sommes invités à nous renouveler dans la foi en ce jour de Pâques, frères et sœurs bien-aimés. Nous y sommes invités parce qu’on voit bien que parfois nous sommes tirés vers le bas, par nos propres faiblesses, par le monde comme il va. Et beaucoup de choses dans ce monde ne vont pas bien, et ce depuis que l’homme s’est éloigné de Dieu par le péché originel. La résurrection de Jésus vient jeter une lumière nouvelle.

J’aime beaucoup cette parole de Saint Augustin qui parlait à ses contemporains, et qui justement lui disaient « Avant, c’était beaucoup mieux ! ». Au troisième siècle, les jeunes gens étaient éduqués, ils laissaient la place aux personnes âgées, et maintenant, au quatrième siècle, ce sont des vauriens, la jeunesse de maintenant… et Saint Augustin de répondre : « Soyez saints et les temps seront saints, soyez bons et les temps seront bons. »

Oui, pour le chrétien, chaque temps est favorable. Le temps que nous vivons est un temps favorable. Non pas parce que la personne humaine cesse d’être fragile et que le péché disparait, non malheureusement, on le voit en nous et autour de nous. Mais chaque temps est un temps de Dieu où Dieu Lui-même vient se révéler, un temps que Dieu vient habiter. Depuis la Résurrection, par son Esprit-Saint, le Seigneur vient habiter ce temps-là pour que nous en fassions nous aussi par notre attitude de foi et notre comportement, un temps favorable.

Alors ne laissons pas le découragement l’emporter ! Le « à-quoi-bonnisme » l’emporter… à quoi bon faire ceci ? à quoi bon faire cela ? De toute façon tout est perdu ! Regardez, mon Père, mais regardez autour de vous, vous êtes dans une abbaye, vous êtes en-dehors du monde, mais regardez un peu !

Au fond, les abbayes sont les poumons du monde, les piliers du monde, et c’est là où on voit le monde palpiter précisément, parce que c’est là, dans la communauté religieuse et dans la communauté des croyants qui l’entourent, où la Résurrection du Christ est la plus palpable…

Oui, frères et sœurs, nous voulons nous tourner vers le Seigneur, le Seigneur qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen.

Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 10,34a.37-43.
  • Psaume 118(117),1-2.16-17.22-23.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3,1-4.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,1-9.

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,
ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

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