Homélie du 10e dimanche du temps ordinaire

10 juin 2018

« Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

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Texte de l’homélie :

Ces trois dernières semaines, nous avons vécu un enchaînement des fêtes, de rayonnement, d’émerveillement devant le mystère de Dieu qui vient à nous, qui nous donne Son Esprit-Saint, qui est répandu dans nos cœurs, qui nous fait rentrer dans l’intimité de cet échange d’amour qu’est Dieu – avec le mystère de la Trinité, de ce don pour notre salut qu’est l’offrande du Christ en croix donné en signe dans le Saint Sacrement, qui nous invite à nous unir à cette offrande, cet acte ultime de Jésus, puis, le Sacré-Cœur qui nous révèle l’insondable richesse de la grâce qui vient nous fortifier.

Puis, nous tombons dans le 10e dimanche, en reprenant les lectures du temps ordinaire, avec une sorte de choc salutaire après cet émerveillement, la question nous est posée : « veux-tu me suivre, oui ou non ? », « veux-tu, oui ou non, entrer dans ce chemin de salut ? » « veux-tu te relever et laisser l’Esprit-Saint vivre une vie nouvelle dans Ton cœur ? »
L’entrée en chemin de baptême de Martin nous invite aussi à nous reposer cette question avec fraîcheur.

Accepter de nous voir en vérité

Et dans les lectures, nous voyons les obstacles, à commencer par la page du livre de la Genèse, qui nous ramène à cette question si actuelle du mal dans le monde, qui semble si mal fait : Dieu n’aurait-il pas balbutié en le créant ? peut-on s’y fier ?
Et nous trouvons des excuses comme Adam avec Eve, désignant les circonstances : « ce n’est pas moi », à la manière d’un petit enfant…
Ici, dans le livre de la Genèse, on nous rappelle, comme Jésus le fera plus tard : la source du mal n’est pas extérieure, c’est bien ce qui sort de notre cœur. Et Jésus nous appelle à cette responsabilité, comme on le voit dans la deuxième lecture - avec tout le thème de la première partie de la 2e lettre aux Corinthiens - qui nous invite à nous poser la question si l’on dit oui au Seigneur, si on Le suit au milieu des persécutions, des difficultés et du mal que nous rencontrons dans le monde, autour de nous ou à l’intérieur de nous.

Dans le texte de la Genèse, le Seigneur nous invite à ne pas nous cacher. La vie chrétienne consiste à ne pas nous cacher derrière nos mensonges, nos illusions, en étant obligés de nous fabriquer une bonne image de nous-même.
Mais, d’où vient cette bonne image ? Pour l’enfant, on le sait bien, la bonne image qu’il aura de lui-même viendra du regard de ses proches : de sa mère, de son père. Pour nous, elle apparaîtra dans la mesure où nous nous laissons fortifier et marchons sous le regard de Dieu.
Qu’importe que nous ayons tel défaut, telle prédisposition de la nature, avec une intelligence supérieure ou plutôt moyenne, les pieds plats… ce qui est important, c’est le regard du Seigneur qui nous accompagne, nous aime et nous donne la vie.

Aujourd’hui, nous sommes invités. Alors, que réponds-tu ? veux-tu laisser ce regard du Seigneur qui fait confiance, qui fait grandir – non pas celui de juge et d’intrusion - se poser sur toi ?
Ce premier obstacle à passer consiste à oser être en vérité. Et c’est la grande lutte de l’homme, c’est la nôtre. C’est pour cela que l’on y revient toujours au début de la messe avec le rite pénitentiel, pour revenir, demander pardon et laisser de côté toutes nos excuses, et se situer en vérité.
Si je me présente comme je suis, avec ce que je suis au médecin, il pourra essayer de me guérir. Si je dis seulement la moitié des choses, ou même rien, ce sera plus compliqué pour lui de me soigner.
Ainsi, il faut rentrer dans cette première démarche pour avancer.

Le Christ comme guide à travers les tentations qu’Il a traversées

Puis, on voit dans l’évangile que les choses se complexifient lorsque vient la question : « Comment accueillir Jésus ? ». Et l’on voit ici que c’est assez difficile : ce sont d’abord ses proches – sans doutes ceux de son village, de son clan – qui viennent voir Jésus. Ils trouvent que ce qu’Il dit et trop fort et pensent qu’Il a perdu la tête. Et on vient l’arracher de là où Il est.
Ensuite, ce sont les spécialistes de la religion qui viennent de Jérusalem et qui sont choqués par cette ouverture de Jésus, par cet amour, cette miséricorde qu’Il donne, selon leur dires, apparemment sans discernement, à des gens qui « ne valent rien », qui ne sont pas capables de rentrer dans notre parti, directement dans la bonne conduite…
Jésus, Lui, sème la vie d’une manière extraordinaire. Et ils disent que ça ne peut pas venir de Dieu, que ça doit venir du diable.
Enfin, il y a Ses tout proches, Sa famille, Sa mère, Ses frères qui viennent Le voir. Et il y a encore ce hiatus, cette incompréhension.

Quelle nourriture pour l’homme ?

Dans ce passage, il y a quelque chose qui vient comme expliquer la première tentation de Jésus. Lorsqu’Il jeûne dans le désert et qu’Il manque de pain, et c’est le Diable qui vient à Sa rencontre et le provoque : on parle de Jésus qui a faim - et ici aussi Il ne peut pas manger. Et ce dialogue s’achève avec la réponse de Jésus : face au démon, Il cite le livre du Deutéronome :

« L’homme ne nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. ».

Comment soigner l’homme ?

Et il y a aussi cette interrogation qui rejoint toutes les tentations de Jésus : « Avec quel moyen vas-tu donner le Salut ? » « Comment vas-tu faire vivre l’homme ? ».
Et c’est pareil pour nous-même : le salut, le bonheur, le dépassement du mal, comment allons-nous le faire ?
Ce sont bien les trois tentations de Jésus. Et nous risquons de réduire, de mal comprendre, de ne pas rentrer dans cet esprit de Jésus qui dépasse nos moyens humains, livrés à notre seul pouvoir, celui d’arranger le monde en produisant les pains avec notre société de consommation et son bien-être, ou alors avec l’étendue du pouvoir sur les villes alentours avec l’imposition par la force et la violence, ou encore en se créant un personnage extraordinaire sautant du haut du temple…

Voici ces moyens que nous utilisons, que nous connaissons. Et Jésus dit que c’est ce qui doit être vaincu, ligoté. Et, c’est un long chemin, tout comme celui du baptême, comme notre vie est un long chemin pour rentrer dans la plénitude de l’Evangile et du Royaume, mais que nous vivons déjà avec les arts de l’Esprit-Saint, et avec le début qui est déjà vivant en nous et qui est appelé à croître chaque jour.

C’est un long combat pour ligoter cet homme fort, et pour que la maison du mal - de nos connivences avec le mal - soient vaincues, pour que nous puissions vivre, comme dit Saint Paul dans ce passage aux Corinthiens « non pas simplement à partir de ce qui se voit », de ce que l’on perçoit, mais à partir de l’invisible, à partir de cette source de vie que le Seigneur a mise en chacun d’entre-nous, et que nous puissions nous aider les uns les autres à nous laisser libérer du mal par le Seigneur, pour vivre en plénitude, pour que chacun puisse porter le fruit de la semence que le Seigneur a mise et qu’Il ne saurait manquer de mettre à l’intérieur de chacun d’entre

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de la Genèse 3,9-15.
  • Psaume 130(129),1-2.3-4.5-6ab.7bc-8.
  • Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 4,13-18.5,1.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 3,20-35 :

En ce temps-là, Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
Les gens de chez lui, l’apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. »
Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. »

Les appelant près de lui, Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ? Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir.
Si les gens d’une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir.
Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé, il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui.
Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté. Alors seulement il pillera sa maison.
Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. »
Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit : « Il est possédé par un esprit impur. »

Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler.
Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit :
— « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. »
Mais il leur répond :
— « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit :
— « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »