Homélie de la solennité de l’Assomption de la Vierge-Marie

16 août 2026

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. »

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs bien-aimés,

Comme vous le savez, la fête de l’Assomption, c’est la fête de l’entrée dans la gloire de Dieu de la Vierge Marie avec Son corps et Son âme. Mais peut-être, pour approfondir cette fête, cette solennité, il est bon d’en redonner le contexte : c’est en 1950 que le pape Pie XII a proclamé le dogme de l’Assomption, qui était déjà présent dans la foi de l’Église depuis bien longtemps.

Mais la date n’est pas sans un lien avec ce qui a précédé, c’est-à-dire au sortir de la Seconde Guerre mondiale. L’Église veut être, à travers cette proclamation, comme une lumière dans les ténèbres. Après les ténèbres de la Seconde Guerre mondiale où la personne humaine a été humiliée, réduite à néant, l’Église réaffirme, par la voix du souverain pontife, l’entrée de Marie, personne humaine, avec Son corps et Son âme, dans la gloire de Dieu.

C’est la gloire de Dieu qui est vraiment la bonne mesure de la personne humaine, non pas les effroyables choses commises lors de la Seconde Guerre mondiale. Et après, en 1954, par voix de radio-message, il proclamera Marie comme Reine, c’est-à-dire non seulement Marie est avec Son corps et Son âme dans la gloire de Dieu, mais est associée au gouvernement de Dieu.

Le destin de la Vierge Marie, c’est aussi notre propre destinée. Alors on va rendre grâce pour cette audace du pape Pie XII, qui, au sortir de la guerre, a voulu être cette lumière, ce phare dans les ténèbres.

Et pour bien comprendre la portée aussi de cette solennité, il m’est apparu que la présence de trois femmes enceintes est une lumière aussi pour nous. Vous le savez, les grâces dont la Vierge Marie bénéficie, viennent de Sa maternité divine. Et on voit dans les lectures, si vous avez prêté attention, il y a trois femmes enceintes : dans la première lecture, cette femme qui est sur le point d’accoucher, et puis il y a un dragon qui veut dévorer l’enfant ; et puis dans l’Évangile, deux femmes enceintes : Marie, qui vient de recevoir l’Annonciation, qui est enceinte du Seigneur, et puis sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste.

C’est ce mystère de vie qui, précisément, nous aide à traverser les ténèbres. Au fond, à travers cette solennité de l’Assomption, nous sommes tous invités à mettre le cap sur la fécondité. Et cela n’a pas échappé au pape Léon XIV, qui a donné comme thème de son voyage - quand il viendra en France fin septembre - que « Le monde est la vie ».

Parce que cette vie, bien sûr, elle était humiliée pendant les guerres, mais cette vie aussi est en danger, et on l’a vu assez récemment avec les dernières lois sur les fins de vie, où la personne humaine est réduite aussi à un simple légume et que on ne prend pas assez soin d’elle.
A l’inverse, nous disons que chaque personne, quel que soit son état de développement, quelle que soit sa fragilité, est appelée à la gloire de Dieu, à une dignité, est appelée à collaborer au gouvernement de Dieu. C’est tout à fait autre chose.

Parce que justement, cette puissance de vie qui vient du Seigneur et qui rayonne sur la Vierge Marie veut aussi rayonner sur nous. Faut-il encore nous laisser toucher par le Seigneur parce que, au fond, pour avoir cette puissance de vie, pour rayonner cette gloire de Dieu, il y a une condition. Cette condition qui vient du titre même de la solennité que nous fêtons aujourd’hui : dans le mot « Assomption », vous entendez « assomptée » (le mot est moins utilisé), mais vous entendez « assumer ». Vous entendez ainsi « se laisser agir par Dieu ».
Se laisser agir par Dieu, c’est la condition pour que la Vierge Marie puisse rentrer avec Son âme et Son corps dans la gloire de Dieu.

Et aussi c’est la condition aussi pour chacun de nous. Se laisser agir par Dieu, au fond, c’est rentrer dans un lâcher-prise, dans une confiance qui fait que je ne mets pas d’obstacle à la présence de Dieu, à l’agir de Dieu dans ma vie. Et c’est tout un combat, un combat spirituel pour que ma vie porte du fruit.
On a parlé de fécondité. Pour que ma vie porte du fruit, et du fruit en abondance, c’est la condition sine qua non  : ne pas mettre d’obstacle à l’action du Saint-Esprit dans ma vie, à l’action de Dieu dans ma vie, comme la Vierge Marie n’a pas mis d’obstacle et Elle est rentrée dans cette gloire de Dieu avec Son corps et Son âme.

Vous savez, il y a deux grandes traditions, et l’Église n’a pas tranché : Elle est rentrée soit après Sa mort - et Elle est rentrée dans la gloire de Dieu -, ou alors Elle est rentrée dans Son sommeil dans la gloire de Dieu. C’est ce qu’on appelle la « Dormition ». La Dormition est plus fêtée chez les Orthodoxes, la tradition orientale, alors que le fait que Marie soit dans la gloire de Dieu après Sa mort - comme Elle a suivi Son fils dans la mort, Elle l’a suivi dans la gloire - c’est la tradition latine, la tradition de l’Église catholique.

Mais en fait, ce qui est important, c’est de prendre conscience que nos actes retentissent dans l’éternité. C’est ce que nous dit la fête d’aujourd’hui. Parce que Marie n’a pas mis d’obstacle à l’action du Saint-Esprit, Elle est la première des sauvés, Elle a reçu des grâces pour être la Mère de Dieu, pour que cette puissance de vie rayonne sur chacun de nous par le salut. C’est pourquoi Elle rentre avec Son corps et Son âme dans la gloire de Dieu.

Alors nous aussi, prenons conscience que la présence de la vie éternelle dans nos vies implique une manière d’agir différente. Et j’allais même dire, vous qui, la plupart d’entre vous, êtes parents, grands-parents et parce que nous croyons à la vie éternelle, le fait de mettre un enfant au monde n’est pas la même chose que lorsqu’on n’y croit pas. Quand on met un enfant au monde quand on ne croit pas à la vie éternelle, on dit que cet enfant qui sera là, sera fait pour la fosse. Alors que nous, nous disons : « Non, cet enfant qui vient de naître est appelé à contempler le Seigneur de ses yeux, il est rentré appelé à Le contempler à la fin des temps avec son corps et son âme. »

Pourquoi avec son corps ? Parce que précisément, et c’est Saint Thomas qui le dit :

« Le corps sans l’âme est dans un état de violence, et l’âme sans le corps est dans un état de violence. »

Et donc, cette si on imagine un paradis comme nous l’imaginons pour la Vierge Marie, forcément c’est avec le corps. Mais vous faites bien la différence entre la résurrection de la chair - que nous allons proclamer dans un instant dans le Credo - et la réincarnation, ça n’a strictement rien à voir. Chaque tradition religieuse est respectable, mais la réincarnation, c’est lorsqu’on reprend le corps de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas notre foi. Ce n’est pas notre tradition religieuse. Nous sommes invités à contempler avec notre corps la gloire de Dieu.
L’Écriture dit :

« De mes yeux, je verrai la gloire de Dieu. »

Alors oui, c’est aussi un rapport au corps humain qui nous est donné, un rapport au corps humain qui n’est pas juste un amas de cellules - comme peuvent nous le dire certaines lois - qui n’est pas juste du jetable, ou quand il est de trop ou quand il représente une charge trop importante, on met fin à sa vie. Nous, nous croyons - parce que le corps est appelé à contempler la gloire de Dieu - que le corps a une dignité. Et parce qu’il a une dignité que nous aussi, nous sommes attentifs à prendre soin du corps des autres.

Et ça a été la tradition dans l’Église depuis tout temps : dès que l’Église arrivait dans un lieu, c’était une école et puis aussi un hôpital, en tout cas un lieu de soin. Un lieu de soin pour le corps, parce que précisément, le corps dit aussi la personne. Le corps est appelé à contempler Dieu face à face.

Alors, dans cette fête de l’Assomption, je trouve ça important de rappeler toutes les conséquences par rapport à la dignité de la personne humaine. Et on remercie le pape Léon XIV d’avoir choisi ce thème pour « Que le monde ait la vie », parce que précisément cette vie aujourd’hui, elle est menacée. Et nous, comme disciples de Jésus, nous réaffirmons la dignité de la vie humaine, du commencement jusqu’à la mort naturelle.

Pour nous, c’est absolument capital, précisément en vertu de cette fête aussi de l’Assomption, et en vertu du fait que nous sommes appelés à contempler Dieu avec la résurrection de la chair.

Alors c’est vrai que le Seigneur nous demande d’être des lanceurs d’alerte, d’une certaine manière, face à des dragons comme dans la première lecture : ceux qui veulent dévorer l’enfant qui va naître.
Nous, nous voulons être des lanceurs d’alerte en disant à temps et à contretemps : « Non, ce ne sont pas les lois, quelles qu’elle soient, qui donnent une moralité aux actes, mais c’est la présence de Dieu et la finalité de la vie éternelle qui fait que nous avons découvert que chaque personne a une dignité. »

Cette vie éternelle aussi nous renvoie à l’Église du Ciel. Et dans cette fête, à travers la Vierge Marie, nous sommes aussi invités à méditer sur l’Église du Ciel, à méditer sur nos défunts.
Nous, disciples de Jésus, nous croyons que les défunts habitent avec nous et nous les portons dans notre prière. Nous offrons des suffrages pour les défunts qui sont encore dans un état de purification, comme on appelle le purgatoire, et pour ceux qui sont en chemin pour contempler avec leur âme la vie de Dieu, nous prions pour eux. Et de même aussi, pour les défunts qui sont morts dans cette chapelle.

Vous savez que cette chapelle, c’était une infirmerie au temps médiéval, au Moyen Âge, et on l’appelait la « salle des morts ». Donc on imagine tant de personnes, de moines connus et inconnus, qui sont morts dans ce lieu. Et cela peut nous aider, parce que leur dernier regard a été de contempler ces murs, avant de contempler Dieu face à face.

Alors oui, le lieu que nous où nous célébrons nous oblige, parce que c’est un lieu mythique qui est porteur de grâces, parce que des saints ont foulé cette terre. Alors oui, nous voulons dire que cette promesse de vie éternelle fait qu’il y a un rapport à la mort qui est différent.
Ce n’est pas la mort qui a le dernier mot, comme le dit l’apôtre saint Paul dans la deuxième lecture :

« Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. »

Oui, nous le croyons, c’est la puissance de vie qui vient de Dieu et qui est appelée à rayonner sur chacun d’entre nous, ainsi que par le témoignage que nous donnons de notre appartenance au Christ.

Puisse cette puissance de vie faire de nous des témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à Son admirable lumière,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Apocalypse 11,19a.12,1-6a.10ab.
  • Psaume 45(44),11-12a.12b-13.14-15a.15b-16.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15,20-27a.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,39-56 :

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.