Homélie du 14e dimanche du Temps Ordinaire

10 juillet 2017

« Je suis doux et humble de cœur ».

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En cette période de l’année, avec ce superbe temps, beaucoup pensent aux vacances.
C’est normalement un temps où l’on se repose.
L’évangile de ce jour nous donne des indications précieuses pour bien vivre ce temps : il nous invite notamment à entrer dans la petitesse. Comme vous le savez, c’est un thème cher à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui nous a offert sa « petite voie ».

D’abord, cette petitesse nous aide à accueillir le mystère de Dieu ; ensuite, la petitesse est nécessaire pour entrer dans une vraie relation d’alliance avec Jésus ; enfin la petitesse nous permet de nous aimer nous-mêmes avec nos limites et nos faiblesses.

La petitesse nous aide à accueillir le mystère de Dieu

Peut-être avons-nous tendance à projeter sur Dieu notre idée de la puissance, … Tant que nous sommes dans cette logique, nous avons du mal à nous ouvrir à Dieu tel qu’il se révèle.

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus nous révèle le vrai visage de Dieu.
Il n’est pas un Dieu brutal qui écrase les ennemis d’Israël comme un homme écrase une fourmilière sous son pied. Il est tout autre chose qu’un tyran orgueilleux qui fait sentir son pouvoir et ne cherche qu’à dominer, à prouver sa suprématie. Dieu est tout-puissant ; il n’a pas besoin de le montrer. Jésus nous révèle le Dieu qui est un Cœur, un Dieu qui est amour et rien que de l’amour. Devant un tel Dieu, il n’y a plus de capitulation, parce que l’amour vient du plus profond de nous-mêmes. Devant Lui, l’humilité n’est pas un ratatinement, mais la joie d’aimer et d’être aimé dans la vérité.

Les sages et les prudents sont ceux qui, s’appuyant sur leur seul jugement, refusent d’accepter la Révélation que le Christ apporte. Ils n’accueillent pas la parole de Dieu d’un cœur simple. Ils veulent la faire passer au crible de leur jugement. Seule une personne humble peut entrer dans le mystère de Dieu. Les sages et les prudents sont hélas une espèce très répandue aujourd’hui où l’on a tendance de se placer au-dessus de la Parole de Dieu, au-dessus de la parole qui nous est donnée par l’Eglise.

Le repos était un mot familier aux auditeurs de Jésus ; par exemple, l’Ancien Testament présentait la Terre Promise comme le lieu du repos accordé par Dieu à son peuple. Et, en contrepoint, quand le peuple était infidèle à la loi, le psaume 94 (95) exprimait la tristesse de Dieu :

"J’ai dit : ce peuple a le coeur égaré, il n’a pas connu mes chemins… Jamais ils n’entreront dans mon repos."

Reprenant ce psaume, la lettre aux Hébreux annonce un nouveau jour où avec le Christ, nous entrerons avec assurance dans le repos de Dieu :

"Empressez-vous donc d’entrer dans ce repos." (He 4, 11)

Lorsque Jésus se permet de dire :

"Moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, et vous trouverez le repos"

il s’identifie à Dieu. Les représentants de la religion ne pouvaient qu’être agacés par ces propos.

La petitesse nous permet d’entrer dans une vraie relation avec Jésus

Dans cet évangile, Jésus prend l’image du joug.
C’est une pièce de bois assez lourde qui attache deux animaux, deux boeufs normalement, pour labourer. Ils conjuguent leurs forces et le plus puissant des deux imprime son pas à l’attelage. Le joug évoque l’Alliance entre Dieu et son peuple : elle signifiait "Prendre le joug de la Torah" c’est-à-dire s’engager à suivre la Loi de Dieu, s’atteler à Dieu, en quelque sorte ; étant entendu que toute la force de "l’attelage" ainsi composé vient de Dieu lui-même !
Pour un Juif, le service de la Torah n’est donc pas un fardeau trop lourd, c’est le chemin du vrai bonheur ; Ben Sirac le Sage disait :

"Tu trouveras en elle (dans la pratique de la Loi) le repos, elle se changera pour toi en joie".

Prendre le joug de Jésus consiste d’abord à entrer dans une relation personnelle avec Lui, et c’est cette relation aimante qui rendra tout le reste « léger ».
Le joug que le Christ impose aux siens n’est rien d’autre que le poids des exigences de l’amour. Jésus propose le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain.

Comme le dite bien saint Augustin :

« Tout autre fardeau vous pèse, mais le Christ vous donne des ailes. Si vous ôtez les ailes à un oiseau, vous allégez son poids, mais plus vous l’allégez ainsi, plus vous l’attachez au sol. Il est là, à terre, et vous ne vouliez que le débarrasser d’une partie de son poids. Rendez-lui le poids de ses ailes et vous verrez comme il vole » (St Augustin, Sermons, 126)

A certaines heures, l’amour de Dieu et du prochain nous apparaît comme un véritable joug et pourtant cela va vraiment dans le sens de notre vocation puisque l’homme ne se trouve que dans le don désintéressé de lui-même (cf. GS 24).

La petitesse nous permet de nous aimer nous-mêmes avec nos limites et nos faiblesses

Le pape François parle très bien de « la fatigue de soi-même » (cf. Evangelii gaudium, n° 277).

« C’est la déception de soi-même, mais pas regardée en face, avec la sérénité joyeuse de celui qui se découvre pécheur et qui a besoin de pardon, d’aide : celui-là demande de l’aide et va de l’avant. » (PF Messe Chrismale, 2 avril 2015)

Il y a une manière de se laisser aimer tel qu’on est et par pour ses succès et ses exploits. Le pape François dit encore :

« Est-ce que je sais me reposer en recevant l’amour, la gratuité et toute l’affection que me donne le peuple fidèle de Dieu ? (…) Est-ce que je sais me reposer de moi-même, de mon auto-exigence, de mon autosatisfaction, de mon autoréférence ? (…) Seul l’amour donne du repos. Celui qui ne s’aime pas se fatigue mal, et à la longue, se fatigue plus mal. » (PF Messe Chrismale, 2 avril 2015)

L’humilité me force à renoncer à ma manière de voir des choses, à mon désir d’être apprécié, de vouloir toujours tout contrôler. Elle m’apprend à renoncer à des « projets et à des rêves de succès cultivés par la vanité. » (PF EG n° 82) Elle implique de renoncer à construire sa vie par soi-même ; il est plus reposant de se laisser conduire par Dieu !

La petitesse va de pair avec la douceur et l’humilité (Eph 4,2 etc.). Rien de plus aimable que cette douceur (Si 3,17). Moïse en est un bel exemple (Nb 12,3 // Si 45,4).

« Voilà le secret de la puissance des saints près des âmes, qui ne résistent pas à l’appel de Dieu par notre moyen. Les saints convertissaient les âmes : le cœur rempli de l’amour de Dieu, ils en déversaient le trop-plein dans les âmes avec humilité et tant de douceur, que l’orgueil humain était vaincu. Satan, l’esprit d’orgueil, était chassé par l’amour de Dieu, qui fait mouvoir les vertus de douceur et d’humilité » (Père Lamy, Ecrits spirituels 57. 7).

Comme le disait Benoît XVI à l’angelus du 3 juillet 2011 :

« il faut abandonner le chemin de l’arrogance de la violence utilisée pour se procurer des positions de pouvoir toujours plus grand, pour s’assurer le succès à tout prix. A l’égard de l’environnement aussi, il faut renoncer au style agressif qui a dominé ces derniers siècles et adopter une « douceur » raisonnable. »

Quand nous sommes petits, nous ne nous sommes pas bloqués de la même manière par les obstacles.
A sa sœur qui était toute découragée, Sainte Thérèse de Lisieux lui répondit :

« Nous sommes trop petites pour nous mettre au-dessus des difficultés, il faut que nous passions par-dessous ».
Elle me rappela alors un trait de notre enfance que voici : nous nous trouvions chez des voisins, à Alençon ; un cheval nous barrait l’entrée du jardin. Tandis que les autres personnes cherchaient un autre accès, notre petite amie ne trouva rien de plus facile que de passer sous l’animal. Elle se glissa la première, me tendit la main ; je la suivis en entraînant Thérèse et sans courber beaucoup notre petite taille nous parvînmes au but. « Voilà ce que l’on gagne à être petit », conclut-elle. « Il n’y a point d’obstacle pour les petits, ils se faufilent partout. Les grandes âmes peuvent passer sur les affaires, tourner les difficultés, arriver par le raisonnement ou la vertu à se mettre au-dessus de tout, mais nous qui sommes toutes petites, nous devons bien nous garder d’essayer cela. Passons dessous ! Passer sous les affaires, c’est ne pas les envisager de trop près, ne pas les raisonner ».

Quand nous sommes petits, Dieu nous accorde volontiers sa grâce :

« Revêtez-vous d’humilité dans vos rapports mutuels, car Dieu résiste aux orgueilleux mais aux humbles, il accorde sa grâce… De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il a soin de vous » (1 P 5, 5-7).

Pour grandir en petitesse – si je puis dire –, confions-nous à la Vierge Marie ; confions nous à « la petite Thérèse ».
Nous pouvons reprendre par exemple ces versets du Psaume 130 :

« Seigneur, je n’ai pas le coeur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Ps 130, 1-2)

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de Zacharie 9,9-10.
  • Psaume 145(144),1-2.8-9.10-11.13cd-14.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,9.11-13.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11,25-30.

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit :
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »