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Evangile et exercice de l’autorité

Compte-rendu de la halte-spirituelle de juin 2006 par le Père Pierre-Marie

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Écrire à l'auteur Père Pierre-Marie 11 mars 2008
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Dieu a confié à l’homme toute autorité sur la Création.
Cependant celui-ci n’en est que le dépositaire et se doit de la respecter.
Comment exercer l’autorité, sur les autres mais d’abord sur nous-même, à la manière de l’Évangile ?


Écoutez la conférence audio en deux parties :




(Durée totale : 1h55 minutes)
Note : Cet article vous offre également la possibilité de télécharger le fichier mp3 de l’enseignement (sélectionner « Enregistrer la cible du lien sous… » avec le clic droit.

Texte de l’Enseignement :

Le mot « autorité » vient du latin « augere » et signifie « grandir ». Il n’y a donc pas de croissance sans autorité.
Pour nous le faire comprendre, le Père Pierre-Marie s’appuie sur la Parole de Dieu, qui nous dit quelque-chose de l’autorité, et sur le livre de Jean Vanier « La communauté, lieu du pardon et de la fête ».

Imaginerait-on une équipe de foot sans capitaine, une entreprise sans dirigeant, une classe sans professeur ?
De fait, nous avons besoin d’une autorité pour avancer. Mais attention : il ne s’agit pas d’un pouvoir permettant d’écraser les autres, des les asservir pour parvenir à ses propres fins. La véritable autorité est la manière d’exercer un certain pouvoir mais uniquement au service de la croissance. Elle donne la lumière pour avancer, au service du bien commun.

Exercer l’autorité, c’est se sentir réellement responsable des autres, de leur croissance." Jean Vanier

Toute autorité vient de Dieu

Pour l’homme de la Bible, toute autorité vient de Dieu. Dans le livre de la Genèse (1,28) Dieu confie à l’homme la garde de la Création : son autorité doit être respectueuse. Ce n’est plus le cas aujourd’hui tant notre besoin de confort prime sur tout.
La négation de Dieu par beaucoup de nos contemporains rend l’exercice de l’autorité difficile puisque chacun se pense autonome, seul décisionnaire. Nous ne nous pensons plus comme famille humaine. Cela renforce le pouvoir arbitraire (je n’ai pas de comptes à rendre) et la loi du plus fort. Or, notre autorité s’enracine dans l’autorité qui vient de Dieu. Ainsi, par exemple, nos enfants ne nous appartiennent pas (nous ne sommes que co-créateurs). Nous sommes au service de leur bien.

Saint Paul (Romains, 13, 1), lui, nous dit qu’il faut reconnaître dans l’autorité humaine et politique une manière qu’a Dieu de s’exprimer. Jésus lui-même, devant Pilate, reconnaît que l’autorité vient de Dieu : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut. » (Jean, 19, 11)
Cependant, doit-on toujours obéir à l’autorité civile ? Il existe une clause de conscience qui, dans certains cas graves où l’autorité n’est plus au service du bien commun, nous fait résister.

Toute autorité, qui vient de Dieu, doit Lui en rendre compte." Jean Vanier

Toute autorité vécue dans la lumière de l’Evangile est une œuvre d’amour.

L’autorité est un service

L’autorité du Christ est singulière car il est envoyé du Père, il remet les péchés, les éléments naturels lui obéissent (cf. la tempête apaisée), il est le maître du Sabbat… Il a donc un pouvoir spirituel. Il introduit surtout une grande nouveauté : l’autorité est un service (voir Luc 22, 25), le service du bien commun.

Ce service du bien commun implique que, parfois, je sois obligé de « sévir » si quelqu’un empêche la bonne marche vers le but (dans une famille : empêche l’amour de circuler). Il implique aussi que je sache faire taire mon orgueil qui me pousse à vouloir les autres à mon service et que je sache accepter une part de solitude face aux décisions (et que j’accepte aussi les critiques !). C’est sans doute ce qui explique qu’aujourd’hui on ait du mal à trouver des responsables. On ne peut pas faire l’économie de la « croix ».

Il est important de s’appuyer sur la prière pour ne pas se raidir face aux difficultés et rester ouverts à l’action de l’Esprit Saint.
Un travail sur soi-même est nécessaire. Exercer l’autorité permet de se découvrir. Or que découvre-t-on ? Que les freins à l’autorité sont nos complexes, notre timidité, notre peur de déplaire, notre nature colérique… C’est pourquoi, l’exercice de l’autorité est un chemin de croissance.

C’est une voie merveilleuse pour grandir" Jean Vanier

Exercer l’autorité implique de fixer des règles et de rappeler les interdits tout en acceptant la contingence c’est-à-dire les aléas et les imprévus. Heureusement, le Seigneur nous envoie sa grâce en proportion de nos difficultés, il nous accompagne.

Le principe de subsidiarité

Selon le principe de subsidiarité (qui vient de la doctrine sociale de l’Eglise), une autorité supérieure n’a pas à réaliser ce que peut faire une autorité inférieure. Ainsi, celui qui exerce l’autorité, ne peut pas tout contrôler et tout faire. Il doit permettre à d’autres de prendre leurs responsabilités (même si c’est moins bien fait !). Cela nécessite de renoncer à la perfection !

Ce principe sert trois buts :

  • permettre aux autres de grandir
  • garder un regard clair sur la finalité sans se perdre dans des détails
  • ne pas sombrer dans l’hyperactivité source de tensions et d’isolement.

La maîtrise de soi : un don de l’Esprit indispensable

Pour avoir de l’autorité sur les autres, il est indispensable d’en avoir sur soi-même. Saint Paul (Galates 5, 22-24) nous dit :

Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi…"

Ainsi donc, la maîtrise de soi est signe que nous sommes sous la mouvance de l’Esprit-Saint. Celui qui veut vivre l’autorité sur lui-même a un combat à mener contre trois obstacles principaux qui visent à la domination sur les autres :

  • L’orgueil de la chair
  • L’orgueil des richesses
  • L’orgueil de l’esprit
    Tous nos péchés tournent autour de ces trois tentations. Elles ont été celles de Jésus au désert ; les vœux religieux en sont l’antidote.

Il existe trois critères d’une bonne maîtrise de soi :

  • L’égalité d’esprit : il y a en nous beaucoup de variabilité dans nos humeurs, nos émotions or nous devons guider notre affectivité par notre intelligence. Celle-ci me permet de prendre du recul par rapport à mes émotions pour qu’elles ne me manipulent pas. En effet, parfois, nos émotions nous déconnectent du réel (attention à l’imagination si elle nous entraîne trop loin !). Est mûr celui qui adhère à la réalité, la sienne et celle des autres. Il nous faut prendre de la distance entre ce que nous ressentons et ce qui est.
  • La prudence dans les décisions : toute décision importante ne devrait être prise qu’après avoir : réfléchi c’est à dire hiérarchisé les fins et pesé le pour et le contre ; pris conseil auprès d’une personne qualifiée (cela exige discernement et humilité).

Une fois ces deux étapes franchies, il reste à agir. Certaines personnes sont velléitaires et ne passent pas à l’action. D’autres commencent à agir mais ne persévèrent pas et s’arrêtent dès qu’il y a des difficultés (pusillanimes). Ils n’ont pas assez d’amour pour le but qu’ils s’étaient fixé, ils n’ont pas suffisamment approfondi les raisons qui les poussent à agir. Il ne faut pas oublier que l’amour, qui devrait être le moteur de nos actes, n’est pas dans la sensibilité mais dans la volonté. Cette volonté d’aimer se retrouve dans la vie matrimoniale par exemple. Il est donc important d’éduquer nos enfants au courage.

  • Une bonne distance par rapport aux personnes et aux évènements.
    En hébreu, le mot « évènement » est le même que le mot « parole ». En effet, le Seigneur nous parle aussi à travers les évènements. Pour l’entendre il nous faut prendre du recul. Lorsque nous donnons trop d’importance à un évènement, lorsqu’il nous déstabilise, nous perdons ce recul nécessaire. Un évènement n’est pas toute notre vie.

Vis à vis des personnes, attention de ne pas avoir une attitude trop fusionnelle. Je reste toujours une personne à part, qui existe par elle-même et que l’autre ne doit pas prendre en charge. Un bon test est de se demander : « Suis-je capable de dire non à l’autre, de lui déplaire ? » Parfois la charité est de provoquer ou d’accepter les conflits.

Conclusion :

l’exercice de l’autorité est une chance qui nous est donnée de bonifier et de rendre service aux autres. Cependant, cessons de rêver à un chemin sans combat, sans difficultés. Vivons-les avec le Seigneur, dans la perspective du bien commun, de la croissance de l’amour.

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