Homélie du cinquième dimanche de Pâques

18 mai 2017

« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Écouter l’homélie

Un journaliste facétieux – il en existe – posait cette question au pape Benoît XVI :

« Combien y-a-t-il de chemins pour aller vers Dieu ? »

Et avec la mauvaise réputation que ses confrères lui avaient faite, il pensait que le Saint Père allait répondre : « Un seul chemin, l’Eglise catholique ! ».
C’était sans compter avec l’intelligence et la finesse spirituelle de ce saint homme de Dieu. Et, alors qu’il a lutté tout son pontificat contre ce que l’on appelle le relativisme ambiant – « à chacun sa vérité » - il a fait la réponse suivante :

« Pour aller, vers Dieu, il est autant de chemins que de personnes… »

Le respect du chemin de chacun

Cette réponse du pape Benoît XVI m’habite souvent lorsque je suis face à un couple qui me demande un conseil, ou de le préparer au mariage. C’est important de savoir que le Saint Esprit vient parler au cœur de chacun de façon unique. Et, comme accompagnateur, comme témoin du Christ, aîné dans la Foi, j’ai toujours ce sentiment, comme Moïse devant le buisson ardent, que je dois enlever mes scandales, parce que cette terre qui est devant moi est sacrée.

Oui, frères et sœurs bien-aimés, comme il est écrit dans ce passage d’Evangile selon Saint Jean :

« Il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père ».

Et nous qui sommes ici, nous pouvons faire mémoire du chemin que nous avons parcouru pour arriver jusqu’ici, dans cette célébration. Chacun, nous avons eu un chemin singulier, passant parfois par des moments de souffrance, des moments d’incompréhension, des moments de doute. Comme vous l’avez dit lors de votre présentation, peut-être faites-vous partie de ceux qui reprennent pied avec l’Église après des années estudiantines dont on sait qu’elles ne sont pas toujours le point fort du cheminement spirituel… Vous revenez maintenant à l’Église et vous avez aussi votre place : votre chemin vous conduit vers le Seigneur.
C’est important de savoir que chacun a un chemin, et il y a un chemin pour chacun. Chacun a une demeure, et il y a une demeure pour chacun. Il faut s’en souvenir car il peut arriver que l’on soit découragé dans la vie spirituelle : on ne comprend pas tout, il y a des choses auxquelles on n’adhère pas, souvent par manque de connaissance, ou bien on est en chemin et on ne sait pas trop où aller, comme faire, comment comprendre telle parole du Christ, telle attitude de Son Église…
Il faut se redire que nous qui sommes ici, nous sommes tous des pèlerins vers le Seigneur, vers l’Éternité, vers la vie éternelle, et que ce pèlerinage prend la forme particulière de nos humanités. Et le Christ est présent dans ce pèlerinage, au milieu de nous, Il ne nous abandonne pas. C’est ce que le Chrétien a à proclamer de façon singulière. Chacun peut compter sur l’aide du Saint Esprit dans son pèlerinage terrestre.

Le Saint-Esprit pour guide

Le Saint Esprit a cette particularité de parler à notre esprit selon ce que nous pouvons entendre, de nous rejoindre avec la manière dont nous pouvons être rejoints. C’est le Saint Esprit qui sait nous comprendre comme personne, car c’est Dieu Lui-même : Il peut nous comprendre comme personne ne peut le faire, pas même notre conjoint, même après un grand nombre d’années de vie matrimoniale. L’Esprit de Dieu nous rejoint intérieurement pour que nous nous mettions à Sa suite.

C’est une belle parole que le Seigneur nous donne dans ce cinquième dimanche de Pâques. Nous fêtons la Résurrection du Christ. Cet événement nous amène dans l’Espérance : le Seigneur nous rejoint quels que soient nos parcours de vie – plus ou moins chaotiques, plus ou moins linéaires.

J’aime bien cette phrase du Père Raïmero Cantalamessa, Franciscain, prédicateur du Pape, qui dit :

Ainsi le Seigneur agit dans nos vies et nous sommes Guidés Par le Saint-Esprit !

Parfois nous regrettons d’avoir pris un chemin et aurions voulu faire autre chose. On le sait bien, le monde agit par distraction alors que Dieu agit par attraction. Si nous sommes connectés à nous-même, si nous sommes intérieurement habités, nous découvrirons le chemin qui nous conduira vers le Père en passant par le Christ. C’est le chemin particulier du Chrétien qui découvre dans cette humanité du Christ un chemin vers Dieu, et c’est là toute la grandeur de la foi chrétienne. Ainsi, dans toute forme d’humanité on trouve un chemin vers Dieu.
Avec le mystère de l’incarnation, la personne humaine prend une dimension considérable, car elle devient un chemin vers Dieu. C’est tout le mystère chrétien :

Ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

Cette identification à la personne la plus fragile, la plus abandonnée, ou à n’importe quel frère qui nous accompagne dans cette humanité, cette identification avec le Seigneur fait que l’on devient chacun pour l’autre un chemin vers Dieu.

Le chemin que le Christ a Lui-même emprunté

Vous qui vous vous préparez au mariage, vous qui avez déjà un certain nombre d’« heures de vol », vous pouvez dire que l’autre est un chemin pour aller vers le Seigneur. Et même si vous n’êtes pas toujours raccord en thermes de Foi – c’est peut-être le cas de certains couples ici présents – c’est quelque chose qui se cherche dans le plus intime. La grâce du sacrement de mariage est précisément de découvrir qu’il y a un chemin sûr pour aller vers Dieu dans l’humanité de l’autre. C’est dans le mystère de l’incarnation que cela nous est révélé. Dieu habite en Jésus par notre histoire.

Ainsi, il est bon de faire mémoire de la Résurrection du Christ : Il ne nous laisse pas désespérer de nos propres humanités ni de celles qui nous entourent. Au contraire, nous sommes pleins de confiance et d’espérance car, en nous appuyant sur le Seigneur, nous savons que les différentes difficultés que nous traversons empruntent les chemins de la vie éternelle.
Demandons à Jésus qu’Il nous aide. Soutenons-nous les uns les autres pour être les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à Son admirable lumière,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 6,1-7.
  • Psaume 33(32),1-2.4-5.18-19.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 2,4-9.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,1-12.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ?
Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi.
Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »

Thomas lui dit :
— « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
— « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
— « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
— « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.

Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »