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Le Prêtre… voir Jésus dans un homme

Par le Père Eric - A la lumière de Lumen Gentium, du Catéchisme de l’Eglise Catholique et du Saint Curé d’Ars

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Écrire à l'auteur Père Éric 15 juillet 2010
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Nous ne pouvons pas comprendre le prêtre sans une expérience de foi.
« Si on avait la foi, on verrai Dieu à travers le prêtre comme une lumière derrière un verre. »

Le Père Éric nous propose de regarder nos prêtres avec les yeux de la foi, puisqu’ils sont parmi nous « In persona Christi Capitis ».
Ayons pour nos prêtres un regard de Charité, celle du Christ, celle qui pousse à voir Dieu derrière chacun des hommes.



« Le monde ne voit plus Dieu. Dieu est devenu tout à fait invisible. …
L’Église est une sorte d’UNESCO à but spirituel et philanthropique : elle soigne les gens sous l’aspect plutôt spirituel ; mais c’est une UNESCO, pas un mystère.
Et surtout la parole du prêtre est une parole qui ne tient plus sa valeur du fait qu’il est envoyé par le Christ, mais on se pose d’autres questions : « Est-ce qu’il est éloquent, sait-il nouer des relations, est-il communicatif ? ». On juge la Parole de Dieu et la prédication selon des lois des sciences humaines et non pas selon la foi. Quant à l’autorité pastorale du prêtre, on ne la considère plus comme liée à l’envoi par le Christ, à « l’exousia » (le Christ qui communique) ; la seule question qu’on se pose c’est : « Est-il un bon animateur ? ».
On ne considère donc plus Dieu, le Christ, l’Église, le prêtre dans leur aspect mystérique et mystérieux. »
Cardinal Danneels

  • Conclusion
    Combien le prêtre est nécessaire !
    Prier pour la sanctification des prêtres
    Prière pour les vocations sacerdotales

Introduction

Une prémisse d’ordre méthodologique : lorsque l’on parle de choses qui concernent la foi, quel doit être notre point de départ ? La pensée des hommes ou la pensée de Dieu ? Une opinion que l’on recueille à partir de sondages ou une vision que l’on puise dans la Révélation ?
C’est un principe assez général mais qui est fondamental. Si on se trompe de point de départ, on est à peu près assuré de se tromper aussi de point d’arrivée.
Le catéchisme part toujours de la Parole de Dieu. Bien sûr, pour rendre l’auditoire attentif et pour le rejoindre dans ses préoccupations et ses questions, il n’est pas défendu de s’intéresser à sa perception des choses, bien au contraire. Mais notre lumières est d’abord la Parole de Dieu.
Ce principe général s’applique en particulier au sacerdoce. La réflexion a-t-elle son point de départ dans les sciences humaines ou dans la Parole de Dieu ? Je suis toujours étonné lorsque certains proposent des réformes dans l’Église (ordination des femmes…) en s’appuyant avant tout sur des données psychologiques ou sociologiques. Je ne mets pas en doute l’utilité des sciences humaines mais elles ne doivent pas prendre la place de la Parole de Dieu. De ce point de vue, il y a une réflexion intéressante du cardinal Danneels.

Sans la foi, on ne peut comprendre le prêtre. Il est possible que le prêtre soit moins bon qu’un laïc sur le plan de l’animation, car il n’est pas un animateur, mais un célébrant. Ses paroles et ses gestes dans le sacrement de la réconciliation, dans l’eucharistie, dans l’onction des malades, dans la confirmation, sont identiques à l’action de Jésus. Ils ont la même efficacité et la même force.
« Si on avait la foi, on verrait Dieu caché dans le prêtre comme une lumière derrière un verre, comme un vin mêlé avec de l’eau. » (Curé d’Ars, Pensées, p 99)

A) Le prêtre, un membre du corps qu’est l’Église

Le document majeur du Concile Vatican II qui parle de l’Église (Lumen Gentium), aide à bien situer le prêtre comme membre de l’Église. Ce document comporte un mouvement où l’on voit Dieu qui s’incline sur le monde pour le racheter et le reconduire dans l’intimité de son amour. Il y a d’abord un mouvement de descente où Dieu vient rejoindre chacun de ses enfants sur la terre. Puis il y a un mouvement de remontée où Dieu attire tous les hommes dans sa gloire.

  • L’Église, un corps.

Parmi un certain nombres d’images de l’Église, Lumen Gentium s’attarde davantage sur celle du corps (LG 7) : l’Église est le corps mystique du Christ (cf. 1 Co 12, 1ss). Cette image du corps a l’avantage de nous faire comprendre que cela n’a pas de sens de classifier les différentes vocations dans l’Église, d’établir des comparatifs en termes de supériorité ou d’infériorité. De ce point de vue, nous restons très marqués par le marxisme, par la lutte des classes, la lutte des sexes, … par le soupçon lancé dès qu’il y a une différence. L’important est que chacun soit bien à sa place et puisse donner le meilleur de lui-même.
Dans le corps, Dieu a voulu des membres variés. Aujourd’hui, on tend à gommer les différences : homme-femme, prêtre-fidèles, parents-enfants, religieux-oblats, … C’est en fait une régression. Il est vrai que le péché est là et qu’il faut lutter contre toutes les soifs de domination mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain (lutte des classes). Mariage et sacerdoce : deux sacrements au service de la communion : « L’Ordre et le Mariage, sont ordonnés au salut d’autrui. S’ils contribuent également au salut personnel, c’est à travers le service des autres qu’ils le font. » (CEC n° 1534) Ce sont des sacrements du service de la communion.

  • Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel

Avant de parler des évêques et des prêtres, Lumen Gentium, dans le deuxième chapitre, parle d’abord de l’Église comme peuple de Dieu (LG 9-17). Dans ce chapitre, on parle notamment du sacerdoce commun (LG 10). Avant d’être prêtre, on est d’abord baptisé.

Les baptisés (…) sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels, et proclamer les merveilles de celui qui des ténèbres les a appelés à son admirable lumière (cf. 1P 2,4-10 ; cf. Rm 12,1). Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu’il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre. » _« En quel sens ? Alors que le sacerdoce commun des fidèles se réalise dans le déploiement de la grâce baptismale, vie de foi, d’espérance et de charité, vie selon l’Esprit, le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce commun, il est relatif au déploiement de la grâce baptismale de tous les chrétiens. » (CEC n° 1546)

Ce n’est qu’au troisième chapitre de Lumen Gentium que l’on parle du sacerdoce et de l’épiscopat (18-29). « Le Christ Seigneur, pour assurer au peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institué dans son Église des ministères variés qui tendent au bien de tout le corps. » (LG 18)

  • Hiérarchie

« Peut être utile une brève observation sur le terme de « hiérarchie », qui est la désignation traditionnelle de la structure d’autorité sacramentelle dans l’Église, ordonnée selon les trois niveaux du sacrement de l’ordre : épiscopat, prêtrise, diaconat. Dans l’opinion publique prévaut, pour cette réalité « hiérarchique », l’élément de subordination et l’élément juridique ; c’est pourquoi, à de nombreuses personnes, l’idée de hiérarchie apparaît en opposition avec la flexibilité et la vitalité du sens pastoral et également contraire à l’humilité de l’Évangile. Mais il s’agit d’une mauvaise compréhension du sens de la hiérarchie, également causée d’un point de vue historique par des abus d’autorité et par le carriérisme, qui sont précisément des abus et qui ne dérivent pas de l’être même de la réalité « hiérarchique ». (…)
Commençons par le mot ’hiérarchie’. Sa véritable signification est ’origine sacrée’, c’est-à-dire que cette autorité ne provient pas de l’homme lui-même, mais elle a son origine dans le sacré, dans le sacrement ; elle soumet donc la personne à la vocation, au mystère du Christ ; elle fait de l’individu un serviteur du Christ et ce n’est qu’en tant que serviteur du Christ que celui-ci peut gouverner, guider pour le Christ et avec le Christ. C’est pourquoi, pour celui qui entre dans le saint Ordre du Sacrement, la « hiérarchie » n’est pas un autocrate ; il entre dans un lien nouveau d’obéissance avec le Christ : il est lié à Lui en communion avec les autres membres de l’Ordre sacré, du Sacerdoce. (…) On comprend donc que communion et hiérarchie ne sont pas contraires l’une à l’autre, mais se conditionnent. Ensemble, elles forment une seule chose (communion hiérarchique). » (Benoît XVI, Audience du 26 mai 2010)
Pour continuer sa mission sur la terre, Jésus a institué le sacerdoce : « Faites ceci en mémoire de moi ». Les prêtres ne sont pas une invention de l’Église. La structure hiérarchique de l’Église vient de Dieu. On ne peut donc pas vouloir un « démocratisme » (cf. DVMP n° 17).

  • Le prêtre est POUR les fidèles

Avec une petite phrase lumineuse dont il a le secret, voilà ce que dit le curé d’Ars :

Le prêtre n’est pas prêtre pour lui. Il ne se donne pas l’absolution, il ne s’administre pas les Sacrements. Il n’est pas pour lui, il est pour vous. » (Curé d’Ars, Pensées, p 102)

La vocation des prêtres s’enracine dans la compassion du cœur de Dieu (Mt 15, 32) : « j’ai pitié de cette foule ». On peut penser aussi à l’attitude de Dieu lorsqu’il voit la détresse de son peuple en Egypte (Ex 3) : « j’ai vu la misère de mon peuple ». En voyant un prêtre, vous pouvez penser : Dieu pense aux hommes. Dieu n’est pas indifférent à la détresse des hommes.
« Jésus parcourait toutes les villes… A la vue des foules, il en eut pitié car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mt 9, 35-36 ; cf. Mc 6, 34). Le berger connaît chacune de ses brebis par son nom (Jn 10, 3). Il est venu pour que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance (Jn 10, 9). Le berger a une prédilection pour les brebis perdues : il est angoissé de les avoir perdues et heureux de les retrouver (cf Mt 18, 12-14 ; Lc 15, 4-7).
Le prêtre est appelé à annoncer le « trop grand amour » de Dieu pour les hommes : « Dieu est riche en miséricorde, à cause de l’excessif amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts à cause de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ… C’est par grâce que vous êtes sauvés » Ep 2, 4-5). L’image qui exprime bien ce désir qui habite le coeur de Dieu est sans doute celle du bon berger. Les prophètes Ezéchiel (34, 7-11.22), Jérémie (23) et Zacharie (11) développent ce thème. « Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus » (Curé d’Ars, Pensées, p 100). Comme le dit très bien le curé d’Ars, le prêtre est un don de l’amour de Dieu. Le mot qu’il disait au petit garçon qui lui indiquait le chemin d’Ars va bien dans ce sens : tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel.

B) L’être du prêtre, un autre Christ

  • L’être, le don de la grâce, précède l’agir moral

Dans une conception assez horizontale, on risque de considérer le prêtre d’abord sous l’angle de ce qu’il fait plutôt que de ce qu’il est. Benoît XVI a très à cœur de se placer au niveau de l’être plutôt qu’au niveau du faire, au niveau du don de la grâce plutôt qu’au niveau de l’agir moral. Benoît XVI s’intéresse à l’être des choses au delà de leur fonctionnalité (cf. C. Gouillaud, p 22). L’être de Dieu, auquel il nous est donné de participer par la grâce, précède l’agir moral. Benoît XVI évoque cela notamment lorsqu’il commente le passage de l’Évangile de saint Jean où il est question de la vigne (Jn 15) : il s’agit d’abord de demeurer en Dieu ; dans un deuxième temps, nous sommes invités à observer les commandements. Le don de la grâce précède le commandement. Il donne ce qu’il ordonne. « Devenez ce que vous êtes » : cela s’applique au prêtre mais aussi aux gens mariés. Jean-Paul II l’appliquait aux familles.
« Dieu se donne lui-même. Son être, son amour, précède notre agir et, dans le fait d’être avec Lui, identifiés à Lui, ennoblis par son sang, nous pouvons nous aussi agir avec le Christ. L’éthique est une conséquence de l’être : le Seigneur nous donne tout d’abord un nouvel être, tel est le grand don ; l’être précède l’agir et ensuite, de cet être, découle l’agir, comme une réalité organique ; car ce que nous sommes, nous pouvons l’être également dans notre activité… Nous devons agir selon notre identité ». (lectio divina au grand séminaire pontifical romain, 12 février 2010). A propos du commandement nouveau du Seigneur (« aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » Jn 13, 34), Benoît développe la même idée : il y a d’abord le don puis notre réponse à ce don. Les Pères de l’Eglise distinguaient entre le sacramentum et l’exemplum : « Sacramentum est le don de l’être nouveau, et ce don devient également un exemple pour notre action, mais le sacramentum est placé avant, et nous, nous vivons du sacrement. Nous voyons ici la place centrale du sacrement, qui est la place du don » (Benoît XVI 12 février 2010). Chaque prêtre est appelé à avoir une conscience plus vive de ce don pour ensuite mieux y correspondre (d’une autre manière, cela vaut aussi pour les personnes mariées par rapport au sacrement du mariage). La fécondité du ministère du prêtre dépend de la « conscience de la réalité sacramentelle de son ’nouvel être’ ». « En partant précisément de cette conscience intérieure, ils peuvent accomplir pleinement leur mission, à travers l’annonce de la Parole et l’administration des sacrements » (Benoît XVI audience du 1er août 2009).

  • In persona Christi Capitis…

« Dans le service ecclésial du ministre ordonné, c’est le Christ lui-même qui est présent à son Église en tant que Tête de son corps, Pasteur de son troupeau, grand prêtre du sacrifice rédempteur, Maître de la Vérité. C’est ce que l’Église exprime en disant que le prêtre, en vertu du sacrement de l’Ordre, agit « in persona Christi Capitis » (cf. LG 10 ; LG 28 ; SC 33 ; CD 11 ; PO 2 ; PO 6) : c’est le même Prêtre, le Christ Jésus, dont en vérité le ministre tient le rôle.
Si, en vérité, celui-ci est assimilé au Souverain Prêtre, à cause de la consécration sacerdotale qu’il a reçue, il jouit du pouvoir d’agir par la puissance du Christ lui-même qu’il représente (« virtute ac persona ipsius Christi ») (Pie XII, enc. « Mediator Dei »). » (CEC n° 1548)
« Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi Capitis - dans la personne du Christ Tête - de la part du prêtre, et pour comprendre également quelles conséquences dérivent du devoir de représenter le Seigneur, en particulier dans l’exercice de ces trois fonctions, il faut expliciter avant tout ce que l’on entend par « représentation ». Le prêtre représente le Christ. Qu’est-ce que cela veut dire, que signifie « représenter » quelqu’un ? Dans le langage commun, cela veut dire - généralement - recevoir une délégation de la part d’une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l’action concrète. Nous nous demandons : le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon ? La réponse est non, car dans l’Église, le Christ n’est jamais absent, l’Eglise est son corps vivant et le Chef de l’Église c’est lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n’est jamais absent, il est même présent d’une façon totalement libérée des limites de l’espace et du temps, grâce à l’événement de la Résurrection. (…)
C’est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n’agit jamais au nom d’un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire : la consécration du vin et du pain, afin qu’ils soient réellement présence du Seigneur, l’absolution des péchés. Le Seigneur rend présente son action dans la personne qui accomplit ces gestes. Ces trois devoirs du prêtre - que la Tradition a identifiés dans les diverses paroles de mission du Seigneur : enseigner, sanctifier, et gouverner - dans leur distinction et dans leur profonde unité, sont une spécification de cette représentation concrète. Ils sont en réalité les trois actions du Christ ressuscité, le même qui aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde, enseigne et ainsi crée la foi, rassemble son peuple, crée une présence de la vérité et construit réellement la communion de l’Église universelle ; et sanctifie et guide. » (Benoît XVI, Audience du 14 avril 2010)

Par le ministère ordonné, spécialement des évêques et des prêtres, la présence du Christ comme chef de l’Église, est rendue visible au milieu de la communauté des croyants (cf. LG 21). » (CEC n° 1549)

  • Le prêtre un pont entre Dieu et les hommes

« Toutes les préfigurations du sacerdoce de l’Ancienne Alliance trouvent leur accomplissement dans le Christ Jésus « unique médiateur entre Dieu et les hommes » ( 1Tm 2,5 ). » (CEC n° 1544)
Il y a une grande distance entre Dieu et l’homme (et aussi entre les pensées de Dieu et celles de l’homme). Le prêtre est choisi par Dieu pour servir de passerelle, de « médiateur ». Cela suppose qu’il repose bien sur les 2 rives : qu’il soit ancré en Dieu ; qu’il soit bien ancré également dans l’humanité. Le prêtre est appelé à connaître et aimer Dieu mais aussi à connaître et aimer l’humanité. Il ne s’adresse pas à un homme intemporel (cf. DVMP n° 34).
Pour ce pont, il y a deux sens : le sens qui va de Dieu vers l’homme et le sens qui va de l’homme vers Dieu. Le prêtre parle de Dieu aux hommes (prédication) et des hommes à Dieu (notamment dans sa prière : il est tenu à la liturgie des heures). Le prêtre communique la grâce de Dieu notamment par les sacrements.
Moïse est une belle figure de prêtre. Il contemple Dieu sur la montagne. Il transmet aux hommes la Loi de Dieu.
« De la Loi, du sacerdoce d’Aaron, nous apprenons deux choses, nous dit l’Auteur de la Lettre aux Hébreux : un prêtre, pour être réellement médiateur entre Dieu et l’homme, doit être homme. Cela est fondamental et le fils de Dieu s’est fait homme précisément pour être prêtre, pour pouvoir réaliser la mission du prêtre. Il doit être homme - nous reviendrons sur ce point - mais il ne peut pas seul devenir médiateur de Dieu. Le prêtre a besoin d’une autorisation, d’une institution divine, et ce n’est qu’en appartenant aux deux sphères - celle de Dieu et celle de l’homme - qu’il peut être médiateur, qu’il peut être un « pont ». Telle est la mission du prêtre : allier, relier ces deux réalités apparemment aussi séparées, c’est-à-dire le monde de Dieu - éloigné de nous, souvent méconnu de l’homme - et notre monde humain. La mission du sacerdoce est d’être médiateur, un pont qui relie, et ainsi conduire l’homme à Dieu, à sa rédemption, à sa véritable lumière, à sa véritable vie.

- a) Comme premier point donc, le prêtre doit être du côté de Dieu ; et ce n’est que dans le Christ que ce besoin, cette situation de la médiation se réalise pleinement. C’est pourquoi ce Mystère était nécessaire : le Fils de Dieu se fait homme afin qu’il existe un véritable pont, qu’il existe une véritable médiation. Les autres doivent avoir au moins une autorisation de Dieu, ou, dans le cas de l’Église, le Sacrement, c’est-à-dire introduire notre être dans l’être du Christ, dans l’être divin. Ce n’est qu’à travers le Sacrement, cet acte divin qui nous crée prêtres dans la communion avec le Christ, que nous pouvons réaliser notre mission. Et cela me semble un premier point de méditation pour nous : l’importance du Sacrement. Personne ne se fait prêtre lui-même ; seul Dieu peut m’attirer, peut m’autoriser, peut m’introduire dans la participation au mystère du Christ. (…) S’il en est ainsi, un prêtre doit être véritablement un homme de Dieu, il doit connaître Dieu de près, et il le connaît en communion avec le Christ. Nous devons alors vivre cette communion et ainsi la célébration de la Messe, la prière du bréviaire, toute la prière personnelle sont des éléments qui contribuent à être avec Dieu. (…)

- b) L’autre élément est que le prêtre doit être homme. Homme dans tous les sens, c’est-à-dire qu’il doit vivre une véritable humanité, un véritable humanisme ; il doit avoir une éducation, une formation humaine, des vertus humaines ; il doit développer son intelligence, sa volonté, ses sentiments, ses affections ; il doit être réellement homme, homme selon la volonté du Créateur, du Rédempteur, car nous savons que l’être humain est blessé et la question de « ce qu’est l’homme » est obscurcie par le fait du péché, qui a blessé la nature humaine jusque dans ses profondeurs. Ainsi, on dit : « il a menti », « il est humain » ; « il a volé », « il est humain » ; mais cela n’est pas la véritable nature de l’être humain. Humain signifie être généreux, être bon, être homme de la justice, de la véritable prudence, de la sagesse. (…)
Être homme : la Lettre aux Hébreux souligne une particularité de notre humanité qui nous surprend, car elle dit : ce doit être une personne « en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse » (5, 2). (…) Pour la Lettre aux Hébreux, l’élément essentiel de notre humanité est la compassion, le fait de souffrir avec les autres : il s’agit de la véritable humanité. Ce n’est pas le péché. (…) La véritable humanité est de participer réellement à la souffrance de l’être humain, cela veut dire être un homme de compassion. (…) Son cœur est bien sûr toujours ferme en Dieu, il voit toujours Dieu, il est toujours intimement en conversation avec Lui, mais Il porte, dans le même temps, tout l’être, toute la souffrance humaine. (…) De cette manière se réalise le sacerdoce, la fonction du médiateur, en transportant en soi, en assumant en soi la souffrance et la passion du monde, en la transformant en cri vers Dieu, en l’apportant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et en l’apportant réellement ainsi au moment de la Rédemption. (…) Notre sacerdoce ne se limite pas lui non plus à l’acte cultuel de la Messe, dans lequel tout est remis entre les mains du Christ, mais toute notre compassion envers la souffrance de ce monde si éloigné de Dieu, est un acte sacerdotal, est offrir. » (Benoît XVI, lectio divina du 18 février 2010)

  • Des amis de Jésus… avec leurs faiblesses

« Cette présence du Christ dans le ministre ne doit pas être comprise comme si celui-ci était prémuni contre toutes les faiblesses humaines, l’esprit de domination, les erreurs, voire le péché. La force de l’Esprit Saint ne garantit pas de la même manière tous les actes des ministres. Tandis que dans les sacrements cette garantie est donnée, de sorte que même le péché du ministre ne peut empêcher le fruit de grâce, il existe beaucoup d’autres actes où l’empreinte humaine du ministre laisse des traces qui ne sont pas toujours le signe de la fidélité à l’Évangile, et qui peuvent nuire par conséquent à la fécondité apostolique de l’Église. » (CEC n° 1550) « Puisque en fin de compte c’est le Christ qui agit et opère le salut à travers le ministre ordonné, l’indignité de celui-ci n’empêche pas le Christ d’agir (cf. Cc. Trente : DS 1612 ; DS 1154 ).
St Augustin le dit avec force :

Quant au ministre orgueilleux, il est à ranger avec le diable. Le don du Christ n’en est pas pour autant profané, ce qui s’écoule à travers lui garde sa pureté, ce qui passe par lui reste limpide et vient jusqu’à la terre fertile. … La vertu spirituelle du sacrement est en effet pareille à la lumière : ceux qui doivent être éclairés la reçoivent dans sa pureté et, si elle traverse des êtres souillés, elle ne se souille pas » (ev. Jo. 5, 15). (CEC n° 1584)

  • Le prêtre présente l’Église à Dieu

« Le sacerdoce ministériel n’a pas seulement pour tâche de représenter le Christ - Tête de l’Église - face à l’assemblée des fidèles, il agit aussi au nom de toute l’Église lorsqu’il présente à Dieu la prière de l’Église (cf. SC 33 ) et surtout lorsqu’il offre le sacrifice eucharistique (cf. LG 10 ). » (CEC n° 1552) « « Au nom de toute l’Église », cela ne veut pas dire que les prêtres soient les délégués de la communauté. La prière et l’offrande de l’Église sont inséparables de la prière et de l’offrande du Christ, son Chef. » (CEC n° 1553)

C) Les trois « munus » du prêtre

« Le Christ a confié aux Apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. » (CEC n° 873)
« Le sacerdoce ministériel diffère essentiellement du sacerdoce commun des fidèles parce qu’il confère un pouvoir sacré pour le service des fidèles. Les ministres ordonnés exercent leur service auprès du peuple de Dieu par l’enseignement (munus docendi), le culte divin (munus liturgicum) et par le gouvernement pastoral (munus regendi). » (CEC n° 1592)
« Il faut comprendre (…) que dans chacune des dimensions de la vie sacerdotale, le prêtre est un peu différent de ce que l’on pense.
On le voudrait orateur quand il doit être évangélisateur - et l’évangélisateur tire son autorité de Dieu et non pas du fait qu’il parle bien.
On le juge sur ses capacités d’animateur de la liturgie alors qu’il est célébrant, c’est-à-dire investi de la grâce de son ordination pour célébrer l’eucharistie, même s’il est peu doué pour l’animation, et si bien des laïcs pourraient mieux faire.
Pour ce qui est du gouvernement dans la paroisse, certains laïcs sont très doués pour gérer des conflits. Beaucoup plus que certains prêtres ! Et pourtant, le prêtre est celui qui exerce, au nom du Christ même, la paternité spirituelle.
On ne peut donc appliquer comme tels au prêtre les termes ni d’orateur, ni d’animateur, ni de chef. Ce sont des costumes trop grands ou trop petits. C’est un prêt-à-porter que le prêtre ne peut pas porter. Même s’il a ces talents, ce n’est pas à cause d’eux qu’il est prêtre ! Les gens le comprennent très difficilement. Ils ont du mal à accepter qu’un prêtre célèbre l’eucharistie en vertu de son ordination sacerdotale et qu’il soit pauvre dans sa dimension relationnelle. »

  • 1°) Enseignement (munus docendi)

Le prêtre n’est pas un orateur, mais un prêcheur ; ce qui est différent. L’orateur jouit de moyens humains. Il peut tout faire à la perfection, mais un prédicateur est mandaté, avec la garantie de Jésus qui le soutient.
« Quel que soit le prêtre, c’est toujours l’instrument dont le Bon Dieu se sert pour distribuer sa parole. » (Curé d’Ars, Pensées, p 127)
« Vous faites passer de la liqueur par un entonnoir : qu’il soit d’or ou de cuivre, si la liqueur est bonne, elle est toujours bonne. » (Curé d’Ars, Pensées, p 126)
(A propos du curé d’Ars) « Il ne prêchait pas encore bien à mon avis. Cependant quand c’était son tour, on courait à l’église. » (Curé d’Ars, Pensées, p 130)
« Les évêques, avec les prêtres, leurs coopérateurs, « ont pour première tâche d’annoncer l’Évangile de Dieu à tous les hommes » (PO 4), selon l’ordre du Seigneur (cf. Mc 16,15 ). » (CEC n° 888) C’est la vérité qui rend libre (Jn 8, 32).
« Aujourd’hui, en pleine urgence éducative, le munus docendi de l’Église, exercé de façon concrète à travers le ministère de chaque prêtre, apparaît particulièrement important. Nous vivons dans une grande confusion en ce qui concerne les choix fondamentaux de notre vie et les interrogations sur ce qu’est le monde, d’où il vient, où nous allons, ce que nous devons faire pour accomplir le bien, la façon dont nous devons vivre, quelles sont les valeurs réellement pertinentes. (…) Dans cette situation se réalise la parole du Seigneur, qui eut compassion de la foule parce qu’elle était comme des brebis sans pasteur (cf. Mc 6, 34). (…) Telle est la fonction in persona Christi du prêtre : rendre présente, dans la confusion et la désorientation de notre époque, la lumière de la parole de Dieu, la lumière qui est le Christ lui-même dans notre monde. Le prêtre n’enseigne donc pas ses propres idées, une philosophie qu’il a lui-même inventée, qu’il a trouvée ou qui lui plaît ; le prêtre ne parle pas de lui, il ne parle pas pour lui, pour se créer éventuellement des admirateurs ou son propre parti ; il ne dit pas des choses qui viennent de lui, ses inventions, mais, dans la confusion de toutes les philosophies, le prêtre enseigne au nom du Christ présent, il propose la vérité qui est le Christ lui-même, sa parole, sa façon de vivre et d’aller de l’avant.
(…) L’enseignement que le prêtre est appelé à offrir, les vérités de la foi, doivent être intériorisées et vécues dans un intense chemin spirituel personnel, de manière à ce que le prêtre entre réellement en profonde communion intérieure avec le Christ lui-même. (…)
« ’Ordination sacerdotale’ veut dire : être immergés […] dans la Vérité’ (Homélie de la Messe chrismale, 9 avril 2009), cette Vérité qui n’est pas simplement un concept ou un ensemble d’idées à transmettre et à assimiler, mais qui est la Personne du Christ. » (Benoît XVI, Audience du 14 avril 2010)
« Le prêtre doit associer à l’autorité spirituelle objective, qu’il possède en vertu de son ordination sacrée, l’autorité subjective provenant de sa vie sincère et sanctifiée, de sa charité pastorale, manifestation de la charité du Christ. »
Le prophète Osée a une parole terrible à l’égard des prêtres qui ont privé le peuple de la connaissance : « Écoutez la parole de Yahvé, enfants d’Israël, car Yahvé est en procès avec les habitants du pays : il n’y a ni fidélité ni amour, ni connaissance de Dieu dans le pays, mais parjure et mensonge, assassinat et vol, adultère et violence. (…) C’est avec toi, prêtre, que je suis en procès. (…) Mon peuple périt, faute de connaissance. Puisque toi, tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai de mon sacerdoce. » (Osée 4, 1…5)

  • 2°) Sanctification (munus sanctificandi)

Beaucoup de gens peuvent animer des liturgies communautaires. En quoi l’action du prêtre diffère-t-elle de celle du laïc ? C’est au moment où il dit : « Ceci est mon corps » et « Ceci et mon sang ». Il s’agit alors vraiment du corps et du sang de Jésus, même si ces mots ont été dits sans talent ou en bégayant.
« C’est le prêtre qui continue l’œuvre de Rédemption sur la terre ». « Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre Seigneur ne serviraient de rien » (curé d’Ars).
« Le deuxième devoir du prêtre, est celui de sanctifier les hommes, en particulier à travers les sacrements et le culte de l’Église. Ici, nous devons nous demander avant tout : que signifie le mot : « saint » ? La réponse est : « saint » est la qualité spécifique de l’être de Dieu, c’est-à-dire la vérité, la bonté, l’amour, la beauté absolus - la lumière pure. Sanctifier une personne signifie donc la mettre en contact avec Dieu, avec son être de lumière, de vérité, d’amour pur. (…)
Aucun homme ne peut seul et avec ses propres forces mettre l’autre en contact avec Dieu. Une partie essentielle de la grâce du sacerdoce est le don, le devoir de créer ce contact. Cela se réalise dans l’annonce de la parole de Dieu, dans laquelle sa lumière vient à notre rencontre. Cela se réalise de façon particulièrement dense dans les sacrements. L’immersion dans le mystère pascal de mort et de résurrection du Christ a lieu dans le Baptême, et est renforcée dans la Confirmation et dans la réconciliation, et elle est nourrie par l’Eucharistie. (…)
(N’y a-t-il pas eu) un affaiblissement de la foi elle-même dans l’efficacité salvifique des sacrements et, en définitive, dans l’œuvre actuelle du Christ et de son Esprit, à travers l’Église, dans le monde. (…)
Il est important, par conséquent, de promouvoir une catéchèse adaptée pour aider les fidèles à comprendre la valeur des sacrements, mais il est tout aussi nécessaire, à l’exemple du saint Curé d’Ars, d’être disponibles, généreux et attentifs pour donner à nos frères les trésors de grâce que Dieu a placés entre nos mains, et dont nous ne sommes pas les « maîtres », mais des gardiens et des administrateurs. (…)
La vérité selon laquelle, dans le sacrement, « ce ne sont pas nous les hommes qui faisons quelque chose » concerne également, et doit concerner, la conscience sacerdotale : chaque prêtre sait bien qu’il est l’instrument nécessaire à l’action salvifique de Dieu, mais cependant toujours un instrument. (…) Si ’la grande tradition ecclésiale a, à juste titre, séparé l’efficacité sacramentelle de la situation existentielle concrète du prêtre, et ainsi, les attentes légitimes des fidèles ont été sauvegardées de façon adéquate’, cela n’ôte rien ’à la tension nécessaire et même indispensable, vers la perfection morale, qui doit habiter tout cœur authentiquement sacerdotal’ : le Peuple de Dieu attend également de ses pasteurs un exemple de foi et de témoignage de sainteté (cf. Benoît XVI, Discours à la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009). Et c’est dans la célébration des saints mystères que le prêtre trouve la racine de sa sanctification (cf. PO, 12-13). » (Benoît XVI, Audience du 5 mai 2010)

  • 3°) Gouvernement (munus regendi)

Le troisième rôle du prêtre, c’est de présider la communauté. Mais il y a des laïcs qui peuvent présider une assemblée avec plus de savoir faire. Où est la différence ? Le prêtre n’est pas un chef, mais un pasteur. Un pasteur a du cœur pour ses paroissiens et il donne sa vie.
« « Les évêques dirigent leurs Églises particulières comme vicaires et légats du Christ par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice de leur pouvoir sacré » (LG 27), qu’ils doivent cependant exercer pour édifier, dans l’esprit de service qui est celui de leur Maître (cf. Lc 22,26-27 ). » (CEC n° 873)
« Mission du prêtre de gouverner, de guider, avec l’autorité du Christ, non avec la sienne, la portion du Peuple que Dieu lui a confiée.
Comment comprendre dans la culture contemporaine une telle dimension, qui implique le concept d’autorité et qui trouve son origine dans le mandat même du Seigneur de paître son troupeau ? (…) Les expériences culturelles, politiques et historiques du passé récent, notamment les dictatures en Europe de l’Est et dÉÉe l’Ouest au XXe siècle, ont rendu l’homme contemporain suspicieux à l’égard de ce concept. Un soupçon qui, très souvent, se traduit par l’affirmation de la nécessité d’abandonner toute autorité qui ne vienne pas exclusivement des hommes et ne leur soit pas soumise, qui ne soit pas contrôlée par eux. (…) Il est important de reconnaître que l’autorité humaine n’est jamais une fin, mais toujours et uniquement un moyen et que, nécessairement et à toute époque, la fin est toujours la personne, créée par Dieu avec sa dignité propre intangible et appelée à être en relation avec son Créateur, sur le chemin terrestre de l’existence, et dans la vie éternelle ; c’est une autorité exercée dans la responsabilité devant Dieu, devant le Créateur. (…)
A travers les pasteurs de l’Église, en effet, le Christ paît son troupeau : c’est Lui qui le guide, le protège, le corrige, parce qu’il l’aime profondément. (…) Chaque pasteur, par conséquent, est l’intermédiaire à travers lequel le Christ lui-même aime les hommes : c’est à travers notre ministère - chers prêtres -, c’est par notre intermédiaire que le Seigneur atteint les âmes, les instruit, les protège, les guide. Saint Augustin, dans son Commentaire à l’Évangile de saint Jean dit : « Que paître le troupeau du Seigneur soit donc un engagement d’amour » (123, 5) ; telle est la règle de conduite suprême des ministres de Dieu, un amour inconditionnel, comme celui du Bon Pasteur, empli de joie, ouvert à tous, attentif au prochain et plein d’attention pour ceux qui sont loin (cf. Saint Augustin, Discours 340, 1 ; Discours 46, 15), délicat envers les plus faibles, les petits, les simples, les pécheurs, pour manifester l’infinie miséricorde de Dieu avec les paroles rassurantes de l’espérance (cf. ibid, Lettre 95, 1)
Si cette tâche pastorale est fondée sur le Sacrement, son efficacité n’est toutefois pas indépendante de la vie personnelle du prêtre. (…) Cela demande, tout d’abord, la disponibilité continue et progressive à laisser le Christ lui-même gouverner la vie sacerdotale des prêtres. En effet, personne n’est réellement capable de paître le troupeau du Christ, s’il ne vit pas une profonde et réelle obéissance au Christ et à l’Église. (…)
La façon de gouverner de Jésus n’est pas celle de la domination, mais c’est le service humble et plein d’amour du lavement des pieds, et la royauté du Christ sur l’univers n’est pas un triomphe terrestre, mais trouve son point culminant sur le bois de la Croix, qui devient jugement pour le monde et point de référence pour l’exercice de l’autorité qui soit une véritable expression de la charité pastorale. Les saints, et parmi eux saint Jean-Marie Vianney, ont exercé avec amour et dévouement leur devoir de prendre soin de la portion du Peuple de Dieu qui leur a été confiée, se révélant également des hommes forts et déterminés, animés de l’unique objectif de promouvoir le véritable bien des âmes, capables de payer de leur personne, jusqu’au martyre, pour demeurer fidèles à la vérité et à la justice de l’Évangile. (…)
Il n’y a pas de bien plus grand dans cette vie terrestre que de conduire les hommes à Dieu, réveiller la foi, soulever l’homme de l’inertie et du désespoir, donner l’espérance que Dieu est proche et guide notre histoire personnelle et celle du monde : tel est, en définitive, le sens profond et ultime du devoir de gouverner que le Seigneur nous a confié. » (Benoît XVI, Audience du 26 mai 2010)

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Conclusion

« Lorsqu’on veut détruire la religion, on commence par attaquer le prêtre. »
(Curé d’Ars, Pensées, p 101)
Cette petite phrase du curé d’Ars peut nous faire réfléchir à une époque où les médias s’emploient à étaler au grand jour les faiblesses des prêtres.

  • Combien le prêtre est nécessaire !
    « Si nous n’avions pas le sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre. » (Curé d’Ars, Pensées, p 100)

« Allez vous confesser à la Sainte Vierge ou à un ange. Vous absoudront-ils ? Vous donneront-ils le corps et le sang de Notre-Seigneur ? Non, la Sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l’hostie. Vous auriez deux cents anges là qu’ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre tant simple qu’il soit le peut. Il peut vous dire : Allez en paix, je vous pardonne. Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! » (Curé d’Ars, Pensées, p 101)

« A quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour ouvrir la porte ? Le prêtre a la clef des trésors célestes : c’est lui qui ouvre la porte ; il est l’économe du Bon Dieu, l’administrateur de ses biens. » (Curé d’Ars, Pensées, p 101)

  • Prier pour la sanctification des prêtres

« Devant la grandeur de la grâce et de la charge sacerdotales, les saints docteurs ont ressenti l’urgent appel à la conversion afin de correspondre par toute leur vie à Celui dont le sacrement les constitue les ministres. Ainsi, S. Grégoire de Nazianze, tout jeune prêtre, s’écrie : Il faut commencer par se purifier avant de purifier les autres ; il faut être instruit pour pouvoir instruire ; il faut devenir lumière pour éclairer, s’approcher de Dieu pour en rapprocher les autres, être sanctifié pour sanctifier, conduire par la main et conseiller avec intelligence (or. 2,71). Je sais de qui nous sommes les ministres, à quel niveau nous nous trouvons et quel est celui vers lequel nous nous dirigeons. Je connais la hauteur de Dieu et la faiblesse de l’homme, mais aussi sa force (ibid. 2, 74). [Qui est donc le prêtre ? Il est] le défenseur de la vérité, il se dresse avec les anges, il glorifie avec les archanges, il fait monter sur l’autel d’en-haut les victimes des sacrifices, il partage le sacerdoce du Christ, il remodèle la créature, il rétablit [en elle] l’image [de Dieu], il la recrée pour le monde d’en-haut, et, pour dire ce qu’il y a de plus grand, il est divinisé et il divinise (ibid. 2,73). » (CEC n° 1589)

  • Prière pour les vocations sacerdotales

Seigneur Jésus, Guide et Pasteur de ton peuple, tu as suscité en ton Église ton Serviteur saint Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars.
Sois béni pour la sainteté de sa vie et l’admirable fécondité de son ministère.
Avec une persévérance et une patience humble, il surmonta tous les obstacles sur les chemins du sacerdoce.
Prêtre, il puisait, dans la célébration eucharistique et l’adoration silencieuse, l’ardeur de sa charité pastorale et le dynamisme de son zèle apostolique.
Par son intercession :
• Touche le cœur des jeunes ; qu’ils trouvent dans l’exemple de sa vie, l’élan de marcher à ta suite, avec le même courage, sans regarder en arrière.
• Renouvelle le cœur des prêtres ; qu’ils s’attachent à toi avec ferveur et profondeur Qu’ils édifient l’unité des communautés sur l’Eucharistie et le Pardon, dans l’amour mutuel.
• Affermis les familles chrétiennes ; qu’elles soutiennent ceux de leurs enfants que tu as appelés. Aujourd’hui encore, Seigneur, envoie des ouvriers à ta moisson pour que soit relevé le défi évangélique de notre temps. Que les jeunes soient nombreux à faire de leur vie un « Je t’aime », au service de leurs frères, comme saint Jean-Marie Vianney, toi le Berger pour l’éternité. Amen
Père Guy-Marie Bagnard, évêque de Belley Ars

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