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La vertu de justice

Compte rendu de la halte spirituelle de février 2008 par le Père Laurent-Marie

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Écrire à l'auteur Père Laurent-Marie 11 mars 2008
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La justice est une valeur à laquelle l’homme est particulièrement sensibles, c’est un droit que nous voulons voir respecter pour que notre dignité soit reconnue. Qu’est-ce que la justice ? Comment être juste ?
Dans la Bible, cette réalité est extrêmement présente. Avec le Père Laurent-Marie, approfondissons cette valeur qui nous est communiquée par Dieu essentiellement, apprenons à l’articuler avec d’autres réalités : miséricorde, pardon, œuvre du St-Esprit…



Justice et espérance

Lire l’encyclique de Benoît XVI, « Spe Salvi » : c’est une méditation sur le jugement dernier et ce qui nous attend sur cette terre et à la fin de notre vie ici-bas. Ce mystère des fins dernières doit éclairer tout notre quotidien ; c’est la justice même de Dieu qui va s’exercer. Le jour du jugement dernier, nous savons que nous aurons à rendre compte. Ce monde est soumis à l’injustice. Dieu est garant de la justice. La justice du Royaume, seul Dieu peut l’établir.
Tant que le Christ n’est pas revenu dans sa gloire, le monde est marqué par le péché. Nous savons aussi que notre âme est immortelle mais que notre corps ressuscitera. Tout notre être participera à la Rédemption.

Dans la Bible, Dieu se présente comme un Père, mais aussi comme un époux et aussi comme un juge, qui juge avec justice : on ne peut le corrompre. Il sonde les reins et les cœurs. Cela nous appelle à l’espérance, car nous découvrons que notre justice est donnée par Dieu lui-même, le salut est offert à tous. Cela nous appelle aussi à la responsabilité : nous aurons des comptes à rendre sur la manière dont nous aurons utilisé les moyens que Dieu nous a donnés.
Voilà pourquoi il faut éviter de regarder dans le jardin du voisin ! Voyons ce que Dieu met à notre disposition aujourd’hui, il nous jugera là-dessus. La pensée du jugement et la pensée de l’espérance sont des réalités motrices dans notre vie. La vertu de justice concerne aussi nos relations avec le prochain. La justice est une vertu morale (ce qui est différent des vertus théologales : foi, espérance, charité). C’est tout notre être qui est à orienter vers Dieu. La vertu de justice c’est s’ajuster à Dieu (un bon exemple : saint Joseph)

1- La justice de Dieu à l’égard des hommes

Dieu ne nous doit rien ! Il n’a pas de compte à nous rendre, ni à justifier ses actes. (Voir Job : « Où étais-tu… ») Tout ce que Dieu fait pour nous est le fruit de sa bonté ; il n’a pas nécessité de nous créer, rien ne l’y oblige ; on est dans le registre de l’amitié, de la gratuité.
Le fait que le don soit régulier ne rend pas Dieu débiteur ! Apprenons à établir avec Dieu cette même relation de gratuité. La louange c’est d’abord l’action de grâce : nous rendons grâce à Dieu car il est Dieu ! Gratitude, reconnaissance, adoration. (Attention à l’ingratitude, un des grands péchés de l’homme)

Dans la Bible, Dieu est le « juste » :

  • Juste car il punit Israël son peuple.
  • Juste car il châtie les méchants et les pécheurs et qu’il prend parti pour les pauvres. Regardons les prophètes : ils sont les champions des droits de Dieu pour réveiller les gens, ils rappellent aussi les droits du pauvre avec cette même force. Voir Amos (qui n’est pas un prophète professionnel !)
  • Juste car il nous rend justes. C’est le thème central dans les épitres de saint Paul : Dieu nous justifie = il nous rend juste = il nous sanctifie par l’œuvre du Christ lui-même et donc il nous sauve en nous renouvelant intérieurement. « Par lui tout a été fait » : Dieu nous sauve par son Fils.

Qu’est-ce qui s’oppose à la justice ? Le péché, car il soustrait la créature à son créateur (comme un voleur), la création sort des mains de Dieu comme expression de sa sagesse et de sa bonté. Et le péché introduit désordre et folie. Dans la Genèse, le désordre du péché provoque des relations d’injustice

  • par rapport à la terre : « tu travailleras à la sueur de ton front »
  • par rapport à la mère : « tu enfanteras dans la douleur »
  • et on aboutit à l’injustice des injustices : Caïn qui tue son frère Abel.

Dieu va établir toute justice en entrant dans l’histoire de l’Homme. Il y a des étapes dans cette restauration. Cette justice est préfigurée dans l’Ancien Testament par le don de la Loi. Ces 40 jours au désert ont été un long apprentissage de la justice. Le peuple d’Israël est libre pour se donner à Dieu. Les 10 commandements : cette sagesse de Dieu est appelée à illuminer les peuples ; ils correspondent aux désirs les plus profonds de l’Homme.
Dieu est juste car il réalise la promesse de descendance faite à Abraham.
Dieu pardonne (« ultime justice »), il y a toujours un salut annoncé. (voir le livre des Juges : le peuple s’installe, il pèche, Dieu le laisse mais finalement quand le peuple crie vers lui, il lui envoie un juge, et l’histoire recommence sans arrêt). Très rarement Dieu dit stop, c’est terminé ! Cela compte beaucoup pour nos vies à nous.
Face à la logique de la justice, bien souvent on se durcit et on tombe dans l’égoïsme, l’individualisme. Il y a dans le retour d’exil du peuple d’Israël la découverte de la nécessité d’une libération plus profonde encore.

Dieu vient à mon aide, Seigneur viens à notre secours…"


Le salut de l’homme atteint son sommet en Jésus-Christ. Il est venu rétablir la justice véritable. Recevoir le baptême par Jean-Baptiste c’était se reconnaître pécheur. Le Christ lui-même est plongé dans notre péché. Jean-baptiste dit que Jésus est l’agneau du sacrifice : celui qui porte et enlève. La justice par Jésus consiste à porter le péché du monde.
La miséricorde du Père nous est manifestée dans la Croix du Christ. Sur la Croix, le Fils continue à aimer le Père. La conséquence diabolique du mal est cassée de l’intérieur. Sur la Croix, c’est le Christ qui, librement, assume les conséquences et continue à aimer. C’est dans la Croix, notre unique espérance, que nous est manifesté tout l’amour du Père, du Christ et de l’Esprit-Saint. Toute justice est rétablie par la Croix. L’acte du don est divin (Dieu donne sa vie pour nous). Nous recevons la justice nouvelle. C’est la grâce du Saint-Esprit qui agit dans nos cœurs par la foi au Christ et secondairement les Saintes Ecritures.

Seule vaut la justice qui vient de Dieu. Jésus est notre sauveur. Les chrétiens reçoivent la grâce à profusion. C’est la grâce qui nous sauve. L’Evangile est différent d’un manuel de savoir-vivre ! C’est une Parole de Vie. Ce qui nous rend juste, c’est de pouvoir recevoir de Dieu cette justice. L’Homme a reçu en lui le germe de la justice, mais reste sa condition de pécheur : il combat. Psychologiquement nous faisons l’expérience de l’anarchie qui est en nous-même. Saint Paul dit

Je ne fais pas le bien que je voudrais faire… "


L’endurcissement du cœur est une sclérose qui rend l’Homme imperméable à la grâce divine.

2- La vertu de justice

La personne humaine

L’animal instinctivement sait faire plein de choses, l’homme est potentialité, il lui faut une éducation. L’homme est plus fragile car plus complexe. La personne humaine a une âme et un corps, unité sans laquelle il n’y a pas d’humanité. Intelligence et volonté et donc liberté. La personne est une âme incarnée, un esprit animé. A notre mort nous serons heureux, car saturés de Dieu, mais ensuite nous ne serons des personnes qu’à notre résurrection où nous retrouverons notre corps.
La personne humaine a pour vocation le bonheur (voir st Thomas d’Aquin : il pose la question du bonheur dans l’aventure de la création humaine).
Seul Dieu, qui est infini, peut combler le coeur de l’Homme, sinon il reste insatisfait, car c’est Dieu lui-même qui met ce désir dans le cœur de l’Homme. La vocation de l’Homme c’est le bonheur. Et tous ses actes le rapprochent ou l’éloignent de ce bonheur.
L’homme a un corps, grâce à ce corps il entre en communication avec le monde (les 5 sens). Il a aussi des passions. Tout ce qui vient du monde peut provoquer une réaction. Il y a des choses qu’on désire spontanément. Le désir est premier chez l’homme, on y rattache la concupiscence et l’irascibilité quand ce que je désire est difficilement accessible. A cause du péché, les passions ont tendance à devenir un absolu.
L’éducation apprend à contenir ses passions, à les soumettre à notre intelligence et à notre volonté. Les passions sont moralement neutres : il ne faut ni les nier ni les hypertrophier. Le péché originel n’a rien modifié dans cette structure, on agit toujours pour un bien. L’Eglise est experte en humanité : elle a toujours défendu la dignité de l’Homme.

Les vertus

Pour agir l’homme a à sa disposition des vertus : capacités spirituelles dont la volonté dispose pour agir de façon la plus parfaite possible.

Il y a 2 types de vertus :

  • les vertus intellectuelles : capacités qui sont en nous (ex : le langage, c’est inné, on a la capacité de parler). Elles doivent s’exercer pour leur perfection (c’est l’habitus)
  • les vertus morales : nous sommes tous faits pour être experts en humanité. Ce sont des moyens que Dieu met en nous pour atteindre le bonheur (vertus cardinales). .
    Dans le catéchisme de l’Eglise catholique, la morale est présentée à partir des commandements (pas des vertus morales). On peut satisfaire aux commandements sans être saints !
    La vertu regarde l’intention. On n’a jamais fini de s’améliorer ! Le signe de la vertu parfaite c’est la joie. On peut aussi la demander à l’Esprit-Saint.

Toute vie morale va pivoter autour d’une de ces 4 vertus cardinales :

  • 1° la prudence : bonne pour gouverner soi-même ou les autres.
  • 2° la justice
  • 3° la force : prend souvent la forme de la patience (lire la prière des alcooliques : « Seigneur, donne-moi de changer ce que je peux changer ») Elle s’allie avec prudence et patience. Pour la patience, voir st François de Sales ! Savoir se supporter soi-même avec patience et douceur…
  • 4° la tempérance : tout mettre sous le contrôle de la raison. L’intelligence doit intervenir.

La vertu est quelque chose qui nous améliore.
Les vertus théologales nous sont données par les sacrements.
Nous recevons les vertus cardinales par notre nature humaine.

La justice

Dans son traité sur la justice, Saint Thomas pose beaucoup de questions. C’est la vertu altruiste, elle règle nos relations avec notre prochain, nos parents, notre pays, Dieu. Il est naturel à l’homme d’être religieux. La religion correspond à un désir de l’ homme. Le fait d’être religieux est une vertu. La vertu de justice suppose une réciprocité.

La vertu de religion

Être ajusté à Dieu, c’est être profondément religieux. Se rendre accessible à Dieu pour qu’il nous donne sa propre justice. C’est cette vertu qui nous permet de rompre avec notre égoïsme ; de quoi mon prochain a-t-il besoin ? Volonté ferme et durable (pas quand ça me chante !) d’attribuer à chacun son droit. Voir Ulpien.

Dans la vertu de justice il y a 2 catégories :

  • la justice légale, générale
  • la justice particulière. Elle est exercée par l’autorité.
    Il y a la justice distributive : accorder à chacun selon son rôle, ses mérites, ses besoins, de la part de l’autorité.
    Il y a aussi la justice commutative qui règle les relations de personne à personne. À cause du péché, certaines réalités sont faussées, ce sont les vices : le grand vice qu’on peut opposer à la justice commutative c’est l’acceptation de personne. Je vais réagir selon ce qui m’arrange, moi. C’est là que les péchés sont les plus nombreux : (vol, homicide, fraude, etc.) c’est quand je ne respecte pas le droit de mes compatriotes à vivre, à posséder, à ne pas être insulté. C’est la vertu que l’on a le plus d’occasion de pratiquer et de vivre.

Être juste, c’est agir selon le droit. Il y a différents types de loi :

  • la loi divine,
  • la loi naturelle : reflet en l’homme de la loi divine, elle est objective. C’est l’expression de la raison. Elle est inscrite dans notre cœur.
    A propos des 10 commandements : il ne suffit pas de les accomplir pour être vertueux !
  • la loi positive : loi décrétée par les hommes. La loi positive est contraire à la loi naturelle et illégitime. Elle doit défendre la loi naturelle.

L’Église parle au nom de l’humanité.

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