Homélie du 12e dimanche du Temps Ordinaire

30 juin 2017

« Ce qui vous a été confié dans les ténèbres sera proclamé en pleine lumière »

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Texte de l’homélie :

Frères et sœurs bien aimés,

Nous sommes dans ce chapitre 10e de Saint Matthieu, celui que l’on appelle « le chapitre de la mission » car il commence par l’envoi en mission des disciples du Christ.
On le sait bien, alors même que le Christ était présent sur terre, rencontrer le Christ, c’était rencontrer ses disciples. Vous souvenez peut-être de ce passage où Jésus dit :

« Ne prenez ni bâton, ni argent, ni sandaleS ou vêtement de rechange, mais allez annoncer le Royaume de Dieu. »

On est donc dans ce chapitre de la mission. Mais tout de suite après, Jésus annonce les persécutions. On ne peut pas dire que Jésus soit un très bon directeur marketing et qu’il vende son message de façon à attirer, puisqu’Il dit :

« Vous serez livrés aux tribunaux.
Le père livrera son fils, le fils livrera son père. »

Vous pourrez relire ce passage que nous venons d’entendre.

Ne craignez pas d’annoncer le Seigneur !

Au fond il y a une certaine peur d’annoncer le Seigneur. Mais d’où peut-elle venir ? Est-ce de se sentir jugé ?
Chez les catholiques pratiquants - dont vous faites partie – il y a une certaine forme d’auto inhibition. On ose pas trop dire, alors que pourtant, dans d’autres religions, on s’affiche clairement dans l’espace public de façon vestimentaire et alimentaire.
Mais nous, comme chrétien, on ose pas dire. Il y a comme cette retenue, cette forme de timidité que Jean-Paul II appelait l’Apostasie silencieuse. Ceux qui sont porteurs de la lumière hésitent à dire. Pourtant, comme le dit Jésus,

« Ce qui vous a été confié dans les ténèbres sera proclamé en pleine lumière »

Pourquoi on hésite à dire sa foi ?

Il y a plusieurs raisons. Il y a certainement cette laïcité à la Française qui fait que la foi est renvoyé dans le secteurs strictement privé. Ainsi, on ose pas dire - comme dans les pays anglo-saxons où l’on explique que l’on a telle ou telle démarche spirituelle ; chez nous, on sent que ça ne se fait pas.
Il y a aussi autre chose qui fait que l’on n’ose pas dire sa foi : c’est le manque de formation. On ne sait pas mettre des mots sur sa propre foi. Pourquoi est-ce que l’on croit en l’Eucharistie, pourquoi est-ce que l’on croit en la Trinité, pourquoi est-ce que l’on prie la Vierge Marie, pourquoi croit-on à tous ces mystères formidables… ce n’est pas si facile. Ça demande du travail, ça demande certainement une formation.

Dans la transmission de la foi, on sent qu’il y a eu comme un bug avec les générations antérieures, précisément parce qu’il y a eu cette difficulté à exprimer.
Mais le Seigneur nous demande de ne pas nous décourager. Vous qui êtes venus ici à l’Abbaye en famille, vous tous ici présents, soyez absolument convaincus que la parole et le témoignage des Chrétiens sont attendus par notre société bien plus qu’on ne le croit.

Hier, avec les frères qui ont exercé ce bel apostolat de l’évangélisation de rue, ils ont témoigné combien ils ont rencontré une soif spirituelle dans ce personnes qu’ils rencontraient. Chez ces passants, le tout venant, il y avait une vraie demande spirituelle. On le voit bien, la société matérialiste ne peut pas répondre à une quête intérieure : elle gave plus qu’elle ne nourrit.

Chers frères et sœurs, soyons sans crainte, ayons du courage. De façon intelligente – être croyant n’empêche pas d’être intelligent !, c’est même recommandé.
Mais attention : à force de ne pas vouloir déranger, ne pas imposer, nous risquons de laisser les autres sans espérance, sans lumière. C’est une forme d’égoïsme.

Au contraire, dire sa foi paisiblement. Si vous êtes allé en retraite le week-end, venue la question habituelle du lundi, oserez-vous dire plus que « Je suis allé visiter un monument historique », « Je suis allé en Picardie », ce qui n’est pas faux pour autant.
Et si je disais : « J’ai fait un temps de retraite spirituelle » ; voyez, rien que dans une question toute simple et assez banale somme toute, il y a possibilité de dire quelque chose.

Il y a à la fois ce courage d’annoncer la foi, et en même temps cette crainte d’offenser le Seigneur.

« Craignez plutôt celui qui peut faire périr aussi bien le corps que l’âme dans la géhenne. »

Est-ce la crainte d’offenser le Seigneur ?

Il faut distinguer crainte et peur ; les mots sont piégés. Faut-il avoir peur de Dieu ? non, ce n’est pas du tout cela. Le don de crainte nous confère cette délicatesse d’âme qui fait que je ne dirai plus certaines paroles, que je ne poserai plus certains actes car ils offensent le Seigneur. Et c’est un don du Saint Esprit qui nous vient à la Pentecôte, et ce temps ordinaire est le temps du Saint Esprit.
Le Saint Esprit nous fait découvrir qu’il a des choses à ne pas dire, à ne pas faire car, précisément, nous sommes invités à cette délicatesse et que c’est le Seigneur qui peut être offensé.
La comparaison est souvent prise qu’entre personnes qui s’aiment, au début en tous les cas, on est délicat, on retient la porte, on est délicat. Parfois, après de nombreuses heures de vol, cette peur d’offenser, cette délicatesse sont peut-être moins au rendez-vous.

Toujours est-il que le Seigneur nous dit à la fois de ne pas craindre d’être témoins tout en faisant attention à garder une attitude de révérence par rapport à la majesté de Dieu de peur de l’offenser et de ne pas à avoir à répondre aussi de ça.
Il faut donc tenir les deux choses : à la fois se déclarer devant les hommes, comme le dit Jésus : « Et moi, je me déclarerai devant mon Père ».

« Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »

Celui qui me reniera, qui n’aura pas cette délicatesse de cœur, celui qui ira même jusqu’à avoir honte de sa propre foi, je ne le reconnaîtrai pas, je le renierai aussi devant mon Père qui est aux cieux.

L’éternité se joue ici et maintenant. Mes actes retentissent dans l’éternité. C’est seulement dans le christianisme que l’on retrouve cela.

Demandons donc, frères et sœurs d’être attentifs, de ne pas avoir honte de notre foi, de ne pas se laisser inhiber par le milieu ambiant qui n’est pas favorable à l’expression de la foi, et soyons conscients que nous sommes attendus par le Seigneur Lui-même pour être Ses témoins à travers nos qualités de cœur sans l’offenser et en prenant soi de notre prochain à travers la force de notre témoignage,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de Jérémie 20,10-13.
  • Psaume 69(68),8-10.14.17.33-35.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,12-15.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10,26-33.

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres :
« Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.

Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille.
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.

Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »