Homélie du 6e dimanche du Temps Ordinaire

13 février 2023

« Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs,

C’est bien connu que le diable aime bien se nicher dans les détails. Mais c’est aussi parce que le Bon Dieu s’y trouve avant lui ! La vie est faite de mille petits détails, et, selon le traitement qu’on leur réserve, ils peuvent la rendre soit plus agréable, soit plus pénible, on le sait.

Entre le noir du manquement de nos vies et les blancs de nos accomplissement, tous ces détails – ces iotaque mentionne Jésus – dépeignent notre vie avec mille nuances de gris.

Nous le savons, il suffit qu’un tout petit boulon d’une voiture soit mal vissé pour qu’un drame survienne. S’il manque un petit rien, la cerise sur le gâteau, et la fête peut être un peu gâchée.

Je vous parle de cela, frères et sœurs, parce que Jésus parle de la loi par rapport à ces petits riens, un peu comme il en est dans notre vie par rapport à ces détails. Cela va nous permettre de comprendre un peu mieux l’évangile de ce jour, car la loi est accomplie avec tout ces petits détails, selon ce qu’Il nous dit. Rien n’échappe au Seigneur.

Donc, un iota, ce petit geste d’amour, ces petits riens, ne vont pas certes pas modifier le contenu de la loi que Jésus nous donne, mais peut donner le petit plus, ce surcroît d’amour qui ne s’explique pas, cette sorte de bonne fantaisie qui change tout, et qui permet de certifier que la loi est au service de l’homme et de son bonheur, et non pas l’inverse.
La loi n’est pas un carcan mais un chemin de vie.

La parole d’aujourd’hui nous permet aussi de passer – grâce à ces « iota » si nous les vivons – du légalisme à la vraie liberté des enfants de Dieu. C’est ce passage que Jésus nous permet de vivre à travers des petits riens. De nos calculs que nous faisons chaque jour à la gratuité, de la loi à la grâce, de toutes les contraintes à un amour sans limite, de toutes nos préoccupations de nous-mêmes - et elles sont nombreuses - à l’ouverture à l’autre.

Voyez-vous, selon ce que Jésus veut nous dire, ce n’est qu’en mettant notre Foi en pratique, en posant ces petits actes avec Lui dans la charité qu’il nous est donné de transformer la Loi, les commandements - même s’ils nous paraissent parfois un peu compliqués – en une expérience d’amour parfait qui ne s’explique pas et qui vient directement du cœur de Jésus.

A ce propos là m’est revenue une histoire vraie qui m’a été rapportée. Elle se déroule au cœur d’un repas familial et elle illustre ce rapport entre ancienne loi et loi nouvelle.

Durant un repas, un des enfants demande un jour à son père s’il a toujours été fidèle à sa mère. Voici que le père réfléchit quelques instants et lui répond ainsi :
— « Mon enfant, oui ! J’ai toujours été fidèle à ta maman ! Mais, par deux fois, je le reconnais, j’ai été infidèle. »
L’épouse pleine d’inquiétude s’écria :
— « Comment oses-tu répondre cela devant nos enfants ? »
— « Si, j’insiste ! » répond-t-il. « Depuis notre première rencontre, je t’ai trompée deux fois. La première, c’est lorsque tu m’avais dit que tu voulais reprendre le travail, alors que les enfants étaient déjà grands, et obstinément, je voulais que tu restes à la maison. J’ai été infidèle par pur égoïsme.
La deuxième fois, c’était au cours d’un dîner où des personnes ont eu des propos désagréables à ton égard, et par lâcheté, je ne t’ai pas défendue. Je t’ai été infidèle par manque de courage… »

Je vous invite à méditer cette histoire qui est pleine de trésors.
Vous pouvez aussi reprendre les trois exemples donnés par Jésus aujourd’hui, à commencer par l’adultère. Ils vous apparaîtront clairement si vous priez et si vous fréquentez Jésus. Même s’ils sont plus crus, ils attestent que l’accomplissement de la Loi ne relève pas d’abord d’un souci absolu d’être en règle. Ce n’est pas non plus une prétention à être sans reproche : quelle tentation ! C’est plutôt un appui à se confesser.

Et ce qui compte pour Jésus, c’est cet amour désintéressé pour le prochain. L’amour que cet homme a pour sa femme est tout à fait extraordinaire ! Il n’a pu être inspiré que par Jésus, vous le comprenez bien.
Ce qui prime aussi pour Jésus, c’est la pureté de nos intentions. Et ceci est propre à chacun : nous seul connaissons la pureté de nos intentions. Il est important de se poser la question car tout commence par là. La loi nouvelle est inscrite au fond de toute conscience.

C’est pour cela que Jésus dit :

« Il vous a été dit »… « et moi je vous dis ! »

Rappelons-nous que Jésus seul qui est en personne l’accomplissement parfait de toute la Loi. Il est donc la personne à fréquenter !
Et plus nous le fréquentons, différemment et chacun dans notre vie telle qu’elle est, plus il nous est donné de comprendre de quelle radicalité de vie il s’agit quand Jésus parle d’amour à travers Ses discours évangéliques. Cela nous éloigne de la tiédeur et mais aussi du fanatisme. Jésus n’est pas présent dans ces deux extrêmes, mais il y a cependant dans une radicalité propre à Lui qui ouvre notre vie à une forme de perfection d’amour que Lui seul peut donner. Cela ne s’explique pas, c’est un don, un cadeau !

Comprenez qu’il y a un profond renversement dans cette parole d’aujourd’hui : au début, nous pouvions dire que la loi de Dieu ne pouvait s’accomplir sans ces petits riens : Dieu s’occupe de tous les petits riens et Il les connaît car Il voit tout ce que nous faisons, non pas comme un policier, mais comme un père. Il nous demande de donner nos défauts et nos erreurs en Lui demandant « pardon » pour qu’Il les transforme.

Tous les petits riens qu’Il fait avec amour sont pour toujours, pas seulement pour un instant mais pour de l’amour infini.

Autre renversement : Jésus nous dit qu’un seul iota, un seul petit acte d’amour que je peux poser aujourd’hui, chaque jour, à chaque seconde, suffit pour accomplir la loi de Dieu et rentrer dans une plénitude. Quelle bonne nouvelle, si l’on y a croit !

Pour terminer, en contrepartie, Jésus nous renvoie toujours à une ligne de conversion pour que cela ne reste pas que des paroles. Il nous rappelle que tant que je ne vois pas Dieu à travers mon prochain, c’est qu’il y a encore du chemin à accomplir, c’est qu’il y a encore beaucoup de iota et de petites choses que Jésus veut absolument que nous modifiions en nous.
Voici une belle feuille de route pour chacun.

Frères et sœurs, que Notre-Dame de Lourdes que nous venons de fêter, que Notre-Dame de la Sagesse nous aide à goûter à cette radicalité bienheureuse,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Ecclésiastique 15,15-20.
  • Psaume 119(118),1-2.4-5.17-18.33-34.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2,6-10.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,17-37 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre’, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.

Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.’
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.

Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »