Homélie du deuxième dimanche de l’Avent

12 janvier 2017

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche »

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Texte de l’homélie :

Bien chers frères et sœurs,

Le futur gouvernement on en parle, on y rêve, on en fait des cauchemars …
Cela nous dit au moins, l’importance d’un gouvernement !

Et voilà aujourd’hui, la première lecture d’Isaïe nous présente un souverain, un gouvernement… Celui même de Dieu.
Chers frères et sœurs n’oublions jamais ceci ; Dieu nous gouverne, c’est lui qui mène la barque, même si nous avons notre responsabilité. Mais savoir cela nous ôte une certaine pression : les saints sont ainsi… agis toujours comme si tout dépendait de toi, tout en sachant que tout dépend de Dieu.

Un roi qui gouverne le monde

Nous nous en mettons trop sur les épaules, et nous désespérons parfois de manière excessive de la marche du monde, de la marche de notre pays, de notre continent… Il ne s’agit en aucune façon de dire que tout va bien… mais simplement de situer l’initiative humaine à sa juste place. Car « tout dépend de Dieu » : nous chrétiens nous devons nous souvenir, que notre Dieu, c’est le pentocrate, c’est-à-dire celui qui dirige tout, à qui tout est soumis, ce Christ pantocrator au tympan de Vezelay, au tympan de nos cathédrales. Ne perdons jamais cela de vue.
Ce n’est pas parce que l’homme oublie Dieu que Dieu cesse de gouverner le monde.

Et quel est-il ce gouvernement de Dieu ?
Celui d’un roi messie, issu de la descendance du grand Roi David.
Un roi qui vient quand tout semble perdu…
Isaïe écrit probablement ce texte quand ça chauffe pour Juda, quand les occupants sont aux portes de Jérusalem, qu’on a le sentiment que malgré tout on en a plus pour très longtemps à jouir de l’indépendance… C’est alors qu’Isaïe annonce ce roi, comme un pousse verte, sur un vieux tronc mort… ça c’est le secret de l’intervention de Dieu, quand tout semble perdu, il a la liberté d’intervenir, de déjouer les pronostics, etc…

Quelles sont les qualités de ce roi ?
Il est comblé de cet esprit de Dieu : 7 dons.
Puis vient ce magnifique tableau… le loup habitera avec l’agneau… etc… un petit enfant les conduira…c’est un vrai tableau paradisiaque qui nous est offert… qui fait penser au Christ, après sa tentation en Saint Marc, entouré de bêtes fauves, sans qu’il n’en craigne rien… Magnifique tableau… ce fauve et ces herbivores, ensemble… Et tous dociles, à ce petit enfant qui fait régner la paix au milieu d’eux…
Chez Isaïe les animaux nous sont cités en exemple :
Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Les animaux exemples d’obéissance… mais par contraste n’y a-t-il pas justement un être qui n’accepte pas cette docilité ? Qui ne saurait suivre ce petit enfant ? Et cet être ne serait-ce pas l’homme ? Ne serait-ce pas Israël ? Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas.

Malheur à vous, nation pécheresse, peuple chargé de fautes, engeance de malfaiteurs, fils pervertis ! Ils abandonnent le Seigneur, ils méprisent le Saint d’Israël, ils lui tournent le dos.

Oui, certes magnifique tableau du paradis, passé, futur… peut être.
Ces bêtes obéissant à ce petit enfant. Mais avec un grand absent… l’homme, un être qui n’entre pas dans cette paix, dans cet ordre messianique. Car le gouvernement du roi messie peut être admirable, mais il faut une chose : il nous faut l’accepter ! Voilà la triste particularité de l’homme : pouvoir se dérober à l’ordre de Dieu !

Un roi d’humilité

Et Jean Baptiste va plus loin !
Il dit en substance : les pierres elles-mêmes valent mieux que vous ! Les pierres elles-mêmes peuvent avoir cette obéissance de la foi, car Dieu peut faire d’elles « d’authentiques enfants d’Abraham », et ailleurs dans l’évangile il nous est dit : si les hommes eux-mêmes refusent d’acclamer Jésus comme leur messie et leur roi, alors « les pierres crieront »

Mais comment nous les hommes nous nous montrons rebelles, comme les pharisiens et saducéens aujourd’hui visés refusent profondément de suivre ce roi messie ?
Jean Baptiste a une phrase terrible :
Ils fuient la colère de Dieu.
Comprenons bien ce que veut dire colère : Dieu n’a pas de passion, il ne s’énerve pas, la colère, c’est simplement cette impression d’immense décalage entre la sainteté de Dieu et notre péché.
Ce choc entre les deux… que Dieu paraisse, et je suis condamné, si je me confie en ma propre justice. Voilà ce que veut dire cette colère. Et qui aurait la témérité de vouloir ainsi tenir face à Dieu sans se confier à sa miséricorde ? Qui aurait l’audace de dire face à Dieu dans sa gloire : « je suis très bien comme ça et je n’ai pas besoin de toi ! » Alors si tu en es là dit Jean, ne viens pas te faire baptiser, ce serait une horrible comédie !

Bienheureuse colère de Dieu, qui nous permet d’être confrontés à nos propres ténèbres, bienheureuse colère qui lui permet de nous les révéler, qui nous empêche d’être dévorées par elles. Car le péché non dénoncé, les ténèbres intérieures non mises en lumière, c’est comme un cancer qui ravage tout notre homme intérieur. C’est être livré à l’endurcissement de son cœur, livré à ses propres convoitises, comme dit saint Paul et c’est là le suprême châtiment, être prisonnier de notre mal, parce que nous y sommes attachés.

Dieu n’est pas un tyran dont nous pourrions avoir peur, dont nous devrions nous protéger. C’est son humilité elle-même qui nous convainc de notre péché, c’est son humilité même qui révèle notre orgueil. Il est tellement en bas, à la dernière place, que si nous avons choisi un rang supérieur, tout à coup, nous nous sentons affreusement ridicules : le créateur de tout, est plus bas que moi, à mes pieds… et moi, je continuerai à jouer la comédie de la suffisance, de l’esprit de sérieux, de l’arrogance ?

Une petite anecdote… Saint Maximilien Kolbe était responsable, gardien de cet immense couvent en Pologne de Niepokalanow, plus de 700 religieux, une vraie imprimerie, qui tire à plus d’un million d’exemplaires, au milieu une piste d’aéroport.
Ces braves religieux doivent se faire couper les cheveux… et régulièrement, du coup une longue file devant le frère coiffeur, et certains s’impatientent… du coup, ce gardien que fait –il ? Au lieu de jouer d’éventuels privilèges, il se met à la dernière place, et attend patiemment son tour… et les mécontents se taisent… les impatiences se brisent, petite histoire bien simple pour manifester la force de conversion de l’humilité.

Les saints convertissaient les âmes
nous dit le Père Lamy.
Voilà le secret de la puissance des saints près des âmes, qui ne résistent pas à l’appel de Dieu par notre moyen. Les saints convertissaient les âmes : le cœur rempli de l’amour de Dieu, ils en déversaient le trop-plein dans les âmes avec humilité et tant de douceur, que l’orgueil humain était vaincu.

Cette puissance c’est d’abord celle de notre Dieu, qui s’abaisse. De celui qui vient. Puissions-nous abandonner toute suffisance, pour redevenir des enfants qui sauront accueillir avec Marie l’enfant Dieu qui vient vers nous.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 11,1-10.
  • Psaume 72(71),1-2.7-8.12-13.17.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 15,4-9.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3,1-12.

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : ‘Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.’
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion.
N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »