Homélie du 28e dimanche du Temps Ordinaire

16 octobre 2017

« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce »

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Frères et sœurs bien-aimés,
on connaît bien ce passage de l’évangile de saint Matthieu, dans ce chapitre 22 on s’avance progressivement vers la Passion et on voit Jésus qui parle de noces. On ne peut pas ne pas faire le lien avec les noces de Cana, avec les noces de la Croix où le Christ s’offre comme l’unique époux de l’humanité.

Cette invitation au repas de noces est quelque chose d’important pour celui qui invite, vous le voyez bien si vous avez déjà marié vos enfants petits-enfants, et combien cela est décevant de voir un invité ne pas venir alors qu’il a répondu oui, sans excuse valable.

C’est le cas ici, les invités ne viennent pas, parce que l’un a son champ, l’autre son commerce. Dans le même passage de l’évangile de saint Luc, il y a même 3 excuses, comme si la nouveauté attirait plus que ce qui était attendu. Les invités connaissaient le maître de la noce, le roi qui invitait, on n’invite pas des gens qu’on ne connaît pas en général, mais des personnes connues.

C’était des gens connus, mais pour qui cette invitation n’était pas une nouveauté. Ils ont préféré d’autres formes de nouveautés. On le voit bien, ne serait-ce que dans notre participation à notre assemblée, on peut se demander où sont les autres, ils ont pourtant été invités. Le fait de savoir que nous sommes invités n’est plus quelque chose qui appelle, comme c’est le cas du festin eucharistique, où le Seigneur nous invite chaque dimanche.

Il y a d’autres attractions. Le monde très clairement agit par distraction, des forces centrifuges nous emmènent vers l’extérieur et pas du tout vert l’intériorité. Alors que Dieu agit par attraction, il nous attire à lui, si nous sommes ici c’est que nous avons été appelés d’une manière ou d’une autre. Il y a peut-être la force de l’habitude, peut-être le fait que ce soit dans notre village, mais d’une manière plus profonde nous avons été appelés, moi comme prêtre, vous comme fidèles, à venir ici pour célébrer les noces de l’Agneau qui s’offrent pour nous.

Mais pourquoi certains ne ressentent pas cet appel ? Dans nos propres familles, alors qu’on a donné la même éducation aux enfants, pour certains la foi est importante et pour d’autres non. Le fait de se sentir invité et de se rappeler qu’on est invité est déjà une grâce. Ne nous laissons pas attirer par d’autres distraction sous prétexte qu’on sait comment se passe une messe, que c’est du connu.

Le maître envoie ses serviteurs inviter d’autres personnes, mais on voit que les serviteurs sont maltraités. A travers les serviteurs, on voit la figure des prophètes qui ont annoncé le mariage du fils du roi qui est le Christ.
Le Royaume de Dieu urge. Vivons ce jour comme le dernier, vivons cette messe comme la dernière. Tout le monde est appelé.

Cela nous rappelle la parabole des ouvriers de la dernière heure qui disent :

Personne ne nous a appelé.

Dans nos communautés certains ne se sont pas appelés. Mais avons-nous cette solidarité entre nous pour aider ceux qui voudraient venir ? Dans l’Église nous avons cette culture de l’appel qui fait qu’on peut rappeler à l’autre qu’il est aussi concerné.
Finalement le maître de la noce rempli le dîner, avec les mauvais comme les bons, sans distinction. L’un deux a un caractère un peu particulier : il n’a pas les habits de noce. Le vêtement de noce n’est pas le smoking ou le costume, ou la robe de soirée, c’est ici quelque chose de spirituel, c’est le vêtement que revêt le nourrisson au moment du baptême. Cette personne n’est pas là pour les bonnes raisons, elle n’est pas là pour se réjouir.

Si le Seigneur nous appelle au festin des noces de l’Agneau, il demande aussi qu’il y ait une vraie joie de s’unir à lui. Ce n’est pas être là pour être là, mais que ce vêtement de noces soit la joie dont on se revêt lorsqu’on est appelé au service de Dieu.

L’autre garda le silence.

Il ne dit pas pourquoi, il s’exclue donc lui-même des noces, il prend lui-même la décision d’être en dehors du festin. Il n’a pas sa place parce que lui-même n’a pas pris sa place dans la joie et l’allégresse que peuvent représenter des noces.
Beaucoup sont appelés mais peu sont élus.

En même temps Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, mais c’est vrai que nos actes retentissent dans l’éternité. Nos actes d’ici-bas ont du poids dans l’au-delà. C’est cela aussi la grandeur du christianisme : croire que nos actes sur terre déjà nous préparent le ciel.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous dit :

Il n’y a qu’une vie pour vivre de foi.

Cet évangile, qui peut paraître dur par ailleurs, nous réveille et nous fait prendre conscience qu’il y a une urgence, que nous sommes invités, et à nous aussi d’être invitants auprès de ceux qui nous entourent.

Demandons au Seigneur, nous qui sommes des pratiquants plus ou moins réguliers, de rendre grâce pour l’appel, de se sentir dans la maison de Dieu comme des invités à quelque chose qui nous réjouit et de prendre conscience que nous sommes appelés à étendre cette appel bien au-delà du premier cercle que constitue la communauté chrétienne qui nous entoure. Ayons ce souci d’inviter, certains viendront, certains ne viendront pas, mais que personne ne puisse dire "personne ne m’a invité".

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 25,6-10a.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 4,12-14.19-20.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,1-14.

En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux anciens du peuple, et il leur dit en paraboles :
« Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils.
Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.”
Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville.
Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.”
Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.
Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.
Il lui dit : “Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?” L’autre garda le silence.
Alors le roi dit aux serviteurs : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.”
Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »