Homélie de la fête de la dédicace de la Basilique du Latran

13 novembre 2014

« Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : "L’amour de ta maison fera mon tourment".

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs,

Si l’Église porte une attention particulière aux jeunes — une attention qui doit aussi animer notre communauté —, c’est parce que la personne humaine se construit grâce aux autres et au corps social. Nul ne se construit dans la solitude ou dans l’individualisme. Être membre de l’Église nous donne accès à une multitude de ressources, tant humaines que spirituelles, qui nous façonnent. Jusqu’au dernier instant de la vie, y compris dans la maladie ou le grand âge, nous sommes accompagnés. C’est là une grâce immense : qu’il s’agisse des fiancés cheminant vers le mariage, des personnes hospitalisées ou en fin de vie, chacun peut trouver un soutien. L’Église est communion, et c’est au Ciel que nous mesurerons pleinement tout ce que nous lui devons : elle nous aide à grandir, nous nourrit de son enseignement et nous relève par la miséricorde du sacrement de réconciliation.

Cela doit d’abord susciter en nous une attitude d’action de grâce. Mais cela doit aussi nous amener à une question essentielle : en quoi puis-je être un membre actif, une « pierre vivante » ? Le rituel de la dédicace nous rappelle que les édifices de pierre sont le signe d’une réalité spirituelle que nous portons en nous. Comment puis-je rendre cette Église plus belle, non seulement par ma prière, mais par mon action et ma charité ? Car c’est en se donnant à la construction de l’Église que l’on se construit soi-même. Lorsque Jésus chasse les vendeurs du Temple en s’écriant :

« Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » (Jn 2,16)

Il dénonce l’oubli de la personne humaine. Le Temple de Jérusalem, préfiguration de nos églises, abritait la présence d’un Dieu personnel. En chosifiant le culte, en le réduisant à du commerce ou à un moralisme étroit, les marchands ont séparé la religion de la croissance spirituelle de chacun. Ce risque nous guette encore aujourd’hui : perdre de vue que tout dans l’Église doit être au service de la croissance du Corps du Christ et de chaque personne. Comme l’affirme le Concile Vatican II :

« L’Église est le signe visible de l’unité du genre humain »

Elle nous rappelle que l’humanité entière est appelée à la communion avec Dieu et entre ses membres. Nous ne sommes pas une simple juxtaposition d’individus isolés, mais une véritable famille humaine où chaque geste retentit sur les autres, de manière visible ou invisible. Dès lors, comment faire grandir cette Église qui nous a engendrés à la vie divine par le baptême ? Là où nous sommes, nous la représentons. Certains d’entre vous, notamment parmi les jeunes professionnels, êtes parfois les seuls chrétiens dans votre milieu de travail. On se tourne vers vous pour chercher un conseil ou une orientation face à une situation délicate, parce qu’on discerne en vous une présence de Dieu, une écoute, une sagesse et une vraie maturité spirituelle.

Il est providentiel que nous célébrions cette fête de la Dédicace un dimanche. C’est l’occasion d’une prise de conscience et d’un nouveau départ. Certes, l’Église peut parfois nous décourager par ses faiblesses humaines ou les scandales de ses membres. Mais elle demeure avant tout une réalité spirituelle : le Corps du Christ. Sainte Jeanne d’Arc disait :

« De Jésus Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un. »

Et Blaise Pascal écrivait que :

« L’Église est le Christ continué. »

C’est en rejoignant la communauté des croyants que l’on rencontre le Christ, tout comme on le rencontrait à travers les apôtres. Affirmé qu’on aime Jésus mais qu’on refuse l’Église est une contradiction, car le Seigneur a explicitement voulu fonder une communauté structurée. La structure hiérarchique et le Magistère de l’Église catholique sont une grâce : ils nous offrent une certitude de foi qui nous préserve des interprétations extrémistes ou laxistes, contrairement aux ensembles sans autorité doctrinale centrale.

En même temps, l’Église offre une immense diversité de spiritualités. Sa catholicité, c’est-à-dire son universalité, la détache des seuls intérêts nationaux — à la différence des Églises nationales parfois liées au pouvoir politique. Rendons grâce pour cette Église universelle et personnelle, lieu de communion et de croissance. Demandons au Seigneur de renforcer notre sentiment d’appartenance, non pas dans un repli identitaire qui n’a pas de sens, mais dans une vision large et ouverte. Avoir le sens de l’Église, c’est voir grand : c’est se savoir déjà en communion avec le Royaume, avec nos défunts et avec tous les saints dont nous chantons la litanie lors d’une dédicace ou d’un baptême. Que notre vie retentisse dans la communion des saints, et rendons grâce pour cette Église que le Christ a voulue pour le salut du monde. Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Ézéchiel 47,1-2.8-9.12.
  • Psaume 46(45),2-3.5-6.8-9a.10a.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 3,9b-11.16-17.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2,13-22 :

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes :
« Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : L’amour de ta maison fera mon tourment.

Les Juifs l’interpellèrent :
— « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
Jésus leur répondit :
— « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent :
— « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps.
Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.