Homélie de la solennité de l’Épiphanie

12 janvier 2017

« Nous sommes venus d’Orient adorer le roi »

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Texte de l’homélie :

Où est le roi des Juifs ? »

Tout le monde est intéressé à un titre ou à un autre à le trouver.
Mais ils ne trouveront dans la crèche qu’un enfant et sa mère.

Où est le roi ?
Jésus, toute sa vie se défilera, se soustraira à la pression populaire qui veut le faire roi, notamment après la multiplication des pains on veut se saisir de lui pour en faire le roi et il s’échappe.
C’est simplement après qu’il part en vacances avec ses disciples sur le bord de la mer, du côté de Saint-Jean-D’acre, qu’il rencontre cette femme syro-phénicienne, une étrangère dont il louera la foi, dont il n’a rencontré aucune foi telle en Israël.
C’est bien la foi qu’il nous faut.

Où est le roi des Juifs ? »

Nous le trouvons à un seul endroit dans l’Évangile : sur la croix, avec le titre, le motif de sa condamnation : Jésus de Nazareth, roi des Juifs. C’est d’ailleurs l’année de Saint-Luc, le texte du Christ Roi.

On pourrait penser qu’il est à Jérusalem, et c’est le réflexe de nombre de personnes, des mages qui arrivent, d’Hérode lui-même qui sait bien le pouvoir qu’il a, des prêtres, tout le monde sait que le Seigneur, le roi d’Israël habite Jérusalem.

La royauté est vue ici à la manière humaine, comme Hérode, qui était finalement un très bon chef d’État comme nous le disent les historiens modernes, un très bon politique qui a su mener son peuple. Certes cruel est fou à la fin de sa vie, mais qui a fait une œuvre admirable.
Mais il confond, il est un homme de pouvoir, et on le voit ici, son réflexe c’est qu’un d’autre peux venir, fusse-t-il le Messie, fusse-t-il Dieu, et il est un rival à abattre.

Le pape Benoît XVI dans ses méditations nous invite à réfléchir aussi pour nous : Dieu apparaît comme un rival particulièrement dangereux qui voudrait priver les hommes de leur espace vital, de leur autonomie, de leur pouvoir, qui indique la route à parcourir dans la vie mais qui nous empêche de faire tout ce qu’on veut.
C’est ainsi que Adam et Eve sont inspirés par le serpent, une autre lecture de la Bible parfois même est inspirée par le serpent, il n’y a qu’à voir les représentations de Gen 3 dans la peinture, où on prend le serpent un peu pour un sauveur qui va nous délivrer de ce Dieu. Le pape Benoît XVI rappelait : sommes-nous aveugles, sommes-nous sourds de la Parole, pensons-nous que Dieu pose des limites à notre vie et ne nous permet pas de disposer de notre existence à notre gré ?

Il faut rentrer dans ce chemin de foi, de libération, de voir et d’accueillir les signes du Seigneur pour découvrir, comme le peuple d’Israël en Égypte, et on a vu, en Exode, combien cela est long et difficile, de découvrir les gestes de libération à de rentrer dans cette libération que le Seigneur nous donne.

Donc le roi n’est pas à Jérusalem, il n’est pas sur le trône.
Il n’est pas, comme dira Benoît XVI encore, dans les "lieux de pouvoir", quels qu’il soient.

Alors on va chercher les scribes et pharisiens, qui d’une manière étonnante, savent, connaissent, mais n’ont pas pour autant emboîté le pas des Mages pour aller adorer Jésus.
Certes, Hérode veut emboîter le pas, mais c’est pour abattre celui qui peut être un rival, les spécialistes de l’écriture savent. Ils savent, mais comme Jésus le répétera à souhait, « ils savent mais ne font pas ». Ils sont des guides pour le peuple : « faites tout ce qu’ils vous disent, mais ne les imitez pas », car ils ne marchent pas dans les pas du Seigneur. Ils spéculent, ils jouent avec l’écriture comme on joue avec des billes en les comptant, mais ils n’entrent pas en relation.
Et pourtant, dans la citation de Michée qui nous est faite, quelque chose peut nous ouvrir le cœur.

Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple, qui fera paître mon troupeau".

D’une manière étonnante, le verbe est changé.
Dans Michée c’était "qui gouvernera" et ici " qui fera paître, qui sera le berger" : c’est cette figure de Jésus, je suis le bon pasteur qui connais mes brebis, qui connaît chacune par son nom. _Non pas comme ce que Dieu avait dit à Samuel, que les rois seraient un lieu de pouvoir, qu’ils se servirait des gens, des fils, des filles, pour l’armée, pour les services, mais cette relation de Dieu qui vient faire grandir, qui vient nourrir, qui vient protéger et habiter les verts pâturages.

Où est le roi des Juifs ? »

Les Mages, ces hommes savants, ces hommes marchant, les hommes qui représentent une caste de gens qui cherchent dans la création la signature de Dieu. Ces sages, assimilés quelquefois à des philosophes, des amants de la sagesse, qui recherchent quelque chose de plus, qui recherchent la véritable lumière qui soit capable d’indiquer la voie à parcourir. Ils sont guidés par cette lumière, on a spéculé sur l’étoile, on pensait que c’était une super nova dans l’alignement de Jupiter et de Venus, en même temps à l’époque quand ils ont vu quelque chose dans les astres comme dans la prophétie de Balaam, ils se sont mis en route pour chercher la vérité, avec leur raison, avec leur foi, avec tout leur cœur.
Et comme Abraham, venus d’Orient, ils se sont mis en route.

C’est donc à Bethléem, cette petite bourgade, grande à cause de l’événement qui y arrive, qu’ils vont découvrir cet enfant. Il faut qu’ils dépassent la soif du pouvoir d’Hérode, la manière des prêtres, des scribes, des pharisiens de regarder l’écriture, pour se mettre sans cesse en chemin.

C’est étrange dans ce passage, on dit que quand "ils virent l’étoile, dépassant Jérusalem, ils furent saisis d’une grande joie ". On aurait pu penser que la grande joie aurait été quand ils découvrent l’enfant, mais c’est quand ils voient ce signe, quand ils se mettent vraiment en marche, quand ils sentent dans cette marche qu’ils vont vraiment sur un chemin de vie, sur le chemin du Seigneur.
Alors, arrivant, ils reconnaissent dans cet enfant, cette famille, pauvre, humble, dans ce logement où rien n’est éclatant, ce Dieu qui est amour.

Demandons la grâce de nous mettre en chemin, avec cette fête de l’Épiphanie.
Demain ce sera le baptême de Jésus puis le temps ordinaire, le temps de la marche, le temps de nous mettre en marche pour découvrir sans cesse le Seigneur, pour être dans cette joie et non pas comme les scribes, les pharisiens que l’on voit dans l’évangile, rouspétant, râlant contre ce qui est bien ou non chez Jésus, où vers un Hérode et tous les gens de pouvoir toujours mécontents et insatisfaits. C’est peut -être que notre volonté de puissance, notre désir de tout diriger est mis en danger.

Alors que si nous accueillons la vie, avec l’enfant, si nous accueillons la vie à la recherche de la vérité, nous serons pris, nous vivrons dans cette grande joie qui est celle des mages, qui veulent nous la partager, que Dieu veut nous donner aujourd’hui.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 60,1-6.
  • Psaume 72(71),1-2.7-8.10-11.12-13.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3,2-3a.5-6.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12.

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.
Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël.’ »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.
Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.