Homélie des funérailles de Père Etienne par le Père Laurent-Marie

6 septembre 2018

« Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. »

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie :

Cet évangile du Bon Pasteur constitue le fil conducteur de toute la vie du Père Étienne, comme religieux, comme prêtre, comme curé de paroisse. Même déchargé du ministère pastoral, il a poursuivi sa mission par le témoignage de sa vie donnée par la fidélité à la vie liturgique et communautaire, par la simplicité et la bonhomie des contacts qu’il établissait avec chacun et qu’il a su maintenir jusqu’au bout.

Tous se souviennent de sa bonté, de son sourire, de son humour, de sa gentillesse. Voilà pourquoi, malgré la peine, c’est bien l’action de grâce qui doit habiter notre cœur.

La transmission familiale de la Foi

Action de grâce pour sa famille, tout d’abord. Très fière de ses origines nordiques, Père Etienne a beaucoup reçu de ses parents et de ses nombreux frères et sœurs, spécialement de son frère Antoine devenu Franciscain et missionnaire au Maroc – Père Etienne aurait d’ailleurs rêvé que nous fondions aussi là bas. Ou encore de sa nièce Patricia, Petite Sœur de l’Assomption en mission en République Démocratique du Congo, et qui nous a adressé un message très émue il y a deux jours, et dont je vous lis un extrait :

« Aujourd’hui, je me sens bien orpheline de par la disparition de mes deux oncles religieux, mais je crois que je me sens encore plus orpheline de la disparition de mes deux frères en Christ, et je sens combien ils me laissent un beau patrimoine qu’est notre choix de la vie religieuse.
Je les prie tous les deux de m’accompagner de leur force et de leur espérance pour que je puisse encore témoigner dans la famille de tout ce qu’ils m’ont transmis depuis toujours. »

La chasuble d’ordination du Père Etienne qui a été déposée sur son cercueil a été brodée par sa propre mère. Et nous trouvons sur son calice gravé le nom de tous les prêtres de sa famille qui l’ont précédé – et il y a encore de l’espace pour bien d’autres noms…

Une fidélité à toute épreuve

Action de grâce pour la fidélité du Père Etienne à sa vocation religieuse. Auprès du Père André, il a cherché à faire rayonner l’héritage du Père Lamy, notre fondateur, qui nous a été transmis par le Comte Paul Bivert, et que Père Etienne a pu côtoyer quelques années.
Il a connu douloureusement tous les aléas et les péripéties qu’a traversé notre communauté, et il a maintenu le cap. Il restait très secret, et il ne s’est jamais beaucoup exprimé sur les conséquences en lui de tous ces événements. Mais, connaissant son extrême sensibilité et son insistance répétée sur l’importance de l’union de cœurs et de la charité fraternelle, nous pouvons penser qu’il a vécu douloureusement, mais aussi sereinement, les heurts et les malheurs de notre famille religieuse.

Un dévouement exemplaire

Action de grâce pour son dévouement dans le ministère sacerdotal au service des différents communautés paroissiales, en Picardie et en Alsace. Dévouement au service des œuvres de jeunesse, du Mouvement Chrétien en Monde Rural, du Mouvement Eucharistique des Jeunes…
A 64 ans, il avait accueilli dans l’enthousiasme ce projet de fondation en Alsace, et avait été comme renouvelé par cette mission, ce nouveau défi d’assumer à votre service la charge pastorale d’Ottmarsheim et de Chalampé, puis de Bantzenheim. Il s’était très bien intégré à la communauté des prêtres qui œuvraient dans le doyenné, coopération qui était grandement facilitée par l’accueil que nous avait alors réservé le curé Albert Ketterer, et notre vicaire épiscopal d’alors le chanoine Rodolphe Vigneron.

Déjà, au grand séminaire de Beauvais, les formateurs du Père Etienne soulignaient sa générosité apostolique et son dévouement au bien des âmes qui suppléait largement quelques difficultés qu’il a pu éprouver dans ses études supérieures.
Les amitiés sacerdotales qu’il a su créer à la fin des années 50 se sont maintenues pour certaines, jusqu’à aujourd’hui.

Dans les pas de la Vierge Marie

Action de grâce pour son attachement à la Vierge Marie, notre Mère et notre Reine. Il fut vraiment un serviteur de Jésus et de Marie, un serviteur de l’Eglise dont Marie est la parfaite image.
Son attachement très profond à la Vierge Marie lui a permis de vivre un certain nombre de détachements, de dépouillements : quitter sa famille pour entrer dans le vie religieuse, quitter Ourscamp où il avait vécu 45 ans, abandonner sa charge de curé à 75 ans alors qu’il se sentait encore plein de forces, et qu’il était encore très heureux d’être directement pasteur du peuple de Dieu… Renoncer à une certaine autonomie à cause de son âge et de ses infirmités.
Il a vécu tout cela très paisiblement.

Atteint dans ses facultés mentales, il ne s’est jamais plaint, mais a offert à tous ceux qui le visitaient le cadeau de son sourire, et de ses remerciements.

Père Etienne avait aussi ses défauts, ses limites, ses déficiences. Aussi, le plus grand service que nous puissions lui rendre, est de bien prier pour lui. Prier pour le repos de son âme, prier pour le pardon de tous ses péchés, offrir pour lui le saint sacrifice de la messe, le fruit spirituel de toutes ses bonnes actions, de nos sacrifices cachés, de notre propre générosité apostolique et missionnaire.
Offrons spécialement tous nos efforts pour construire l’unité en nos communautés, et pour témoigner d’une authentique charité fraternelle, puisque ce sont là des biens auxquels Père Etienne était farouchement attaché, tant pour le ministère paroissial que pour la vie religieuse en communauté.

Je voudrais aussi remercie en son nom tous ceux qui nous ont aidés à accompagner notre cher Père Etienne, spécialement durant ces dernières années : les infirmiers et les aides soignantes qui se sont dévoués quotidiennement à lui assurer le plus grand confort possible, le personnel de l’EHPAD de Molènes, le Docteur Laval, les nombreux amis de la congrégation, et spécialement Annette qui a veillé sur lui avec affection et respect.
A tous, que le Seigneur accorde la récompense qu’Il réserve à ceux qui se dévouent au servie de leurs frères.

Que Marie Immaculée nous obtienne la grâce de la Paix, de l’abandon, et de la ferme espérance de nous revoir tous dans la joie du Ciel,

Amen !


Textes choisis pour la cérémonie :

  • Lecture du livre de l’Apocalypse, chapitre 11 :
    « Puis il me fut donné un roseau, une sorte de règle, avec cette parole : « Lève-toi, mesure le sanctuaire de Dieu, l’autel et ceux qui s’y prosternent.
    Mais la cour au-dehors du Sanctuaire, tiens-la en dehors, ne la mesure pas, car elle a été donnée aux nations : elles fouleront aux pieds la Ville sainte pendant quarante-deux mois.
    Et je donnerai à mes deux témoins de prophétiser, vêtus de toile à sac, pendant mille deux cent soixante jours. »
    Ce sont eux les deux oliviers, les deux chandeliers, qui se tiennent devant le Seigneur de la terre. Si quelqu’un veut leur faire du mal, un feu jaillit de leur bouche et dévore leurs ennemis ; oui, celui qui voudra leur faire du mal, c’est ainsi qu’il doit mourir.
    Ces deux témoins ont le pouvoir de fermer le ciel, pour que la pluie ne tombe pas pendant les jours de leur prophétie. Ils ont aussi le pouvoir de changer l’eau en sang et de frapper la terre de toutes sortes de fléaux, aussi souvent qu’ils le voudront.
    Mais, quand ils auront achevé leur témoignage, la Bête qui monte de l’abîme leur fera la guerre, les vaincra et les fera mourir. Leurs cadavres restent sur la place de la grande ville, qu’on appelle, au sens figuré, Sodome et l’Égypte, là où leur Seigneur aussi a été crucifié.
    De tous les peuples, tribus, langues et nations, on vient regarder leurs cadavres pendant trois jours et demi, sans qu’il soit permis de les mettre au tombeau. Les habitants de la terre s’en réjouissent, ils sont dans la joie, ils échangent des présents ; ces deux prophètes, en effet, avaient causé bien du tourment aux habitants de la terre.
    Mais, après ces trois jours et demi, un souffle de vie venu de Dieu entra en eux : ils se dressèrent sur leurs pieds, et une grande crainte tomba sur ceux qui les regardaient.
    Alors les deux témoins entendirent une voix forte venant du ciel, qui leur disait : « Montez jusqu’ici ! » Et ils montèrent au ciel dans la nuée, sous le regard de leurs ennemis.
    Et à cette heure-là, il y eut un grand tremblement de terre : le dixième de la ville s’écroula, et dans le tremblement de terre sept mille personnes furent tuées. Les survivants furent saisis de crainte et rendirent gloire au Dieu du ciel. Le deuxième « Malheur ! » est passé ; voici que le troisième « Malheur ! » vient sans tarder.
    Le septième ange sonna de la trompette. Il y eut dans le ciel des voix fortes qui disaient : « Il est advenu sur le monde, le règne de notre Seigneur et de son Christ. C’est un règne pour les siècles des siècles. »
    Et les vingt-quatre Anciens qui siègent sur leurs trônes en présence de Dieu, se jetant face contre terre, se prosternèrent devant Dieu en disant : « À toi, nous rendons grâce, Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, toi qui es, toi qui étais ! Tu as saisi ta grande puissance et pris possession de ton règne.
    Les nations s’étaient mises en colère ; alors, ta colère est venue et le temps du jugement pour les morts, le temps de récompenser tes serviteurs, les prophètes et les saints, ceux qui craignent ton nom, les petits et les grands, le temps de détruire ceux qui détruisent la terre. »
    Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire ; et il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre, un tremblement de terre et une forte grêle. »
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean, Chapitre 10, versets 1-42 :

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole :
— « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis.
Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.

Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance.

Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.
Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.

Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

De nouveau les Juifs se divisèrent à cause de ces paroles. Beaucoup d’entre eux disaient : « Il a un démon, il délire. Pourquoi l’écoutez-vous ? »
D’autres disaient : « Ces paroles ne sont pas celles d’un possédé… Un démon pourrait-il ouvrir les yeux des aveugles ? »

Alors arriva la fête de la dédicace du Temple à Jérusalem. C’était l’hiver. Jésus allait et venait dans le Temple, sous la colonnade de Salomon.
Les Juifs firent cercle autour de lui ; ils lui disaient :
— « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! »
Jésus leur répondit :
— « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. Mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis.
Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »

De nouveau, des Juifs prirent des pierres pour lapider Jésus.
Celui-ci reprit la parole :
— « J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes qui viennent du Père. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ? »
Ils lui répondirent :
— « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. »
Jésus leur répliqua :
— « N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, et l’Écriture ne peut pas être abolie.
Or, celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous lui dites : “Tu blasphèmes”, parce que j’ai dit : “Je suis le Fils de Dieu”.
Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire.
Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. »

Eux cherchaient de nouveau à l’arrêter, mais il échappa à leurs mains.
Il repartit de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où, au début, Jean baptisait ; et il y demeura.

Beaucoup vinrent à lui en déclarant : « Jean n’a pas accompli de signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. »
Et là, beaucoup crurent en lui.