Homélie de la solennité de la nativité de Saint Jean-Baptiste

25 juin 2018

Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. »
Et tout le monde en fut étonné.

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Texte de l’homélie :

Frères et sœurs bien-aimés, dans l’Evangile, toute l’attention se concentre non pas tant sur la naissance de Jean-Baptiste que sur son nom. On voit bien que ce nom ne va pas de soi. Les gens veulent l’appeler Zacharie comme son père. Elisabeth va à contre-courant en affirmant :

« Non, il s’appellera Jean. »

Les gens ne sont pas convaincus :

« Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »

Et ils s’adressent par signes au père qui écrit sur une tablette :

« Son nom est Jean »

L’évangéliste souligne une fois encore :

« Tout le monde en fut étonné. »

Puisque l’évangéliste attire notre attention sur ce nom avec une telle insistance, c’est sur le nom de Jean et ce qu’il signifie que je voudrais méditer ce matin avec vous.

Comme vous le savez peut-être, ce nom signifie : « Dieu fait grâce ».
Jean-Baptiste porte ce nom, non pas seulement parce qu’il est un don pour ses parents qui l’ont longtemps attendu mais aussi parce qu’il a la mission de désigner Jésus. Il est l’index pointé vers Jésus pour le désigner, afin que nous ne passions pas à côté.
Car, comme le dit saint Jean l’évangéliste :

« La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. » (Jn 1, 17)

Jean-Baptiste a été choisi pour indiquer Celui en qui nous sont accordées toutes grâces et notamment la grâce de devenir enfants de Dieu.
Avec vous je désire méditer sur la grâce. D’abord, qu’est-ce que la grâce ? Et ensuite sur deux qualités qui nous rendent réceptifs à la grâce : la foi et l’humilité.

Qu’est-ce que la grâce ?

Le catéchisme nous dit :

« La grâce est une participation à la vie de Dieu, elle nous introduit dans l’intimité de la vie trinitaire. » (CEC 1997)


C’est une faveur purement gratuite qui nous est accordée d’être introduits dans la vie de Dieu. Qu’est-ce que cette vie de Dieu sinon la relation d’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint Esprit. Cela dépasse complètement nos forces. Cette grâce nous rend « capables de vivre avec Dieu, d’agir par son amour. » (CEC 2000).

Jean-Baptiste souligne le saut de qualité qui se produit quand la grâce nous est accordée :

« Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau, mais lui vous baptisera avec l’Esprit Saint. » (Mc 1, 8 ; Mt 3, 11 ; Lc 3, 16 ; Jn 1, 33 ; Ac 11, 16)

D’un côté, c’est l’homme avec ses efforts ; de l’autre, c’est Dieu qui vient agir en nous.
La grâce nous donne de pouvoir faire des choses qui nous sont impossibles si nous sommes laissés à nos seules forces. Saint Paul nous dit combien la grâce de Dieu se déploie précisément dans la faiblesse de l’homme (2 Co 12,9s).

« Pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses…
Le Seigneur m’a déclaré : "Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse." C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.
Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (1 Co 12)

Le Curé d’Ars l’exprime très bien en parlant de l’Esprit Saint par qui nous est donnée la grâce :

« Il s’agit donc de savoir qui nous conduit. Si ce n’est pas l’Esprit Saint, nous avons beau faire, il n’y a pas de substance ni de saveur dans tout ce que nous faisons. Si c’est le Saint-Esprit, il y a une douceur moelleuse. C’est à mourir de plaisir. »

Comment accueillir la grâce ?

Pour la recevoir, il faut la foi

S’il y a quelque chose à faire pour recevoir la grâce, c’est surtout de croire. Comme le dit saint Jean dans son évangile :

« L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »
(Jn 6, 29)

C’est l’attitude de Marie, heureuse d’avoir cru (Lc 1, 45).
Dans un premier temps, cela n’a pas été le cas de Zacharie qui a été puni pour son incrédulité. En effet, il a résisté à l’annonce de l’ange :

« A quoi le saurai-je ? Car je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. »

Or, il aurait dû garder à l’esprit que…

« Rien n’est impossible à Dieu… » (Lc 1, 37 ; cf. Gn 18, 14)

Comme Zacharie, nous avons souvent des résistances à croire. Or la foi est incontournable si nous voulons recevoir la grâce :

« C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu » (Ep 2, 8)

Nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis (cf. Rm 5, 2).
Bien sûr, cela ne fait pas de nous des gens passifs et inactifs. C’est un peu comme un vélo à assistance électrique. La grâce nous précède toujours mais si on n’accepte pas de pédaler, il ne se passera rien. Si on s’arrête de pédaler, le moteur s’arrête lui aussi.

« Certes nous travaillons nous aussi, mais nous ne faisons que travailler avec Dieu qui travaille. Car sa miséricorde nous a devancés pour que nous soyons guéris, vivifiés, appelés, glorifiés, … car sans lui nous ne pouvons rien faire. » (CEC 2001)

Saint Paul nous invite à collaborer à la grâce :

« Puisque nous sommes à l’œuvre avec lui, nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu » (2 Co 6, 1)

Car on peut laisser « sans effet » la grâce de Dieu, la laisser tomber dans le vide, et c’est terrible, car la grâce entraîne une responsabilité. Après avoir dit :

« Ce que je suis je le dois à la grâce de Dieu », saint Paul ajoute : « Et sa grâce à mon égard n’a pas été vaine. » (1 Co 15, 10)

Il a fait fructifier la grâce.

Il faut consentir à être des pauvres

Une autre disposition est essentielle si nous voulons que Dieu puisse œuvrer en nous : c’est une certaine pauvreté de cœur. Lorsque, comme saint Paul, nous sommes confrontés à un sentiment d’impuissance, « je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne voudrais pas », nous sommes plus disponibles pour nous en remettre à Dieu. Dieu peut alors déployer sa puissance dans notre faiblesse. C’est la grande expérience de l’apôtre :

« La puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 7-10)

Recevoir la grâce suppose de la part de l’homme une humilité, une pauvreté. Tant que nous voulons y arriver par nos seules forces, la grâce de Dieu nous fait défaut. Saint Paul en a fait l’expérience de multiples manières. Dès sa conversion, il commence par tomber par terre (Ac 22, 7). C’est dans l’expérience de sa faiblesse qu’il va recevoir la grâce.
Cette expérience de Paul, d’autres l’ont fait avant, par exemple Gédéon (Juges 6 & 7). Cette même loi se vérifie pour l’appel de David (1 S 16, 1.6.11), pour le combat avec Goliath (1 S 17, 45).
On le voit encore dans l’appel des apôtres qui n’ont rien pris pendant la nuit (Lc 5, 5).

La vulnérabilité de Jean-Baptiste est elle-aussi très touchante. Alors qu’il est emprisonné du fait de sa fidélité à Dieu et de sa droiture, il envoie des disciples poser la question à Jésus :

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 3)

La grâce ne fait pas de nous des gens invulnérables.
Nous pensons que le Seigneur ne veut employer que nos points forts, mais il souhaite aussi utiliser nos points faibles pour sa gloire :

« Dieu a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants. » (1 Co 1, 27)

Nos faiblesses ne sont pas le fruit du hasard. Dieu les a permises dans notre vie et manifeste sa puissance à travers nous.
Ce trésor, nous le porterons toujours dans des vases d’argile :

« Ce trésor, nous le portons dans les vases faits d’argile que nous sommes, pour que ce soit la puissance extraordinaire de Dieu qui se manifeste, et non notre propre capacité. » (2 Co 4, 7)

Comme le dit très bien le Père Jacques Philippe :

« Même dans le domaine spirituel, nous sommes toujours tentés par la richesse : nous voudrions être sûrs de nous-mêmes, avoir des « stocks » abondants de grâce, de vertus, de formation, de sagesse sur lesquels nous appuyer pour affronter tranquillement les difficultés de la vie. Mais, par définition même, la grâce ne se met pas en réserve ! Elle se reçoit humblement jour après jour. Elle est comme la manne qui nourrissait les hébreux dans le désert : quand on voulait en faire des provisions, elle pourrissait. Il fallait la recueillir chaque jour. »

En guise de conclusion, je voudrais faire une application pratique à la grâce du mariage :

« La grâce propre du sacrement du mariage est destinée à perfectionner l’amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. » (CEC 1641)


La grâce essentielle liée au sacrement du mariage consiste précisément à ce que l’amour de Dieu se déploie dans votre vie conjugale et familiale. Cette grâce nous donne la force de sortir de vous-mêmes pour vous donner totalement. Elle vous donne de lutter contre l’égoïsme, de renoncer à vous-mêmes. Vous êtes en effet appelés à être l’image de Dieu ; or Dieu n’est pas un Dieu égoïste mais un Dieu d’amour !

La grâce est ce don le plus grand que saint Paul vous invite à rechercher (cf. 1 Co 12, 31) :

« L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. » (1 Co 13, 4-8)

Comme nous l’avons dit précédemment, cette grâce ne peut oeuvrer que si vous y croyez. Elle requiert aussi cette disposition de pauvreté spirituelle qui donne la possibilité à Dieu d’agir en vous.

Demandons à Jean-Baptiste qui a ouvert la voie de vous aider. Demandons à Marie, parfaitement fidèle à la grâce de vous soutenir jour après jour,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 49,1-6.
  • Psaume 139(138),1-2.3b.13-14ab.14cd-15ab.
  • Livre des Actes des Apôtres 13,22-26.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,57-66.80 :

Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils.
Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.
Mais sa mère prit la parole et déclara :
— « Non, il s’appellera Jean. »
On lui dit :
— « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler.
Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit :
— « Jean est son nom. »
Et tout le monde en fut étonné.
À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu.
La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient :
— « Que sera donc cet enfant ? »
En effet, la main du Seigneur était avec lui.

L’enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.