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Rencontre judéo-chrétienne pour les frères d’Alsace

Résumé des échanges qui ont eu lieu en janvier à la synagogue de Colmar

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Écrire à l'auteur frère Charles de Jésus 11 février 2014
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Dans le cadre de mon engagement au sein du bureau de l’amitié judéo-chrétienne de Mulhouse et des liens qui m’unissent à Bernard Geoffroy qui a été notre guide pour un camp d’adolescent en Israël en 2008, je me suis rendu avec joie avec Frère Arnauld-Marie le Jeudi 24 janvier 2014 à la synagogue de Colmar, où Bernard GEOFFROY et Janine ELKOUBY, se sont entretenus sur les enjeux actuels du dialogue judéo-chrétien.

Les propos qui suivent n’engagent que la pensée des auteurs. Pour nous catholiques, l’opinion de la pensée du Magistère la plus avancée sur ces questions est pour le moment la déclaration Nostra aetate
Les autres opinions, mêmes des plus « autorisées » (comme celles du cardinal Kasper et du cardinal Koch, qui font écho à celle que cite Bernard Geoffroy à propos de l’évangélisation des juifs), ne sont pas à ce jour « validées » par le Magistère.


Les deux conférenciers qui sont intervenus lors de la rencontre sont engagés de longue date dans le dialogue judéo-chrétien :

  • Janine ELKOUBY (juive) en tant que présidente de l’Amitié Judéo-chrétienne de Strasbourg,
  • Bernard GEOFFROY (catholique) par la formation qu’il a entreprise en Israël, par son travail de guide biblique sur place, et par les nombreux enseignements et conférences qu’il donne à Montpellier et à travers toute la France.

Ils ont traité de la prise de conscience et de l’acceptation honnête et respectueuse de ce qui nous sépare, tout en mettant au clair de ce qui unit Juifs et Chrétiens et qui fonde leurs valeurs communes.
Le lien de confiance entre les deux communautés doit être patiemment tissé pour dépasser l’attitude méprisante de certains chrétiens, dans l’histoire et aujourd’hui.

Janine Elkouby 150 Janine ELKOUBY, présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de Strasbourg, partage son enthousiasme pour la qualité des rencontres et des échanges entre Juifs et Chrétiens sur Strasbourg depuis 1948, date des premières rencontres.
En effet, plusieurs associations œuvrent dans les environs de Strasbourg :

  • L’Amitié Judéo-Chrétienne de Strasbourg
  • L’association ‘’Charles Péguy’’, qui aide à faire découvrir aux Chrétiens les textes juifs
  • Le groupe d’Études Bibliques Interconfessionnel
  • et bien d’autres encore…

Avant le dialogue Judéo-Chrétien

Le renouvellement catholique dans son rapport avec le judaïsme fut consacré par la déclaration Nostrae Aetate en 1963, ce qui favorisa considérablement le dialogue entre Juifs et Chrétiens.
Jusqu’en 1963 prévalait dans l’Église la théologie de la substitution qui considérait le Judaïsme comme une religion obsolète, dépassée et anachronique, depuis que l’Église se pensait comme étant le ’’Verus Israël’’.
Cette approche théologique du mystère d’Israël trouve ses manifestations dans l’art comme par exemple, la représentation dans la cathédrale de Strasbourg du triomphe de l’Église sur la Synagogue où la Synagogue figure sous les traits d’une femme tête baissée, yeux bandés et lance brisée, signe de son aveuglement et de sa déchéance…
Dans l’esprit de nombreux Chrétiens, le Juif était responsable de tous les malheurs du monde et il s’incarnait dans le personnage du Juif errant.

Le pape encourage la considération de la religion juive par les Chrétiens

Dès lors, le peuple juif se retrouvait, en plus d’être accusé d’être un peuple déicide, à cumuler, selon cette image du Juif errant, une double responsabilité dans la mort du Christ.
Cette croyance engendrait des accusations infondées envers les Juifs qui évoluèrent avec les siècles. Le Juif errant, haï partout puisque « de nulle part », devient alors le symbole d’un mal incompris à l’instar de la théorie du bouc émissaire.
Le Pape Benoit XVI dans son tome II de « Jésus de Nazareth » rectifie avec clarté la lecture erronée de certains passages des Évangiles (cliquez sur ce lien pour en savoir plus)

Dans la déclaration ‘’Nostra Aetate’’, l’Église catholique reconnaît que le peuple juif est toujours béni et que cette religion est toujours valable et actuelle.
Cette déclaration invite ainsi les Chrétiens à se mettre à l’écoute des enseignements d’Israël et à reconnaître la judaïté du Christ et des premiers Chrétiens. Cliquez sur ce lien pour accéder au document « Le peuple Juif et ses saintes écritures dans la bible chrétienne »

Le dialogue Judéo-Chrétien de nos jours

Madame ELKOUBY souligne aussi la dissymétrie dans les rapports entre Juifs et Chrétiens :

  • Dissymétrie concernant le nombre de Juifs impliqués dans ce dialogue par rapport au nombre de Chrétiens (même si cela doit être pondéré par le fait que les Juifs sont quelques millions et les Chrétiens plus d’un milliard). Dans le groupe de Strasbourg, sur un groupe de 36 personnes, six sont juives ce qui est très honorable…
  • Dissymétrie dans les points d’intérêts des uns et des autres pour ce dialogue, car si les Chrétiens sont intéressés par la dimension théologique dans ce dialogue, les Juifs eux n’ont aucune attente de ce côté. En revanche, les Juifs sont plus intéressés par l’apport des textes chrétiens pour ce qui est de l’histoire du Judaïsme du temps de Jésus.

Elle attire notre attention sur le fait que le dialogue est entré dans une phase de très grande confiance qui autorise une plus grande liberté de la part des uns et des autres. En effet, dans la culture juive, il est demandé d’être extrêmement prudent quand aux paroles et aux gestes exprimés au milieu d’étrangers en raisons des nombreuses persécutions dont ont été victimes les Juifs. C’est pourquoi dans les premiers temps, Madame Elkoubi était très réservée dans le dialogue, voire méfiante, alors qu’aujourd’hui elle ne craint plus de dire aux Chrétiens que pour elle, Jésus n’est pas le Messie.

Il faut donc du temps pour gagner la confiance des Juifs qui restent tout de même sur leurs gardes aux moindres paroles ou gestes visant leur communauté…
C’est le cas de cette demande au niveau européen de faire interdire la circoncision chez les enfants juifs au titre des droits de l’homme. Cela est perçu comme une attaque majeure pour la communauté juive qui n’a jamais connu de tels propos même pendant la période de domination des nations chrétiennes en Europe.

C’est le cas aussi de l’impossibilité, dans certains établissements scolaires, de parler de la Shoah pour ne pas heurter certaines populations marquées par un certain anti-sionisme.
A chaque fois, le danger est de provoquer un repli communautaire.

Et pour ce qui est de l’avenir :

Les points positifs du dialogue Judéo-chrétiens sont que :

  • les différences sont sources d’enrichissements.
  • des ennemis d’hier peuvent devenir des amis, ce qui est un exemple pour le monde.

Un chantier s’ouvre à nos deux communautés croyantes face au monde actuel en Occident hostile au spirituel et pratiquant une laïcité agressive.

bernard geoffroy 160 Bernard Geoffroy rappelle, quant à lui, que dans ce dialogue la démarche de repentance de l’Église a été un préalable incontournable mais qu’aujourd’hui, il nous faut aller plus loin.
Pour Bernard Geoffroy il y a communion de destin entre Chrétiens et Juifs :

« Ce n’est que lorsque nous aurons pris conscience de cette réalité que l’anti-judaïsme et son corollaire, l’antisémitisme, n’auront plus droit de cité chez les Chrétiens. »

« Cette communion de destin est comparable au rapport que tout Juif a avec la terre d’Israël. C’est un lien de nature indissociable même pour ceux d’entre eux qui n’y vivent pas et pour les Juifs opposés à l’état d’Israël ! »

« Ce qui unit Juifs et Chrétiens c’est la force de la révélation qui nous achemine vers un monde nouveau et meilleur. »

« A nous de mettre en vis-à-vis nos approches dans une communion de destin. L’image la plus parlante étant celle d’Adam et de Eve, irréductibles l’un à l’autre, mais appelés à former une seule chair. »

« Le « Non » des juifs à reconnaître Jésus comme Messie invite le Chrétien à une fois plus éclairée et à une cohérence de vie plus grande. »

D’après Bernard Geoffroy, les désaccords sont salutaires car ils révèlent au Chrétien qu’il n’est pas tout, qu’il n’est pas Dieu.

« Dans le plan de Dieu tout le monde n’est pas appelé à être juif ou chrétien. Dieu ne veut pas que tous soient chrétiens. »

« Toute l’humanité est sauvée, mais tout le monde n’est pas appelé. »

Suite à une question dans l’assistance concernant la mission des Chrétiens vis à vis de l’annonce de l’Évangile aux juifs, Bernard Geoffroy a cité Monseigneur Barbarin qui répondait à cette même question, en disant que les Juifs était déjà dans l’Alliance avec Dieu et que l’annonce de l’Évangile ne leur était pas destinée en premier sinon aux païens.

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