(5) Ce qui nous aide à grandir dans l’espérance

Enseignement de la halte spirituelle pour femmes du mois de février 2018 (Ourscamp) - Père Éric

Dans cette partie, nous aborderons tout ce qui peut nous faire grandir dans l’espérance
Rappelons tout d’abord l’Acte d’espérance :

Mon Dieu, j’espère avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous l’avez promis et que vous tenez toujours vos promesses.

Télécharger la conférence : Les aides à l’espérance (5) - HSF Ourscamp février 2018 - Père Éric
Père Éric

La dernière fois, nous avons parlé des ennemis de l’espérance. Je vous avais laissé sur une note positive en redisant que l’espérance est avant tout un don de Dieu, un don de l’Esprit Saint.

C’est ce que dit saint Paul aux Romains : « Que le Dieu de l’Espérance vous donne en plénitude, à vous qui croyez, la joie et la paix, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint. » (Rm 15, 13). »
Il nous faut donc d’abord demander à l’Esprit Saint de nous renouveler dans l’espérance.

L’espérance n’est pas non plus quelque chose d’automatique. De notre côté, elle suppose de travailler sur certaines attitudes fondamentales : foi, prière, humilité, pauvreté, … L’espérance suppose de se mettre en route et de ne pas rester purement passif.

Aujourd’hui je m’arrêterai sur quelques points fondamentaux :
1- La prière
C’est avant tout dans la prière que l’espérance s’approfondit et se fortifie.
2- La pauvreté
L’espérance consiste à recevoir quelque chose de Dieu : sa grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre. Encore faut-il y voir un besoin. Sur ce thème, le pape François a des paroles-choc : « L’espérance n’est pas une vertu pour des gens qui ont l’estomac plein. » (PF, Catéchèse du 27 septembre 2017)
3- L’humilité
L’humilité est assez proche de la pauvreté. Elle est en quelque sorte un pas supplémentaire : on accepte de se laisser aider. Dieu peut aussi passer par des intermédiaires très concrets qu’il ne nous faut pas repousser.
4- L’action
Nous parlerons aussi de l’action dans le sens où une espérance où l’on resterait les bras croisés ne serait pas une véritable espérance. Dieu nous appelle à agir.

A- Prière pour grandir dans l’espérance

Dans la prière, l’espérance s’approfondit et se fortifie (Père Jacques PHILIPPE)
Prier est un acte d’espérance : c’est reconnaître que nous avons besoin de Dieu, que nous ne pouvons pas nous en sortir tout seuls face aux défis de la vie, que nous comptons sur Dieu plus que sur nos ressources et talents propres, et attendons de lui avec confiance ce qui nous est nécessaire. Dans la prière, l’espérance s’exprime, et donc s’approfondit et se fortifie.
L’acte d’espérance consiste foncièrement dans l’attitude suivante : je me reconnais petit et pauvre devant Dieu, mais j’attends tout de lui avec une pleine confiance. Ma pauvreté n’est alors plus un problème, mais une chance.

De quelle manière ?
Benoît XVI nous répond dans son encyclique "Spe Salvi" (§ 32-34).
La prière comme « lieu » d’apprentissage et d’exercice de l’espérance

1- Celui qui prie n’est jamais totalement seul

« Si personne ne m’écoute plus, Dieu m’écoute encore. Si je ne peux plus parler avec personne, si je ne peux plus invoquer personne – je peux toujours parler à Dieu. S’il n’y a plus personne qui peut m’aider – là où il s’agit d’une nécessité ou d’une attente qui dépasse la capacité humaine d’espérer, Lui peut m’aider. (Cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2657)

Si je suis relégué dans une extrême solitude… celui qui prie n’est jamais totalement seul. De ses treize années de prison, dont neuf en isolement, l’inoubliable Cardinal Nguyên Van Thuan nous a laissé un précieux petit livre : "Prières d’espérance". Durant treize années de prison, dans une situation de désespoir apparemment total, l’écoute de Dieu, le fait de pouvoir lui parler, devint pour lui une force croissante d’espérance qui, après sa libération, lui a permis de devenir pour les hommes, dans le monde entier, un témoin de l’espérance – de la grande espérance qui ne passe pas, même dans les nuits de la solitude. » (SS n°32)

2- Faire mémoire des bienfaits de Dieu

« Notre Psaume fait à présent référence à ce chemin, en rappelant par une phrase très brève le long pèlerinage d’Israël vers la terre promise : « Il mena son peuple au désert, car éternel est son amour ! » (v. 16). Ces quelques mots contiennent une expérience de quarante ans, un temps décisif pour Israël qui, se laissant guider par le Seigneur, apprend à vivre de la foi, dans l’obéissance et dans la docilité à la loi de Dieu. Ce sont des années difficiles, marquées par la dureté de la vie dans le désert, mais aussi des années heureuses, de confiance dans le Seigneur, de confiance filiale ; c’est le temps de la « jeunesse » comme le définit le prophète Jérémie en parlant à Israël, au nom du Seigneur, avec des expressions pleines de tendresse et de nostalgie : « Je me rappelle l’affection de ta jeunesse, l’amour de tes fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert, dans une terre qui n’est pas ensemencée » (Jr 2, 2). Le Seigneur, comme le pasteur du Psaume 23 que nous avons contemplé dans une catéchèse, a guidé son peuple pendant quarante ans, l’a éduqué et aimé, le conduisant jusqu’à la terre promise, vainquant également les résistances et l’hostilité de peuples ennemis qui voulaient faire obstacle à son chemin de salut (cf. vv. 17-20). » (Benoît XVI Commentaire du ‘Grand Hallel’ - Psaume 136 (135) – 19 octobre 2011)

« Il se souvint de nous dans notre abaissement, car éternel est son amour ! Il nous sauva de la main des oppresseurs, car éternel est son amour ! » (vv. 23-24).
« Nous devons être attentifs à la structure fondamentale de cette prière. La structure fondamentale est qu’Israël se rappelle de la bonté du Seigneur. Dans cette histoire, il y a beaucoup de vallées obscures, il y a beaucoup de moments marqués par la difficulté et la mort, mais Israël se rappelle que Dieu était bon et qu’il peut survivre dans cette vallée obscure, dans cette vallée de la mort, parce qu’il se souvient. Il garde en mémoire la bonté du Seigneur, de sa puissance ; sa miséricorde vaut pour l’éternité. Et cela est important pour nous aussi : garder en mémoire la bonté du Seigneur. La mémoire devient force de l’espérance. La mémoire nous dit : Dieu existe, Dieu est bon, éternelle est sa miséricorde. Et ainsi, la mémoire ouvre, même dans l’obscurité d’un jour, d’un temps, la route vers l’avenir : elle est lumière et étoile qui nous guide. Nous avons nous aussi une mémoire du bien, de l’amour miséricordieux, éternel de Dieu. L’histoire d’Israël appartient déjà à notre mémoire aussi, la mémoire de la façon dont Dieu s’est montré, a créé son peuple. Puis Dieu s’est fait homme, l’un d’entre nous : il a vécu avec nous, il a souffert avec nous, il est mort pour nous. Il reste avec nous dans le Sacrement et dans la Parole. C’est une histoire, une mémoire de la bonté de Dieu qui nous assure sa bonté : son amour est éternel. Et puis aussi en ces deux mille ans de l’histoire de l’Eglise, il y a toujours, à nouveau, la bonté du Seigneur. » (Benoît XVI Commentaire du ‘Grand Hallel’ - Psaume 136 (135) – 19 octobre 2011)

3- La prière élargit le cœur à Dieu

« De façon très belle, Augustin a illustré la relation profonde entre prière et espérance dans une homélie sur la Première lettre de Jean. Il définit la prière comme un exercice du désir. L’homme a été créé pour une grande réalité – pour Dieu lui-même, pour être rempli de Lui. Mais son cœur est trop étroit pour la grande réalité qui lui est assignée. Il doit être élargi. "C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir ; en faisant désirer, il élargit l’âme ; en l’élargissant, il augmente sa capacité de recevoir." Augustin renvoie à saint Paul qui dit lui-même qu’il vit tendu vers les choses qui doivent venir (cf. Ph 3, 13). Puis il utilise une très belle image pour décrire ce processus d’élargissement et de préparation du cœur humain. "Suppose que Dieu veut te remplir de miel [symbole de la tendresse de Dieu et de sa bonté] : si tu es rempli de vinaigre, où mettras-tu ce miel ?" Le vase, c’est-à-dire le cœur, doit d’abord être élargi et ensuite nettoyé : libéré du vinaigre et de sa saveur. Cela requiert de l’effort, coûte de la souffrance, mais c’est seulement ainsi que se réalise l’adaptation à ce à quoi nous sommes destinés. (Cf. In 1 Joannis 4, 6 : PL 35, 2008s : SCh 75, Paris , 1961, pp. 231-233 ) » (SS n°33)

4- La prière élargit le coeur aux autres

« Même si Augustin ne parle directement que de la réceptivité pour Dieu, il semble toutefois clair que dans cet effort, par lequel il se libère du vinaigre et de la saveur du vinaigre, l’homme ne devient pas libre seulement pour Dieu, mais il s’ouvre aussi aux autres. En effet, c’est uniquement en devenant fils de Dieu, que nous pouvons être avec notre Père commun. Prier ne signifie pas sortir de l’histoire et se retirer dans l’espace privé de son propre bonheur. La façon juste de prier est un processus de purification intérieure qui nous rend capables de Dieu et de la sorte capables aussi des hommes. » (SS n°33)

5- La prière comme lieu de purification

« Dans la prière, l’homme doit apprendre ce qu’il peut vraiment demander à Dieu – ce qui est aussi digne de Dieu. Il doit apprendre qu’on ne peut pas prier contre autrui. Il doit apprendre qu’on ne peut pas demander des choses superficielles et commodes que l’on désire dans l’instant – la fausse petite espérance qui le conduit loin de Dieu. Il doit purifier ses désirs et ses espérances. Il doit se libérer des mensonges secrets par lesquels il se trompe lui-même : Dieu les scrute, et la confrontation avec Dieu oblige l’homme à les reconnaître lui aussi. "Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m’échappent.", prie le Psalmiste (18 [19], 13). La non-reconnaissance de la faute, l’illusion d’innocence ne me justifient pas et ne me sauvent pas, parce que l’engourdissement de la conscience, l’incapacité de reconnaître le mal comme tel en moi, telle est ma faute. S’il n’y a pas de Dieu, je dois peut-être me réfugier dans de tels mensonges, parce qu’il n’y a personne qui puisse me pardonner, personne qui soit la mesure véritable.
Au contraire, la rencontre avec Dieu réveille ma conscience parce qu’elle ne me fournit plus d’auto-justification, qu’elle n’est plus une influence de moi-même et de mes contemporains qui me conditionnent, mais qu’elle devient capacité d’écoute du Bien lui-même. » (SS n°33)

6- La prière à la fois personnelle et nourrie de la prière de l’Eglise

« Afin que la prière développe cette force purificatrice, elle doit, d’une part, être très personnelle, une confrontation de mon moi avec Dieu, avec le Dieu vivant. D’autre part, cependant, elle doit toujours être à nouveau guidée et éclairée par les grandes prières de l’Église et des saints, par la prière liturgique, dans laquelle le Seigneur nous enseigne continuellement à prier de façon juste.

Dans son livre d’Exercices spirituels, le Cardinal Nguyên Van Thuan a raconté comment dans sa vie il y avait eu de longues périodes d’incapacité de prier et comment il s’était accroché aux paroles de la prière de l’Église : au Notre Père, à l’Ave Maria et aux prières de la liturgie. (Cf. Témoins de l’espérance, Montrouge, Nouvelle Cité - 2000, pp. 157-159)

Dans la prière, il doit toujours y avoir une association entre prière publique et prière personnelle. Ainsi nous pouvons parler à Dieu, ainsi Dieu nous parle. De cette façon se réalisent en nous les purifications grâce auxquelles nous devenons capables de Dieu et aptes au service des hommes. Ainsi, nous devenons capables de la grande espérance et nous devenons ministres de l’espérance pour les autres : l’espérance dans le sens chrétien est toujours aussi espérance pour les autres. Et elle est une espérance active, par laquelle nous luttons pour que les choses n’aillent pas vers "une issue perverse". Elle est aussi une espérance active dans le sens que nous maintenons le monde ouvert à Dieu. C’est seulement dans cette perspective qu’elle demeure également une espérance véritablement humaine. » (SS n°34)

7- La prière inspirée par l’Esprit Saint : la Parole de Dieu

« Pour apprendre à vivre encore plus intensément la relation personnelle avec Dieu, nous avons appris à invoquer l’Esprit Saint, premier don du Ressuscité aux croyants, car c’est Lui qui « vient au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut » (Rm 8, 26) dit saint Paul, et nous savons qu’il a raison.
(…) Comment puis-je me laisser former par l’Esprit Saint et devenir ainsi capable d’entrer dans l’atmosphère de Dieu, de prier avec Dieu ? Quelle est cette école à travers laquelle Il m’enseigne à prier, Il m’aide dans mes difficultés à m’adresser de façon correcte à Dieu ? La première école de la prière — nous l’avons vu au cours de ces semaines — est la Parole de Dieu, l’Écriture Sainte. L’Écriture Sainte est un dialogue permanent entre Dieu et l’homme, un dialogue progressif dans lequel Dieu se révèle toujours plus proche, dans lequel nous pouvons connaître toujours mieux son visage, sa voix, son être ; et l’homme apprend à accepter de connaître Dieu, à parler avec Dieu. Donc, au cours de ces semaines, en lisant l’Écriture Sainte, nous avons tenté, à partir de l’Écriture, de ce dialogue permanent, d’apprendre comment nous pouvons entrer en contact avec Dieu. » (Benoît XVI, audience du 26 septembre 2012)

Dans la Bible, nous voyons un certain nombre de personnages s’adresser à Dieu dans l’espérance :
La femme hémorroïsse et Jaïre (Mt 9, 18ss ; Mc 5, 21ss ; Lc 8, 40ss) : Jaïre, le chef de la synagogue, personnage important qui tombe pourtant aux pieds de Jésus, le suppliant de venir au secours de sa fille de 12 ans en train de mourir, et d’autre part, une femme humble atteinte depuis 12 ans de pertes de sang qu’aucun médecin n’a pu soigner.
Le grand prophète Elie qui fuit devant la reine Jézabel.

8- La prière inspirée par l’Esprit Saint : les Psaumes

Nous avons déjà vu plus haut dans le Psaume 136 (135) appelé ‘Grand Hallel’ (cf. Benoît XVI 19 octobre 2011) combien la mémoire des bienfaits de Dieu était importante. Mais il y a aussi de nombreux psaumes d’espérance.
A travers les psaumes, Dieu nous donne des mots pour nous exprimer dans les diverses situations que nous pouvons vivre.

« Les Psaumes enseignent à prier. (…) Les Psaumes sont donnés au croyant précisément comme texte de prière, qui a pour unique but de devenir la prière de celui qui les assume et avec eux s’adresse à Dieu. Etant donné qu’ils sont la Parole de Dieu, celui qui prie les Psaumes parle à Dieu avec les paroles mêmes que Dieu nous a données, il s’adresse à Lui avec les paroles que Lui-même nous donne. Ainsi, en priant les Psaumes on apprend à prier. Ils sont une école de la prière.

Il advient quelque chose d’analogue lorsque l’enfant commence à parler, c’est-à-dire qu’il apprend à exprimer ses sensations, ses émotions, ses besoins avec des mots qui ne lui appartiennent pas de façon innée, mais qu’il apprend de ses parents et de ceux qui vivent autour de lui. Ce que l’enfant veut exprimer est son propre vécu, mais le moyen d’expression appartient à d’autres ; et lui peu à peu s’en approprie ; les mots reçus des parents deviennent ses mots et à travers ces mots il apprend aussi une manière de penser et de sentir (…). La langue de ses parents est enfin devenue sa langue, il parle avec les mots reçus des autres qui sont désormais devenus ses mots.

Ainsi en est-il avec la prière des Psaumes. Ils nous sont donnés pour que nous apprenions à nous adresser à Dieu, à communiquer avec Lui, à lui parler de nous avec ses mots, à trouver un langage pour la rencontre avec Dieu. Et à travers ces mots, il sera possible aussi de connaître et d’accueillir les critères de son action, de s’approcher du mystère de ses pensées et de ses voies (cf. Is 55, 8-9), afin de grandir toujours davantage dans la foi et dans l’amour. Comme nos mots ne sont pas seulement des mots, mais qu’ils nous enseignent un monde réel et conceptuel, de même ces prières aussi nous enseignent le cœur de Dieu, si bien que non seulement nous pouvons parler de Dieu, mais nous pouvons apprendre qui est Dieu et, en apprenant comment parler avec Lui, nous apprenons à être homme, à être nous-mêmes. » (Benoît XVI, catéchèse du 22 juin 2011)

Dans le Seigneur Jésus, qui pendant sa vie terrestre a prié avec les Psaumes, ils trouvent leur accomplissement définitif et ils révèlent leur sens le plus plein et le plus profond. Les prières du Psautier, avec lesquelles on parle à Dieu, nous parlent du Christ.

Psaumes :

• 21 Pourquoi m’as-tu abandonné ?
• 30 En tes mains je remets mon esprit.
• 38 Ne reste pas sourd à mes pleurs.
• 41 Pourquoi te désoler, ô mon âme ?
• 76 Dieu oublierait-il d’avoir pitié ?
• 87 Dans cette nuit où je crie.
• 90 Je suis avec lui dans son épreuve.
• 129 Des profondeurs je crie vers toi.
• 141 Personne qui pense à moi.

Psaume 129 (130)
Seigneur, écoute mon appel !
Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière !
Si tu retiens les fautes, Seigneur
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.
J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

9- La prière inspirée par l’Esprit Saint : la liturgie

« Il y a encore un autre « espace » précieux, une autre « source » précieuse pour grandir dans la prière, une source d’eau vive très étroitement liée à la précédente. Je veux parler de la liturgie, qui est un domaine privilégié dans lequel Dieu parle à chacun de nous, ici et maintenant, et attend notre réponse. (…) La liturgie est, en effet, le lieu privilégié de rencontre des chrétiens avec Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus Christ (cf. Jn 17, 3) (…)

Habituellement, nous devons d’abord penser puis ce que nous avons pensé est converti en parole. Ici en revanche, dans la liturgie, c’est l’inverse, la parole précède. Dieu nous a donné la parole et la sainte liturgie nous offre les paroles ; nous devons entrer à l’intérieur des paroles, dans leur signification, les accueillir en nous, nous mettre en harmonie avec ces paroles ; ainsi devenons-nous fils de Dieu, semblables à Dieu. (…) La liturgie est action de Dieu et de l’homme ; une prière qui jaillit de l’Esprit Saint et de nous, entièrement adressée au Père, en union avec le Fils de Dieu fait homme (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 2564). » (Benoît XVI, audience du 26 septembre 2012)

PSAUME 76 (Hb 77)
02 Vers Dieu, je crie mon appel ! Je crie vers Dieu : qu’il m’entende !
03 Au jour de la détresse, je cherche le Seigneur ; + la nuit, je tends les mains sans relâche, mon âme refuse le réconfort.
04 Je me souviens de Dieu, je me plains ;je médite et mon esprit défaille.
05 Tu refuses à mes yeux le sommeil ; je me trouble, incapable de parler.
06 Je pense aux jours d’autrefois, aux années de jadis ;
07 la nuit, je me souviens de mon chant, je médite en mon coeur, et mon esprit s’interroge.
08 Le Seigneur ne fera-t-il que rejeter, ne sera-t-il jamais plus favorable ?
09 Son amour a-t-il donc disparu ? S’est-elle éteinte, d’âge en âge, la parole ?
10 Dieu oublierait-il d’avoir pitié, dans sa colère a-t-il fermé ses entrailles ?
11 J’ai dit : « Une chose me fait mal, la droite du Très-Haut a changé. »
12 Je me souviens des exploits du Seigneur, je rappelle ta merveille de jadis ;
13 je me redis tous tes hauts faits, sur tes exploits je médite.
14 Dieu, la sainteté est ton chemin ! Quel Dieu est grand comme Dieu ?
15 Tu es le Dieu qui accomplis la merveille, qui fais connaître chez les peuples ta force :
16 tu rachetas ton peuple avec puissance, les descendants de Jacob et de Joseph.
17 Les eaux, en te voyant, Seigneur, + les eaux, en te voyant, tremblèrent, l’abîme lui-même a frémi.
18 Les nuages déversèrent leurs eaux, + les nuées donnèrent de la voix, la foudre frappait de toute part.
19 Au roulement de ta voix qui tonnait, + tes éclairs illuminèrent le monde, la terre s’agita et frémit.
20 Par la mer passait ton chemin, + tes sentiers, par les eaux profondes ; et nul n’en connaît la trace.
21 Tu as conduit comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron.

B- La pauvreté, la sobriété

A côté de l’espérance, il y a d’autres vertus sans lesquelles il est difficile de grandir dans l’espérance. Ce sont pour ainsi dire des ingrédients de l’attitude d’espérance. Je pense notamment à la pauvreté et à l’humilité, qu’on ne peut pas dissocier de la vertu d’espérance.

La pauvreté nous met dans une situation où nous avons besoin d’aide. Encore faut-il reconnaître sa pauvreté et reconnaître qu’on a besoin d’aide.
L’humilité est en quelque sorte un pas supplémentaire : non seulement on reconnaît qu’on a besoin d’aide mais on accepte de se laisser aider. Notre amour-propre en prend souvent un coup.

1- La pauvreté nous incite à recourir à Dieu

La raison en est simple : quand on a tout ce qu’il faut, on ne pense pas demander à Dieu. On se débrouille tout seul ; on ne développe pas cette relation à Dieu qu’est l’espérance.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les pays où il y a le plus d’opulence sur un plan matériel soient aussi ceux où il y a le moins d’espérance.
Voilà ce que disait le Père Lamy, notre fondateur, de la pauvreté : « Entre toutes les vertus, celle que nous devons chérir comme une sœur bien chère, c’est la vertu de pauvreté, en raison des grâces qu’elle nous vaut de la part de Dieu. Elle nous met constamment en rapport avec Dieu pour le temporel. Pour ainsi parler, elle nous unit étroitement avec Dieu : elle nous met dans la nécessité d’avoir sans cesse recours à la bonté de Dieu pour le besoin que nous en avons en raison des nécessités de la vie. (…) Sans elle, éprouverions-[nous] le besoin de crier vers Dieu nos nécessités, les nécessités du prochain, nécessités pour l’âme, nécessités pour tous les besoins de la vie. Hélas, souvent non : nous nous endormirions dans un néfaste sommeil, dans [un] repos dangereux, mais la pauvreté est là qui veille sur nous pour nous tirer de l’engourdissement mortel dans lequel nous glisserions si facilement. » (Père Lamy, écrits spirituels, n° 92)

2- La tentation de s’installer

« Depuis l’exil jusqu’au Messie, l’épreuve du petit Reste est principalement une épreuve d’espérance. Le Royaume semble reculer indéfiniment dans le temps. La tentation est celle du monde présent, de « ce siècle-ci », la tentation du monde. Le peuple de Dieu, en danger de se séculariser, prend davantage conscience de l’action de Satan, « prince de ce monde » (Jb 1-2). Cette épreuve de l’espérance est la plus intime, la plus purifiante. » (VTB épreuve 372)

« Celui qui s’enferme dans son bien-être ne connaît pas l’espérance : il espère seulement dans son bien-être et cela n’est pas l’espérance : c’est une sécurité relative ; celui qui s’enferme dans sa propre satisfaction, qui se sent toujours comme il faut, ne connaît pas l’espérance… Ceux qui espèrent sont en revanche ceux qui font chaque jour l’expérience de l’épreuve, de la précarité et de leurs propres limites. Ce sont ces frères qui nous donnent le plus beau témoignage, le plus fort, parce qu’ils demeurent fermes dans la confiance au Seigneur, en sachant que, au-delà de la tristesse, de l’oppression et du caractère inéluctable de la mort, la dernière parole sera la sienne, et ce sera une parole de miséricorde, de vie et de paix. Celui qui espère, espère entendre dire un jour ce mot : « Viens, viens à moi, mon frère ; viens, viens à moi, ma sœur, pour toute l’éternité ». » (Pape François, audience 8 février 2017)

3- « L’exemple » du jeune homme riche (Mc 10, 17-22)

Il s’en est allé les mains vides à cause de ses grands biens. Jésus pourtant ne fait que répondre à sa question : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » (v. 17). Dans l’ordre du « faire », il est invité à vendre tout ce qu’il a et à le donner aux pauvres (v. 21) ; ce qui le conduit à un « avoir » qui est loin d’être méprisable : « tu auras un trésor au ciel » (v. 21). Ce trésor, cette « seule chose qui lui manque », n’est autre que Jésus lui-même, puisque Notre-Seigneur ajoute : « Puis viens, suis-moi ». Le jeune homme était hélas trop attaché à ses richesses matérielles pour pouvoir s’en séparer et réorienter son désir sur l’essentiel.

4- La sobriété

La sobriété est une aide dans le sens où elle nous empêche d’être endormis, anesthésiés, par le confort, l’abondance, le bien-être. Le bien-être et le matérialisme n’aidaient pas à l’espérance. Inversement la sobriété librement consentie y aide.
« Dans une société souvent éprise de consommation et de plaisir, d’abondance et de luxe, d’apparence et de narcissisme, Lui [Jésus] nous appelle à un comportement sobre, c’est-à-dire simple, équilibré, cohérent, capable de saisir et de vivre l’essentiel. Dans un monde qui est trop souvent dur avec le pécheur et mou avec le péché, il faut cultiver un fort sens de la justice, de la recherche et de la mise en pratique de la volonté de Dieu. Dans une culture de l’indifférence qui finit souvent par être impitoyable, que notre style de vie soit au contraire plein de piété, d’empathie, de compassion, de miséricorde, puisées chaque jour au puits de la prière. » (Pape François, homélie du 24 décembre 2015)

« La voie pour atteindre l’ivresse spirituelle, ou la ferveur, c’est la sobriété, c’est-à-dire l’abstinence des choses de la chair, le jeûne du monde et de soi-même, la modération. Cette sobriété, c’est l’hésychia, le dépouillement, la purification, la mortification. Cela correspond au deuxième stade de la vie spirituelle qui est purgatif et qui prépare à la voie unitive. La sobriété est nécessaire pour atteindre l’ivresse de l’Esprit mais l’ivresse de l’Esprit permet de pratiquer la sobriété. » (cf. Cantalamessa P 105, Ivresse et sobriété)
Il est difficile d’arriver au ciel si on est trop attaché à la terre.

5- Espérance et pauvreté spirituelle (Jacques Philippe)

L’espérance est cette attitude de cœur qui nous fait tout attendre du don de Dieu, dans la pauvreté spirituelle acceptée et dans la confiance. Il faut réaliser le lien étroit qui existe entre la pauvreté et l’espérance. On ne peut vraiment « entrer dans l’espérance », selon l’invitation de Jean-Paul II, que si l’on est pauvre de cœur. Tant que nous avons des richesses auxquelles nous nous accrochons, des sécurités et des appuis humains dans lesquels nous mettons notre confiance, nous ne pouvons pas vraiment pratiquer l’espérance, qui consiste à ne compter que sur Dieu seul. C’est pourquoi, dans sa pédagogie, Dieu permet parfois que nous passions par des appauvrissements, la perte de certaines sécurités, voire même des chutes lamentables, pour apprendre finalement à ne compter que sur Lui et sa miséricorde. Pierre en est un bon exemple : il aura fallu son reniement lors de la Passion pour qu’il apprenne à s’appuyer non plus sur ses vertus, son propre courage, ses élans d’enthousiasme humain, mais sur le seul amour de Jésus.

Même dans le domaine spirituel, nous sommes toujours tentés par la richesse : nous voudrions être sûrs de nous-mêmes, avoir des « stocks » abondants de grâce, de vertus, de formation, de sagesse sur lesquels nous appuyer pour affronter tranquillement les difficultés de la vie. Mais, par définition même, la grâce ne se met pas en réserve ! Elle se reçoit humblement jour après jour. Elle est comme la manne qui nourrissait les hébreux dans le désert : quand on voulait en faire des provisions, elle pourrissait. Il fallait la recueillir chaque jour. Je ne dis pas qu’il ne faille pas exercer la vertu et acquérir des compétences, mais il ne faut pas s’y appuyer et en faire une sécurité. Dans le « Notre Père », quand nous confions à Dieu nos nécessités (qu’il connaît mieux que nous-mêmes !) nous ne lui demandons pas des réserves de pain : nous lui demandons le pain de chaque jour, le nécessaire pour aujourd’hui, en oubliant le passé, et sans nous inquiéter du lendemain. « A chaque jour suffit sa peine, demain s’inquiétera de lui-même » nous dit l’Évangile (Cf. Mt 6, 34).

Entrer dans l’espérance implique donc d’accepter sa faiblesse et sa pauvreté, de vivre dans une sorte de précarité permanente, sans appui humain vraiment satisfaisant ni en nous-mêmes ni en dehors de nous, et en même temps dans une confiance sans limite dans la fidélité et la bonté de Dieu. Cette attitude est en fin de compte source de beaucoup de liberté et de joie. De liberté : tant qu’on s’appuie sur des richesses propres, on sera toujours travaillé par une certaine inquiétude, la peur de perdre tel ou tel appui, la tentation de calculer et de mesurer sans cesse, et on ne sera pas vraiment libre. De joie : si on attend tout de Dieu, ce sera un bonheur que de faire l’expérience concrète de sa fidélité et de recevoir de sa main jour après jour tout ce qui est nécessaire… Joie de tout recevoir gratuitement de la main de Celui qui nous aime et que nous aimons. Le cœur se remplit ainsi de gratitude et d’amour. Thérèse de Lisieux disait : « On éprouve une si grande paix d’être absolument pauvre, de ne compter que sur le Bon Dieu » (Carnet Jaune 6.8.4).

C- Humilité

Dans la ligne de la pauvreté spirituelle dont nous venons de parler se trouve l’humilité. L’humilité est en quelque sorte un pas supplémentaire : non seulement on reconnaît qu’on a besoin d’aide mais on accepte de se laisser aider.
Juste deux précisions avant d’aborder cette question :

a- L’humilité ne consiste pas à se dévaloriser, à se rabaisser. L’humilité repose sur une certaine estime de soi. Il faut bien distinguer l’humilité de la pusillanimité. Cela se voit extrêmement clairement en Thérèse de Lisieux. Sa grande humilité ne l’empêche pas d’avoir de grands désirs.

b- Il y a beaucoup d’autres facettes de l’humilité que je ne vais pas aborder. Je m’en tiens à ce qui a une relation plus étroite avec l’espérance.

1- Reconnaître notre impuissance

Une chose est d’être impuissant ; autre chose de le reconnaître et de l’accepter.
L’humilité, c’est reconnaître notre impuissance, consentir paisiblement à nos limites et à nos fragilités. « Aimer sa petitesse et sa pauvreté », selon l’expression de Thérèse de Lisieux (Lettre 197). « Un cœur pur, un cœur nouveau, est celui qui se reconnaît impuissant par lui-même, et s’en remet entre les mains de Dieu pour continuer à espérer en ses promesses. » (Benoît XVI, 25 mars 2012)

La prière nous met inexorablement face à ce que nous sommes en vérité. Toute personne porte sa zone d’ombre, cette partie d’elle-même parfois lourde à porter, source de honte, de culpabilité, d’inquiétude : limites humaines, fragilité psychologique, blessures affectives, complicités avec le mal, impuissances, chutes de nature diverse, etc. La prière nous fait entrer de plus en plus profondément dans la lumière de Dieu et celle-ci, comme le rayon de soleil qui traverse une pièce sombre et révèle le moindre grain de poussière en suspension dans l’air, met en évidence nos imperfections et notre péché.

Notre porte de salut réside dans une double attitude : l’humilité et l’espérance. Il s’agit de consentir pleinement à ce que nous sommes, d’accepter la révélation cruelle de nos limites et de nos fautes, d’en profiter pour apprendre à mettre en Dieu seul toute notre confiance et notre espoir, et non plus dans nos qualités et nos bonnes actions.

« Tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. » (Lc 18, 14) Par ces mots, l’Évangile nous invite à reconnaître et à accepter pleinement notre misère, aussi profonde et inquiétante soit-elle, et à nous jeter dans les bras de Dieu avec une confiance aveugle dans sa miséricorde et sa puissance. Nous devons nous accepter radicalement pauvres et transformer cette pauvreté en cri, en attente, en espérance invincible. Dieu viendra alors à notre secours. « Un pauvre a crié, le Seigneur écoute, et de toutes ses angoisses il le sauve ! » (Ps 34, 7) « Il n’a point méprisé, ni dédaigné la pauvreté du pauvre, ni caché de lui sa face, mais, invoqué par lui, il écouta. » (Ps 22, 25)
« Regardez vos fautes, comme celles des autres, avec compassion plutôt qu’avec indignation, avec plus d’humilité que de sévérité. Relevez votre cœur quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n’est pas chose admirable que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. Détestez néanmoins de toutes vos forces l’offense que Dieu a reçue de vous, et avec un grand courage et confiance en sa miséricorde, remettez-vous au train de la vertu que vous aviez abandonnée. » (Saint François de Sales)

« La sainte humilité nous est incessamment prêchée par nos misères et nos fautes de chaque jour : nous sommes si faibles, si coupables, si piètres, nous ne sommes que de pauvres hommes, pleins de ténèbres et de corruption. « Servi inutiles sumus. » (Lc 17, 10) » (P. Lamy, Ecrits Spirituels pp 121-122)

2- Accepter de ne pas se sauver soi-même

C’est notre manque d’humilité qui empêche Dieu de nous combler autant qu’il le voudrait : « Dieu ne demande pas mieux que de nous remplir de lui-même et de ses grâces, mais il nous voit si pleins d’orgueil et d’estime de nous-mêmes que c’est ce qui l’empêche de se communiquer. Car si une âme n’est fondée dans la véritable humilité et mépris d’elle-même, elle est incapable de recevoir les dons de Dieu. Son amour-propre les dévorerait et Dieu est obligé de la laisser dans ses pauvretés, dans ses ténèbres et stérilités pour la tenir dans son néant, tant c’est une disposition nécessaire que cette humilité. » (Catherine de Bar, op. cit., p. 113)

« 08 C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. 09 Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. » (Éph 2)

Nous trouvons ainsi de nombreux épisodes, dans l’Ancien Testament en particulier, où Dieu aide les gens à prendre conscience que ce ne sont pas par leurs efforts qu’ils arriveront à se sauver.
Gédéon (Juges chapitre 6s)

Le curé d’Ars aimait rapporter ce trait de saint Macaire : Le Diable lui apparut un jour armé d’un fouet comme pour le battre et il lui dit :—Tout ce que tu fais, je le fais : tu jeûnes, moi je ne mange jamais ; tu veilles, moi je ne dors jamais. Il n’y a qu’une chose que tu fais et que je ne puis pas faire. —Quoi donc ? — M’humilier.

3- Accepter que les choses n’aillent pas à notre idée

Accepter que notre orgueil soit contrarié !
Dans le premier livre des martyrs d’Israël (Maccabées) nous est racontée la fin du roi Antiochus Epiphane. A un certain moment, il a un revers à la guerre. « Il prit la fuite et battit en retraite, accablé de chagrin, pour retourner à Babylone. Il était encore en Perse quand on vint lui annoncer la déroute des troupes qui avaient pénétré en Judée. » (1 M 6, 4-5) L’auteur biblique dit alors : « Quand le roi apprit ces nouvelles, il fut saisi de frayeur et profondément ébranlé. Il s’écroula sur son lit et tomba malade sous le coup du chagrin, parce que les événements n’avaient pas répondu à son attente. » (1 M 6, 8) Il finit par en mourir.

C’est un peu le même dépit que la Bible décrit chez le roi Achab lorsque Naboth refuse de lui céder sa vigne : « 04 Acab retourna chez lui sombre et irrité, parce que Naboth lui avait dit : « Je ne te céderai pas l’héritage de mes pères. » Il se coucha sur son lit, tourna son visage vers le mur, et refusa de manger. 05 Sa femme Jézabel vint lui dire : « Pourquoi es-tu de mauvaise humeur ? Pourquoi ne veux-tu pas manger ? » 06 Il répondit : « J’ai parlé à Naboth de Yizréel. Je lui ai dit : “Cède-moi ta vigne pour de l’argent, ou, si tu préfères, pour une autre vigne en échange.” Mais il a répondu : “Je ne te céderai pas ma vigne !” » 07 Alors sa femme Jézabel lui dit : « Est-ce que tu es le roi d’Israël, oui ou non ? Lève-toi, mange, et retrouve ta bonne humeur : moi, je vais te donner la vigne de Naboth. » » (1 Rois 21, 4-7) Jézabel va s’arranger pour faire mourir Naboth.

Il y a une manière d’accepter la réalité comme le roseau qui nous aide à traverser les difficultés plutôt que de se raidir. Quand on se raidit, on devient cassant comme le chêne. Il faut de la souplesse. Cf. fable du chêne et du roseau de Jean de LA FONTAINE.

Découragement dans l’éducation : notre amour-propre est souvent mortifié de ne pas être obéi, mais ce n’est pas là l’essentiel.

4- Laisser Dieu faire les choses à sa manière

C’est souvent mortifiant pour nous car nous aimons maîtriser les choses. Dieu ne répond pas à nos prières et à notre espérance comme nous l’imaginons. Cela requiert de notre part souplesse et ouverture.

La Vierge Marie « a une prédilection pour la prière humble et confiante des petits. Des prières impératives, il ne faut pas les écouter beaucoup. Elle aime la simplicité. Je reçois des lettres avec des primo, des secundo… Elle n’aime pas ces mécaniques. Pour moi, je mets tout dans le sac. Je veux dire : je ne démêle pas. Vous Lui présentez ces requêtes : c’est bien. En montant la colline [de Notre-Dame des Bois], je Lui dis : "Ma bonne Mère, je vous apporte bien des embêtements", toutes ces rêveries ! Elle est droite. Elle a le jugement sain. Il ne faut pas Lui expliquer : "Guérissez-moi tel nerf, parce que c’est tel nerf qui commande telle articulation, qui m’empêche de faire tel mouvement du pied". Tout cela, Elle le sait. (…) Elle ne se perd pas dans les prières compliquées quand Elle prie Notre-Seigneur. Elle dit : "Jésus ?" ou bien : "Mon Fils ?". Il Lui dit : "Mère". Ils se sont compris. Disons comme les malades le disaient à Son Fils : "Marie, Fille de David, ayez pitié de moi !". Elle ne dit pas un mot inutile ; Elle ne cherche pas à vous faire en dire un de plus, tant s’en faut. » (Père Lamy, apôtre et mystique, p 173)

5- Laisser Dieu faire les choses en son temps

La patience va de pair avec l’humilité. « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour. » (Ep 4, 2) Pour vivre d’espérance, il faut beaucoup de patience.

« Pour que l’espérance et la foi puissent porter des fruits, la patience est nécessaire. Car ce n’est pas la gloire d’ici-bas que nous recherchons, c’est la gloire future. L’Apôtre Paul nous en avertit : Nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on encore l’espérer ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec patience. L’attente et la patience sont nécessaires pour l’accomplissement de ce que nous avons entrepris et pour posséder ce que nous espérons et croyons, lorsque Dieu nous en fera présent. » (Saint Cyprien office des lectures 1er samedi de l’Avent)

6- De fait, dans la Bible, Dieu accorde sa grâce aux humbles.

On le voit par exemple chez Jean-Baptiste que le Seigneur envoie pour lui préparer le chemin et qui ne souhaite que s’effacer (Jn 1, 27 ; 3, 28ss).
On le voit chez la Vierge Marie : de son humble servante, Dieu fait la mère de son Fils, notre Seigneur (Lc 1, 38.43).

La seule prière que Dieu entend est celle du pauvre. Non pas celle du pharisien, satisfait de lui-même et de ses bonnes actions, qui remercie Dieu d’être meilleur que les autres, mais celle du publicain qui se tient à distance et se frappe la poitrine en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! » (Lc 18, 13.) La prière qui traverse le ciel, qui touche le coeur de Dieu et attire sa grâce, est celle qui jaillit de la profondeur de notre misère et de notre péché. « Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, écoute mon appel ! » (Ps 130, 1.)

« Le Seigneur entend ceux qui l’appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. » (Ps 33, 18)
« Car ainsi parle Celui qui est plus haut que tout, lui dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : J’habite une haute et sainte demeure, mais je suis avec qui est broyé, humilié dans son esprit, pour ranimer l’esprit des humiliés, pour ranimer le cœur de ceux qu’on a broyés. » (Is 57, 15)

« Celui que je regarde, c’est le pauvre, celui qui a l’esprit abattu et tremble à ma parole. » (Is 66, 2)
« 13 Du haut des cieux, le Seigneur regarde : il voit la race des hommes. 14 Du lieu qu’il habite, il observe tous les habitants de la terre, 15 lui qui forme le coeur de chacun, qui pénètre toutes leurs actions. 16 Le salut d’un roi n’est pas dans son armée, ni la victoire d’un guerrier, dans sa force. 17 Illusion que des chevaux pour la victoire : une armée ne donne pas le salut. 18 Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, 19 pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine. 20 Nous attendons notre vie du Seigneur : il est pour nous un appui, un bouclier. 21 La joie de notre coeur vient de lui, notre confiance est dans son nom très saint. 22 Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi ! » (Ps 32)

Dieu peut œuvrer en nous s’il rencontre l’humilité.
Dieu regarde les humbles et se penche vers eux (Ps 138, 6 ; 113, 6s) ; car, ne se glorifiant que leur faiblesse (2 Co 12, 9), ils s’ouvrent à la puissance de sa grâce qui, en eux, n’est pas stérile (1 Co 15, 10). Non seulement l’humble obtient le pardon de ses péchés (Lc 18, 14), mais la sagesse du Tout-Puissant aime à se manifester au moyen des humbles que le monde méprise (1 Co 1, 25-28s).

Celui qui s’humilie dans l’épreuve sous la main toute-puissante du Dieu de toute grâce et qui communie aux abaissements du Christ crucifié, sera, comme Jésus, exalté par Dieu, à son heure, et il communiera à la gloire du Fils de Dieu (Mt 23, 12 ; Rm 8, 17 ; Ph 2, 9ss ; 1 P 5, 6-10). Avec tous les humbles, il chantera éternellement la sainteté et l’amour du Seigneur qui a fait en eux de grandes choses (Lc 1, 46-53 ; Ap 4, 8-11 ; 5, 11-14).

« L’humilité est comme une balance : plus on s’abaisse d’un côté et plus on est élevé de l’autre. » (Curé d’Ars)

7- Le contraste entre les orgueilleux et les humbles

Il y a une sorte de refrain qui revient : « Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce ».

« 05 De même, vous les jeunes gens, soyez soumis aux anciens. Et vous tous, les uns envers les autres, prenez l’humilité comme tenue de service. En effet, Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce. 06 Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. 07 Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous. » (1 P 5)

« 01 D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ? 02 Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ; 03 vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs. 04 Adultères que vous êtes ! Ne savez-vous pas que l’amour pour le monde rend ennemi de Dieu ? Donc celui qui veut être ami du monde se pose en ennemi de Dieu. 05 Ou bien pensez-vous que l’Écriture parle pour rien quand elle dit : Dieu veille jalousement sur l’Esprit qu’il a fait habiter en nous ? 06 Dieu ne nous donne-t-il pas une grâce plus grande encore ? C’est ce que dit l’Écriture : Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce. 07 Soumettez-vous donc à Dieu, et résistez au diable : il s’enfuira loin de vous. 08 Approchez-vous de Dieu, et lui s’approchera de vous. Pécheurs, enlevez la souillure de vos mains ; esprits doubles, purifiez vos cœurs. 09 Reconnaissez votre misère, prenez le deuil et pleurez ; que votre rire se change en deuil et votre joie en accablement. 10 Abaissez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera. » (Jc 4)
« Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ; de loin, il reconnaît l’orgueilleux. » (Ps 137, 6)

« Le Seigneur se moque des moqueurs, aux humbles il accorde sa grâce. » (Pr 3, 34)
« 51 Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. 52 Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. 53 Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » (Lc 1 – Magnificat)

Les versets 52 et 53 forment un ensemble, dans lequel les deux distiques expriment chacun un contraste. Le premier souligne l’opposition entre l’action de Dieu à l’égard des potentats et des pauvres de cœur : « Il renverse les puissants de leurs trônes (v. 52a), il élève les humbles (v. 52b) ». Le second inverse l’ordre de citation : il commence par exalter l’agir divin à l’égard de ceux qui ont faim, avant de décrire l’action de Dieu à l’égard des nantis : « Il comble de biens les affamés (v. 53a), renvoie les riches les mains vides (v. 53b) ».

8- Le pouvoir de l’humilité sur le cœur de Dieu

Il est vital pour nous de comprendre la force inouïe de l’humilité et de l’espérance. Saint Paul dit : « L’espérance ne déçoit pas. » (Rm 5, 5) Saint Jean de la Croix affirme : « On obtient de Dieu autant qu’on en espère. » (Nuit obscure, livre 2, chap. 21) Cette parole est la plus consolante qui soit : par l’espérance, nous pouvons, de manière certaine, tout obtenir de Dieu. Elle consiste, dans la pauvreté radicale, à tout attendre de Dieu avec pleine confiance. Celui-ci nous donnera, non pas selon nos vertus, nos qualités, nos mérites, nos bonnes oeuvres, mais selon notre espérance. Même chose pour l’humilité : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais c’est aux humbles qu’il donne sa grâce. » (1 P 5, 5) « De salut il pare les humbles. » (Ps 149, 4) Elle a un pouvoir absolu sur le coeur de Dieu, elle attire toute la plénitude de sa grâce. Unie à l’espérance, elle « oblige », pour ainsi dire, Dieu à descendre pour s’occuper de nous.
J’ai lu récemment des textes d’une moniale française du XVIIe siècle, Catherine de Bar, qui, durant sa vie, a fondé dix monastères des Bénédictines du Saint-Sacrement. Elle parle de manière très belle de ce pouvoir de l’humilité pour attirer la grâce de Dieu : « Nous ne savons pas ou nous ne voulons pas savoir le secret de ravir le coeur de Dieu. Abaissez-vous et méprisez-vous en vous-même, non en paroles, mais en fond de vérité. Si vous faites ce que je vous dis, tout le ciel viendra fondre sur votre intérieur et vous regorgerez de tant de grâces que vous en aurez pour convertir le monde entier. Personne ne connaît ni ne goûte Dieu qu’humblement. » (Cette invitation à se mépriser soi-même doit être bien comprise, surtout aujourd’hui où beaucoup de personnes, pour des raisons psychologiques, ont tendance à se mépriser, se dévaloriser, voire se haïr. Cela n’a rien à voir avec l’humilité évangélique, qui consiste au contraire à s’accepter pauvre, à se réconcilier avec sa faiblesse. Se mépriser est ici à comprendre comme : reconnaître sa pauvreté radicale, mais en l’acceptant paisiblement, dans une totale confiance en Dieu. Catherine de Bar, Adorer et adhérer, Éditions du Cerf, Paris 1994, p. 112)

“« Rien ne peut résister à la puissance de l’humilité », Elle bouleverse Dieu. Elle provoque Son cœur. Et Lui ne peut soutenir la vue de cet humus impatient. Il ne peut laisser ces mains désespérément vides. Il ne peut supporter l’appel de cette soif.” (Père Thierry, Au-devant du nom, pp 48-49)

« Le Bon Dieu m’a choisi pour être l’instrument des grâces qu’il fait aux pécheurs, parce que je suis le plus ignorant et le plus misérable de tous les prêtres. S’il y avait eu, dans le diocèse, un prêtre plus ignorant et plus misérable que moi, Dieu l’aurait pris de préférence. » (curé d’Ars)

8- Accepter que l’aide passe par les autres

Jusqu’ici, nous avons davantage parlé d’une attitude d’humilité à l’égard de Dieu. Le Père Jacques Philippe en parle dans son livre Si tu savais le don de Dieu, Apprendre à recevoir (éditions des Béatitudes).

Mais notre humilité concerne aussi notre relation avec les autres. Cela a également une incidence sur notre espérance car il nous est quelquefois difficile de recevoir par l’intermédiaire des autres.

Pour l’illustrer, j’aime bien l’histoire du curé qui est en train de se noyer !
« Un curé est en train de se noyer au milieu d’un fleuve.
Par chance, il passe une péniche qui lui envoie une corde : ’Accrochez vous, mon père !’ lui lance le batelier. Le curé répond ’je vous remercie mon, fils, mais je fais confiance à Dieu pour me sauver’.
Le curé est toujours en train de se débattre avec sa soutane lorsqu’un passant en voiture lui jette une bouée de la berge : ’Accrochez vous, mon père !’ lui lance le passant. Le curé répond ’je vous remercie mon, fils, mais je fais confiance à Dieu pour me sauver’.
Le curé commence à boire la tasse et à s’enfoncer dans l’eau lorsqu’un hélicoptère arrive et lui envoie une corde ’Vite, accrochez vous, mon père !’ Le curé répond entre deux tasses ’je vous remercie (bloub) mon, fils, mais je fais (bloub) confiance à Dieu pour me (bloub) sauver’.
Puis le curé se noie…
… arrivé au paradis, le curé rencontre Dieu, et lui dit : ’Dis-donc Dieu, tu m’a bien laissé tomber tout à l’heure !’ ’Comment ça ?’ lui répond Dieu ’je t’ai envoyé une péniche, une voiture et un hélicoptère !’ »

De fait, le Seigneur met souvent des personnes providentielles sur notre route. En ce moment nous lisons l’histoire de sainte Joséphine Bakhita. Parmi les personnes providentielles, il y a eu un consul italien.

Il est important de savoir s’appuyer sur des frères et demander leur appui. Cela demande une ouverture dans l’humilité car les autres peuvent aussi nous bousculer quelquefois. Une jeune fille me disait qu’elle reconnaissait ses vrais amis à ce qu’ils savaient pratiquer à son égard la correction fraternelle !
De quelle manière acceptons-nous de l’aide de la part de ceux qui nous entourent visiblement mais aussi des saints et des anges.