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Y-a-t’il des raisons de croire ?

Par frère Christophe-Marie

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Écrire à l'auteur Frère Christophe-Marie 15 mai 2008
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Pourquoi avoir traité d’un tel sujet ?
Tout simplement parce qu’il est à la base de notre manière de penser
Suivant la manière dont on aborde le problème religieux, ou le Christ lui-même, notre vision, notre intelligence du mystère sera affecté
Cela pourra paraître rébarbatif à certains, et ça l’est !
Mais tout comme il faut faire des gammes avant de savoir jouer au piano, réfléchir à la manière de réfléchir n’est pas un luxe, surtout aujourd’hui



Introduction

Deux voies sont possibles pour trouver les raisons de notre foi : par en haut (théologie : on part du mystère, des vérités révélés et on essaye par la raison d’en rendre compte) et par en bas (la philosophie : qui part du réel et essaie de remonter autant que possible au mystère).
Il existe une opposition apparente entre foi et raison ; Avec la conception moderne de la raison, il semble impossible que la foi soit raisonnable, car elle sort des catégories de la raison vue comme logique. La foi ne résiste pas au doute.

Ce que nous allons essayer de montrer dans un premier temps, c’est que pour accéder à la foi, il faut une humanité accomplie, c’est à dire qui prenne en compte toute la réalité et n’en oublie aucun aspect.

Parcours historique de la raison moderne

Certains philosophes du passé ont marqué notre façon de penser contemporaine. C’est implicite, mais réel. Et on pense comme ils ont pensé sans s’en rendre compte. C’est pourquoi, nous allons nous intéresser à certains d’entre eux pour montrer leur façon de penser la connaissance.

  • Descartes : face à toutes les pensées il a voulu chercher une méthode certaine. Il a montré que les sens nous trompent (expérience d’un stylo dans un verre d’eau où le sens de la vue semble se tromper en voyant le stylo tordu alors qu’il ne l’est pas). Il a introduit la mise en doute systématique de toutes les connaissances qui nous semblent évidentes comme méthode de pensée. « Je pense donc je suis » : le sujet qui pense devient le lieu de la certitude.
    Kant : la raison ne peut connaître tout le réel (distinction entre phénomène et noumène) – inspiré de Newton (catégories comme grille pour lire la réalité) ; une partie du réel nous échappe. C’est mon intelligence qui dit que cette table est une table.
    Hegel : la raison épuise le réel (tout ce que l’on pense est le réel) de la dialectique de la pensée à la dialectique du réel. Le réel est donc contradictoire. Cela ne veut pas dire que je sais tout, mais que ce que je connais, c’est la réalité, ou plutôt ce que je pense être la réalité. Il faut savoir qu’Hegel est parti du mystère de l’incarnation pour faire sa philosophie. Mais il a voulu tout systématiser, ce qui fait un système clos ou il n’y a plus de place pour le mystère lui-même.
    Sartre, Hobbes : Prima de l’existence – l’homme est liberté – l’homme donne sens à ses propres actes.
    Nietzsche : destruction de la pensée ; la pensée de Nietzsche, avec sa discontinuité, voire sa dynamique ambivalente ou contradictoire qui n’obéit pas à la régulation de la raison, est en rupture profonde avec toute la tradition dialectique, systématique et déductive qui caractérise la pensée occidentale depuis Platon. La pensée relativiste où le sujet est proclamé Dieu. Prima du sujet – chacun sa vérité – on passe du débat métaphysique à un débat éthique. Des libertés qui s’affrontent sans se comprendre

    Là où l’objet prédominait, on arrive à un sujet pensant omniprésent. C’est pour cela que je parle de passage d’un problème philosophique à un problème éthique ; puisque la philosophie traite des universaux, elle ne peut résoudre le problème d’une multitude de particuliers. C’est donc tout ceux qui pensent, tous les hommes qui émettent des idées qui sont acteurs dans notre monde et au lieu de philosopher, résolvent des problèmes éthiques, c’est à dire de comportement.

    Il faut pour cela revenir aux fondamentaux, c’est à dire réfléchir à un point de départ de penser qui rende compte et de l’objet et du sujet.

Point de départ philosophique

Il faut trouver un point de départ qui soit sans a-priori. Il existe cinq points de départ à une pensée : expérience extérieure, l’intuition, la conscience, les autres, l’expérience intérieur de l’âme. Or seule l’expérience extérieure est antérieure à toutes les autres. Il existe une vrai connaissance sensible qui ne nous trompe pas et c’est sur cette connaissance de la réalité qui nous entoure que nous nous construisons intérieurement. À travers des expériences. (exemple : la couleur est le sensible propre de l’oeil, c’est à dire qu’aucun autre sens ne peut le connaître. Il existe des sensibles propres pour chaque sens ; ce qui veut dire qu’il existe bien une connaissance sensible certaine).

Prima de l’objet

L’objet est ce qui est premier, ce qui s’impose à moi. On peut distinguer différents types d’objets (objet formel (mathématique), objet matériel (table), question fondamentale…) ; il y a deux manières d’aborder un objet : soit c’est l’objet qui dicte la méthode, soit c’est ma pensée qui mesure l’objet. Les conclusions ne seront pas les mêmes. On a vu que l’objet doit être premier par rapport à ma pensée sans quoi par ma pensée je fais en sorte que l’objet ne m’apprenne plus rien puisque je plaque sur lui, ce que pense déjà. Conséquence : on pense la personne de telle manière et donc certains individus (handicapé, embryon) ne rentrent plus dans la définition de personne et ne sont donc plus des personnes. On peut donc faire ce que l’on veut d’elles.

Quand l’objet est cette question « quel est le sens de ma vie » ; objet = moi-même ; quels critères pour aborder un tel objet qui est moi-même dans une recherche de vérité, de sens ? Exigences fondamentales (lié à ma nature humaine : ce qui est objectif en moi, ce qui fait que l’on est un homme/femme, que l’on reçoit) ; exigence de justice, bonté, bonheur, vie, amour, vérité, beauté. Ces exigences resteront un critère pour toutes les questions fondamentale de notre existence.
Ascèse pour revenir aux exigences premières et non se limiter aux avis des autres (aliénation ou liberté).

La rationalité

Mise en valeur du sujet ; la raison comme faculté, puissance pour appréhender la réalité dans toutes ses manifestations.
Quelle attitude est raisonnable ? Attitude répondant à des raisons adaptées.
Problème : limitation de la raison au démontrable
Diversité des procédés de connaissance ; l’objet dicte la méthode ; à objet mathématique, on suit une méthode mathématique, à objet expérimental, on suit une méthode expérimentale, à objet « sujet humain » il faut prendre une méthode humaine (qui tient compte de toutes les facultés de l’homme : intelligence, volonté, sensibilité).
Chemin vers une certitude : une méthode bien employée conduit à une certitude (de type et d’importance différents ; une démonstration mathématique conduit à une certitude mathématique mais qui a peu d’importance par rapport à ma vie concrète ; or un engagement de vie va conduire à une autre certitude vis à vis de quelqu’un ou quelque chose qui aura une réelle importance ; mais il faut respecter les étapes de la « démonstration » sans oublier aucun élément et en ayant une méthode adaptée sans quoi on arrive à des conclusions erronées). Une certitude morale contient en elle-même sa propre démonstration quand elle est l’unique lecture raisonnable d’un ensemble d’indices. Exemple : une certitude morale vis à vis de ma mère qui j’en suis sûr ne me servira pas une soupe empoisonnée.
Importance de l’attention (attention au réel, on ne peut arriver à cette certitude morale que en étant attentif à tous les aspects du réel qui nous entourent), des signes (être attentif aux signes, savoir lire dans les signes ce qu’ils signifient) et cela suppose un degrés d’humanité : « plus on est véritablement homme, plus on est porté à la confiance parce qu’on saisit les bons motifs pour croire en l’autre ».
La confiance est nécessaire pour vivre, sans elle, l’homme serait soumis à refaire toutes les expériences depuis de début. On peut arriver à une certitude vis à vis de quelqu’un par la méthode de l’amitié, par l’attention aux signes que cette personne manifeste. On ne peut arriver à un jugement qu’au terme d’une certaine vie en commun. Comme la solution à un problème de math est au terme d’une démonstration mathématique, de même la solution à un problème existentiel est au terme d’une « démonstration humaine ».

Incidence de la volonté sur le dynamisme de la connaissance.

Un mal de dent, une mauvaise nouvelle… affectent notre manière de penser. C’est donc que le sentiment à une part intégrante à notre raison.
Tout ce qui parvient à la connaissance produit un sentiment.
La raison n’agit pas seule, mais avec le sentiment.
Raison sans sentiment se veut plus objective ? Vrai pour les mathématiques et encore. Plus un objet nous intéresse plus il provoque un sentiment et plus il perturberait le mécanisme de connaissance. « L’amour rend aveugle » : absurde car plus la nature me porte à aimer, plus elle m’en empêche. Or même dans les mathématiques, c’est le sentiment de sympathie que j’ai pour les maths qui me fait mieux raisonner.
Il ne faut négliger aucun aspect. Ce serait une erreur de supprimer le facteur sentiment sous peine qu’il pourrait être source d’erreur. Il faut prendre tous les aspects : sentiments, la raison, l’objet ; l’homme dans son unité qui agit. Sentiment comparable à une longue vue qu’il faut ajuster. Trouver juste place = attention à l’objet : désir de connaissance. Plus la valeur est vitale, plus la nature donne l’intelligence pour la connaître et la juger – c’est pourquoi nous avons tous un avis sur les questions importantes.
Le préjugé : Aimer la vérité de l’objet plus que les opinions déjà formées sur lui.
Quelle liberté face à la question de Dieu alors que nous sommes saturés d’idée sur la question ? Tous le monde semble avoir des idées sur Dieu car c’est un problème vital, mais personne ne s’interroge à savoir s’il a pris les bon moyens pour arriver à un jugement plus juste. Comme on l’a vu, dans la question du sens de la vie, c’est toute la personne humaine qui s’engage, et plus précisément, moi dans ma totalité qui m’engage. Sans engagement je ne peux arriver à aucune conclusion viable, objective car j’aurais laissé des données, des hypothèses sur le côté de la route.

Évacuation de la question

Négation théorique : ces questions sont vides de sens.
Substitution volontariste des questions : on remplace l’énergie de ces questions par un engagement politique, personnel. Affairisme.
Négation pratique : question présente, mais on vit de telle manière que ces questions ne surgissent pas.
Évasion esthétique : jugement sans engagement.
Négation désespérée : la difficulté des réponses fait dire « c’est impossible »
L’aliénation : le progrès, paradis terrestre… au détriment de l’engagement personnel.

Objection classique

Face à la révélation (c’est à dire le mystère de Dieu qui se fait homme), on répond : « c’est une invention de l’homme pour maintenir l’homme dans une crainte » ; or cette objection est une hypothèse qui ne respecte pas l’objet. Face à un tel mystère, d’une telle importance, on ne peut évacuer la question par « c’est une invention » ; pour la simple raison que cette hypothèse élimine la possibilité que cela soit vrai. Et c’est tout sauf objectif, c’est tout sauf respecter la méthode que nous avons posée.
Alors qu’en prenant comme hypothèse « Dieu s’est fait homme », il y a la possibilité de montrer au terme du parcours la possibilité que cela soit vrai ou faux. Il faut respecter l’objet, c’est à dire l’hypothèse de départ dans tout ce qu’elle est. C’est ainsi que l’on pose le « problème » Jésus-Christ.
Quelle est la méthode pour arriver à un conclusion certaine vis à vis de Jésus-Christ ? Trois étapes : s’intéresser à l’objet (que dit Jésus de lui-même) ; s’interroger sur la méthode adaptée et sur le type d’engagement.
A suivre…

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