Homélie du sixième dimanche de Pâques

22 mai 2017

« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur »

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Frères et soeurs bien aimés, nous nous approchons tout doucement de la Pentecôte, qui vient clôturer ce temps Pascal et nous avons dans cette lecture de l’Évangile déjà un avant-goût de cet appel du Saint-Esprit et de l’action du Saint-Esprit en nous.

C’est intéressant de nous interroger sur la relation que nous avons avec chaque personne divine, Père, Fils et Esprit.
Quand nous prions, nous adressons-nous d’abord au Père, ou au Fils, ou à l’Esprit du Seigneur et on le sait bien, cet Esprit Saint est souvent ce grand inconnu, celui auquel on ne pense pas forcément, alors que c’est Jésus lui-même qui nous a envoyé son Esprit pour nous faire souvenir de toutes ses paroles, qui nous fait souvenir aussi que nous pouvons appeler Dieu « Père » grâce à son Esprit Saint.

Aujourd’hui, grâce à l’Esprit, comme dit Jésus :

Vous me verrez vivant et vous vivrez aussi.

C’est l’Esprit du Seigneur qui nous fait découvrir que le Christ est vivant et qu’il nous fait adhérer à Jésus lui-même.
Ce n’est pas si facile à comprendre parce que ce n’est pas à la manière humaine que le Christ veut apparaître à nos yeux de chair, on le sait bien. On le sait bien, il est venu parmi les hommes, il a souffert et puis nous allons jeudi célébrer l’Ascension, son retour dans la gloire avec son âme et son corps.
C’est son Esprit qui nous permet de le voir vivant. Où le voit-on vivant ? Où peut-on encore le découvrir, le toucher ?
C’est l’esprit saint qui nous fait découvrir le Christ dans plusieurs lieux.

Le Christ présent dans la communauté des chrétiens

Dans les Actes des Apôtres, on voit bien que la rencontre avec le Christ, c’est la rencontre avec les disciples, cette unité entre la communauté des chrétiens et le Christ.
Dans la conversion de Saint Paul, Saint Paul entend une voix qui dit : "Je suis Jésus que tu persécutes", alors qu’il persécute les disciples de Jésus, c’est bien donc qu’il y a une identification entre la communauté chrétienne et le Christ lui-même.
C’est l’Esprit Saint qui nous fait discerner dans la communauté chrétienne le Christ qui est vivant.
Lorsqu’il s’est agit au fil de l’Eglise de savoir si tel passage de l’Ecriture était ou non inspiré, on regardait entre autre s’il y avait une communauté chrétienne pour qui ce passage était une source de vie, pour qui cette Parole de Dieu habite et vit encore. C’était un des critères de discernement.

Le Christ présent dans sa Parole

C’est l’Esprit Saint qui nous fait discerner le Christ dans sa Parole, Nouveau comme Ancien Testament, à tel point que dans les premiers temps de l’Eglise, les Pères de l’Eglise avaient fait une analyse de l’ancien Testament, mais à la lumière du Christ, en montrant les préfigurations du Christ.
C’est l’Esprit du Seigneur qui nous fait connecter les mystères de Dieu et nous en faire prendre goût, qui nous fait faire le lien entre l’Eucharistie, entre l’Eglise, entre la Vierge Marie, entre la Parole de Dieu. Tout cela est mystérieux, révélé, transcendant, mais c’est l’Esprit du Seigneur qui nous permet de faire le lien, en contemplant ces mystères et en éprouver une joie, celle de découvrir le Christ vivant présent dans la foi de l’Eglise.

Le Christ vivant dans ses sacrements

C’est pour cela que nous sommes ici rassemblés autour du Christ vivant qui va se donner avec son Corps et son Sang, il est présent sous ces formes tellement pauvres.
Ce qui me marque beaucoup lorsque je célèbre les sacrements, c’est leur caractère simple. On les embelli avec de la musique, des instruments, mais le sacrement seul est très pauvre : un peu d’eau sur le front d’un enfant, de pain et de vin, quelques paroles pour le pardon des péchés, l’échange des consentements pour les époux, c’est simple par rapport à ce que le monde peut fabriquer.
C’est dans cette simplicité, dans cette fragilité du sacrement que Jésus continue de se laisser voir et de se laisser toucher.

C’est dire frères et soeurs bien-aimés comme nous avons besoin de l’insistance du Saint Esprit.

Et dans ce temps qui nous sépare de la Pentecôte, nous pourrions demander au Seigneur de nous montrer le Christ vivant de façon plus large dans les circonstances, dans les nécessités.

Le philosophe Pascal disait :

Les circonstances et les nécessités, voilà nos maîtres spirituels.

C’est quelqu’un qui a un regard de foi. L’esprit nous permet d’avoir un regard de foi, de voir les réalités. Le voisin les voit aussi, mais nous nous voyons dans la réalité, dans cette circonstance que l’on rencontre quelque chose d’autre que le voisin qui n’est pas habité de l’Esprit Saint ne voit pas : nous voyons tout simplement le Christ qui est là, vivant et qui nous attend, qui nous tend la main.

Demandons au Seigneur que nous puissions développer davantage notre intimité avec l’Esprit de Dieu, père des pauvres, qui ne nous laisse pas orphelins, dit Jésus, qui exerce sur nous une certaine paternité qui permet de nous engendrer à la vie nouvelle, de nous découvrir enfants de Dieu.

Ce qui est magnifique avec le Saint Esprit, c’est qu’il nous parle à la manière dont nous pouvons écouter, il nous rejoint avec le chemin qui nous est propre, il nous console - c’est l’Esprit consolateur - quand nous sommes dans l’épreuve, à la manière dont nous avons besoin d’être consolé.
On sait bien lorsque nous sommes à côté de personnes en souffrance combien nos paroles semblent vaines, seul l’Esprit du Seigneur console celui qui est dans la peine de la manière dont il a besoin d’être rejoint.

Frères et soeurs bien aimés, redoublons de ferveur dans ces dernières lignes droites qui nous séparent de la Pentecôte, demandons à l’Esprit du Seigneur de nous éclairer, de nous faire voir le Christ vivant, que nous soyons de hommes et des femmes de foi, avec un regard de foi.
Puisse l’Esprit Saint nous y aider ainsi que la Vierge Marie, en ce mois de mai, elle qui a cru, qui a été couverte du Saint Esprit, qui a reçu par grâce de Dieu le Verbe de Dieu en elle.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 8,5-8.14-17.
  • Psaume 66(65),1-3a.4-5.6-7a.16.20.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 3,15-18.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,15-21.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous.
L’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous.
Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi.
En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous.
Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »