Homélie du 21e dimanche du Temps Ordinaire

26 août 2014

« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ».

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Texte de l’homélie :}

Une grande partie de mon ministère consiste à préparer les fiancés au sacrement du mariage. Et, pour les fiancés qui sont plus enracinés dans la Foi, qui ont pratique régulière, un vie de prière personnelle, je leur pose souvent cette question : « Est-ce que vous priez ensemble tous les deux ? » Et quelle n’est pas ma surprise lorsqu’ils me répondent que non, car c’est beaucoup trop intime, qu’ils ont trop de pudeur, alors, qu’ils semble moins exigeants en termes de pudeur sur d’autres points de vue…

C’est intéressant de dire que le Seigneur Lui-même pousse Ses disciples à dire la foi qui les habite, lorsqu’Il est là, avec eux. Il les pousse à dire ce qui habite leur cœur :

« Pour vous, qui suis-je ? »

Et c’est vrai que nous n’avons que peu l’occasion de dire notre foi. Nous la pratiquons, certes, tant par la messe dominicale que par les actes de charité et la prière personnelle… Mais le fait d’expliciter nous met dans une autre dynamique. Je vois mon cher père – paix à son âme – Breton d’origine, qui a reçu la foi catholique coincée entre deux tartines de beurre salé, si j’ose dire, ne nous a jamais parlé de sa propre foi. Pourquoi est-ce qu’il croyait en Jésus ?
Et je m’adresse à ceux d’entre vous qui ont déjà une expérience de foi, en particulier ceux qui sont grands-parents – n’hésitez pas à dire le pourquoi de votre foi et de votre confiance dans le Christ.
Et vous, enfants, n’hésitez pas à demander à vos parents qu’ils explicitent qui est Jésus pour eux, et vous saurez le pourquoi de leur confiance dans le Christ.
Est-ce simplement par tradition – on est en France, toute notre famille est catholique, on se marie à l’Église, on baptise les enfants, on fait « tout ce qu’il faut » pour être dans la vie catholique car cela nous tient à cœur. Mais, ne faut-il pas aller au-delà ? Surtout qu’aujourd’hui, les valeurs chrétiennes ne sont pas portées par la société, nous le savons bien : il ne faut pas compter sur la société pour expliciter les valeurs chrétiennes. C’est à chaque famille, à chaque parent, chaque grand-parent, à chaque jeune de le faire. Et c’est un passage important dans la vie d’un grand jeune – étudiant et jeune professionnel – lorsqu’il peut expliciter le pourquoi de son adhésion à l’Évangile.
Bienheureux es-tu ! c’est une béatitude ! il y a un déclic, un passage, quelque chose de différent lorsque l’on passe d’une fois reçue à une foi proclamée.

Oui, aujourd’hui, le Seigneur nous demande de dire notre foi, déjà pour nous-même : pourquoi sommes-nous ici dans cette église en ce dimanche ? qu’est-ce qui nous a attirés dans la personne de Jésus, qu’est-ce qui nous appelé pour que nous soyons venus aujourd’hui ?
Et nous qui avons choisi de suivre le Seigneur de plus près comme moniale ou prêtre, nous sommes aussi invités à nous redire le pourquoi de notre consécration. Une chose est de rentrer au monastère, une chose est d’être ordonné prêtre, une autre chose encore est de durer et de se redire les raisons de ce choix de suivre le Christ.

Oui, aujourd’hui frères et sœurs, le Seigneur nous demande de bâtir Son église.

« Je bâtirai sur toi mon église. »

C’est vrai évidemment pour Pierre et Ses successeurs, mais L’Église se bâtit chaque fois qu’un croyant, qu’un chrétien explicite sa foi, lorsqu’on lui demande de rendre compte de l’espérance qui habite en lui.

N’ayons pas peur ! ne prétextons pas une fausse pudeur, pour nous cacher derrière le pilier pour qu’on ne nous demande rien.

« Aujourd’hui, les temps sont favorables !… »

C’est bien dit ! alors que le matérialisme nous gave plus qu’il nous nourrit, et nous laisse le cœur vide. Alors qu’il y a bien cette soif d’infini en nous, seule la parole du Christ, l’évangile de Jésus est capable de répondre à ce désir d’infini qui nous habite.

N’ayons donc pas peur de nous dire Chrétien, non pas dans l’esprit d’un repliement identitaire – ce serait contre production - mais lorsque l’occasion se présente dans notre vie de tous les jours. Dans son exhortation apostolique Le joie de l’Évangile, le pape François nous dit :

Lorsque l’occasion se prête n’hésitons pas à dire que l’on prie pour quelqu’un.
Souvent, lorsque l’on rencontre quelqu’un qui nous confie quelque chose de sa vie personnelle qui pourrait être une intention de prière, on dit : « Je penserai bien à vous… » La pensée n’a pourtant jamais sauvé personne. Et si je dis : « Je prierai pour vous ! », on rentre tout à fait dans une autre logique et la personne à qui l’on s’adresse le comprend très bien.

Oui, nous sommes par trop pudiques en matière d’expression de la Foi et c’est peut-être cette conception de la laïcité à la française qui fait que l’on veut réserver la dimension spirituelle pour la partie privée et on ne veut pas l’exprimer dans la partie publique…
Nos amis Américains, par exemple, sont beaucoup plus détendus de ce point de vue là et expriment leur fi de façon très claire et très simple, sans pour autant en fait un étendard, ni mettre l’autre mal à l’aise. J’ai été longtemps en Amérique latine, et là bas aussi, l’expression de la foi est quelque chose de pratiquement naturel.

Pour nous, en France, il en est autrement. Peut-être parce que l’engagement que nous avons à témoigner de notre foi a un retentissement particulier dans notre pays, de part notre histoire, certainement, et de part notre propre vocation. Oui, frères et sœurs, nous sommes appelés nous former. Moi qui suis au contact des jeunes adultes – étudiants et jeunes professionnels – je sens qu’il y a ce besoin de formation, car, bien souvent, on n’arrive pas à expliciter sa foi parce qu’on ne sait pas comment la dire.
Que quelqu’un veuille bien m’expliquer pourquoi il s’est signé de la croix au début de cette célébration ? Croyons-nous en un seul dieu ou en trois dieux ? on peut se poser parfois la question… Ou encore, qui de nous sait expliquer la prière chrétienne : le Notre Père ?

Chers frères et sœurs, il nous faut nous former, car ce n’est pas si évident que cela : les traditions sociales ne portent plus cette culture religieuse. Et les gens demandent raison de notre foi : « Pourquoi est-ce que vous croyez ? », et ils sont en attente. Beaucoup demandent une espérance ! quelle est la parole qui va leur être adressée et qui va leur donner une espérance d’infini, espérance à laquelle à nous sommes tous appelés.
Oui, par trop de timidité, trop ne pudeur, nous laissons nos contemporains assoiffés se tourner vers d’autres paroles qui ne sont pas la Parole de Dieu :

« A qui irions-nous Seigneur, Tu as les paroles de la vie éternelle ! »

Ils se tournent vers d’autres dieux, les dieux de toujours, ceux des idoles : l’argent, le plaisir, le pouvoir… et reviennent le cœur vide, parce que les idoles ne sont pas vivantes et n’ont pas cette capacité de répondre au désir de notre cœur.

En ce jour particulier où nous célébrons la Résurrection de notre Seigneur, demandons ce courage de dire notre foi, et n’ayons pas peur. Commençons déjà en famille où nous sommes en terrain ami pour ainsi dire. N’ayons pas peur de dire pourquoi nous sommes Chrétiens.

Demandons, par l’intercession de Saint Pierre comme nous allons le faire dans un instant en professant le Credo, que chacun puisse refaire sa profession de foi, sa confiance en Dieu, son adhésion au Christ, le choix toujours nouveau de nous tourner vers un Dieu qui nous appelle des ténèbres à Son admirable lumière,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 22,19-23.
  • Psaume 138(137),1-2a.2bc-3.6a.8.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 11,33-36.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,13-20.

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples :
— « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent :
— « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit :
— « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara :
— « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara :
— « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.