Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs,
Ce que Jésus nous annonce, c’est le Royaume, le Royaume qui est là. Et les Béatitudes sont comme un portique, comme une entrée, un texte auquel on s’est peut-être trop habitué.
Comment décrire le Royaume dont Jésus parle ?
C’est pour nous qu’il est donné : Jésus est le Royaume, Il porte le Royaume. Et ce que nous faisons souvent, c’est d’y penser comme si c’était pour demain. Mais le Royaume que Jésus apporte n’est pas une promesse, il n’est pas une règle morale, il est simplement le cœur habité par le cœur de Dieu.
Et ces Béatitudes, on les lit souvent, on raconte beaucoup de choses à leur sujet, mais, sincèrement, savons-nous comment les vivre ? C’est un peu comme tous les paradoxes de l’Évangile où l’on est face à de beaux textes inspirants, mais comment les appliquer dans la vie concrète ?
Or, ce que Jésus apporte, c’est vraiment apprendre à aimer comme Il aime, à aimer comme le Père aime, comme il sera dit dans Saint Jean. Et c’est ça le Royaume.
De quoi avons-nous besoin d’être sauvés ?
Le salut que Jésus nous apporte, quel est-il ? C’est simplement apprendre à être délivré de la faute, le « mal-pris" d’Adam et Ève qui vivent, un peu comme tous les humains, en miroir avec les gens : suivant ce que j’aime, j’aime pas, je prends, je prends pas…
Or Dieu n’a de mépris pour aucune de ses créatures. Et s’Il est Père, c’est parce que toute créature est Son fils, Son fils bien-aimé.
On raconte même que dans la vie du Père Lamy, quand il était un peu embêté par le démon, il voulait l’insulter et il a cette intuition que la Vierge lui disait que ce n’était pas possible parce qu’il s’agit tout de même du premier-né des créatures…
Ce que Jésus nous apprend, c’est de vivre comme Lui. Et cela nous est donné. Très souvent nous sommes simplement à penser que c’est pour demain, c’est quand on sera saint.
Par exemple, quand Saint Paul dit :
« Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi ! »
Et on pense « Ah, ça c’est quand on sera saint, ce sera pour la fin de la vie ». Non, c’est la grâce chrétienne de base, pour apprendre à aimer pleinement !
Quel programme de vie les Béatitudes nous proposent-elles ?
Alors ces Béatitudes, elles sont importantes parce qu’elles vont nous apprendre à travailler notre cœur. Les pauvres de cœur, les doux, les affligés, les affamés de justice, c’est un peu tout ce travail sur le désir, sur le manque qui nous amène à apprendre à vivre, à recevoir la vie et à vivre à partir du fond de notre cœur…
La miséricorde, le cœur pur, les artisans de paix… Ça va être tout ce lien, ce travail sur le lien, la relation avec les autres. Et les conflits et la révélation des persécutés, la calomnie : apprendre à vivre la vérité dans l’épreuve.
Nous pensons tous que Jésus va nous donner le Paradis, un monde nouveau, exactement comme les apôtres qui, juste avant l’Ascension, disent encore :
« C’est maintenant que tu vas faire le Royaume ? Le royaume politique ? Que tu vas tout mettre en ordre ? »
Or, c’est pas ça que Jésus annonce dans le Royaume. Il vient réveiller les cœurs. Il vient donner cet amour avec lequel le Père nous aime, chacun. Et Jésus montre bien que ça ne dépend pas de la qualité, parce que chaque créature est Son trésor, chaque créature !
Et Jésus va nous apprendre, justement, à vivre de cet amour.
Avec les Béatitudes, voir plus loin et plus grand
C’est important pour nous de découvrir comme aimer de cet amour, un peu comme quelqu’un comme Saint François qui est capable de voir dans la nature, de voir dans les frères, de voir même dans les ennemis, des fils de Dieu, et de ne pas vivre simplement à partir de « ce qui me plaît, ce qui me plaît pas », « ce qui est dans mes idées », de manger l’arbre du Bien et du Mal. Non, parce que Dieu est au-delà.
Alors, en effet, ça nous demandera un effort. Et Jésus va le montrer dans la suite de cet enseignement de base, parce qu’on appelle ça le Sermon sur la Montagne et c’est tout à fait juste parce que c’est Jésus qui interprète la Loi, qui donne la Loi par sa finalité du Royaume de Dieu. Demandons donc au Seigneur d’apprendre à vivre, à accueillir ce Royaume.
Ce Royaume, il se reçoit, il ne s’impose pas. Jésus n’a pas imposé Son Royaume, il l’a offert. Il le donne à tous ceux qui le désirent. Ainsi, demandons de sortir, si vous voulez, de cette manière d’aimer qu’ont les hommes qui, pour aimer, jugent et font finalement des clivages, des séparations…
Nous sommes envoyés porter le Royaume au monde dès la fin de la messe !
Dieu, Il n’est pas séparation. Dieu, Il est cette union.
Que nous puissions vivre dans cette unité, de vivre à partir non de notre moi, de nos désirs d’être grands, mais à partir vraiment de cet amour avec lequel le Seigneur nous a aimés, nous a rachetés pleinement.
Cet amour de miséricorde qu’Il a pour nous, qu’Il nous demande simplement de laisser couler, de communiquer tant bien que mal aux autres pour être nous-mêmes. C’est ainsi qu’à la fin de la messe, nous sommes envoyés pour être le corps du Christ avec tous ceux que nous allons rencontrer,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre de Sophonie 2,3.3,12-13.
- Psaume 146(145),7.8.9ab.10b.
- Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1,26-31.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12a :
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »