Homélie du 16e dimanche du temps ordinaire

25 juillet 2018

Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.

Il n’y a pas d’enregistrement pour cette homélie, veuillez nous en excuser…

Texte de l’homélie :

Les vacances…

Les plus anciens se souviennent sans doute de cette ritournelle que les enfants reprenaient joyeusement à la veille des "grandes vacances". Heureusement, il ne nous serait pas venu à l’idée de mettre notre maîtresse au feu. C’était uniquement une manière d’exprimer notre joie d’arriver aux vacances après une année studieuse.

Vous l’avez compris, aujourd’hui, je désire vous parler des vacances, non pas à partir de cette ritournelle mais à partir de la Parole de Dieu.
A partir de l’évangile de ce dimanche, je voudrais méditer sur 3 points à propos des vacances : d’abord sur le fait de savoir s’arrêter ; ensuite sur le contenu des vacances ; et enfin pour bien voir que les vacances sont toujours subordonnées à la charité.

Savoir s’arrêter

Dans l’évangile de ce jour, les Apôtres reviennent de mission et se réunissent auprès de Jésus. Saint Marc nous dit clairement le stress auquel étaient confrontés les apôtres : « les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger. »

S’arrêter et se détendre

Prendre des vacances, c’est d’abord avoir la sagesse de s’arrêter quand on a un rythme de vie soutenu. Arrêtez ! (littéralement, vacate : « prenez des vacances ! »). Nous avons besoin de détente. Nous devons donc être attentifs à ne pas remplir nos temps de vacances de telle manière qu’elles en deviennent stressantes. Nous avons un peu d’espace où nous ne sommes pas sous pression.
Les Anciens ont même parlé de la vertu de celui qui sait détendre son corps et son âme et ont inventé un nom pour la désigner : l’« eutrapélie » ! Une fois n’est pas coutume, saint Thomas l’expose en rapportant une anecdote des Conférences des Pères :

« Saint Jean l’Évangéliste, comme certains s’étaient scandalisés de l’avoir trouvé en train de jouer avec ses disciples, demanda à l’un d’eux qui portait un arc de tirer une flèche.
Lorsque celui-ci l’eut fait plusieurs fois, il lui demanda s’il pourrait continuer toujours. Le tireur répondit que, s’il continuait toujours, l’arc se briserait.
Saint Jean fit alors remarquer que, de même, l’esprit de l’homme se briserait s’il ne se relâchait jamais de son application ».

Pas pour tomber dans l’oisiveté

Il y a un faux repos qui est simplement l’absence d’activité ou d’initiative. La paresse n’a jamais été une vertu ; elle est même la mère de tous les vices. Les grasses matinées qui s’éternisent, loin d’être pleines de grâces, sont des occasions de tentation. Les vacances ne doivent pas être entendues comme une simple évasion, qui appauvrit et déshumanise.
Dans notre société de consommation, il n’est pas inutile de rappeler qu’une certaine sobriété est de mise. Le must des vacances ne consiste pas à consommer davantage, à goûter le maximum de plaisirs, un peu comme quelqu’un qui voudrait goûter avidement tous les gâteaux de la pâtisserie.
Les vacances ne doivent pas faire du bien seulement au corps mais encore plus à l’âme.

« Que personne ne cède à la tentation de faire du temps libre un temps de “repos des valeurs” »
(Jean-Paul II, Angelus du 4 juillet 1993)

En vivant une relation de confiance avec les autres et le bon Dieu

« Comme il est difficile d’apprendre à se reposer ! Là se joue notre confiance. » (Pape François, 2 avril 2015)
« Après le travail pastoral est-ce que je cherche des repos plus raffinés, non pas ceux des pauvres, mais ceux qu’offrent la société de consommation ? L’Esprit Saint est-il vraiment pour moi « repos dans la fatigue », ou seulement celui qui me fait travailler ? (…) Est-ce que je sais me reposer de moi-même, de mon auto-exigence, de mon autosatisfaction, de mon autoréférence ? (…) Est-ce que je me préoccupe et me tourmente excessivement ou, comme Paul, est-ce que je trouve le repos en disant : « Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Tm 1, 12) ? »
(Pape François, 2 avril 2015)

Comme le dit bien Charles Péguy, celui qui ne dort pas se dérobe à la confiance. Le jour est le temps du travail humain et la nuit celui du repos ; or, si le travail ennoblit l’homme, le repos encore plus, car c’est alors que l’homme s’abandonne entre les mains de Dieu et lui dit sa primauté.

« Car l’homme dans le travail ne me glorifie que par son travail. Et dans le sommeil c’est moi qui me glorifie moi-même par l’abandonnement de l’homme. »
« Les malheureux, ils ne savent pas ce qui est bon. Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour. Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit. »
(Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, dans Œuvres poétiques complètes)

Péguy parle comme un père aimant. Arrêter son travail c’est souvent accepter de déléguer certaines choses aux autres et à Dieu en leur faisant confiance.

Le contenu des vacances

Temps d’intériorité

Dans l’évangile de ce jour, par deux fois, il est indiqué d’aller dans un endroit désert, à l’écart. Cela est répété deux fois dans le texte :

« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. »
« Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart. »

Le désert n’a pas son but en lui-même, c’est le lieu propice pour retrouver Dieu et se retrouver soi-même, pour retrouver le sens de sa propre existence.
Cette intériorité est précieuse pour relire sa vie.

« Après leur première mission, les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu’ils ont fait et enseigné. »

J’imagine que d’abord ils se réjouissent de ce qu’ils ont vu de beau. Dans saint Luc, nous voyons les disciples revenir « tout joyeux » (Lc 10, 17). Il est important de fêter nos réussites. Le pape François en parle au début d’Evangelii Gaudium. Le repos n’est ni l’absence d’action (le repos par défaut), ni un à-côté de celle-ci (la détente), mais son achèvement. Ce repos se traduit par une paix intérieure et par une joie imprenable – qui est le surcroît de l’action s’épanouissant dans une œuvre.
Mais ils relisent aussi les choses avec Jésus. Ils ont besoin de son regard, de ses conseils. Il est bien de s’arrêter avant d’embrayer aussitôt sur une nouvelle action. Il est important de s’arrêter pour bien voir si nous gardons le bon cap comme pour celui qui conduit un bateau ou un avion.

Lire et cultiver son esprit

La lecture est quelque chose qui vient nourrir notre esprit.

« Le temps des vacances est certainement propice à un enrichissement culturel et spirituel. » (Benoît XVI, 3 juillet 2011)

La lecture aide à la réflexion et à la méditation. C’est un temps où l’on est invité à laisser la place à la beauté car sans contact avec la beauté, on s’aigrit vite. Beauté de la nature. Beauté dans l’art. Beauté inépuisable des êtres humains.

Temps de contemplation

La Bible dit :

« Et Dieu acheva le septième jour son œuvre qu’il avait faite »
« Et il se reposa le septième jour de toute son œuvre qu’il avait faite. » (Gn 2, 2)

L’homme a besoin de redécouvrir sa dimension contemplative, en reconnaissant l’empreinte de Dieu sur la nature et surtout sur les autres êtres humains. Nous sommes beaucoup dans l’action mais nous avons besoin aussi de contemplation.
Les vacances sont un moment propice pour prier. elles sont comme un long dimanche, un étalement du repos dominical et donc une anticipation du repos éternel. Alors, posons des actes concrets.

« La personne humaine ne se régénère véritablement que dans la relation avec Dieu, et on rencontre Dieu en apprenant à écouter sa voix dans la sérénité intérieure et dans le silence (cf. 1 R 19, 12). » (Benoît XVI, 3 juillet 2011)

Le pape François nous invite à nous demander :

« Est-ce que je sais converser avec Jésus, avec le Père, avec la Vierge et Saint Joseph, avec mes saints amis protecteurs pour me reposer dans leurs exigences – qui sont douces et légères –, dans la satisfaction d’être avec eux – eux, ils aiment rester en ma compagnie –, et dans leurs intérêts et leurs références – seule les intéresse la plus grande gloire de Dieu – … ? » (Pape François, 2 avril 2015)

Quel dommage si nos vacances nous conduisent à mettre Dieu en vacances, par exemple en manquant la messe dominicale, en manquant ces temps quotidiens de cœur à cœur avec Jésus qui « m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20) et attend de moi ma réponse d’amour.

Les vacances sont subordonnées à la charité

« En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. »

Les vacances ne sont pas un absolu

L’évangile montre bien que les vacances ne sont pas un absolu. Il peut y avoir des imprévus ou des nécessités qui font que cela ne se passe pas comme on l’aurait imaginé. Il faut être prêt à interrompre même le repos mérité, devant une situation de grave nécessité du prochain. Par exemple, être retenu par le soin d’une personne âgée, …
Il est intéressant de se poser la question du « poids d’amour » que comporteront les vacances. C’est la programmation essentielle. Sinon les vacances risquent d’être un « monstre d’égoïsme » camouflé en détentes.

Les vacances sont l’occasion d’être davantage dans une attitude réceptive

Le pape François nous invite à nous poser la question :

« Est-ce que je sais me reposer en recevant l’amour, la gratuité et toute l’affection que me donne le peuple fidèle de Dieu ? » (Pape François, 2 avril 2015)

On pourrait dire aussi : est-ce que je profite de mes vacances pour le rendre plus réceptif à l’amour de Dieu ? Est-ce que je prends le temps de repérer les signes de Son amour dans ma vie ? Et à lui en rendre grâce ?

La douceur et l’humilité aident à passer de bonne vacances

« Jésus promet de donner à tous le « repos » mais pose une condition :
« Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur ». (…) Le « joug » du Christ, c’est la loi de l’amour, et son commandement, qu’il a laissé à ses disciples (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12). Le vrai remède aux blessures de l’humanité — matérielles comme la faim et les injustices, ou psychologiques et morales, provoquées par un faux bien-être — est une règle de vie fondée sur l’amour fraternel, qui a sa source dans l’amour de Dieu.
Pour cela, il faut abandonner le chemin de l’arrogance de la violence utilisée pour se procurer des positions de pouvoir toujours plus grand, pour s’assurer le succès à tout prix. À l’égard de l’environnement aussi, il faut renoncer au style agressif qui a dominé ces derniers siècles et adopter une « douceur » raisonnable. Mais surtout, dans les rapports humains, interpersonnels, sociaux, la règle du respect et de la non-violence, c’est-à-dire de la force de la vérité, contre tout abus de pouvoir, est celle qui peut assurer un avenir digne de l’homme. »
(Benoît XVI, 3 juillet 2011)

En conclusion, il me reste à vous souhaiter de bonnes vacances pour ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre. N’oubliez pas que de bonnes vacances, des vacances qui nous font du bien, sont celles où l’amour a la place d’honneur.
Pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir partir en vacances, n’oubliez pas que Dieu ne vous abandonne pas et que son amour veut vous combler où que vous soyez.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de Jérémie 23,1-6.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 2,13-18.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 6,30-34. :

En ce temps-là, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. »
De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger.
Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart.
Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.