Serviteurs de Jésus et de Marie

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Rendez vous

Dieu et l’argent

Père Pierre-Marie et Père Stéphane - mars 2005

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Il y a un complexe des catholiques face à l’argent qu’ils considèrent souvent comme un tabou, une gène voire même une culpabilité.
À l’intérieur de l’Église, on a pu vivre, surtout après le Concile, de cette opposition pauvres-riches.
Mais l’Église a pris position tant dans le domaine personnel que communautaire.

Écoutez la conférence audio en deux parties :




(Durée totale : 97 minutes)
Note : Cet article vous offre également la possibilité de télécharger le fichier mp3 de l’enseignement (sélectionner « Enregistrer la cible du lien sous… » avec le clic droit.

Relation paisible avec les biens temporels

Avant même la révélation du Seigneur, l’argent était vu comme un obstacle pour aller vers le bonheur et la perfection (cf. Antigone de Sophocle)
Dans (1 Timothée 6 10) « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent ». Nous sommes là face à une épreuve liée à l’argent, autrement dit, l’argent est ce qui révèle à l’extérieur de nous-même ce que nous portons en nous. L’argent est donc cette épreuve et cette attitude qui révèle le cœur !

Face à l’argent ou à la possession des biens, il y a une partie positive et une partie négative.
L’argent sert à révéler le cœur de l’homme et dans son sens positif il sert l’échange, il permet la communion entre les hommes et valorise le travail…
En soi, l’argent est neutre ; tout dépend d’où il vient et à quoi il sert. Et finalement ce sont les personnes qui sont bonnes ou mauvaises, qui en font une bonne ou une mauvaise utilisation.

Que fait-on de l’argent ? (cf. Luc 6, 20 ; 25)

Jésus aussi a eu des amis riches : Lazare, Nicodème, le parfum de 300 deniers de Marie-Madeleine… Dans ce dernier cas, Judas a voulu opposer l’amour de Jésus à l’amour des pauvres… Nous avons encore l’exemple de Nicodème qui a offert un tombeau creusé dans la pierre pour la sépulture de Jésus.

L’Eglise aussi possède des biens ; la possession des biens en elle-même ne pose pas de problèmes. Le problème qui se pose est de savoir où est mon cœur ? Qu’est-ce qui me fait vivre ? Veut-on avoir le maximum ou bien est-ce l’amour du Seigneur qui me fait vivre ? (Cf. « la parabole du semeur » en Matthieu 13, 22). Posséder de l’argent ne veut pas dire se laisser posséder par lui. L’argent est au service des personnes et non l’inverse ; il faut donc remettre les choses dans leur finalité (cf. le sabbat au service de l’homme…)

Où en suis-je avec l’argent ? Est-ce que je suis libre face aux réalités matérielles ? Notre vie quotidienne est modelée par les biens matériels. Le reproche de Jésus se fait sévère quand les biens matériels deviennent le repos de l’âme (cf. Luc 12, 15-21) On cherche alors le repos dans quelque chose qui n’est pas apte à le donner car on peut en avoir toujours plus de par sa nature ! Avec l’argent on peut toujours plus et une chose ne peut donner le repos de l’âme que seule une personne peut donner : que ce soit une repos humain ou divin. Mais à perdre la présence de Dieu, on perd la notion de personne et on demande alors même à des animaux de donner ce repos ! Jésus est venu redire à l’homme ce pour quoi il est fait : pour la gloire de Dieu.

Invitation à remettre dans le Seigneur sa confiance (cf. Luc 18, 24-27)

Ce passage concernant le danger des richesses :

Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu"

signifie que seuls les pauvres de cœur sont capables d’accueillir la Bonne Nouvelle (cf. Luc 4, 18). Ces pauvres ne sont pas repus ! Ils sont toujours en état de désir, en attente de quelque chose.

Le repos dans les choses matérielles est synonyme d’idolâtrie, qui est le fait de donner aux choses ou aux personnes ce qui appartient à Dieu seul. Et en dehors de Dieu il n’y a pas le repos (cf. St Augustin) En Dieu seul est le repos de l’âme.

Jésus lui-même a utilisé les Biens matériels pour nous apprendre à les utiliser. L’homme ne sait plus et Jésus vient rouvrir l’oreille de l’homme pour qu’il redécouvre sa propre vocation. Le Seigneur a choisi de se faire pauvre pour nous enrichir de cette pauvreté (à la crèche, et sur la croix : cf. 2 Corinthiens VIII 9) et pour refaire découvrir à l’homme qu’il est une créature. Le Curé d’Ars disait : « L’homme est un pauvre qui doit tout demander à Dieu ».

L’argent peut entretenir une autosuffisance ; il en donne les moyens, comme une certaine forme de toute-puissance (cf. Matthieu 6, 24) : orgueil de la chair, des richesses et de l’esprit. L’argent donne les moyens à l’orgueil de la chair et à l’orgueil de l’esprit de s’exercer. C’est plus exigeant d’être saint avec beaucoup de moyens qu’avec peu ! Prenons la patience : sans moyen on dépend, on doit attendre… Dans les pays pauvres, on redécouvre un autre rythme plus humain. Cet argent n’est plus alors dans un dimension communautaire (cf. Evangile du riche et du pauvre Lazare en Luc 16, 19-30) : le riche est responsable du pauvre. Quand on possède des biens c’est pour les autres sinon nous risquons l’enfermement. La doctrine sociale de l’Eglise affirme la propriété privée mais aussi la destination universelle des biens : « C’est à moi mais c’est pour tous ». Le droit absolu n’est pas dans la propriété privée mais dans le bien des personnes. C’est un moyen au service de l’homme. L’homme a été mis sur la terre comme gérant, c’est-à-dire qu’il doit posséder comme s’il ne possédait rien. Cela engendre une attitude de grande liberté intérieure. C’est l’homme qui est la mesure de l’utilisation des biens et la finalité en est le bonheur de l’humanité. L’Eglise rappelle toujours cette question de solidarité.

Jésus lui-même réapprend à utiliser les biens en fonction du bonheur de l’humanité. Il y a un devoir de solidarité de ceux qui ont, face à ceux qui n’ont rien (cf. le Tsunami) Naturellement on se sent responsable les uns des autres. C’est à moi mais c’est pour tous au contraire du marxisme qui détermine que « c’est à tous et c’est pour tous ! », et provoque alors des divisions entre les hommes, même si cela a été fondé sur une réalité.

Dans l’Ancien Testament existait déjà cette dimension communautaire. La richesse était perçue comme signe de bénédiction (cf. Abraham, le roi David, Salomon…) et la description de Terre Promise ne tarit pas d’abondance de richesse en tout genre. Pour Israël, être béni de Dieu c’est être comblé de richesse car pour le peuple hébreu il n’y a pas d’au-delà ; les âmes vont dans le shéol qui est le lieu des morts et la bénédiction de Dieu est donc pour cette terre. Jésus va donner une autre dimension à l’argent : comme aspect de signe du royaume qui vient. La pauvreté est le signe du royaume qui vient :

Mon Royaume n’est pas de ce monde"


Les choses de ce monde ne peuvent pas nous combler. Pour le Seigneur, l’affirmation de la pauvreté est le signe d’un appel à vivre pour l’éternité avec Dieu. On ne vit pas pour soi-même ! L’homme prend alors conscience qu’il est dépendant. C’est dans la relation qu’est le bonheur et non dans l’indépendance (cf. autonome signifie « se donner à soi-même sa propre loi ») car alors cela conduirait tôt ou tard à la négation de l’homme : les individualités s’affrontent. La vraie richesse (Actes 20, 35) est celle que l’on donne et non celle que l’on reçoit. C’est un appel à vivre, abandonné à la divine Providence.

Le pauvre n’est pas celui qui n’a pas mais celui qui ne peut pas, celui qui vit d’une impossibilité. La pauvreté est le lieu de l’abandon ; Jésus ne fait pas seulement une question monétaire de l’argent, Il invite à une conversion dans le sens d’un enracinement dans une vie de prière, une dépendance face au Seigneur.

Sans Toi, je ne peux rien faire !

Dans le concret dès qu’il est question d’argent il y a souvent un malaise : un grand fossé entre le « moi » idéal et le « moi » concret. Il y a toujours un fossé entre le cliché et la réalité et ce problème existe aussi du point de vue religieux. Le passé peut re-surgir avec un certain mépris des richesses (au moins dans le discours) à cause de la culture. Il faudrait faire une théologie des biens comme celle qui a été faite pour le corps. Pour ne pas que l’argent demeure un tabou, il faut mettre à l’honneur les biens et l’expérience que l’on peut en faire.

Quel est notre rapport à l’argent ? L’argent est-il dans sa finalité ? Le fait de posséder est une expérience fondamentale de l’homme qui le construit, qui l’aide à être plus… C’est une bonne expérience. (cf. Genèse 12 : Abraham qui doit tout quitter, parenté, culture… mais avec tout ce qu’il possède et en Genèse XIII : il revient d’Egypte comblé de biens). Mais cette richesse n’est pas sans conséquences : en l’occurrence éclate une dispute entre les bergers de Lot et ceux d’Abraham. Ce dernier prend une décision importante pour éviter la dispute. Nous voyons alors deux attitudes différentes :

  • celle d’Abraham qui a tout quitté et pour qui n’importe que le fait de chercher son Dieu et de le servir (intériorité)
  • tandis que Lot est mené par son profit : il arrive à Sodome soumis à une loi qui va en tout contre lui et il n’est plus capable d’utiliser sa liberté. Moins on exerce la liberté et moins on la possède. Ce passage de l’Ecriture nous montre ce à quoi nous sommes appelés :

Comment continuer à être nous-mêmes et libre ?

Regardons les dix commandements : dans leur majorité ils concernent des actes sauf les derniers qui portent sur la convoitise ; les premiers engagent à faire des actes qui donnent la vie et non la mort mais les derniers regardent le désir.

Les biens sont faits pour communiquer !

Ils sont faits pour donner la vie à condition de ne pas asservir son cœur. C’est l’enseignement de Jésus. (cf. « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon »)

Revenons à la question de l’idolâtrie : l’idole surgit quand l’homme ne se donne ni interdits ni limites : quand on veut tout, tout de suite, et à soi. L’idole est une force qui nous renvoie à notre avidité : on ne supporte pas la distance, la différence, les limites ; il faut que ce soit tout de suite à portée de main.
Dans notre vie et notre société, il est souvent difficile de résister à l’idolâtrie car nous sommes dans l’immédiat et la consommation.
Citons Blaise PASCAL et sa distinction entre les trois ordres : matériel, intellectuel, et spirituel. Il montre qu’il n’y a pas vraiment de communication dans l’ordre matériel : on peut être riche sans toucher à l’intellectuel et on peut être pauvre de même. Dans cet ordre, si l’on s’enrichit, alors on appauvrit les autres.
Dans l’ordre intellectuel, si on enseigne, on s’enrichit : la communication est plus grande mais on peut aussi appauvrir les autres
Alors que dans l’ordre spirituel, les biens spirituels sont toujours transmissibles et communicables ; ce qui vient du Seigneur ne divise pas mais unit toujours.
Dans ces trois ordres il faut agir de façon différente pour se guérir de la convoitise et des tentations du « tout, tout de suite ».

  • Première tentation : se laisser définir par ce que l’on a, s’identifier à ce que l’on a et à ce que l’on fait. Pourquoi l’argent est-il appelé « dieu » par Jésus ? Parce que Dieu est le maître de l’impossible et l’argent donne l’impression de pouvoir tout avoir (sauf le plus important).
    On peut gagner beaucoup de choses avec l’argent… mais le cœur ?
  • Deuxième tentation : la vanité, le visible en tant qu’apparence, image de soi que l’on donne, que l’autre voit… (cf. Pierre et ses appels à l’intériorité dans ses lettres)
  • Troisième tentation : « la fièvre acheteuse » autrement dit le test des grands magasins qui nous montre les choses par lesquelles nous sommes spontanément attirés : ce besoin impérieux d’acheter.
    Dans l’acte d’acheter il y a une impression d’être et c’est bien alors d’y mettre un peu de raison sinon cela peut devenir pathologique. On exerce là encore une toute puissance.
  • Quatrième tentation : se laisser prendre au « jeu du cadeau ». Le cadeau est un langage de l’amour mais on peut voir dans le cadeau surtout le bien au détriment de ce qu’il signifie ! Le cadeau doit traduire en vérité l’amour et ne pas être un mensonge. Le cadeau doit être proportionné.
  • Cinquième tentation : la comparaison. Cette tendance fait naître des désirs et si on n’a pas, on n’existe pas ; comme si je devais recevoir mon existence de l’extérieur (cf. phénomène des marques)

Comment choisir la liberté intérieure ?

Comment apprendre à utiliser les biens pour communiquer, donner la vie aux autres ? (cf. la parabole du gérant malhonnête qui, pour une fois, se sert des biens pour entrer en relation avec les autres en Luc 16, 1-8)

Les remèdes que Jésus donne :

Il nous montre la nécessité de remettre les biens dans leur finalité, « se faire des amis dans les tentes éternelles… »

Le premier principe est le partage et il faut savoir en parler car c’est un thème souvent tabou. Il ne faut pas non plus calculer les conséquences de ses actes Il y a un temps pour tout : et pour économiser et pour dépenser ! C’est une question de prudence (mettre un peu de raison et de liberté dans ses choix) Le partage (ou l’aumône) c’est savoir donner ce que l’on a décidé dans son cœur. (Cf. 2 Corinthiens) : dans les années 50 après JC il y eut une grande famine et les apôtres organisent une collecte pour une œuvre de communion et chacun donne ce qu’il a décidé dans son cœur. A travers le don matérialisé, on marque son appartenance et Jésus, dans ce don, rajoute une petite chose. (cf. l’obole de la veuve) : apprendre à donner de notre nécessaire et non pas seulement du superflu ; c’est un des meilleurs antidotes contre « Mammon » et donc contre l’idolâtrie et l’envie. C’est une pratique nécessaire ! (cf. Malachie) Au Seigneur, on apporte les plus belles brebis : il faut savoir donner le meilleur de soi ; c’est l’objet de notre éducation et de celle que nous voulons transmettre.

Quand on donne, on se donne
Comme Dieu dans l’Eucharistie !

Et pour donner quelque chose, il faut connaître la personne. De quoi a-t-il besoin vraiment ? (cf. Philippiens 2)
Quand on donne est-ce que cela se fait sans retenue, sans peur ? (cf. Abraham qui choisit la liberté et l’intériorité)
Cela nous engage à une éducation à l’intériorité : vivre comme sujet libre, confiant et aimant.
Savoir s’offrir, se donner.

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