Homélie de la fête du Cœur Immaculé de Marie

16 juin 2026

C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs,

Au lendemain de la fête du Sacré-Cœur, l’Église nous invite à faire mémoire du Cœur immaculé de Marie, qui a été mis en valeur d’une manière particulière par les apparitions de Fatima. Notre communauté célèbre aussi le Cœur immaculé de Marie Refuge des pécheurs au moment de sa fête patronale.

Il est bon de commencer par voir ce que signifie le cœur pour la Bible. Ensuite nous verrons quelques maladies du cœur humain, j’en développerai trois.
Et enfin je vous proposerai trois pistes pour que notre cœur ressemble davantage à celui de la Vierge Marie.

Le cœur dans la Bible

Le lieu de l’intériorité de l’homme, le plus intime

Dans la Bible, le cœur n’est pas le lieu des états d’âme sentimentaux. Ce n’est pas de l’ordre de la sensibilité voire de la sensiblerie. C’est un niveau beaucoup plus profond. C’est le lieu où Dieu est plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. C’est le lieu où l’on rencontre Dieu.

C’est le lieu où l’homme dialogue avec lui-même (Gn 17, 17 ; Dt 7, 17), où il réfléchit, où il cherche à comprendre. La parole de saint Luc y fait référence :

« Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

Ce verset sert de toile de fond à la liturgie de cette fête. C’est le lieu où se posent les questions les plus profondes et où l’on cherche à entendre la réponse de Dieu. C’est le lieu du combat spirituel.

Le lieu de la décision

Le cœur est le lieu où l’homme assume ses responsabilités, s’ouvre ou se ferme à Dieu. C’est le lieu des choix décisifs, celui de la Loi non écrite (Rm 2, 15).

Le cœur est le lieu où l’on accueille la volonté de Dieu.

« Ce qui s’est passé aux noces de Cana (Jn 2,1s) témoigne de cette harmonie particulière entre mère et fils pour rechercher la volonté de Dieu. » (Benoît XVI, 30 mai 2009)

C’est en fonction des décisions qui sont prises, des effets, que nous pouvons connaître quelque chose du cœur.

Le lieu où opère la grâce

Le cœur nouveau est vraiment un fruit de la grâce, un don de Dieu :

« Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. » (Ez 36)

C’est le lieu où agit la grâce et qui a rendu le cœur de Marie Immaculé. La grâce agit à notre insu.

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » (Mc 4)
« C’est Dieu qui donne la croissance. » (1 Co 3, 6)

C’est à ce niveau du cœur que nous rejoint essentiellement le salut de Dieu.

Quelques maladies du cœur humain

Le cœur de Marie est immaculé. Comme par contraste, nous voyons quelques maladies du cœur dont Marie est indemne. Je retiendrais trois maladies.

Duplicité

A la différence de Dieu, nous ne voyons pas le cœur. De ce fait, nous pouvons donner le change, aux yeux des autres. C’est l’hypocrisie où il y a une intention de tromper.
La Bible dénonce souvent ceux qui ont le « cœur double » (Os 10, 2) :

« L’ennemi n’a que douceur sur les lèvres, mais dans son cœur il cherche à te précipiter à la fosse. L’ennemi peut avoir les larmes aux yeux, mais s’il en a l’occasion, il sera insatiable de ton sang. » (Si 12, 16)

Mais Dieu connaît les cœurs.

« Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » (1 S 16, 7)

Dieu est celui « qui scrute les cœurs et les reins » (Ps 7, 10). Il « connaît le fond des cœurs » (Ps 43, 22).

Nous pouvons aussi nous faire des illusions sur notre bonté ! Cela peut être plus où moins conscient. C’est dans ce sens que le psalmiste demande à Dieu d’y voir clair sur lui-même :

« Éprouve-moi, Seigneur, scrute-moi, passe au feu mes reins et mon cœur. » (Ps 25, 2)

Bien évidemment, il n’y a aucune duplicité en Marie qui a un cœur parfaitement simple.

Mauvaise réaction devant l’adversité ou la souffrance

Une deuxième maladie du cœur se révèle dans le test à l’effort. L’épreuve, quelle qu’elle soit, vient révéler l’intime du cœur. Dans l’épreuve, on ne peut pas se cacher. Comme le dit saint Pierre en parlant des épreuves :

« elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or » (1 P 1, 7)

Dorothée de Gaza, un père de l’Église, explique très bien cela :

« Il arrive aussi qu’un frère, se croyant installé dans la paix et la tranquillité, lorsqu’on lui dit une parole pénible, soit plongé dans le trouble. Et il juge qu’il a raison de s’affliger, se disant en lui-même : ‘S’il n’était pas venu me parler et me troubler, je n’aurais pas péché.’ C’est une illusion, c’est un faux raisonnement. Celui qui lui a dit cette parole, y a-t-il introduit la passion ? Il lui a révélé la passion qui était en lui, afin qu’il s’en repente, s’il le veut. Ainsi, ce frère était pareil à un pain de pur froment, d’apparence brillante, mais qui, une fois rompu, ferait voir sa corruption. Il était installé dans la paix, croyait-il, mais il avait au-dedans de lui une passion qu’il ignorait. Qu’un frère lui dise une seule parole, et aussitôt a jailli la corruption qui était cachée en lui. S’il veut obtenir miséricorde, qu’il se repente, qu’il se purifie, qu’il progresse, et il verra qu’il devra plutôt remercier son frère d’avoir été pour lui la cause d’un tel profit. En effet, les épreuves ne l’accableront plus autant. Plus il progressera, plus elles lui paraîtront légères.
À mesure en effet que l’âme progresse, elle se fortifie et devient capable de supporter tout ce qui lui arrive. » (Instruction Spirituelle, 9e mardi)

Le passage d’évangile que nous lisons aujourd’hui montre ce que Marie avait dans le cœur. Vous imaginez sans peine le souci que Marie s’est fait pendant les trois jours où elle a cherché Jésus avec Joseph. C’est ce qu’Elle dit à Jésus lorsqu’elle le retrouve :

« Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! »

La réponse de Jésus peut nous apparaître un peu dure :

« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. »

Et de fait saint Luc nous dit :

« Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. »

Dans cette situation d’incompréhension, quelle est l’attitude de Marie ? Saint Luc nous le dit :

« Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. »

Difficulté à tenir dans la durée

Le cœur peut aussi se fatiguer dans la durée, On le voit bien dans l’histoire sainte : il y a une sorte d’entropie qui fait qu’après une période de ferveur il y a une période de relâchement. Il n’est pas si simple de rester fidèle dans l’amour et de résister à l’épreuve du temps.

« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? » (Dt 8, 2)

Là aussi, Marie reste fidèle au « oui » de l’Annonciation pendant tout Son parcours, notamment au pied de la Croix.

Trois pistes pour que notre cœur ressemble davantage à celui de Marie

Gagner en profondeur et en intériorité

Nous voyons en Marie un cœur profond qui ne réagit pas immédiatement, qui n’est pas emporté par ses émotions. C’est un cœur réceptif qui s’expose et se rend vulnérable à la grâce.

Pour aller dans ce sens, nous sommes appelés à faire oraison. Dans l’oraison, nous donnons à Dieu l’opportunité d’agir en nous.

Pendant l’oraison, comme le dit bien le catéchisme, les distractions peuvent nous révéler ce à quoi nous sommes trop attachés ou ce que nous ne remettons pas assez entre les mains de Dieu.
L’oraison, à l’école de Marie, est un chemin pour purifier notre cœur.

Travailler l’action de grâce et la louange

Le cœur de Marie n’est pas un cœur chagrin qui rumine ses malheurs, qui est gagné par l’amertume mais un cœur qui voit Dieu à l’œuvre, un cœur où la souffrance ne tourne pas vinaigre. C’est un cœur qui tressaille de joie dans le Seigneur comme le chante Anne, la mère de Samuel, ainsi que Marie dans son Magnificat.

L’action de grâces, la louange, la gratitude, sont des clés puissantes pour ouvrir nos cœurs à Dieu et à Sa grâce.

Veiller aux pensées qui nous habitent

C’est un point auquel les Pères de l’Église étaient attentifs. Ils parlaient des logismoi, ces pensées qui nous habitent et nous conduisent au péché. Comme le dit Jésus dans l’Evangile, le péché commence à l’intérieur du dedans, du cœur de l’homme :

« Du cœur procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères… : voilà les choses qui rendent l’homme impur. » (Mt 15, 19)

Il est donc important de prendre conscience des pensées qui nous habitent. Or il faut bien avouer que nos pensées ne sont pas toujours évangéliques !

Hier, à l’occasion de la fête du Sacré Cœur, la liturgie nous rappelait ces mots Seigneur :

« Car moi, je connais les pensées que je forme à votre sujet – oracle du Seigneur –, pensées de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29, 11)

De même, nous voyons à Ses réactions que Marie n’est pas habitée par des pensées d’amertume, même si Elle n’a pas été épargnée par la souffrance ou les contrariétés.

Conclusion :

N’hésitons pas à prendre exemple et appui sur la Vierge Marie pour gagner en qualité de cœur !

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 61,9-11.
  • Premier livre de Samuel 2,1.4-5.6-7.8abcd.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 2,41-51 :

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume.
À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit :
— « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! »
Il leur dit :
— « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »
Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements.