Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs, vous ne serez sans doute pas étonnés que je vous parle du chapelet, du rosaire, à l’occasion du départ de frère Gérard pour le Ciel. Frère Gérard ne me reprocherait certainement pas. Tous savent en effet frère Gérard comme un grand propagateur du chapelet. Il a distribué généreusement des milliers de chapelets fluorescents.
S’il l’a fait, c’est parce qu’il a trouvé dans le chapelet un moyen qui l’aidait beaucoup dans sa vie spirituelle. Il reprenait volontiers à son compte cette affirmation de saint Jean-Paul II :
« Le Rosaire est ma prière préférée. C’est une prière merveilleuse. Merveilleuse de simplicité et de profondeur. » (Jean-Paul II, 29 octobre 1978)
Comme chacun sait, il voyait le chapelet comme moyen pour monter au Ciel !
Monter au Ciel par le chapelet
Comme vous le savez sans doute, le chapelet reprend trois facettes principales de notre prière : la contemplation des mystères de la vie du Christ vus à travers le Cœur de la Vierge Marie (Paul VI, Marialis cultus n° 47), les fruits de ces mystères et le moyen de présenter nos intentions au bon Dieu par l’intercession de la Vierge Marie.
La contemplation des mystères de la vie de Jésus
La contemplation des mystères de la vie de Jésus est certainement l’élément fondamental. Le chapelet a été pour frère Gérard un chemin de contemplation. La contemplation est une manière de se laisser rejoindre, habiter par les mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de la vie de Jésus.
Comme frère Gérard aimait le chanter :
Le fruit de la contemplation de ces mystères
Le fruit de la contemplation de ces mystères est une attitude, une vertu. En effet, notre foi doit se traduire dans notre agir. On ne croit pas seulement avec sa tête ; la foi doit se traduire par les actes. Il s’agit de conformer notre vie à celle de Jésus.
C’est une manière de répondre à l’exhortation de saint Paul :
« Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus. » (Ph 2, 5)
On confie à la Vierge Marie le soin de nous former à l’image de Jésus. Ainsi, traditionnellement, le fruit du mystère de l’annonciation est l’humilité ; celui de la résurrection est la foi ; celui de l’ascension, l’espérance ; …
« Lorsque vous priez le Rosaire, en me suivant près de ma Mère … j’imprime en vous ma ressemblance. »
Dans les nombreux témoignages que nous avons reçus, beaucoup soulignent la gentillesse de notre frère, sa simplicité, son sourire, son amour pour Marie, …
L’intention de prière
Chaque dizaine est l’occasion de présenter au Seigneur nos intentions par l’intermédiaire de la Vierge Marie. Frère Gérard avait très à cœur de présenter au Bon Dieu toutes les intentions qui étaient confiées à la communauté.
J’aimerais reprendre avec vous quatre mystères du rosaire pour montrer en quoi cela a aidé notre frère dans son chemin spirituel.
Les mystères préférés de Frère Gérard
Le mystère joyeux de la visitation
Comme Marie, frère Gérard n’était pas tourné vers lui-même mais vers les autres. Il s’intéressait vraiment à ce que vivaient les frères des autres communautés.
De la Vierge Marie, il a appris la louange et l’action de grâces. Il était généralement dans une posture de louange et d’adoration : émerveillement par rapport aux grâces qu’il reçoit, à l’aide que les uns et les autres lui prodiguaient, …
Il aimait l’empressement de Marie pour le service. Jusqu’au bout, frère Gérard était habité par un feu, une ardeur. C’était difficile pour lui de ne pas pouvoir – en raison de son handicap – aider davantage. Il lui était très difficile de se sentir inutile. Il faut bien avouer que son empressement n’était pas toujours aussi éclairé que celui de la Vierge Marie, ce qui lui attirait des remarques désagréables.
Le mystère lumineux de l’Eucharistie
Il voyait dans l’Eucharistie un véritable trésor et l’exprimait à travers ses chansons :
Cela transparaissait dans sa manière de s’approcher du saint Sacrement où, pour compenser sa vue déficiente, il se mettait tout près du tabernacle. Nous avons été touchés par sa manière très fervente de participer à la messe. Recevoir la communion était vraiment pour lui le moment phare de la journée, son réconfort.
Le mystère douloureux du crucifiement
C’est peut-être la méditation des mystères douloureux de la vie de Jésus qui l’a le plus soutenu. Un frère témoigne :
Et il coupait court si l’on colportait des médisances. »
Un autre frère témoigne : [( « Jamais je ne l’ai entendu critiquer ou émettre un reproche contre son prochain… pourtant bien souvent, il aurait eu de quoi ! »
Il n’était pas du tout rancunier. S’il avait été rembarré, il pouvait proposer un service ou avoir un geste de délicatesse dans la minute qui suivait.
C’est ce qu’il exprime dans certains chants qu’il a composés :
« Il est mon amour, et c’est pour toujours. Avec Lui je reprends courage ! »
Frère Gérard disait combien le chapelet lui maintenait le moral. Nous ne l’entendions pas se plaindre. Il gardait le sourire dans les moments difficiles. Il a été souvent humilié ; il a dû porter le handicap d’une vue déficiente, d’une surdité qui le mettait hors-jeu dans les conversations ; il a souffert physiquement d’arthrite, de chondrocalcinose, … Il aurait eu toutes les raisons d’être amer. Mais il a choisi une autre voie. N’est-ce pas précisément l’enjeu de notre vie à la suite de Jésus : ne pas sombrer dans l’amertume mais poursuivre notre chemin avec le cœur ouvert en dépit des difficultés.
Comme le disait la première lecture :
« J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. » (Rm 8, 18)
Le mystère glorieux de l’Ascension
Le Ciel est très présent dans les chansons de frère Gérard. Comme il l’a enseigné à des milliers de louveteaux ou d’enfants qui venaient à l’abbaye :
Cette perspective du ciel le faisait vibrer :
« Dieu me donnera la victoire ; il me recevra dans sa Gloire ; il me prendra auprès de lui dans son paradis. »
Il chantait encore avec un brin d’humour :
« La vie, c’est un pèlerinage ; tôt ou tard, on déménage. »
Il ne se lassait pas de redire avec ardeur et conviction :
En conclusion :
Alors que nous accompagnons frère Gérard dans sa dernière demeure, nous sommes invités à nous renouveler dans la prière du chapelet. Cette prière peut vraiment nous rendre plus familiers des mystères de la vie de Jésus, à imiter de plus près le Seigneur et aussi à obtenir de nombreuses grâces.
Dans l’une de ses chansons, frère Gérard déclarait : « Au royaume de lumière, je veux m’unir aux prières des grands saints du paradis pour y tirer mes amis ». Prenons-le au mot et n’hésitons pas à le prier pour qu’il nous obtienne de nombreuses grâces pour tous ceux qui sont dans la détresse,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains 8, 15-18.
- Psaume 24(23),1-2.3-4ab.5-6.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 19, 25-25 :
Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.
Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »
Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. »
Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

