Serviteurs de Jésus et de Marie

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Rendez vous

Solennité du Christ-Roi de l’Univers

Homélie du 33e dimanche du Temps Ordinaire - Année B

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 27 novembre 2012
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Homélie de Père Pierre-Marie

Écouter l’homélie :




Frères et sœurs bien-aimés, c’est le pape Pie XI qui, en 1925, a installé cette fête du Christ Roi à la fin de l’année liturgique. Cette initiative faisait face à la sécularisation grandissante, la vie sans Dieu, pour rappeler que le Seigneur gouverne Ciel et Terre, et que nous sommes dans Sa Main.

Il y a plusieurs choses dans cet évangile que nous venons de lire.

La Royauté de Jésus en contre pied de celle des hommes

Tout d’abord, il nous rappelle que la Royauté du Christ n’est pas une royauté de ce monde.

On le sait bien, la tentation dans l’Église a été très forte d’associer politique et religion, parce que la religion est un levier très puissant pour faire bouger les peuples. En même temps, cette histoire a entaché l’Église, et, au fil des siècles, Elle s’est aperçue qu’il fallait qu’elle renonce à un pouvoir temporel, à un pouvoir politique direct, pour être Celle qui annonce le Royaume qui vient.

Séparer politique et religion, c’est certainement la bonne nouvelle du Salut. Et on voit bien que dans d’autres confessions de foi les choses sont encore unies, et posent pour nous difficulté.

La Royauté de Jésus en exemple pour les hommes

Mais, il y a aussi une autre leçon que l’on peut tirer de cet évangile du Christ Roi : quelle est la bonne manière d’exercer l’autorité ?. Cette manière nous est déjà donnée par le contexte du passage d’évangile. Ce contexte, au cœur même de la Passion : le procès de Jésus devant Pilate. Exercer l’autorité, c’est accepter d’une manière ou d’une autre d’endosser la Passion de Jésus. C’est ouvrir son cœur parfois aux critiques, ouvrir son cœur au rejet.

On le sait bien, si nous attendions d’avoir l’unanimité pour agir, et c’est parfois aussi une tentation, nous ne ferions plus rien ! Lorsque l’on exerce l’autorité, il faut renoncer à plaire, renoncer à avoir un assentiment collectif, mais être mu intérieurement par le bien. Ce bien, en Jésus, c’est le Salut. Ce Salut du Monde qui le pousse à donner Sa vie au delà même de toutes les contradictions.

Nous sommes donc invités à avoir cette force, cet esprit de force intérieure, cette grandeur d’âme de laquelle on ne parle pas assez. Cette grandeur d’âme qui fait que nous allons au-delà même des difficultés, parfois même au-devant des difficultés, parce que l’Amour est au cœur même de notre vie, et nous voulons être là, témoins d’un amour fort.

Exercer l’autorité à la manière du Christ

La magnanimité, cette grandeur d’âme de Jésus. Jésus qui ne regarde pas à la dépense, Jésus qui ne regarde pas à la contradiction, Jésus qui ne regarde pas au regard des autres sur Lui, mais qui est mu par le Salut de toute l’humanité. Combien de fois, frères et sœurs, nous sommes comme trop dépendants du regard des autres, du « qu’en dira-t-on », de l’image que l’on peut avoir autour de nous. Et on essaye de s’adapter tant bien que mal, être bien considéré, parfois même au prix de compromissions…

Nous voulons demander au Seigneur d’avoir une vraie force intérieure, d’avoir une vraie grandeur d’âme, à être mus par cet amour qui est plus fort que la mort et que le péché. Même si parfois, notre foi dans le Christ n’est pas acceptée, que nous sachions nous aussi, à notre tour, être témoin de cet amour fort que Jésus Lui-même nous a montré et dont Il nous a donné l’exemple.

Mais, exercer l’autorité, c’est l’exercer à la manière du Christ. On voit bien que Jésus exerce l’autorité non pas à la manière des hommes – « Mon Royaume n’est pas de ce Monde » - je ne vais pas gouverner comme les gouvernants de ce monde qui cherchent à se faire valoir, à avoir le dernier mot, à occuper les premières places, non. La manière dont Jésus exerce le gouvernement, c’est en lavant ses pieds de ses disciples, c’est en sachant se faire plus petit, et en ayant soin du plus pauvre.

Vous le savez, dans l’image du roi dans la Bible, cette notion biblique très importante, le Roi d’Israël avait deux fonctions : tout d’abord exercer la Justice et deuxièmement, prendre soin des petits et des pauvres. A travers ça, Jésus va encore plus loin puisqu’Il décide Lui-même de rentrer dans la précarité, Lui-même de rentrer dans la fragilité.

Alors, on peut se demander si cela va être accueilli dans mon travail, dans mes responsabilités, au sein même de l’Église mais aussi à l’extérieur, dans la vie civile : on voit qu’au contraire, il faut taper du poing sur la table, il faut hausser le ton, montrer sa force et montrer les dents pour être respecté… C’est vrai, mais, au fond, Jésus nous demande s’il n’y a pas une autre manière d’exercer l’autorité en aimant ceux dont nous avons la charge.

Je me rappelle de ce témoignage d’un cadre qui avait d’importantes responsabilités au sein de Véolia, et qui venait parler à l’aumônerie des étudiants. Il disait : « J’ai appris d’un père jésuite qui m’avait accompagné qu’il faut d’abord aimer les hommes et les femmes qui nous sont confiés. Et en les aimant, on peut aussi corriger, on peut aussi les faire grandir. »

Vous savez que la racine latine du mot autorité c’est croissance, grandir. C’est bien différent de ce dont on a l’habitude, comme si c’était au contraire rabaisser les autres. Non : grandir parce que nous avons soucis du bien commun, parce que nous avons souci aussi du bien de chacun. Alors, on voit bien qu’il ne s’agit pas non seulement d’être des brebis au milieu des loups, même si on le constate souvent dans la réalité, mais au contraire d’avoir ce souci en étant compétent. Et là, c’est une autre clé pour exercer l’autorité à la manière de l’Évangile.

La compétence et la responsabilité au service de l’autorité

Parce que l’on est compétent dans sa fonction, compétent dans son métier, compétent dans ses responsabilités, alors oui, on peut annoncer la Bonne Nouvelle et être écouté. Et Celui qui n’est pas compétent a évidemment plus de difficultés à se faire entendre.

Alors, Le Seigneur nous invite, à travers cette autorité, ce Christ Roi de l’Univers, à nous poser la question : « De quelle manière est-ce que j’exerce mes responsabilités ». Est-ce que je ne les fuis pas parfois devant celles qui me sont confiées, parce que, cela est parfois synonyme de conflits, de critiques, cela pourra faire que d’autres personnes ne vont pas m’apprécier, et j’ai un tel souci d’être reconnu, qu’au fond, j’abdique ma conscience face au bien qui est en jeu sous le prétexte d’avoir une image haute dans le cœur et l’esprit des autres. Est-ce qu’au fond, dans ma manière d’exercer l’autorité, il n’y a pas cet orgueil sournois qui nous tend des pièges, où on veut avoir le dernier mot, où on veut montrer notre pouvoir, ou on veut affirmer que je suis le plus fort, que je suis plus grand.

Et bien, Jésus nous conseille d’écarter ces deux tentations, à la fois d’abdiquer des responsabilités que l’on peut avoir, et au contraire se servir du pouvoir pour dominer, voilà les deux écueils, par excès et par défaut que l’on doit éviter. La juste mesure, le juste milieu, cette association de la douceur et de la force, c’est à dire de tenir dans la contrariété, et parfois même d’aller au devant de la contrariété, cet assemblage avec la douceur, c’est l’Esprit-Saint qui le réalise en nous.

Trouver la juste mesure entre force et douceur

Nous allons demander au Seigneur de nous donner vraiment cette force intérieure parce que beaucoup de personnes ont des difficultés à prendre des responsabilités, à accueillir même des propositions qui leur sont faites sous prétexte devoir s’appliquer, de devoir se dépenser, d’avoir peur des conflits éventuels et de l’image qu’ils pourraient voir dans leurs contemporains. Demandons que le Seigneur suscite au cœur de son peuple de nombreux responsables. Que ce soit dans la vie politique, dans la vie économique, et dans la vie de l’Église. Qu’ils n’aient pas peur, car c’est certainement la peur qui est le sentiment le plus opposé à l’Amour. Qu’ils n’aient pas peur d’aller au devant des difficultés parce qu’il y a un amour plus grand, parce qu’il y a un bien plus grand qu’eux-mêmes. Et l’on sait bien que l’on grandit à la mesure où l’on se donne à quelque chose et à quelqu’un de plus grand que soi, que ce soit sa famille, son pays, Dieu, le bien commun dans la société. Laissons-nous enthousiasmer par ce bien, ce vrai bien. Jésus nous dit :

« Je suis venu pour annoncer la Vérité, rendre témoignage à la Vérité »

Et cette Vérité demande de la fatigue ! Elle demande de la peine, et comme Jésus lui-même nous le rappelle, parfois, elle demande d’offrir sa propre vie. Demandons au Seigneur qu’Il suscite au cœur de Son peuple de nombreux responsables. Qu’ils n’aient pas peur, qu’ils soient mus par l’amour du bien de l’autre, et qu’ils aient dans le regard et dans le cœur ce soucis de faire grandir chacun. Demandons à Jésus lui-même, pour les responsabilités qui sont les nôtres, comme père et mère de famille, dans la vie civile, au sein même de l’Église, que nous ayons ce soucis d’allier à la fois douceur et force, d’allier soucis de l’amour du plus petit, et de la Justice. Oui : se dépenser pour la Justice, voilà une noble cause qui demande un vrai esprit de force, si l’on veut être disciple de Jésus.

On le voit bien, donc, l’Amour dont parle le Seigneur, ce n’est pas un amour de guimauve, qui s’effondrerait à la moindre contradiction. Au contraire, c’est un amour plus fort que la mort, parce qu’il est mu par le désir de ramener toute l’humanité vers Dieu. Cet Amour de Jésus nous entraîne, nous enthousiasme, et nous conduit nous aussi à nous donner à notre tour. C’est vrai que l’engagement, les responsabilités, ne sont pas tellement de mode aujourd’hui.

Mais, en même temps, ce sont des grands hommes, des femmes exceptionnelles, aussi, parce qu’ils ont eu l’amour des autres plus que d’eux-mêmes, parce qu’ils ont eu ce soucis des autres plus que d’eux-mêmes qu’ils ont montré la voie à d’autres personnes, et qu’ils ont eu une fécondité bien plus grande. Il s’agit justement de cela : porter du fruit en abondance, d’avoir une fécondité bien plus large. Parce que, face à la magnanimité, il y a l’opposé : la pusillanimité, mot peu employé. Pusillanime est celui qui a une âme petite, celui qui, au contraire, dès la moindre contradiction, dès la moindre critique, le moindre conflit, retourne dans son coin pour qu’on l’oublie complètement, alors qu’il avait un talent à offrir et un amour à donner.

Demandons alors que le Seigneur nous donne une grandeur d’âme, une force intérieure mue par l’amour, l’amour du bien de l’autre, l’amour du bien de la Vérité, et l’amour de la Justice pour aller à la rencontre de nos frères, et témoigner de ce Royaume qui ne passe pas,

Amen.

Références des lectures du jour :

  • Livre de Daniel 7,13-14.
  • Psaume 93(92),1-2.5.
  • Livre de l’Apocalypse 1,5-8.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 18,33-37.

Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit :
— « Es-tu le roi des Juifs ? »
— Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? »
— Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? »
— Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. »
— Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? »
— Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »

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